A J.-GUY ROPARTZ
CELUI qui n'a que sa tristesse pour génie, Las d'être comme un saule au feuillage flottant Qui pâlit sous la lune et tremble sous le vent, Sort par un crépuscule attendri du printemps. L'heure est pensive et pure et simple, elle est bénie ; Toute chose au sommeil s'incline, et c'est la fin Du jour et des rumeurs et du labeur humain. Le soir avant la nuit se prolonge, tranquille
Comme au pas de sa porte une aïeule qui file ;
L'acier net d'un soc luit sur la glèbe ; un oiseau
Chante encore parmi l'éternel bruit de l'eau ;
Une étoile apparaît au ciel... Le solitaire
Respire la senteur puissante de la terre.
Ce soir limpide et bleu lui semble trop obscur,
Malgré là-bas l'oiseau qui chante et l'eau qui pleure,
Et malgré la première étoile dans l'azur ;
Ce soir n'apporte pas la paix intérieure.
Ce doux soir de printemps que traverse un vent clair
Ravive le brasier défaillant de la chair ;
Et l'homme à qui l'amour mouvant comme la mer
En fuyant ne laissa que l'âcreté d'un rêve
Pareil au sel que l'onde a laissé sur la grève,
Et qui, près de l'amour encor, reste indécis
A murmurer comme une abeille au bord d'un lys,
Le poète subtil et maladif qu'enivre.
Par ce soir vaporeux et caressant d'avril,
A lui fondre le cœur la volupté de vivre,
Regrette l'impassible austérité des livres.
Ton serviteur est là, Seigneur, murmure-t-il. Un serviteur, hélas ! luxurieux et vU, Mais qui sanglote et te supphe et qvii s'accuse ; Il tend ses pauvres mains pleines de péchés. Or Je te sais humble avec les humbles, dur au fort ;
Sois rude au pénitent, flagelle mes sens, use
Mes genoux sur ton seuil et mon cœur à t'aimer,
Mais laisse mon banc vide aux noces de la terre ;
Veuille que je demeure à jamais solitaire.
Épi choisi pour le bon pain par l'ouvrier.
Ah ! la vie est ce soir trop vivante et trop belle,
Le désir alanguit l'épouse qui m'appelle...
Je suis faible, et ce soir de printemps m'a tenté.
Seigneur, protège-moi contre la volupté,
Donne à l'arbre la fleur et le fruit, donne aux femmes
La grâce de régler la musique des âmes,
Donne aux prés la rosée et la pluie, à l'amant
La tendresse et la force, et l'aube au firmament :
A celui que sa chair perverse embrase, donne
La paix chaste, Seigneur, d'un immortel automne.
ENTRERAi-jE, cc SOIT, Scigncur, dans ta maison, Sans craindre que ma chair, vouée aux œuvres viles, Apporte le relent de luxure des villes A la candeur des jupes d'ombre en oraison ?
Je songe à d'autres jupes d'ombre qui sont douces Pour endormir l'effroi des poètes malades, A des doigts alourdis d'anneaux aux pierres troubles, Troubles comme des yeux menteurs, comme mon âme.
Entrerai-je, ce soir, Seigneur, dans ta maison, Si mon haleine tord l'humble flamme des cierges, Si ma prière même inquiète les vierges, Eau claire où s'élargit la chute d'un poison ?
Je songe à des toisons souples de courtisanes Où les désespérés enfouissent leur songe. Bonnes toisons qui font la nuit sur les visages, Lourdes comme l'amour, sourdes comme des tombes.
Que votre main soit rude et juste et me châtie, Seigneur, Seigneur, moi qui voudrais tant vous aimer ! Laissez, lasse de cris, ma bouche se fermer, Pour la rouvrir vous-même ensuite avec l'Hostie.
Je songe aux nuits de joie ivres et douloureuses Où ma soif, accoudée à des tables mauvaises. Se versait les boissons de flamme dont s'abreuvent Ceux que serre à la gorge un ancien sacrilège.
Je viens vers vous, du fond de mon iniquité. Je viens vers vous. Seigneur, à qui les enfants parlent, De tout mon bon vouloir et de toutes mes larmes, Etre triste avec vous, moi qui vous attristai.
L'immémorial faix de péchés, le fardeau
De luxure et d'orgueil creuse mes reins qui saignent.
Aux margelles des puits nulle Samaritaine
N'a tendu vers ma soif ses paumes pleines d'eau.
Oubliez que je fus des serviteurs indignes ; Et dans l'ombre que font les collines, le soir. Celui qui cherche l'âtre et la pierre où s'asseoir Sentira qu'un pardon se couche sur les vignes.
La nuit tombe et m'arrête où dort votre maison ; Les ramiers se sont tus, mais les fontaines chantent. Fraîcheur obscure, en palpitant pour que j'y trempe Mes mains, l'aridité de ma bouche et mon front.
L'eau froide et pure emportera vers les ténèbres Le souvenir fiévreux d'un passé de caresses, La mémoire des voix, des regards et des gestes, Et le souffle de feu qui brûle encor mes lèvres.
Faites, Seigneur, miséricorde à ma faiblesse,
A cette toute faiblesse des pauvres âmes
Qui n'ont pleuré que pour la chair tiède des femmes.
Que je souffre. Seigneur, des ronces qui vous blessent,
Que la croupe des boucs crispés sur le portail Serve d'étemel lieu d'exil à mes péchés, Et que la palme offerte aux cœurs purifiés Exalte en moi l'azur des vierges du vitrail.
Je serai digne alors de gravir, humble et pâle. Le seuil de gloire où les rois même parlent bas, Et mon cœur et mes pieds nus ne sentiront pas Le froid de la divine espérance et des dalles.
, . , Cette prière, hélas ! n'est-ce pas seulement Le glas que sur soi-même agite une âme simple A qui les yeux naïfs de ses chagrins d'enfant Ont souri tristement du plus loin de leurs limbes ?
N'est-ce pas le glas lourd du vain rêve que font Dans leurs soirs douloureux les vieilles fois qui meurent ; Entrerai-je, nocturne et las, dans la maison Où le Maître de vie ineffable demeure ?
LE sombre ciel lacté se voûte en forme d'arche. Un grand silence ému berce les choses ; l'arbre Palpite au vent léger qui passe, et dans l'étable On entend remuer les bêtes dans la paille. La confuse rumeur des sèves qui travaillent Traverse le sommeil de l'homme après la tâche. Comme un laboureur las qui s'arrache à la glèbe, L'humble poète alors sort de la chair et lève Vers la vivante nuit, radieuse et profonde. Un front qui porte aussi sa lumière et ses mondes. Hélas ! interroger ce qui ne peut répondre.
Dit-il ! ah ! tout mon cœur débile et sa misère !
J'ai laissé sous mon toit s'endormir mon aïeule,
Et me voici, devant le songe de la terre.
Frissonnant comme un brin de foin sec sur la meule.
Le rythme intérieur qui régit la matière
Comme l'illustre lyre antique émeut les pierres.
Les sèves en tumulte écartent les écorces,
Autour de moi la ruche invisible bourdonne.
Et, frêle comme un jonc dans le fleuve des forces.
Je doute en fléchissant de mon âme immortelle :
O nuit, le temps s'écoule, et je ne suis qu'un homme !
Plus faible et sanglotant qu'au jour de mon baptême.
Je pense à vous, qui, hauts et droits, ô mes ancêtres,
Vécûtes avec l'âme et la force des cèdres.
La voix du Créateur sur vos fibres vibrantes
Chantait comme un vent pur dans les rameaux sonores.
Votre cœur large et plein s'ouvrait comme une grange ;
Vous aimiez l'oraison du pauvre à votre porte.
Et votre foi d'enfants pleurait sur l'Evangile,
Béni soit notre pain de chaque jour, bénies
La journée et la nuit, disiez- vous, et la vie
Coulait pour vous comme une eau claire sur l'argile.
L'été brûlait ; et vous veniez avec l'épouse Vous asseoir où je suis, aux heures où le jour
S'enfuit en ne laissant au ciel que des étoiles - Alors le vieux désir humain joignait les bouches. Sans penser que la mort est au fond de l'amour, Vous laissiez puissamment tressaillir dans vos moelles La saine volupté qui fait les fortes races. Plus tard, quand, jardinier ridé, l'Automne passe, Vous voyiez à vos bras les enfants se suspendre Comme un bouquet de fruits dorés après la branche , Simples et droits, ô mes ancêtres, vous portiez Des âmes que le soir de la chair trouvait grandes.
Large ivresse ! J'entends chuchoter les halliers.
Et la terre en amour rit au céleste abîme .
Le temps plane sur moi conmie un aigle immobile.
Je voudrais me confondre avec les choses, tordre
Mes bras contre la pierre et les fraîches écorces.
Etre l'arbre, le mur, le pollen et le sel.
Et me dissoudre au fond de l'être universel.
Je ne veux pas de femme en pleurs sur ma poitrine :
Toute chair à ma bouche a le goût du péché,
Et mon cœur est amer comme un fruit desséché.
Que Dieu jette son nom sonore à la ravine.
Et mon esprit, coteau pierreux et désolé,
Ne rendra pas l'écho des paroles divines.
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C'est que dans l'ivre et large émoi des belles nuits
Où tout bruit, palpite et soupire à la fois,
Où le silence même a sa rumeur, les voix
Couvrent la mélodie absolue ; et l'esprit
Qu'on a tenu penché trop longtemps sur la foi
S'y trouble comme un clair visage au fond d'un puits.
Celui qui frappe au seuil et prie avec des larmes
Se voit un étranger qu'aucun hôte n'accueille ;
On se sent faible ; on tremble, on doute que son âme
Dans la création pèse plus que la feuille ;
On craint que la clarté divine ne soit plus
Qu'une dernière étoile au cœur des hommes purs.
Le monde est triste et vieux, et les nouveaux venus
Pour qui le ciel est vain comme un mot inconnu
Ont recouché le Christ dans son sépulcre obscur.
Mais je veux, ô mon Dieu, malgré tout, croire en toi.
Prête-moi la candeur de la vierge et la foi
De l'enfant. Que je sois vigilant, bon et simple.
Accorde-moi sur tous les dons l'humilité,
Afin que j'offre au vent de ta volonté sainte
Le docile et profond émoi d'un champ de blé.
Permets-moi d'oublier qu'un soir des temps anciens
Le doute déborda du calice divin.
Enfin rends à mon cœur la jeunesse d'aimer ;
Que le grain germe encor dans ce jardin fermé !
Je cherche en égaré ta croix au carrefour,
Je t'appelle à travers la nature vivante ;
Il est temps de m'entendre, ô Dieu î ne sois pas sourd,
Réconforte mon âme obscure, ta servante,
Car, pareille à l'abîme étoile de l'amour.
L'immensité des deux nocturnes m'épouvante.
HEUREUX l'homme qui vit dans la simplicité Et n'a jamais franchi les murs de la cité Où ses parents près des aïeux semblent attendre Que sa poussière enfin se confonde à leur cendre.
Heureux l'homme des champs qui fume de sueur Il est beau comme Adam à son premier labeur. Enfant il ramassait les glanes, patriarche Malgré l'âge il engrange encor les blés et marche, En écoutant le cri des chariots bourbeux. D'un pas égal et grave à côté de ses boeufs.
Après la faux il prend le soc, sa force drue
Pousse à travers le sol l'aile de la charrue ;
Il disperse le pain futur dans les sillons
Où le soleil couchant dépose ses rayons ;
D'un pied souple il pétrit les grappes dans la tonne ;
Sa hache sur le tronc des vieux chênes résonne
Dans le silence d'or des clairières d'automne.
Ainsi le long des ans qui passent les saisons
Nouent et dénouent leur ronde et mêlent leurs chansons,
Mais l'âpre laboureur penché sur la nature
N'y voit qu'un opulent grenier de nourriture
Et ne rêve jamais devant les horizons.
Quand la bise plaintive et noire de décembre
Chante avec le rouet des vieilles dans la chambre,
Les paumes de ses mains se toviment vers le feu ;
Sa Bible s'ouvre seule à la page qu'il aime.
Et son esprit d'enfant l'épelle en priant Dieu.
Un soir le viatique et l'onction suprême
Adouciront cette âme et ce corps de labeur,
Et fortement, ainsi qu'au temps de sa verdeur
Il pesait de ses bras puissants sur la charrue
Et raidissait les reins contre le joug des bœufs,
Il nouera sur le corps du Christ ses doigts calleux
Et mourra les yeux pleins d'une aurore inconnue.
Heureux cet homme.
Heureux l' homme d'un seul amour ; Jamais son pas égal n'hésite au carrefour, Car la marche qu'il suit dans la vie est guidée Par le même visage et par la même idée.
Heureux le simple et doux poète du foyer
Qui respire l'air frais de la nuit à sa porte
Et tresse, au bruit que font la vigne et le rosier,
Ses strophes, vers à vers, comme un flexible osier.
Pour y garder l'amour que son âme en fleur porte.
Il s'ouvre largement à l'existence, il croit
Que la nature est belle et sainte et maternelle.
Et son esprit se baigne et se confie en elle.
Son corps s'épanouit dans l'arbuste qui croît,
Ses lèvres balbutient dans l'eau de la fontaine.
Il mêle la rosée à ses larmes d'enfant.
Rit avec le soleil et court avec le vent.
L'heure en passant le prend par la main et l'entraîne
Où va la paille d'or qui s'envole du van.
Il vit sans faste, aimant les fleurs, cueillant les femmes,
Et fait son œuvre pure avec le miel des âmes
Qui vont à lui comme un essaim rentre au rucher.
Heureux cet homme, heureux d'avoir su que le sage
Doit accueillir la vie et ne la pas chercher.
Qu'il faut jouir des jours en hôte de passage,
Trancher le pain, goûter et des fruits et du vin
Comme du dernier don qui chargera la table,
Et juger l'art pensif du poète aussi vain
Que les lignes qu'on trace en rêvant sur le sable.
Ce soir, à l'heure large et calme du couchant Où la montagne au loin fuit laiteuse et dorée. Un vieillard sur la borne encor chaude d'un champ Songeait, le front caché dans ses mains. La soirée Comme une vie heureuse et longue s'achevait, Avec des voix et des grelots dans les prairies, Avec l'odeur des foins coupés et le duvet D'azur qui tourbillonne aux toits des métairies. La vallée était bleue et le vieillard rêvait. « Le soir, dit-U, avait une douceur pareille, Quand je vins, le cœur lourd de larmes et d'adieux, Saluer ce pays où dorment mes aïeux ; Les rayons du couchant me caressaient les yeux. Les cloches des troupeaux enchantaient mon oreille ; Comme aujourd'hui les foins coupés sentaient l'amour. La colline en fuyant poursuivait les montagnes Comme une vierge enfant joue avec ses compagnes. Et mon âme était pure avec la fin du jour. Reste au val du bonheur, disait-elle, poète ! « O rêveur, murmurait ma jeunesse inquiète, Derrière l'horizon s'ouvre un monde inconnu. Là-bas des villes d'or siègent dans la lumière
Et l'océan polit leurs ceintures de pierre.
Les ports font la rumeur d'une immense volière,
Les mâts dressent des croix noires sur le ciel nu,
Et les vaisseaux pour fuir arrondissent leurs ailes :
Respire un air déjà plein de senteurs nouvelles.
D'un cœur ferme en chantant lever l'ancre et partir!...
Passager, d'un pied siir descends sous ces portiques
D'où les marchands pieux et forts des temps antiques,
Ivres d'azur, mettaient à la voile pour Tyr :
Les pays où tu vas verseront dans ta cale
Un rêve où n'atteint pas la pourpre sans égale.
Refuse le destin vulgaire de vieillir
Bûcheron ou semeur, pâtre ou chasseur d'abeilles,
D'attendre, sous l'auvent sombre, pour les cueillir,
Qu'un même soleil ait mûri les mêmes treilles.
Embarque ! L'Orient t'ouvre un porche de feu. »
Comme on voit fuir à vol perdu sur le ciel bleu Une cigogne blanche aux ailes immobiles, Les gens d'un port un soir regardaient peu à peu S'effacer un voilier qui cingléiit vers les îles.
O navire, oiseau clair des flots, oiseau géant Dont la vaste envergure amoureuse du vent Se courbe avec effort sur la mer transparente. Mon âme sans les voir, laissait, indifférente.
Les voyageurs pensifs à ton bord embarqués Répondre aux longs adieux des mouchoirs sur les quais. Mon âme s'accordait à ta carène errante, A tes mâts pleins de cris plaintifs, au tourbillon Qui bouillonne à ta poupe et marque ton sillon. Muet, le front posé contre un cordage rude, Je contemplais le ciel, la mer, le ciel encor, Fondus dans une même immense solitude.
Les ans comme les flots ont fui. Mais aucun port N'a pu m'emprisonner dans sa large ceinture. J'ai glissé de rivage en rivage, emportant Dans mes yeux une ville entrevue un instant, Les formes, les couleurs d'une étrange nature. Ainsi le grand navire ailé, berceau léger. Me roulait aux confins du monde, passager Solitaire, attentif seulement à songer.
Par les heureuses nuits où l'atmosphère est pure, Où tous les feux du ciel fourmillent sur la mer, La proue en bondissant entrait dans les étoiles. Souffle immense qui vient aboutir dans les voiles, Un vent tiède chargé de sel embaumait l'air. Et debout à mes pieds dans l'ombre, ombre muette. Le pilote observant la boussole semblait Un confident penché sur une âme inquiète.
Il est dans la substance universelle, il est Un invincible aimant vainqueur des destinées ; Son obscure vertu tourmente sans repos Les âmes dans leur route infinie obstinées. O Dieu, c'est toi que sous des deux toujours nouveaux, Que d'étoile en étoUe et durant des années, C'est toi que je sentais, mon Dieu, que j'ai cherché. Taciturne et pareil au pilote, penché Sur mon âme oscillante et noire de tristesse. Et j'ai, trop tard, hélas ! compris que la sagesse Mûrit dans les seuls cœurs fécondés par l'amour. Qu'il faut, comme un semeur sur un profond labour, Répandre hors de soi son âme avec largesse Afin que le blé germe où le soc a passé ; Et j'ai compris que Dieu dérobe son visage Au voyageur sans foi dont le rêve insensé S'épuise à le saisir dans les jeux d'un mirage. O Seigneur, Dieu promis aux humbles, le compas Que la pensée humaine élargit d'âge en âge Dans son cercle orgueilleux ne t'enfermera pas. Mais l'homme au cœur vraiment pieux qui te confie Le soin de sa raison et le cours de sa vie. L'homme dont l'esprit clair n'a jamais reflété Que l'étoile du ciel où luit ta volonté Et dont l'âme, fontaine invisible qui chante, Laisse jaillir l'amour comme une eau débordante,
Celui-là vit heureux et libre d'épouvante, Car il porte en vivant ta certitude en lui. Oui, Seigneur.
Voilà donc que ta main aujourd'hui Dans les lieux qui m'ont vu jeune et fort me ramène, Solitaire et courbé sur ma tombe prochaine. Comme un pêcheur pensif inchné sur son bord, Le soleil en passant la ligne des montagnes Retire avec lenteur ses larges filets d'or. La grise et molle nuit envahit les campagnes. L'amer parfum des pins m'arrive des hauteurs. Et, s'accordant aux sons de l'Angélus qui cesse, Toutes ces visions, hélas ! et ces senteurs, Me font monter au cœur le sang de ma jeunesse. Je voudrais vivre encore, aimer. Il est trop tard! »
Ceci fut dit un soir d'été par un vieillard,
A l'heure où, répandant le silence autour d'elle,
La nuit qui s'obscurcit de moments en moments,
IVIiséricordieuse au désir des amants.
Étend sur leurs baisers son ombre maternelle.