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Le curé de campagne, par l'abbé

Ma dernière entrevue avec Félicie fut pénible pour tous les deux. Je comprends que j'en devrais à mon lecteur les détails les plus intimes : ils font naturellement partie de ces mémoires. Et cependant je demande grâce. Il m'en coûterait trop ! J'aime mieux prendre, l'une après r.autre, les pages que j'écrivis le soir même sur Fun de mes petits calepins qui, mouillés de mes larmes, furent les uniques confidents de nos profondes douleurs ; les relire Une dernière fois, une dernière fois encore, y épancher tout mon cœur avec mes sanglots, et les brûler tristement, et jeter leur cendre sur le pavé de la rue, de peur que jamais un regard ou indifférent, ou railleur ne vienne à

les parcourir. Je ne veux pas les transcrire ici pour que l'impression les livre un jour, avec le reste de mon récit, à la curiosité de tous. Les grandes amitiés sont comme l'amour ; on doit en abriter les épanchements sous le voile pieux du mystère. Si le tableau des angoisses de nos jeunes âmes, au moment d'un pareil adieu, était vu de tous mes lecteurs, quelque sympathiques, quelque bons que je les suppose, il me semble qu'il tomberait sur cette scène comme une espèce de profanation.

Saurait-on la comprendre?

Je dois avouer seulement que Félicie fut plus forte que moi. Elle n'eut aucune de mes défaillances. Soit que notre avenir lui parût moins sombre que je ne le voyais dans mon désespoir, parce, que je connaissais mieux qu'elle les haines implacables de mes ennemis, et qu'un triste pressentiment me montrait dans ma carrière, dorénavant troublée, des persécutions sans fin ; soit que Dieu ait mis dans le cœur de la femme des espérances plus tenaces pour mieux consoler l'homme, trop porté à douter de lui-même parce, qu'il touche, de plus près qu'elle, les réalités de la vie; soit peut-être que, par un héroïque effort, elle dévorât son amertume, pour faire luire aux regards de son ami des illusions consolantes ; elle fut mon ange dans ce douloureux Gethsémani.

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