‹ Le cur solitaireChapitre 8 sur 13 · L'INQUIÉTUDE DE DIEU · texte numérisé non relu

L'INQUIÉTUDE DE DIEU

A Paul Fort.

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CE serait bon : donner toute sa vie à Dieu Avec des mains d'humilité calmes et jointes ; Ouvrir son cœur comme une rose à blanche guimpe Qui naît à la douceur de mai sous le ciel bleu ;

Épouser le destin naïf des êtres simples Qui partagent les fruits de leur verger, un peu De lait, et dont la huche obscure près du feu S'entrebâille au Pater des cueilleuses de simples.

Hélas ! ô vœux d'enfant craintif perdu dans l'ombre ! Ne sais-je pas qu'aux bras liés du divin geste Il faut les rubis bruts et l'âpre métal sombre

Du bracelet pesant des voluptés humaines, Et que la pauvre chair de faiblesse reprenne Son chemin vers l'amour et sa toute tristesse !

EN vérité, je vous le dis, heureux les simples Qui, suivant ma doctrine, ont vécu loin des villes, Et, les reins alourdis du poids des grappes saintes. Jusqu'au soleil couchant ont vendangé ma vigne.

Heureux la femme forte et l'époux aux mains jointes Dont ma demeure accueille et le fils et les filles : Heureux, dis-je, sur tous, l'homme qui se résigne Et range, en bénissant ma loi, sa lampe éteinte.

J'aime ceux qiii sont nus et j'aime ceux qui m'aiment, Et je prête ma force à leur faiblesse humaine. La lèpre des enfants de luxure m'éloigne ;

Mais l'Esprit qui m'assiste et me tient sous son aile

Guide dans les chemins de la vie étemelle

Ceux dont le cœur est pur comme un ciel plein d'étoiles.

JARDINIER, jardinier, que ta maison soit gaie, Ton rucher en rumeur et ta chambre à fruits pleine, Et que le thym s' argenté au fil de ta fontaine ! Si quelque mendiant pleure contre ta haie.

Ouvre un cœur attentif au pauvre homme et l'accueille ; Ses larmes béniront ta bêche avant la tâche : Que ta vie, ô mon fils, sous tes actes se cache, Odorante senteur de rose entre les feuilles.

Sois simple. Prie à l'heure où rentrent les colombes. Laisse la foi paisible avec le soir qui tombe Grandir en toi comme un pan d'ombre sur le sable;

Et Dieu te fasse pur et bon, Dieu veuille rendre L'âme qu'on voit au fond de tes yeux clairs semblable Au caillou blanc qui luit sous une eau transparente.

CE cœur, monDieu, qu'avec despleurs de sang je t'offre Et dont j' ai dans mes yeux le sinistre reflet, Ce cœur qui pèse au fond de ma poitrine, il est Sourd, barbare et bardé de lames, comme un coffre.

Occulte gouffre, au bas de ses cercles d'enfer, La Luxure se mord les ailes et blasphème. Pitié ! Seigneur, pitié ! Je te l'offre quand même. Ce cœur, coffre de haine et sépulcre de fer.

Attise pour dissoudre à la flamme ses tares La forge où tu refonds le sceptre et les tiares Il faut, car le métal est adultère et dur,

Le rompre, le remettre au feu, le battre encore. O ce cœur qui t'appelle en vain et qui t'adore ! Tout le sel de la mer ne le rendrait pas pur.

L'AMOUR humain, Seigneur, est un jardin stérile, Et c'est, hélas ! en vain que nous aurons bêché Cet âpre sol, pétri de pierre et desséché. Où l'astuce en rampant siffle comme un reptile.

Terre en feu, le rosier sauvage de l'idylle

Y meurt avant le soir d'un insecte caché,

Et les flancs de la femme encor chauds du péché

Y sont pour le bon grain un sépulcre d'argile.

Nous n'aixrons pas rempli les coffres du grenier. Il est tard ; sur les mains lasses du jardinier Le soucieux automne effeuille ses quinconces ;

Et l'homme au cœur déjà plein d'ombre rêve et voit, Là-bas, sous les derniers feux purs du jour, la foi Rayonner comme un fer de bêche dans les ronces.

LE sable clair du temps fuit des plus larges mains. Les serments et les blocs de pierre se disjoignent. Quand les héros dorment veillés par la Victoire, La Mort, tambour brutal, roule un rappel d'airain.

On sonde le profond secret de l'être en vain. Et le poète, ivre d'azur, d'or et de gloire, Qui va, les bras levés, pour cueillir les étoiles, Heurte son front au cintre bas du rêve humain.

L' heure, hélas! glace et clôt les lèvres bien-aimées. Les feux de belle pourpre expirent en fumées ; Et le soleil se couche au fond de tous les cieux.

On se retourne, un soir, sur la route suivie :

Il fait froid, la nmt tombe, on est seul... Pauvre vie

Qu'on n'a pas dévouée au service de Dieu !

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