‹ Le cycle de la croisade et la famille de BouillonChapitre 58 sur 76 · GOBEFHOI DE BOUILLON ET SES SUCCESSEURS · texte numérisé non relu

GOBEFHOI DE BOUILLON ET SES SUCCESSEURS

roi puissant, TAmulaine (Maulana), qui somme Saladin de venir lui prêter hommage. Il obéit ; mais sa soumission apparente n'était qu'une ruse. Il savait que devant le palais de l'Amulaine on tenait toujours deux chevaux tout sellés, pour attendre le futur conquérant du monde, Ali, qui devait monter sur ces chevaux et ne s'arrêter qu'après avoir soumis l'univers. Saladin avait résolu de pénétrer dans le palais avec quelques hommes déterminés, sous prétexte de rendre hommage à son suzerain, de tuer l'Amulaine, puis de mon* ter sur un des chevaux toujours prêts, et de parcourir la ville en faisant crier par les siens qu'il était Ali et en entraînant ainsi la populace. Son plan réussit et le soir même de son arrivée il est le maître du Caire. Son avènement préparait aux chrétiens de terribles désastres.

Pendant ce temps Baudouin de Sebourg était mort après avoir achevé l'éducation du jeune Baudouin et appelé en Palestine deux de ses parents, Baudouin de Fauquembergues * à qui il avait donné le comté de Rames, et Béliant qu'il avait investi du comté de Tripoli. Un troisième seigneur, Renaud de Châtillon avait reçu en flef le Crac de Monréal. Au moment où Baudouin vient de succomber, Saladin marche sur Jérusalem. Baudouin de Rames, Reliant, et Renaud de Châtillon commandent l'armée chrétienne* Après une action indécise où le jeune roi gagne glorieusement ses éperons, Saladin demande une trêve et une entrevue que Baudouin lui accorde. Le musulman entre même dans Jérusalem et assiste au couronnement de Baudouin, puis il part pour conquérir la grande Turquie ou il est repoussé. Le jeune roi a toute la sagesse d'un clerc et toute la

1. Hugues de Fauquembergues, châtelain de Saint-Omer et seigneur de Tibériade assistait à la première croisade. (Bibliothèque, de l'Ecolt des Chartes, année 1874, p. 328 et sqq.)

i06 CODEFROI DE BOUILLON Et ÂÊS SUCCESSEURS.

bi^avoure d'un chevalier, mais il est atteint d'une maladie terrible, la lèpre, qui bientôt le rend incapable de gouverner.

Le seigneur de Montréal profite de l'anarchie pour se rendre à peu près indépendant et pour enlever, malgré la trêve, une caravane turque. Saladin réclame et vient assiéger le château du Crac, situé sur unei hauteur presque inaccessible. Mais le sultan fait crier par toute sa terre, que tous ceux qui veulent gagner de l'argent peuvent se rendre à son camp et que par bottée de sable jetée dans les fossés du château il paiera un besant. Les fossés sont bientôt comblés, et les remparts à moitié enfouis. Renaud va succomber quand Baudouin de Rames décide le roi à le secourir et à dénoncer la trêve. Une bataille sans résultat se termine par une seconde entrevue des deux rois et par la conclusion d'une suspension d'armes d'un mois : mais le roi Baudouin ne survit que peu de jours à ce nouveau traité. Il meurt sans désigner son successeur et les barons pleins de tristes pressentiments se séparent et retournent chacun dans leurs domaines pour se fortifier et se tenir prêts h tout événement.

C'est là que s'arrête la version unique que nous avons suivie depuis la prise d'Acre et qui poussait sans doute l'histoire du royaume de Palestine jusqu'à la prise de Jérusalem et peut-être jusqu'à la croisade de Philippe-Auguste. La dernière partie ne nous est pas parvenue, comme si l'épopée de la croisade avait dû finir avec la race héroïque de Bouillon dont Baudouin le Lépreux était le dernier rejeton.

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Cette perte, nous devons l'avouer, nous laisse peu de regrets. Nous sommes bien loin, non seulement de Richard

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