FORMES D'APRÈS LES CONDITIONS D’APPARITIONS DE L'EXTRA SYSTOLE
Premier type. — Il s'agit de sujets ayant toute leur vie présenté des extra-systoles et chez qui la cadence de celte arythmie, voire même son expression fonctionnelle, n'ont pas changé.
Dans ces cas la conclusion s'impose, quel que soit le sexe auquel on ait affaire : l’extra-systole n'indique en aucune façon une diminution de la capacité fonctionnelle du cœur. Wenckebach apporte à l'appui l’obser vation d'un de ces amis, professeur et alpiniste émérite chez qui les extra-systoles dont il soufirit toute ia vie, n'interdirent aucunement, à un âge avancé, après 10 ans, des ascensions aussi fatiguantes que dans sa jeunesse.
Deuxième type. — Les extra-systoles apparues dans les premiers stades de la vie, relativement rares, sont devenues plus fréquentes au moment de la ménaupose, et plus récidivantes à un âge avancé.
Malgré cette aggravation apparente, il est encore difficile de fonder sur elles seules un pronostic. On peut penser toutefois qu’à l’élément neurotonique se joint un élément myocardique parcellaire appréciable, qui ne doit peser que d’une façon toute relative dans l’appréciation de la capacité fonctionnelle cardiaque.Toutefois, compte sera tenu de l’émotivité du sujet, de’ses réactions nerveuses, des signes concomitants.
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M. Laubry cite dans ses leçons sur les troubles fonctionnels l'observation d’une dame de 65 ans venue le consulter pour des extra-systoles devenues récemment gênantes par leur nombre et leur répercussion pénible ; et compte tenu des commémoratifs, de l’état des vaisseaux, de l'intégrité objective et électrocardiographique des contractions ventriculaires entre les salves extrasystoliques, il avait porté un excellent pronostic, mais, parvenant difficilement à faire partager son optimisme à la malade, il lui avait assigné rendez-vous dans dix ans.
La malade fut fidèle au rendez-vous et revint le trouveravec un état cardiaque aussi satisiaisant et avec des extra systoles aussi mal supportées, et même plus nombreuses. N
Troisième type. — Les extra-systoles sont d'apparition récente.
Les réserves grandissent ; très vraisemblablement elles traduisent une excitabilité anormale de certaines régions myocardiques et tout dépend de la nature et de l’évolution de ces excitations.
Diverses éventualités peuvent être envisagées :
1° Au cours de maladies aiguës (grippe, congestion pulmonaire) chez les vieillards qui n’en avaient pas présenté auparavant, l’extra-systole est souvent le signe annonciateur d’une déficience cardiaque rapide et même imprévue.
2° En dehors des aflections aiguës, l’extra systole peut éclater primitivement à la faveur d’un trouble digestif, d’une émotion, d’une série d'émotions, mais la Cause occasionnelle disparue, l’extra-systole persiste ;
EN ge
ou bien elle reste bénigne dans ses manifestations et alors il semble qu’on ait assisté à une poussée solitaire, ou bien elle est l’annonciatrice d’une insuffisance ventriculaire qui va accentuer plus ou moins rapidement ses effets ;
3° Le trouble d’excitation ne reste pas cantonné dans sa manifestation extra-systolique mais change d’expression et on le voit peu faire place à des crises de tachycardie paroxystiques, de tachy-arythmie et d’arythmie complète. Dans ces cas, on note dans la durée de cette transformation toutes les variétés et toutes les modalités, et ce qui domine,c’est non seulement le caprice de cette évolution, mais sa longueur.
Voici une observation qui montre d’une part la tolérance d’un malade âgé pour les formes arhytmiques, et d'autre part la transformation progressive de l’extrasystolie en arythmie complète.
Obs. XII. — M. C..., âgé de 66 ans, vient consulter le D: Laubry le 14 février 1921 pour des papitations qui s'accomgnent d’une sensation de fatigue.
Oppression modérée.
Pas de douleurs nettes au niveau du cœur, mais constipation opiniâtre.
Aucun antécédent, sauf une fièvre thyphoïde à l'âge de 15 ans.
Lors du premier examen on a des bruits normaux et ce n’est que lors du passage de la position debout à la position couchée qu'on enregistre de rares extra systoles de décubitus.
Tensions 17 1/2 7.
Artères souples.
Aucun autre symptôme viscéral.
Le malade est un névropathe préoccupé et chez qui son exlra-systolie crée un état presque mélancolique.
M. Laubry suit ce malade sans interruption tous les trois mois depuis 1921 jusqu'à aujourd'hui, soit pendant 9 ans.
En dépit des troubles fonctionnels surlout d'ordre névropathique, de préoccupations sans objet, l'état fonctionnel se maintient vraiment satisfaisant.
Mais voici les incidents qui émaillent cette longue évolution.
En octobre 1921, à la faveur de troubles intestinaux assez marqués, apparaît une aphasie très transitoire, avec une crise extra-systolique assez pénible, très probablement crise de tachy-arythmie, après laquelle l'état redevient tout à fait normal.
En novembre 1922, nouvelle crise d'aphasie transitoire accompagnée de tachy-arythmie qui laisse à sa suite un cœur normal électrocardiographiquement, avec cependant quelques extra-systoles auriculaires.
Le 10 février 1924, sans autre état critique, on trouve une arythmie complète objectivement et à l’électrocardiogramme.
Complexes ventriculaires normaux.
Tension 17,8.
De 1924 au 1°: février 1930, aucune modification de l'état cardiaque local.
Pas de signe d'insuffisance ventriculaire mais une simple élévation de la tension systolique qui, depuis deux ans, se maintient à 20,9.
Voici quatre observations quischématisent ces types et qui montrent la difficulté d'interprétation de l’extrasystole.
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Obs. XIII. — Mme D..., 75 ans, observée par le D' Laubry au moment de l'épidémie de grippe de 1919. D'après son médecin elle n’a jamais été malade, n'a jamais souffert
du cœur et sa tension, relevée à plusieurs ‘reprises avant l'examen, est absolument normale.
Elle subit une attaque de grippe relativement légère, avec une température qui ne dépasse pas 38,4 un petit et point de congestion pulmonaire très modéré, qui n'alarme pas son médecin dans les deux premiers jours, mais au æ jour, il constate quelques intermittences cardiaques pour lesquelles le D' Laubry est appelé en consultation. Celui-ci constate en effet des extra-systoles, quelques unes isolées, quelques. autres agminées par groupe de 2 ou 3, somme toute assez rares, mais comme dans l'intervalle les battements du cœur sont normaux, comme intensité, que la tension est de 13 1/2 8, que les signes pulmonaires sont discrets, il tire de cette confrontation et de cet ensemble un pronostic favorable, attribue les extra-systoles à une excitation nerveuse passagère et porte un pronostic tout à fait favorable.
L'événement démentit cet optimisme. Quelques jours après la malade succomba brusquement à une syncope.
Obs. XIV. — Un vieillard de 72 ans fit, au cours de la même épidémie de grippe de 1919 à l'hospice La Rocheloucauld des accidents cardiaques extra-systoliques : congestion pulmonaire gauche étendue avec râles sous-crépilants, bronchite difluse, température à 39, tension 22,10 ; évolution favorable et de la congestion et de la grippe vu bout de 4 jours ; défervescence complète au quatrième jour.
Aucune suite fâcheuse, et le malade, observé à plusieurs reprises par le Dr Laubry pendant trois ans présente quelques extra-systoles sporadiques sans modification de la tension artérielle et sans aucun signe d'insuffisance cardiaque,
PSS
Obs. XV. — M. L..,64 ans, consulte en 1923 pour des sensalions d'accélération du cœur qui ont débuté peu à peu environ six mois auparavant ; peu gênantes, le début réel ne peut en être aisément fixé. Le malade le fait remonter à une crise de palpitations qu'il aurait eue à la suite d'un repas copieux.
Se surveillant avec soin, il note que de temps en temps les palpitations semblent se précipiter et s'accompagnent d'un ralentissement du pouls, habituellement à 78 et qui tombe à 60 et à 58.
Au moment du premier examen, les bruits du cœur sont assourdis à la pointe. Oùa note au niveau du deuxième espace intercostal droit, un retentissement clangoreux et vers l’appendice un souffle systolique net.
Les extra-systoles, dans l'examen en orthostatisme sont rares, loutes les 20 ou 30 pulsations, la plupart sont perçues par le malade.
Dans le décubitus dorsal, elles semblent se précipiter et quelques unes d’entre elles apparaissent en salve.
Le malade est revu chaque année par le Dr Laubry, et actuellement, au bout de quatre ans, les signes physiques restent les mêmes.
M. L... ne présente aucun symptôme fonctionnel en dehors de la gène légère et d'ailleurs très supportable qu'il accusaitau moment de son premier examen.
Obs. XVI. — Cette observation qui concerne un vieillard auquel nous ferons plus loin allusion à propos de l'arythmie complète et du pronostic entra dans une extra-systolie discrèle à l'occasion d'une opération sur la prostate subie à l'âge de 72 ans.
Les extra-systoles furent, pendant 4 ans,extrêmement discrètes. Quatre ans après, sous l'influence d'émotions violentes, elles se groupèrent sous forme d'’extra-systoles en
Salves ét se montrèrent à cette période dociles à de petites quantités de digitales.
Perçues pendant quelques années, soit dans leur expression sporadique. soit dans leur salve, elles cessèrent peu à peu de l'être et insensiblement, en 1924, elles firent place à une arythmie complète.
À un certain moment, l’ensemble donna lieu à de petites manifestations dyspnéiques d'ailleurs peu intenses, en rapport beaucoup plus avec une aérophagie assez marquée et d’autres troubles digestifs et pulmonaires.