ACTE TROISIÈME, SCÈNE VI
intelligents... (Elle a comme un frémissement). Je Croyais
qu'au moins il sentait fortement, délicatement. Oh ! et puis ce n'est pas sa faute. Ces mois de collège l'ont gâté... S'il était resté avec nous, j'aurais sauvé son âme...
DANIEL
Permets-moi d'en douter. Rien n'est plus rare qu'un sentiment profond.
ROSE
Tu en parles en collectionneur. Je sais qu'il a souffert. Seulement à son âge... tout s'efface vite... Il suffit d'un Râblé...
DANIEL, avec tendresse
Alors tu songeais sérieusement à me quitter pour
aller Servir de mère à ce potache ? (Rose a un grand geste
triste) Il ne saurait même pas se laisser aimer. Il vaudra mieux ne compter que sur moi, à l'avenir.
Je ne compterai pas non plus sur toi... sois tranquille... Seulement tout à l'heure quand j'ai senti la blessure que me causaient ses projets d'enfant cynique... j'ai vu...
DANIEL, se penchant sur elle
Quoi, ma chérie ?
ROSE
Je ne peux pas me payer le luxe de changer de
Souffrance... Je n'ai plus de quoi. Ici, (son regard se promène
autour d'eue) je rentrerai dans mes plis,, Cette vie dont le souvenir t'exalte, paraît-il...
DANIEL
Notre vie...
ROSE
Oui» puisqu'il n'y a pas eu ma vie... Elle m'a fait une âme débile et gâtée.
DANIEL
Une âme que j'adore.
ROSE
Tu avais peut-être raison, elle doit me venir aussi de toi... Ah I je ne sais plus... Tout est trop difficile ! (EUe
demeure accablée, Daniel s* est agenouillé devant elle et lui a pris la tète
dans les mains) Oui, prends-moi... je t'appartiens, je ne suis pas quelqu'un d'autre.
Mon trésor !...
ROSE, avec la plus profonde tristesse
Comprends-moi, Daniel, je renonce à moi-même, et je le sais, et je sais aussi que je ne peux pas faire autrement. Après dix ans de notre vie on n'est plus assez fort pour penser à soi. Quand un être en est là... va... tu as raison. Prends-moi. Et quand tu seras à court de sujets...
ACHEVÉ D'IMPRIMER LE 26 JUIN 1921 PAR L'IMPRIMERIE FRÉDÉRIC PAILLART A ABBEVILLE (SOMME)
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