LE ROMAN DES GHÉTIFS. 1K
Parmi eux était un neveu de Corbaran, un fils de sa sœur Florie, qui deviendra, par le bon plaisir des continuateurs de la Chanson de Jérusalem^ la femme de Godefroi de Bouillon.
Tout à coup, un loup descend d'une colline, saisit l'enfant et remporte. Harpin s'élance à sa poursuite ; il désespérait de l'atteindre, quand un singe arrête le loup fatigué de sa course^ lui arracbe l'enfant et monte sur un arbre avec son fardeau. Harpin, assez embarrassé, se résigne à attendre : il attache son cheval à l'arbre et* s'assied tout en guettant le ravisseur, qui ne semble pas disposé à abandonner son poste inaccessible.
Le jour tombe déjà : la forêt se remplit de bruits étranges : quatre lions sortent des fourrés et se dirigent sur le comte :
Harpin tire son épée :
Cerne fist entor lui, et crois del Saint-Espir, ËDsi que ses cevals puet bien dedans jésir.
(12,558, fM 33 recto.)
Les lions essaient en vain de franchir le cercle magique et prennent la fuite en entendant le comte invoquer le nom de saint Jérôme. Puis ce sont des serpents et des troupes d'animaux sauvages qui défilent sous les yeux du chevalier, pour aller s'abreuver à un lac voisin. Enfin, la nuit s'écoule : le singe descend de son arbre et veut s'enfuir ; Harpin le poursuit et lui arrache l'enfant après une lutte acharnée où son étrange adversaire a perdu un bras.
Les aventures du comte ne sont pas à leur terme ; après les animaux féroces, c'est une troupe de brigands qui survient et qui l'entoure. Etonné de son courage, le chef des bandits suspend un moment le combat et lui demande son nom : question dont le trouvère profite pour refaire en soixante-douze vers toute l'histoire d'Harpin et de ses compagnons. Au moment où la trêve va cesser^ Corbaran parait