DOULOUREUSES SÉPARATIONS
Elle consola sa mère et moi: car madame de Lazerat m'aimait comme on aime un fils, notre séparation était cruelle pour son cœur. « Qui sait, me disait-elle, si je vous reverrai jamais ! »
En me jetant dans ce petit village du haut plateau, appelé Picherande, au versant méridional de la montagne, on me plaçait à quelques kilomètres des bains du Mont-Dore. La santé de madame de Lazerat, le besoin de prendre ces bains d'air de montagne, plus efficaces encore que ceux des eaux minérales , ramèneraient , presque tous les ans, mes deux bienfaitrices dans le lieu même où, pour la première fois, nos âmes s'étaient données. Ce n'était donc pas un éternel exil.
Telle fut la consolation que trouva.Félicie dans son ingénieuse tendresse de sœur. Elle en fit un thème qu'elle enveloppa de commentaires séduisants. En passant par la bouche de celte femme, tout cela prenait corps; le rêve d'une vie moins tourmentée m'apparaissait, dans le moment, conune une hypothèse très-raisonnable. D'ailleurs, selon elle, il fallait être conséquent avec ma foi dans la Providence. Et s'il y avait un jour plus grande somme d'amertumes que de joies paisibles, c'était le lot des âmes que Dieu veut rendre fortes, en les faisant passer par le creuset des dures épreuves.
C'était, hélas! Tunique pensée sérieuse qui do-
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naânât la situation nûuyeUe qui m'était faita. Il n'y ayaii, pour l'un comme pour l'autre, qu'à se courber devant la loi fatale de la sou£france. Durate.
Une autre grave question se dressait devant mi>L II me répugnait horriblement d'arracher ma mère et mon père aux douces routines de leur vie de petits citadins. La fabrique de la cathédrale a¥ait fini par accorder à mon père un logement propre, presque confortable. Avec le traitement qu'elle allouait, ils vivaient là paisibles. N'était-ce pas une barbarie de les traîner au milieu des neiges, dans un village sale et mal habité, de leur donner pour concitoyens XK)uveaux des montagnards sauvages? Les transplanter, à leur âge, loin d'une jolie ville, au climat doux, aux ressources de toutes sortes pour les besoins de la vie, dans la solitude d'une montagne aride, les en&uîr sous le toit d'un m'isérable presbytère, ma^ tendresse pour eux y répugnait profondément.
Mon vieux père ne résisterait pas à ce changement brusque d'existence. Devais- je l'enmiener avec moi pour lui ouvrir immédiatement sa tombe?
Je sentis, je l'^ivoue, mon courage faiblir quand je leur annonça la nouvelle de mon brusque départ C'était le premier grand chagrin que je leur
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donnais depuis mon sacerdoce. Il m^était également difficile de leur dire que je les emmenais awc moi, ou que je me séparais d'eux et que je les abandonnais.
Mon père comprit cela avec son bon sens d'homme du peuple.
— Mon enfant, me dit-il, tôt ou tard tu devais être curé, n'importe où. Résigne-toi. Ma première pensée serait de te suivre; mais je suis encore vigoureux pour mon âge ; je puis, pendant quelques années, gagner ici mon pain. Ce sera bien^ assez que je sois à ta charge au presbytère quand mes forces ne me permettront plus de porter le bâton d'argent de la cathédrale. Je reste donc ici* Tous les ans, j'irai te voir deux ou trois jours dans la belle saison. Il faut que je sois homme et que je te donne l'exemple du courage. Quant à ta mère, elle est libre.
Ma mère éclata en sanglots. Abandonner ce vieillard, le laisser aux soins égoïstes d'une mercenaire, lui paraissait d'une dureté horrible. Mais ne plus vivre avec son fils! le savoir si loin^ isolé, sans un bon regard, sans l'appui que tout cœur d'enfant trouve dans un cœur de mère, c'était plus que celte femme, qui avait eu pour soft fiis tant d'adoration, ne pouvait en supporter. Sa première parole fut celle-ci :
— G mon Lioune, je ne vivrais pas sans toi !
A cette parole, nous vîmes une grosse larme
rouler dans les yeux de mon père. Le vieillard commençait à trembler devant l'image effrayante de l'isolement. Que ferait-il ainsi seul? Je compris cela et j'eus pitié de mon père.
— Non, cher père, m'écriai-je, je ne vous enlèverai pas tout. Ma mère partagera son temps entre vous et moi. Nous diviserons ainsi la joie et la peine.
Ce terme moyen fut accepté de l'un et de l'autre. Il fut convenu que ma mère viendrait immédiatement avec moi organiser, le moins mal que possible, le presbytère de Picherande, qu'elle reviendrait ensuite passer le reste de l'hiver à la ville, mais qu'elle me donnerait tous les ans les six mois de la belle saison.
Un voiturier d'Issoire, qui venait chaque semaine à Clermont, avec deux voitures tirées par deux forts chevaux, se chargea de conduire mes meubles à Picherande. Sur le devant de l'une de ces voitures était une petite capote en gros cuir bien rembourrée. Une voilure légère eût été dangereuse dans les chemins abruptes de la montagne. Je jugeai celle-ci la plus sûre, sinoh la plus commode, pour ma mère et pour moi.
DOULOUREUSES SÉPâRÂTIONF 9
Je m'occupai du chargement avec cette attention machinale qui est une distraction à la souffrance, quand le cœur vient d'être broyé par quelque coup violent. Après, nous partîmes.
h'ÉCIR NEIGEUX
La matinée avait été assez belle à Clermont^ La vaste plaine de la Limagne était éclairée par l'un de ces derniers soleils d'automne qui semblent caresser la terre avec amour, au moment où ils vont se perdre dans les vapeurs glacées de l'hiver. Nous devions, le premier jour, aller coucher à Plauzat, village assez considérable à la naissance des premiers contre-forts de la montagne. Mon homme, quand nous arrivâmes, trouva que nous pouvions gagner une grande heure pour le lendemain, dont la course serait terrible, et nous conduisit à cinq kilomètres plus loin, au gros bourg de Champeix, où nous trouvâmes une de ces vieilles auberges, vastes et
propres^ ({uî accueillakot, avec mille sems et à bas prix, les voyageurs, avant riQsUUatiûû de nos voies ferrées. U était temps d'arriver au gîte. Le doux soleil nous avait trahis. Depuis une heure uae pluie fine et pénétrante» fouettée par un vent persistant de Touest, n'avait cessé de toniber sur la route. Le voisinage de la montagne rendait cette pluie d'un froid saisissant. Ma pauvre mère se pressait contre moi et semblait chercher, par ce cûjatact, un peu de chaleur pour ses membres frêles et délicats. Je lui surpris quelques frissons. Le devant de notre capote fermait mal, et, sans être mouillés, nous étions imbibés de cet air humide, duquel on dit avec justesse qu'il transperce les os, parce qu'il absorbe violemment le calorique du corps.
— Vous souffrez, mère, lui dis-je.
— Oh ! oe n'est rien*
Heureusement l'immense cuisine de l'auberge avait l'un de ces feux homériques qui ne se trouvent plus que dans les légendes. Une broche énorme tournait devant le brasier. Il y avait là pour un dîner de vingt voyageurs, gigot, chapon énorme, deux ou trois pièces de gibier, le tout fumant avec lenteur et jetant ce parfum de bonne cuisine, une des anciennes gloires de la gastronomie française. Ce qui nous allait plus
qu'une faim à apaiser, c'était la bonne chaleur.
Nous nous plaçâmes devant ce foyer d'une hospitalité si avenante, et peu à peu la force et la vie nous revinrent.
Ma mère était triste, je le voyais : j'étais triste aussi. Nous échangions ces courtes phrases des gens fatigués, dont le ressort moral semble aussi brisé que l'organisme. Je me reprochais ma tristesse. J'aurais dû jeter un peu d'animation dans nos entretiens, réveiller ma mère de ses souvenirs pénibles, peut-être de ses regrets.
Quand je pense à cette soirée, je me reproche le peu d'efforts que je fis sur moi-même, pour adoucir la première séparation de ma mère de cet homme qu'elle savait maintenant laisser souventes fois dans un isolement complet. Mais je me sentais en proie à ces vagues pressentiments qui, à un moment donné, s'emparent de toute l'âme et l'étreignent, sans lui laisser d'autre liberté que celle de ces plaintes sourdes, qui s'échappent involontairement de la poitrine, et qu'il faut comprimer pour ne pas communiquer à ceux qu'on aime cette affreuse maladie morale, contagieuse au plus haut degré, l'abattement.
Après le souper, nous nous retirâmes dans les deux grandes chambres, garnies de lits immenses à la duchesse, qui nous étaient préparées.
l'écir neigeux 13
Cependant la température, déjà froide quand nous avions franchi Tescarpement couvert de beaux vignobles qui sépare Plauzat de Champeix, s'était abaissée encore. La pluie fine de la veille s'était changée en neige. Elle tombait sur le village et couvrait en couches épaisses la vallée de la Couze. Quand le jour parut, nous nous trouvâmes en plein hiver. La vieille ruine qui domine Champeix, chapelle d'un château féodal démoli après les guerres de la Fronde, semblait une blanche apparition fantastique, un sphynx, au manteau de neige, accroupi au milieu de la vallée pour défendre au voyageur téméraire d'aller plus loin. Cette masse étrange me frappa lorsque de ma fenêtre, à mon lever, je voulus me rendre compte du temps. Le monstre était en face de moi; de vieilles murailles noircies, élevées sur les rochers à pic, formaient comme sa tête géante; et, à travers le nuage de neige qui me séparait de lui, je le voyais terrible, menaçant ma faiblesse et me glaçant de terreur.
Je n'étais pas entré encore dans la chambre de ma mère. Je descendis dans la grande cuisine de l'hôtel pour m'informer du moment de notre départ pour Picherande. Je m'arrêtai près de la porte. Le dialogue suivant avait lieu entre mon conducteur et le maître de l'auberge :
— Et VOUS prétendez aller à Picherande aujourd'hui? disait ce dernier.
— Pourquoi pas? répondait mon homme.
— Ce pauvre monsieur, je le plains bien.
— Je plains bien davantage mes pauvres bêtes.
— Sans doute ; mais les bêtes, c'est destiné à souffrir, et ça ne sent pas le mal comme des chrétiens.
— . Oui, mais les chrétiens ont des habits et se font traîner par les bêtes.
— C'est égal, la journée sera rude. Aller à Picherande, mon ami, mais c'est trente-huit kilomètres, sept bonnes lieues d'Auvergne, entendezvous? Ici vous avez la neige; c'est ennuyeux, cela arrête les roues et tient aux sabots des bêtes, mais là-haut, quand vous aurez passé Besse, que vous arriverez vers le lac Pavin et les hauteurs de Vassivière, vous aurez la neige, et de plus la tempête de neige. Cela est horrible, mon ami. Si vous n'avez jamais passé la montagne par les mauvais temps, vous n'avez pas d'idée de cela.
— Que voulez -vous? Il faut marcher.
— Ce que j'en dis, ce n'est pas pour vous porter tort, n'est-ce pas? Mais j'aimerais mieux, à la place de ce monsieur, retourner à Clermont que de m'exposer à plèrir dans les neiges.
— Retourner à Clermont! mais, monsieur Cha-
l'écir nekkdx lo
lufart, vous êtes fou, vous n'y pensez pasi Qu'il serait bien reçu, ce prêtre, de retourner à Cl»mont! 11 faut, dans cet état4à, qu'on marche <3omme les militaires, quoi ! Il est nommé à Picbersaide, voyez-vous, il n'y a pas là de neigfe qui tienne. Devrait-il y aller à pied, il laut qu'il se rende à son poste.
— Oui, mais cette vieille dame va mourir de froid en route.
— Nous l'envelopperons bien dans la capote.
— Mon pauvre garçon, on voit bien que tu ne connais que la route de Cler mont à Issoire- C'est coulant; tu es là en Limagne. Mais, là-haut, tu verras, nos montagnes sont terribles. Songe au proverbe:
« La croix MoraDd Veut un hoiame par an. »
L'entretien dura quelques minutes encore, le maître de l'auberge soutenant son dire, l'autre se faisant fort, étant jeune et ayant de bons chevaux, de braver les vents et la neige.
Les paroles de maître Chalufart m'ataient donné à penser. Qu'allais -je faire? m'^poser moimême, exposer ma pauvre mère, depuis tant d'années accoutumée à l'air doux de la ville! Comme notre conducteur, je pouvais bravar le
mauvais temps; mais ma mère? Cette idée me jeta dans un profond ennui. Il eût été sage, en effet, de retourner à Clermont, d'y ramener ma mère. Mais je savais à Tavance sa réponse. Rien n'arrêterait le courage maternel : elle voudrait braver le danger avec son fils.
J'essayai cependant quelques paroles auprès d'elle au moment du départ. Mais je ne fus pas heureux.
— Je comprends mon devoir, me dit-elle ; vous avez à faire le vôtre. Que dirait-on à l'évêché, si vous n'étiez pas après-demain à votre église?
J'avais, en effet, l'ordre du grand vicaire de me trouver à mon poste le dimanche suivant, et nous étions au vendredi. Je courbai la tête, et, comme le désespéré que rien n'arrête plus, je montai dans la carriole à côté de ma mère.
Nous eûmes quelques moments, à notre gauche, le rocher de Champeix , surmonté de sa chapelle romane, qui m'avait paru un génie menaçant, à l'entrée des gorges profondes où notre pauvre équipage allait s'aventurer. Le gros village de Montaigut se montra bientôt, étage autour d'un monticule, couronné par un château féodal en ruines. Nous passâmes au bas du village, abandonnant la Gouze, dont la vallée nous eût conduits à Saint-Nectaire. Jusque-là, malgré la neige qui
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tombait toujours, nous allions assez bien au pas des chevaux conduisant nos deux chars. Bientôt les pentes devinrent plus abruptes et la route, couverte de neige, plus difficile pour nos deux attelages. Les bêtes souffraient, s'irritaient des obstacles. Au détour des vallées, quand nous nous trouvions en face de courants d'air violents chassant la neige avec impétuosité, il me semblait qu'à tout moment le vent terrible allait nous enlever de la route, et nous jeter dans les abîmes qui se creusaient au-dessous de nous. Ce fut dans ces transes mortelles que nous longeâmes les immenses roches basaltiques qui s'étendent au-dessous du Puy de Murât» entre Saint-Diéry et Besse, et en face des grottes curieuses de Jonas, forteresse singulière creusée dans le flanc d'une montagne par les templiers. Nous atteignîmes enfin l'ancienne ville murée de Besse. Une petite éclaircie parut se faire : il était une heure de l'aprèsmidi. Notre robuste conducteur fit reposer ses chevaux; il se railla beaucoup des terreurs du maître de l'auberge de Champeix; un peu de neige ne l'effrayait plus. Puis l'éclaircie pouvait durer, et les quinze kilomètres que nous avions à parcourir jusqu'à Picherande ne seraient qu'un jeu.
Cependant des voyageurs qui venaient d'Église-
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Neuve et de Condat annoncèrent à Basse que h Hîontagne n'était pas sûre ; que les neiges s'y entassaient depuis yiQgt-H}uatre heures dans des proportions effrayantes ; que les longues pierres placées le long de la route, pour la faire recon** Baître, m se voyaient déjà plus; qu'enfin au col de Yassivière^ dans la vallée au^lessous du lac Pavin et sur Tautre versant, dans la direction du pont de Chamouze, régnait une tourmente ter* rible à laquelle ils étaient heureux d'avoir échappé.
Tout cela me fut raconté à l'auberge de maître Jergois, dont la bru, jeune et grasse Auvergnate, entoura de soins ma mère, que la route avait visiblement fatiguée.
Mais que faire? attendre au lendemain? les neiges pouvaient s'entasser davantage et rendre la montagne plus impraticable encore. Puis mon Auvergnat d'Issoire avait hâte de redescendre à Clermont, où ses intérêts l'attendaient pour le marché prochain^ Ma mère, cette fois, se laisserait vaincre, je n'en doutais pas; mais la difficulté n'était plus là» te jour même, le lendemain, n'importe, à moins d'hiverner* à Besse, il fallait s'aventurer dans cette effrayante région où sévissait avec toutes ses horreurs la tempête neigeuse.
Mon homme trancha la question.
— Je veux partir, monsieur le curé, je veux
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partir, me dit-il d'un tan qui indiquait une décision irrévocable. J'ai fait marché pour vous conduire à Picherande. Il faut que demain je sois à Issoire avec mes charrettes. Voulez-vous, que je dépose ici votre mobilier? Si cela vous arrange, payez-moi, et bonjour; sinon, en roule, et à la ^arde de Dieu !
Ma mère me regarda.
— A la garde de Dieu! reprit-elle. Rendons- ]iM>us, mon fils !
Je pris cette parole comme un ordre d'en baut. D'ailleurs, que faire ? Je n'avais qu'à céder à la fatalité, cette résultante cruelle, dans la vie, des farces combinées de l'homme et de la nature,, libres ou non- Ce ne fut pas sans un violent serrement de^ ccmr que je me plaçai à côté de ma mère dans la seconde charrette. L'Auvergnat conduisait te première devant nous. Le cheval docile qui nous m.enait n'avait qu'à suivre. C'est l'usage du pays, qu'un seul homme dirige ainsi un double équipage. J'étais là, au besoin, pour donner un mouvement aux rênes, si je me fusse apeEça que la hèle se détournât du chemin.
Besse est une petite ville du moyen âge, autrefois fortifiée et dœiantelée aujourd'hui; mais la route ne traverse pas ses rues trop étroites. EBe
suit le tracé des. anciens fossés du côté du levant, et gagne bierrtôt le versant occidental d'une large croupe formée de roches volcaniques, descendues des volcans que domine le Puy de Percussa.
C'est surtout dans les grandes altitudes que quelques mètres de plus changent tout à coup la température. Besse, placée au bas de la croupe volcanique dont j'ai parlé, est encore habitable l'hiver. Un kilomètre plus haut vous place dans la région du plateau qui s'encombre de neiges et que l'homme a dû fuir comme trop rude pendant l'hiver. Je m'aperçus aussitôt de ce changement.
Toute la vallée de Besse, en montant jusqu'au lac Pavin et à Vassivière, si splendide de végétation pendant la saison chaude, n'était dans le moment qu'une affreuse gorge que parcourait un courant d'air d'une impétuosité effrayante. J'avais habité Royat dans mon enfance; j'étais familiarisé avec les neiges. Mais Royat n'est qu'une petite anfracluosité dans le flanc d'une montagne. Au-dessus de Besse, nous étions en pleine région alpestre ; au delà du lac Pavin serait le col, aux pieds du Mont-Dore, où se divisent les eaux de la Dordogne de celles de la Loire; par conséquent le point culminant du plateau. Là les vents régnent en maîtres; là se livrent ces luttes au milieu desquelles des hommes seraient enlevés comme des brins de
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paille, s'ils avaient le malheur de se trouver au choc même de ces masses redoutables d'air portant les neiges soulevées et les balayant, dans les plaines nues du plateau, comme le simoun balaye les monticules de sable dans le bassin brûlant du Sahara.
Nos chevaux, dont le repos de quelques heures à l'auberge de Besse avait ranimé les forces, quoique violemment fouettés par la bourrasque glacée qui se leva bientôt, quand nous eûmes franchi les dernières cabanes qu'on trouve au sortir de Besse, soutinrent assez bien le premier choc. Nos regards se portaient avec effroi au fond de la vallée, que sa nudité rendait plus profonde. Heureusement nous avions à notre gauche de belles futaies de hêtres qui, formant barrière contre nous, protégeaient les atomes vivants appelés des hommes, se hasardant au combat contre ces puissances aveugles auxquelles les forêts de chênes et de sapins séculaires souvent ne résistent pas.
— mon fils, nous sommes perdus ! me dit ma pauvre mère.
Nous n'étions plus en effet dans un monde connu. Notre frêle équipage n'avait pas à braver ce qui est appelé de tous un mauvais temps, c'était récir^ la tempête neigeuse avec toutes ses horreurs.
Ceux qui ont essuyé sur les mers de longues et terribles tempêtes, qui ont voulu se rendre copaple du phénomène, mesurer en quelque sorte les fureurs de l'élément irrité, qui, pendant des heures, ont prêté l'oreille aux bruits effrayants des vagues se heurtant, se brisant, sifflant, hurlant comme des monstres inconnus aux voix étranges, et supporté la vue terrifiante de la mer dans sa rage et dans son indicible tourmente, peuvent se faire seuls une idée de la tempête neigeuse. Les -deux phénomènes se ressemblent pour l'intensité, pour la durée, pour la terreur. L'homme, à ces heures épouvantables, cesse de se croire dans les conditions normales de la vie. Une frayeur secrète 6t invincible l'a gagné. Le vieux marin éprouve ce sentiment d'effroi comme le passager éperdu qui se trouve pour la première fois dans cette angoisse; il n'est rassuré ni par l'habileté de la manœuvre, qui fait face aux flots menaçants, ni pair la force du navire qui le porte, et qu'il sent craquer de toutes parts , comme s'il allait être broyé à la minute même sous l'étreinte puissante du génie des tempêtes. Et ce n'est pas l'espace d'une heure seule que dure le martyre de l'homme, jusqu'à ce que tout sombre dans l'abîme ou que le calme vienne à renaître, ce sont des nuits entières, nuits terribles dont Dieu seul connaît les
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désespoirs et les tortnres. Les péripéties da drame qui se passe durant les tempêtes neigeuses sottt les mêmes. Il y a rage d'éléments là et là. Derakût ce prodigieux développement de forces ennemies, l'homme est porté à croire, ce qui fut l'idée au moyen âge, consignée encore dans le rituel, qu'une puissance supérieure, un démon venu de Tenfer, dispose du monde matériel et s'aicharne contre lui pour l'anéantir.
Ce qui rend Yédr neigeux plus effrayant encore, s'il est possible, que les tempêtes sur les mers, c'est que l'homme est là en lutte corps à corps arec l'élé^ ment fougueux qui s'attaque à lui. Au milieu de la vaste solitude du plateau élevé, que labourent des masses impétueuses de neiges, aussi redoutables que les plus hautes vagues de FOcéan, c'est son frêle organisme qui est menacé. Il n'y a rien entre l'ouragan fougueux et lui. Vécir arrête son haleine, glace ses membres, le saisit de ses tourbillons, le pousse devant lui comme un grain de poussière, jusqu'à ce que, roulé dans quelque creux de vallon, broyé contre quelque roche qui l'arrête, il disparaisse sous une tombe neigeuse.
Tant que nous eûmes l'abri protecteur des con*-
v^ tre-forts boisés de hêtres, qui s'étendent jusqu'à*
lac Pavin, la lutte fut possible contre la tempête*
Notre robuste conducteur, tenant la tête du contoï.
\ dirigeait habilement son cheval que les rafales de neige venaient frapper aux naseaux, et auraient rejeté bien vite hors de la route, si une main forte et exercée ne l'eût continuellement retenu. Nous venions ensuite. Par instinct, par habitude, l'autre bête se tenait aussi près que possible du premier char. C*était notre sécurité, et je me gardais bien de lui faire sentir les rênes. L'ascension, du reste, n'avait rien de bien rapide et laissait aux chevaux leur force. Mais les roues des chars s'enfonçaient de plus en plus dans la neige. Aux pieds du cône volcanique dont l'immense cratère forme le lac Pavin, l'un des plus splendides lacs du Mont-Dore, nous passâmes entre deux maisons, Tun des derniers hameaux habités de ces hauteurs, qui porte le triste nom de Gelât. D'un moment à l'autre la température devenait plus glaciale. Nous ne tardâmes pas à perdre l'abri protecteur des versants volcaniques. Le faîte du plateau n'était plus qu'à deux kilomètres devant nous. Là commençait la lutte terrible.
Nous étions aux pieds du Mont-Dore, dont la masse gigantesque se divise en plusieurs hauteurs appelées Puy de Paillari, Puy de Sancy, Puy Ferrand, et dont un énorme contre-fort basaltique, plus rapproché de nous, s'appelle Puy de Chambourgilet. C'est là le théâtre de ces effrayantes
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tempêtes neigeuses que le peuple désigne sous le nom celtique d'écir, ou de foudre de neige, expression d*une grande justesse, puisque Thomme souvent, au milieu de ces tourmentes, tombe asphyxié comme s'il était frappé d'une décharge électrique.
Mais voici ce que le peuple ne sait pas.
Le Mont-Dore, la plus haute montagne de la France centrale et dominant le plateau, attire à lui les vapeurs de l'Atlantique. Ces vapeurs, condensées en nuages épais, attiédies par la molle température des régions calcaires qu'elles traversent, arrivent entassées en masses énormes et viennent se briser à la barrière des montagnes. Ce qui était pluie dans la plaine devient neige sur les pics et sur le plateau. Mais ces masses d'eau que les couches glacées de l'air changent en neige dans les hautes régions se succédant, comme les vagues soulevées d'un océan à l'état de tempête, acquièrent une force prodigieuse. C'est réellement une mer agitée, mais qui follement est emportée dans les airs, qui balaye les flancs des pics, fouette les cimes des rochers, passe entre les hauteurs avec la force des courants impétueux et fait, à certains jours, de ces vastes solitudes, parsemées de loin en loin de pauvres villages, une région de désolation et de mort.
Ce n'est pourtant pas encore Yécir.
Contre ces vagues de la mer neigeuse, se suceédant imposantes et terribles, vient se heurter un courant, non moins impétueux, appelé le vent du nord. En raison de la grande loi de l'équilibre des fluides qui fait se précipiter vers les tropiques des masses d'air destinées à rafratchir les régions ehaudes, le vent du nord, arrêté tout à coup par la haute muraille du plateau, prend, en raison même de l'obstacle et de l'accumulation des couches d'air attirées vers le midi, une violence extrême. On le voit bientôt s'engouffrer dans les gorges profondes des montagnes. Là il acquiert une grande vitesse. Ces gorges deviennent alors comme le soufflet de forge où l'air accumulé gagne une force prodigieuse. Qu'on se figure des masses d'air resserrées entre des parois, souvent à pic, de plusieurs lieues de longueur, et débouchant tout à coup sur des plateaux nus où tes vents d'ouest apportent le tribut de l'Océan congelé en poussière neigeuse.
Deux forces, à peu près égales, se trouvent en présence. La masse d'air venue du nord marche avec plus de violence. Elle sort de ces soufflets gigantesques des vallées où s'est accélérée sa vitesse. Mais ta masse d'eau congelée, tombant avec une persistance opiniâtre, offre aux courants opposés une résistance invincible. De là le combat.
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Nous le vîmes bientôt dans toutes ses horreurs. Le vent du nord, débouchant de la longue vallée de Besse, que nous venions de parcourir, soufflait violemment derrière nous et poussait nos chars. Cétait momentanâi>ent un secours : nous faisions partie de la tempête. Et tant que nous serions dans le courant, aidés par lui, nous pouvions espérer de traverser le col où il y avait à redouter la grande lutte. Mais le froid gagnait à chaque mètre que nous gravissions en altitude. L'air était devenu d'une vivacité à prendre à la gorge, à étouffer. Il fallait se mettre la main sur la bouche pour le tamiser en quelque sorte, avant de le laisser arriver à nos poitrines déchirées par chaque respiration. C'était intolérable, c'était à mourir.
Nous ne tardâmes pas à nous trouver au fort de la tourmenite, à ce point de lutte, que j'ai indiqué, des deux courants au sommet du vaste plateau* Nous étions en face de Vassivière. La vieille croix de pierre, élevée au seizième siècle à la naissance de la montagne, était en partie recouverte par les neiges amoncelées à ses pieds. Nous allions prendre les pentes douces qui nous auraient conduits à Kcherande. Nous nous engageâmes en eflfet, durant quelques centaines de mètres, au delà de l'arête du plateau. Mais là, rien ne nous protégeait plus. C'était le désert nu, le vaste désert chargé de
neiges s'entassant en monticules que formaient les vents avec leurs mille caprices.
Tout à coup, aux sifflements aigus de la tempête, qui nous avaient fatigués durant notre route, sur les flancs de la gorge profonde d'où nous venions heureusement de sortir, succéda un bruit sourd, mais terrible, pareil au. roulement de plusieurs chars ou à des tonnerres lointains, au moment où s'annoncent les orages. Ce bruit venait de plusieurs points à la fois, comme, dans un jour de grande bataille, des décharges d'artillerie se font entendre dans des directions opposées et mêlent sans les confondre leurs effrayantes détonations. Bientôt le jour, déjà très-faible, s'obscurcit encore. Le combat définitif s'était engagé dans ce vaste champ clos. Les masses neigeuses triompheraient-elles de cette colonne immense d'air venue du nord qui nous avait poussés nous-mêmes, presque portés, depuis sa sortie violente de la vallée? Ou bien cette immense colonne d'air, ne rencontrant devant elle ni pentes abruptes de terrain, ni roches isolées, ni forêts pour arrêter sa marche impétueuse, allaitelle balayer le plateau et refouler les nuages neigeux dans les régions basses? Là était le problème.
Quoique je n'eusse jamais assisté à ces scènes grandioses et terribles, j'en comprenais les causes, et je me vayais au milieu même de l'effrayante
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mêlée des éléments les plus fougueux. Nécessairement aucune des forces ne céderait tant que durerait l'équilibre; et le danger, l'immense danger, était dans les proportions à peu près égales des forces mises en présence. Ce bruit qui nous avait tant effrayés n'était que le prélude : il se changea bientôt en quelque chose d'indicible, qui n'était ni la majestueuse voix des tonnerres, ni les bruits mélancoliques des vents, quand Thiver les voit régner en maîtres sur ces vastes contrées. C'était comme un jet saccadé de bouffées horribles, comme une langue nouvelle de tourbillons se formant, s entremêlant, se poussant avec furie. Et cette parole, tour à tour stridente et étouffée €omme des râles de milliers d'hommes mourants, donnait à la scène une vie réelle. Ce n'étaient plus des myriades de molécules se heurtant, selon des lois très-connues de statique, et devant, à un moment donné, rentrer dans le repos ; c'était une rage d^êtres vivants et invisibles, de monstres aux terribles aboiements; de vaincus succombant dans des colères impuissantes; de vainqueurs faisant sonner la charge et poussant ces hurlements des hordes sauvages qui, dans le monde • antique, imprimaient la terreur aux plus fières légions. S'il ne se fût pas agi, à cette heure solennelle, de l'être que j'aimais le plus au monde.
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de cette mère tremblante de frayeur et de froid à mes côtés, dans ce pauvre char qu^une secousse pouvait emporter comme une paille légère, j'aurais aimé ce spectacle, j'en aurais étudié les péripéties et contemplé, en curieux, le dénoûment étrange.
Si j'avais pu commander à la nature, au nom de l'amour filial, ces vents impétueux du nord, vainqueurs des masses neigeuses, les eussent rejetées dans les régions calcaires du bassin occidental de la France, on elles seraient allées se résoudra en pluies diluviennes.
Nous avancions cependant au miUeu même du fracas de la tourmente, quand un. phénomène étrange et que je n'avais pas soupçonné se présenta devant nous, et nous glaça d'effroi* Une trombe, qui semblait tenir la moitié de l'horizon, s'avançait de l'ouest. Ce n'était pas seulement de la neige, c'était un entassement, une cataracte de neige. L'horrible cette foi^, je ne l'avais jamais vu, était sous mon regard. La trombe, large comme une montagne détacliée de la terre, s'avançait vers nous dans la direction du pont de. CLamouze, et semblait suivre le sillon même de; la ïoute nivelée que parcourait noire attelage. Son bruit égalait, cette foia, celui du tonnerre,, mais dur^ sec, sans écho, comme des vaguea impétueuses retombant
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les unes sur les autres» comme des rocs énormes s'éeroulant et ne produisant qu'un fracas d'un instant dans leur brisement successif.
U me sembla que le conducteur me criait ceci :
-~ Yitet vite! fouettons les chevaux!
En effet son vigoureux cheval, fouetté par lui et lancé sur une pente douce, s'avança rapidement» Bientôt, tant les neiges soulevées assombrissaient le ciel, l'attelage disparut à mes yeux, quoique pr<^ablement il ne fût pas à une grande distance sur la route» Mais le char, lourdement chaîné, mené de toute la force d'une bête excitée du fouet et de la voix de son maître, traversa conune une lourde flèche la masse effrayante de la trombe et put en braver le tourbillonnement terrible.
J'avais moi-même agité les rênes du cheval qui nous conduisait. Je l'avais excité de la voix. Mais la bête routinière, ne voyant plus devant elle le premier char, refusa d'avancer. Ses oreilles se dressaient. J'essayai du fouet : elle regimba, et je vis le moment où, n'étant plus maître d'elle, elle quitterait la route que je voyais encOTe heureusement devant moi. Cependant la trombe menaçante s'avançait sur nous, implacable^ irrésistible. Son tonnerre, cette fois, avait des éclats, c'était bien la foudre de neige, l'^ctr. Dans la lutte des masses neigeuses et du vent du nord, entre ces forces qui
cherchaient à se détruire, les neiges pesantes avaient formé cette masse que j'ai comparée à une montagne que les vents opposés, ne pouvant nî repousser ni entamer même, faisaient tournoyer avec fureur dans une orbite immense. Nous étions maintenant immobiles par l'obstination de la bête effrayée, épuisée, glacée peut-être. Je vis le danger: nous étions perdus, bien perdus! C'était le naufrage dans cet océan de neiges. Je dis à ma mère de s'accrocher fortement à la voiture, et je me précipitai à la tête du cheval, pour le remettre dans la route et le guider moi-même, quelques moments encore, s'il était possible.
Mais à peine avais-je saisi la bride que je sentis comme le sol trembler. La voix horrible de Yécir m'étourdit comme la détonation d'un obus qui éclaterait : la neige,- épaisse comme la poussière violemment soulevée sur un grand chemin, entra dans mes yeux et m'aveugla. Je ne vis plus rien, je n'entendis qu'une chose, un cri effrayant, un cri de désespoir suprême, le cri de ma mère. Notre char, le plus léger, qui contenait les meubles les plus encombrants, offrait à Vécir plus de surface; je le sentis emporter à plusieurs mètres de la route et craquer dans sa chufe. Le cheval suivit, et, par un instinct qui n'avait rien de calculé, je me cramponnai fortement à sa bride et je me laissai em-
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porter, soulevé comme un enfant auquel la main du père fait franchir un ruisselet étroit.
Que se passa-t-il? Combien de temps restai-je comme un homme qu'on eût violemment frappé sur le crâne et qui serait tombé dans un complet étourdissement? Je l'ignore. Seulement il arriva ceci, que je me sentis étouffer, qu'un corps vivant placé près du mien s'agitait dans des convulsions étranges. La vie me revint, peut-être au contact de ce corps. Le même instinct, qui m'avait dit de m'accrocher à la tête du cheval, me porta à m'agiter moi-même. Il y avait hâte. Après le premier sentiment de la vie, je sentais Tétouffement, l'asphyxie. Tant que l'évanouissement avait duré, j'avais moins risqué qu'à cette heure. Dans ces moments où les perceptions ont une rapidité électrique, je compris que la partie la plus résistante sur laquelle je me débattais touchait au sol. Je fis sur mes genoux un effort prodigieux. Pressée par le même instinct, la bête cherchait à se soulever, mais, retenue aux limons du char, ses efforts étaient impuissants. A demi redressé sous la couche de neiges, je me mis, comme la taupe enfouie qui cherche à se dégager, à perforer la neige au-dessus de ma tête. La résistance, je le sentais, n'était pas extrême; mais mes forces se perdaient. Le contact glaçait l'extrémité de mes mains. Le reste
d'énergie physique se concentrait dans les poignets, et ce puissant instinct de conservation qui est en nous me disait que, quelques minutes encore, je restais là dans ce tombeau. Par une constriction violente je fis, de mes doigts rapprocha fortement et légèrement recourbés, une espèce de palette mobile destinée à pénétrer la neige. Ce travail me réussit. Bientôt une de mes mains travailla dans le vide; l'air, et il était temps, arriva à mes poumons. Un dernier effort pour me soulever, et ma tête domina le monticule neigeux sous lequel nous étions enfouis.
Mais, ma mère ?