CHAPITRE m
TOUTES LES RELIGIONS NOUS DONNENT DES IDÉES ÉGALEMENT 7 CONTRADICTOIRES ET SINISTRES DE LA DIVINITÉ. DE l'iDO- LATRIE. DU POLYTHÉISME ET DU MONOTHÉISME, OU DU DOGME DE l'unité DE DIEU.
Chaque peuple eut ses Législateurs et ses Missionnaires, et chaque Législateur ou Missionnaire apporta un Dieu, un Culte, une Religion créés et modifiés d'après les préjugés dont il avait été lui-même imbu, d'après ses propres intérêts, d'après les sentiments qu'il voulut inspirer à ceux dont il s'était attiré la confiance et les respects. Enthousiaste ou fourbe, et souvent l'un et l'autre à la fois, dans les peintures qu'il fit de la Divinité, dans les fables qu'il en raconta, dans les ordres qu'il annonça de sa part, dans les moyens qu'il indiqua pour lui plaire, il ne consulta que son imagination.
Partout, la Religion fut abjecte et rampante; les peuples les plus ignorants et les plus malheureux furent
léa;^utrôs. C'est ainat que VE^pie^: 1^ Sjrie,- ist^lFD^I^p " la Phéniçîe, Tlndostau, peuvent être regardés^ cb:na^|è>| les grands ateliers des Dieux et dés Religions. Cefa^tj^ ces contrées que l'on vit sortir des essaims de- Miis(siQpf| naires qui portèrent au: loin leurs diyinités, leurs^rjijtl^^ leurs mystères et leurs fables. C'est dans rEgypite^StilJlg tout que prirent naissance les folies astrologiqueSjjia^^;! magie, les enchantements, Fart des prestiges, la diyi^^ nation, la prophétie, les songes^ et enfin la Métaph3^si^| § que ou la science des Esprits et les profondeurs d^'jfej Théologie . Un pays malsain, et tel que rEgypte,sdjoiS^ les habitants étaient sujets à un grand nombre de malâ^^tlv^ dies cruelles, devait être naturellement disposa à^4a|^|^; superstition: d'ailleurs un climat chaud a dû parnû leur^ /S Prêtres oisifs faire éclore des spéculateurs sans nombre;^^^des sorciers, des Visionnaires, des Devins, des ^rp^;}/)?^ phètes, des Inspirés et des rêveurs, dont les folies^e^;;^ imposèrent*à un peuple malheureux, et par son tempiél'iv^ rament porté à la mélancolie. En conséguence nous; ; voyons que l'Egypte fut le pays le plus extravagant, lé plus religieux, le plus dominé par les Prêtres ; ceux-ci:^; ont de proche en proche infecté l'univers de leurs révc^>i ries et de leurs superstitions. ^ -^
Telles ont été et telles seront toujours dans les p^eu^o pies les dispositions qui feront naître et qui feront 4 adopter les supertitions etles idées théologiques. Gepjén% dant ces notions merveilleuses n'ayant jamais pour basé que l'imagination, les rêveries de quelques hommes ainsi que l'ignorance, la crédulité, le peu de lumière^ de ceux qui les reçoivent, ne peuvent être invariables- Semblables aux fruits des arbres que l'on transplantjE>^ les Religions prennent, pour ainsi dire, le goût du téÈroir ; les Dieux primitifs changent de face, et lessyâ^ tèmes religieux sont forcés de s'accoinmoder aux cir-r constances et aux idées des peuples, qui varient avécrleurs moeurs, leurs coutumes, leurs principes politiques j
Mï:^^etMé^slatéaTiJ3^8^^^ ■; c'est ainsi qnéxîemémé^
^ïlJi*itf çréiîdtiii;a8pect nouveau chez les Ghrétiôns,'étteur g'/d^âïKandeuiiciilte tout Giflèrent dè<ïelui qui luij^éait? ^autrefois ;le même Dieu et le même système reMgieux v-^\prejH^ent des îiuaaces différentes chez lés diÉéreiïtes s?^j;^iiafâoiKt L'Anglais ne le voit point aujourdlmi des ^.fm^miés" yeux qu'autrefois ; il n'en a plus dès idées aussi ^^ atroees que ses pères, ou que ses voisins qiii continuent
Y a^^ verge de leurs Prêtres. En un mot les volontés immuables du Dieu suprême de l'univers sont
V mwi&fiêes, sont forcées de se prêter aux changements «t ^;. ^x progrès 4es esprits, aux révolutions dès hommes :
^> leurs Doctrines, leurs cultes, leurs liturgies, leurs opi- ; jiâbU» religieuses sont perpétuellement altérés par leurs dTcônstances présentes, toujours plus fortes que leurs .'spéculations merveilleuses: leurs Prêtres, qui jamaisne "sont longtemps d'accord entre eux, ont eux-mêmes oontrîhué à 'changer leurs systèmes religieux. Toilà com- \' ment, pour ainsi dire, les Dieux ont changé de physio- M nbmîe:l«s hommes ne peuvent longtemps penser d'un« façon uniforme sur des opinions qui n'ont jamais l'expérience et îa ï^ison pour base ; leurs chimères sont forcées de se diversifier. Ne soyons donc point surpris si - la Religion enfantée par l'enthousiasme, soumise aux r passions et aux intérêts des mortels, fut changeante comme eux; il n'y a que les ouvrages delà raison qui soient «apa3)les de résister à leurs caprices ; il n'y a que : la Térîtê qui demeure éternellement la même.
Malgré tous ces changements survenus dans les idées religieuses'^ malgré la dissonance des opinions 4es homioesjtontes les superstitions furent, eomineonavu; en tout temps d'accord à voir dans leurs Dieux des êtres ^f^éuxf faciles à irriter, propres à inquiéter : la Divi- ~ aitë fut toujours ennc>we> cîe la tranquillité de T homme, ?es Ministres la peignirent toujours sévère. La Religion :ut J'Empire des ténèbres et dés orages; on n'y
'm^re^JamâtSiiqiL'à larliiear-des éclaks ;L8ôsi:Jrà|#^;f '^ facent aF«ugi6a»<et jses décrets far£^ exécutés, ip^^a^^ili difficiles etfdéraiâoimablesi{a'ilspara8sei^,.qttôlfae~O0ii«-^^^ i traires qu'ils .fosseat à la nature, k la raison,, an Ji>.oii ';~ sens, i^u pejwwdu^geni^ humain ;;lesjaatioasej3#ié0S^ n^9sèreni:; point examiner les ordres dô le«E8 BMttii|^ïv^| elles ^Sie crurent forcées d'ohéir ; elles se flattèapeirt^sdfeii les rendre propices, même en loutrageai^ lia ins^i:^^i;^iÉi^1^ yiolànt ses lois les plus sacrées, en anéantissant U^H^^^:^^ propre félicité. - '''MM
. « Je suis [dit Jehov ah) un Dieu jaloux, vindîéa|if^:i5^ «impitoyable. Hébreux! je ne vous ai tirés dés JPm«SJ^^ « que pour servir ma jalouse fureur ; j'abandonne 4^^ « votre rage la personne et les biens de Hmpie Canî&^;?^^ « néen. Dépouillez, exterminez des nattons qui m!îiTÎ'^ v i^ « tent par leur culte ; périsse tout jnortel qui ne ine. -x « connaît point; que l'enfant àlamamelle^ que lafemmel ^; « éplorée, que le vieillard débUe, que la broifce eUer^ > v^: « même soient impitoyablement égorgés. Ne craiguezio-^;; « rien, je marche à votre tête, je dirige vos coups, j'?^t,. « plaudisetje récompense votre inhumanité'; Jô suis le, « Dieu des armées. C'est moi qui crée le juste et l'ân^^ « justejla vie et la mort sont à moi ; toute la terre.est> « mon domaine ; obéissez et tremblez, car je sois le « Seigneur ,; je r^nge la désobéissance des pères j>ur ^ « leurs enfants innocents. ».
« Ecoutez i((8'écrie Molack} Typism ei GarthaginsisI « Je suis un Dieu sanguinaire ; faites nager mes lautels « dans le sang^ Poiœ me rendre favorable, ^uév la « .âamme dévore vos enfants, que la mère endurcie jme « présente d'«in xbîI sec sonMs palpitant ; jmon oreille «^^ est charmée 4es cris de l'innocence 5 mon odcaat est « âatté îde la fumée des chairs brûfléea; c'est >^ étouffant « la nature que l^on réussit à me plaire. >
« Romains! combattez avec fureur (leur disent de
^ V f-^Bieux injustes, qui leur abandonneût' la terre pour la -
«ravager), que le guerrier se dévoue et périsse avec
» ' « courage : que la férocité soit pour vous la première
« des vertus ; vos Dieux approuvent la rapine et lé
« meurtre ; accomplissez leurs oracles cruels : que vos
^ ' « bras victorieux fassent du monde entier le séjour du
/ « carnage : que le genre humain soit égorgé sur l'autel
- «. de la patrie : que la nature lui soit immolée sans
« pitié. »
< Mexicains I (dit un Dieu sauvage) volez à la con-
« quête ; attaquez vos voisins ; saisissez des captifs pour
' « lés égorger devant moi : que leurs coeurs fumants me
« soient oiferts . Je suis affamé de chair humaine ; son-
« gez à me rassasier, ou craignez mon courroux. »
« Mortels, engendrés dans ma colère I (dit le Dieu des « Chrétiens) prosternez vos fronts dans la poussière ; <( immolez votre raison; sacrifiez-moi vos penchants les ' « plus doux; fuyez les plaisirs de la vie; détachez-vous « de vous-même et des objets que la nature vous rend « chers; haïssez un monde pervers, je suis jaloux de « votre cœur, rendez-vous misérables ; que ramertume « et la tristesse empoisonnent vos jours ; je ne vous ai « donné l'être que pour me repaître de vos douleurs ; ' « ce monde n'est qu'un passage où je prétends vous « éprouver; souffrez, priez, gémissez, afii^z-vous dans / « cette vallée de larmes; j'aimeàvoir couler vos pleurs; « j'entends avec plaisir les accents plaintifs de vos gé- « missements; vos hurlements suspendront peut-^être « mon tonnerre. Quel bonheur pour vous de me con- « naître I Sachez que je réserve des tourments éternels <( à quiconque ignorera mes volontés énigmatiques ; la « raison m'est en horreur, je vous en défends l'usage, «. vivez dans les alarmes ; nourrissez-vous de frayeurs ; « méditez mes jugements ; le temps ne mettra point de . « bornes à ma vengeance aussi cruelle que durable. > l
1 TeLfût.à pe'tt'près le<langagë que toutesles sripiergtîr'^ tions firent tenir aux Dieux; elles èurent-pour max&te^ invariable d'étourdir le jugement des hommes, dëlesaccablerpar la crainte et de les empêcher de raisonner; Quand l'homme est bien troublé on n'a plus besoin dé ^ preuves pour lui persuader de croire ou d'agir comi&e. oh. , voudra/; ^ :■ -:.---.■ '.■•.■• -,v;-Mï#
,Quoi(ju*ilen soit, ceux qui inventèrent des Dieux^^fe^^^ des cultes pour les nations, ne firent d'abord que -per?^:^ sonnifier la nature et ses fonctions et la cacher sousiiïiais voile du mystère et de l'allégorie. Gène fut.pas assezi delà peindre à l'aide de la poésie, il fallut encore pài^; 1er aux sens du peuple, et lui montrer des objets uiîrt<^s|g riels qui fixassent ses regards et qui lui représentas3eni)::ig les puissances invisibles qu'on lui disait d'adorer. Leif;:^ Dieux prirent donc des formes, et T emblème ou figûr0j^;|^ qu'une nation convint d'honorer fut son Dieu : deii;^|^ toutes les figures bizarres que nous voyons devenu? les^l^t objets des différents cultes des peuples ; nous y retro^s^v^ vous néanmoins toujours la nature ou ses diverses opliir^ij^ rations: le temps, les saisons, les révolutions périji^^^A diques des astres, la terre, la fertilité, la génératicm, v^ etc. Voilà les élémens primitifs dont on forma ceàr:| Dieux qui furent et qui seront toujoiirs redoutaliiéjgr^ ^ pour le genre humain, obstiné à donner de la viei d*^ -V^ l'intelligence, des projets à tout ce qui fait de l'impr^r^: sion sur lui ou à toutes les causes qu'il ne peut conce-- /^^i voir. -/■.^ :V^- ''"^
Ainsi les hommes assignèrent toujours dés quàlitW humaines aux forces, aux Agents secrets dont ils ignor-^j: rent la façon d'agir ; il n'est donc point difficile dé .dèyir' ner pourquoi ceux qui leur annoncèrent des Dieux léâ~ \. représentèrent le plus communément sous une forme :; humaine. C'est ainsi que la matière Ethérée, changée e^^^^ /wpiïer, fut représentée sous la formé d'un monarque- i armé de la foudre et porté par l'aigle qui plane au haut dés V airs. C'est ainsi que le temps, déguisé en /SfaiJwrné,pritîà~ forme d'un vieillard inexorable, dont la faulx n'épargne
l''}.yiibm^ c'est ainsi .que la génération, métsunorphosée. en -^ tJ-V^uSy devint une femme aimable, ornée de tons les ']. a|t£ibuts de la beauté, etc.
; ' Mais le vulgaire ne sut jamais, ou du moins oublia >^ bîentôtl'objet qu'on lui représentait sous ces embfêmés "\ -OTiimages; il crut que la Divinité même, ou quelque vertu secrète émanée d'elle, résidait dans la matière :^ 'y grossière ou dans la Ifîgure qu'on lui montrait ; il adora
- ' toujours le bois, la pierre, le marbre, l'airain; ses vœux
"s'adressèrent à ces figures emblématiques, sans que soii { . "esprit remontât jusqu'aux objets que ces figures représentaient. Ainsi naquit Vidolâtrie. Le plus grand nombre des hommes fut et sera toujours idolâtre. Si quelques penseurs plus exercésne virent dans les figurés
- qu'on leur moné'ait que les emblèmes des Dieuxi le peuple y vit les Dieux mêmes ; si dans des Religions plus raffinées quelques spéculateurs sont parvenus à spiritualiser la Divinité, le peuple la vit toujours, la respecta et l'adora dans les signes ou symboles sous lesquels on la lui présenta; parmi nous les hommes qui se
' donnent pour les plus grands ennemis de l'idolâtrie, '. afdorent de cœur et d'esprit le pain sacré sous le symbole duquel le Dieu de l'univers est lui-môme , caché.
Ceux i qui auraient pu détromper le vulgaire, en lui rappelant que les symboles et les formes qu'il voyait n'étaient point des Dieux, n'avaient aucune vertu, mais n'étaient destinés qu'à représenter d'une façon sensible des caus^ invisibles, desagens naturels, ou l'oublièrent eux-mêmes on se gardèrent bien de lui découvrir la vérité; ils furent toujours intéressés à le tromper, à redoubler ses erreurs, à lui persuader qu'ils étaient les possesseurs, les ministres et les interprètes, non d'une statue inanimée ou d'une forme de convention, mais de la Divinité même, d'un être puissant et redoutable, d'une force qui devait en imposer. L'intérêt des Ministres des Dieux est toujours de redoubler l'aveu-
glêàrèttt.-ôt 'hi^Qrpris€F*des "hïraiiûe»,'afiïf dé se, reMl^^t plus importants à leurs yeux. - - " ""^/^ç^
LesTueslKMrnées da Tulgairene lui permettant gtièViâi;\ d'embrasser un grand ensemble, il ne peut se Sgorerdans Torigine ^u'un seul Dieu eût le pouvoir de goiL^^; verner toutes choses ; pour entrer dans ses idées^'ôn ^ fat obligé de multiplier les Dieux et leurs emblèm^ès^^ ou :figures ; l'air, la terre, les mers, le feu, les astres', les temps, les saisons furent divinisées, personnifié»,' représentés : la paix et la guerre, la saxîté et là maladie, rivresse, la volupté, ainsi que les i emords et la tris^: tesse dépendirent de Divinités particulières, ou furéiitr regardésvcomme des effets surnaturels ; enfin chaq<# ville, chaque homme eurent des Dieux particuliers, -des , Lares, àes PénafeSy des Anges tutélaires, des Patrom»; des Saints. - ^
Cependant quelques Législateurs ordonnèrent, dé n'adorer qu'un Dieu, et même de peur que lès peuplés^ n'adorassent son image en sa place ils défendirent de le; représenter sous aucun symbole ou figure. Qnelqnes^ uns d'entre eux eurent des peines infinies à forcer leuirs. sectateurs de n'adresser leurs homimages qu'à un être métaphysique et caché, qui n'en fut que plus proproà faire inutilement travailler leurs cerveaux. Ce ne fut' qu'avec des peines infinies et par des massacres réité<^ rés^ que le chef des Hébreux détourna son peuple du culte du Dieu d'Egypte ; les annales sacrées de ce peuple matériel et grossier nous le montrent toujours disposé à retomber dans l'idolâtrie. Néanmôins^Ia raisôA humaine ne gagna rien à n'avoir qu'un Dieu unique et dépourvu de figure ; cet être vague n'en fut que plus propre à mettre l'esprit des hommes à la torture : léà adorateurs de ce fantôme invisible s'en formèrent des idées bizarres, discordantes, sujettes à des disputes éternelles ; les peuples ne virent jamais en liii iqii'un Souverain j aloux, orgueilleux, animé des mêmes passions que les tyrans de la terre. Ceux qui n'admirent qu'un seul Dieu, tirèrent de son unité même une conséquence.
-f^^trè's dangereuse : ils voulurenlt qu'il -régnât tout ' seul,-
"^ . ils' combattirent pour étendre son-empire, et' persuadés
^ j .^que leur Dieu était le seul Roi légitime, ils regardèrent
- les^ autres Dieux comme des usurpateurs, et traitèrent
^ leurs adorateurs en rebelles que Ton devait exterminer.
; LèsPftlytliéistes furent b\en plus accommodants ; ils pen-
- . sèrent que chaque Dieu avait son district, et que sans ^' l'offenser on pouvait tolérer et même admettre d'autres
\ -Dieux ses égaux. Le dogme de l'unité de Dieu fit de cet
être un Souverain ombrageux, ennemi naturel de tous
^ ceux qui voulaient partager son trône avec lui . Le Poly-
' . -théisme au contraire supposa que les Dieux des nations . formaient une J-r/s^ocrfl^ze ou République de souve-
7 ràins, qui sans nuire à leur bonne intelligence, partageaient entre eux le gouvernement du monde, sans
'" ' qu'aucun d'eux prétendît empiéter sur le département de sou voisin. Lorsque les partisans de ces Dieux différents se firent la guerre, cette guerre fut politique et jamais religieuse ; le Dieu de la nation subjuguée recevait la loi de celui de la nation victorieuse, ^t souvent recevait les hommages du' peuple vainqueur. Les Polythéistes furent communément moins zélés et plus tolérants que les adorateurs d'un seul Dieu. Le zèle n'est jamais .autre chose dans l'homme que la passion de seconder l'ambition et l'orgueil d'un Dieu qui veut régner sans partage; l'intolérance, la haine et la persécution sont des suites bien plus nécessaires dans un système
" ' religieux quin'admet qu'un seulDieu, que dans celui qui en admet plusieurs.
Soit que la religion n'eût pour objet qu'un seul Dieu, soit qu'elle en admît plusieurs, ce Dieu ou ces Dieux fur
~ rent toujours traités en Rois. Le respect qu'on eut pour ces princes invisibles, ou pour les emblèmes ou figures qui les représentaient, fit qu'onles séquestra de la société ; on bâtit à ces Souverains cachés des Palais que l'on appela des Temj^les\ on les y plaça sur des Trônes, dans des appartements secrets, dont le vulgaire n'psa point approcher, et que Ton nomma SanciMaires\ qh
leur dressa 4ôs4ables OU des Autels ; on leur forma deâi^^ cours composées de Ministres^ d'Officiers et de Servir. ;vj^ teurs, que Ton: nomma des Prêtres yQii&n on ne cessade^ "|i combler de présents ces'Souverains, ainsi que ceux qui >;^; leur furent attachés et que l'on crut honorés de leur ,^ conâance. i/^"
Par une suite des idées terribles que l'on avait don- v:^^ nées sur la Divinité, et pour nourrir dans les cœurs des rî peuples la crainte, le respect, la soumission, l'ignorance %% et la crédulité, on plaça communément les Dieux ou r^ leurs images dans des endroits capables d'exciter et ^;5 d'entretenir ces dispositions dans les âmes. Ce fut dang de sombres cavernes, dans le fond des forêts, dans dès lieux redoutables par leur obscurité que l'on conduisit les mortels pour adorer les Dieux et pour recevoir leuys: oracles. La superstition, dont l'inquiétude, la terreur et la mélancolie sont les vrais aliments, doit éviter le grand jour ; les Dieux ne doivent point se familiariser avec les hommes ; ils ne doivent leur parler qu'obscurément et dans des lieux qui les disposent à trembler ; ce n'est que dans les ténèbres qu'il faut adorer des êtres que l'on ne peut concevoir et dont il n'est point permis d'approfondir ni l'essence ni les décrets.
Les hommes une fois parvenus à fixer sur la terre le séjour des objets de leurs craintes et de leurs espérances, voulurent recueillir les fruits de leurs démarches intéressées. Possesseurs de la Divinité, c'est-à-dire de la Puissance à qui tout est soumis, ils se crurent à portée de se procurer toutes les choses qu'ils pouvaient désirer, d'écarter toutes celles qui leur nuisaient, de fixer leurs incertitudes et même de connaître l'avenir par le secours des Intelligences qui tenaient dans leurs mains les destinées des mortels. Les Courtisans et les Ministres des Dieux ne tardèrent point à les contenter ; on les consulta sur tout, on supposa que les hommes qui jouissaient de la présence et dé la familiarité . du Souverain caché, devaient être instruits de ses volontés, et que confidents de ses projets, ils ne pouvaient ignorer
S^ desseins pour Taveiiir. ^iûsUes Prêtres J^Mjitpaiv ^ • tout les interprètes des Dieux, ils annoncèrent ie.urs oracles, ils prédirent l'avenir, et devenus participants de leur toute -puissance,, ils opérèrent des merveilles dont l'esprit du vulgaire fut surpris et confondu. JLes ' Nations prosternées reçurent en tremblant leurs arrêts ; elles se soumirent sans murmure, elles adoptèrent sans examen les voies qu'on leur prescrivit pour rendre le ciel propice ; des œuvres que l'on crut surnaturelles parce qu'on ignora la façon dont elles étaient opérées, achevèrent de convaincre de la légitimité des ordres qu'on annonçait, et passèrent pour la sanction de la Divinité. C'est ainsi que l'on vit naître une foule d'arts mystérieux, fondés sur le commerce intime des Prêtres avec les Dieux, qui sont connus sous le nom à'Astroloffie^ de Maffiûj de Théurffie, d'Enchantements^ d'Évocations f de Miracles^ de Divination ; ils furent exercés par tous les prêtres du monde, et ces merveilles en imposeront toujours à la crédulité des peuples; leur ignorance, leurs craintes, l'amour du merveilleux et la curiosité les disposeront éternellement à écouter et admirer les imposteurs qui les trompent, et à trouver divin tout ce qu'ils ne pourront concevoir.
Le vulgaire, toujours rempli de l'idée que son Monarque céleste est un être redoutable, n'osa point s'en approcher, il craignit de ie voir de ses propres yeux : semblable à un esclave qui craint de rencontrer les regards irrités d'unmaîtrecolère et capricieux, il chargea ses Ministres, qu'il supposa ses favoris, de le voir pour lui ; le Dieu, caché pour tout le monde, ne se montra d'âbordàceux-ci que sur des montagnes embrasées, au milieu des éclairs et des tonnerres^ dans des solitudes effrayantes, dans des forêts ténébreuses, dans des antres et des cavernes ; dans la suite il ne se fit voir, qu'à ses Prêtres qui seuls purent entrer dans son sanctuaire, ce fut de ces lieux, dont l'accès fut interdit aux profanes, que la Divinité prescrivit ses lois, annonça ses dogmes, régla les cérémonies de son culte, ordonna des rites,
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des expiations, des sacriâces, ,et surtout âxa le sojrt^ô ses Ministres chéris. Ce fut à grands coups de tonnerre . que l'on inculqua aux hommes la manière de servir ieur Dieu, ^t ce ïiit par le inystère qu'on les tint J8q:us,l^i
Joug.- ■ ' , -"'■. [ '']:/.^--'-î
Toutes les superstitions du monde se yantent d'aToir quelque ï)ieu pour fondateur, toutes se fondent sur l^au^ torit^ divine, toutes interdisent l'usage de la raison lorsqu'il s'agit des preuves sur lesquelles elles s'appuien^; enfin toutes menacent des châtiments les plus terribles quiconque aura l'audace de douter des prétendu^ . vérités qu'elles annoncent. En un mot les personnages qui ont prescrit des cultes se sont partout arrogé Ji>droit étrange de se forger des rites et de défendre aux hommes de les examiner. Pour peu que la raison nous parle nous ne verrons dans toutes les Religions que les.ouvrages informes du fanatisme, de l'ambition, de l'avarice et de l'imposture de ceux qui se sont placés entre le genre humain et ses Dieux.