‹ Le cycle de la croisade et la famille de BouillonChapitre 37 sur 76 · LE ROMAN DES GHÉTIFS · texte numérisé non relu

LE ROMAN DES GHÉTIFS

Ce monstre, nommé le Sathanas, avait bravé toutes les attaques du roi Abraham, qui dans son désespoir avait imploré le seeours du Soudan. Au moment même où Corbaran et les Chétifs arrivaient près du ^repaire du Sathanas, Ernoul de Beauvais, frère de Baudouin, captif comme lui d'un émir turc et chargé par son maître de porter au soudan le tribut annuel qu'il lui devait, s'était égaré au milieu du brouillard dans les forêts du mont de Tygris. Le monstre l'aperçoit, le saisit et l'emporte dans son repaire ; mais ses cris ont frappé l'oreille des compagnons de Corbaran.

Baudouin a reconnu la voix de son frère : il gravit la montagne; saint Michel, sous la forme d'un pigeon, lui indique la retraite du Sathanas, qui s'est caché dans les ruines d'une mosquée, bâtie autrefois par Jonas de Val* Série, frère du roi Hérode. Baudouin y pénètre bravement et tue le dragon. Ses compagnons le retrouvent victorieux, mais épuisé de fatigue, et découvrent avec étonnement, dans le repaire du monstre, des monceaux d'or, d'argent, d'étoifes précieuses, dépouilles des victimes dévorées par le serpent. Ce riche butin est aussitôt partagé entre les Chétifs et les soldats de Corbaran : seul, l'évêque de Forois refuse sa part et celle de ses clercs, au grand désespoir de ceux-ci qui ne comprennent pas cet excès de délicatesse. Le soudan, appelé par le roi Abraham, survient à propos pour être témoin de la victoire de Baudouin et, dans son admiration, il lui accorde la liberté de tous les captifs qui gémissant encore dans les solitudes.de l'Asie. Corbaran revient à Olifeme sans nouvelles aventures et obtient de ses anciens prisonniers, devenus ses amis, la promesse de rester encore quinze jours auprès de lui.

Un matin, Harpin de Bourges était sorti à cheval et suivait lentement le bord de la rivière, en regardant les jeux d'une troupe d'enfants qui se baignaient ou s'ébattaient sur la rive.

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