X PREFACE
rdme qui, dit-on, survit aux séparations mystérieuses de la mort.
ç/linsi m'étaiS'je livré à la séduâion Intelleciuelle de F ancien Cyrano. Son e^ritetson cœur furent pénétrés par mon ardente investigation. Il surgit de son siècle avec sa grandeur incomprise et sa noblesse méconnue.
Je fixai ses yeux oit se réfléchissait le feu intérieur de son âme. Si je m' intéressai quelque temps à ses luttes de dur soldat et à ses estocades de ^adassin é mérite, je m'attachai davantage à la formation de son tempérament littéraire. Je fréquentai F école de Gassendi qui jaçonnait, selon ses conceptions libertaires, les jeunes intelligences soumises à sa méthode.
Devant moi se développa lapenséed'un Cyrano ouvert aux doârines nouvelles, menant de concert la littérature et la science, toujours vibrant, insurgé, original, magnifique !
Je suivis la gradation de ses sentiments.
A la violence, à la cruauté même il opposait une générosité et une pitié sans limites. Il ne
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pouvait adopter les sentiments intennédiaires. En amour comme en amitié il n admettait que la franchise. Il était rantitbèse vivante de son époque éperdue de courtisan nerie et de bassesse.
Veut 'être parce que la vie lui fut mauvaise, cette vie qu'il dispensa en avions démentes à force d'être sublimes, il regardait vers l'au delà, il précédait le Temps. Et ainsi puis- je écrire sans crainte d'être démenti qu'il fut un précurseur. Il traça sur le papier la théorie rudimentaire des ballons. Tour à tour, avec le xi^ih siècle, épigrammatiste, précieux, burlesque, moraliste, il fut, avant le xi^ni% pamphlétaire, encyclopédiste, philosophe, naturiste.
U^aturiste! Ce mot me tient à cœur, personne ne daignant comprendre parmi les rares naturistes du xyu- siècle celui qui le fut de toute son âme émerveillée. Comparerait-on le naturisme bourgeois de Boileau, le naturisme inconscient de Lafontaine, le naturisme mignard de A/"" de Sévigné à son artiste naturisme ? Qjiel
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homme eut une comprébensioii plus élevée des splendeurs terrestres ? Quel homme, avec plus d'éloquence, chanta la magnificence des arbres mirés dans l'eau, des forets secouées par le vent, des soleils semeurs de gaieté et de germes ? Quel homme goûta mieux que lui la sérénité et le silence des fermes champêtres autour desquelles gravite la vie mouvementée des espèces domestiques ?
j Oui, Cyrano fut un artiste, un artiste tourmenté et souffrant, une grande intelligence en friche que la fortune et quelques soins de la renommée eussent porté à la gloire. Tel qu'il est, aussi inconnu que le laisse r indifférence humaine, il reste digne des vénérations éc lexiques. Sa vie a été une grande frasque et sa mort une féroce malice du destin.
U agonie commença pour lui avant le coup de bûche des jésuites, le jour où, descendant de son piédestal d'indépendance, brisant ses ailes de poète, il porta servilement sa rapière et sa lyre au duc d'Ârpajon. Le malheureux
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gémit de se ravaler à grossir la clientèle des princes et de figer sur sa physionomie le sourire quémandeur de pensions et de gites. Rien dans ses œuvres ne laissa cependant percer sa souffrance, ç/lcceptant ce que lui commandait d'accepter la misère, la fatigue et la maladie, il conseroa en face de répreuve son sceptique enjouement. Àb! Quel enseignement le Gx2iwA Généreux donne à la postérité qui, pour le mieux dédaigner, modela son jugement sur le jugement de ses contemporains imbéciles /. . . • Je voudrais longuement développer ce sujet favori. Mais j'anticiperais sur les dissertations ultérieures. Ce préambule avait pour but de montrer combien j'étais prédisposé à aimer le • Cyrano ressuscité sous Finspiration de M.
Edmond Rostand. Hélas ! Quelle déception !... La Porte-Saini-Martin donnait asile à un inconsistant pastiche de mon héros, à une forme vague flottant dans un monde imprécis, à une sorte de matamore Castillan, parent de don César et du chevalier de la Manche.
XIV PREFACK
M, Rostand r avait considéré non à travers son œuvre, mais à travers les ridicules fresques de Gautlner ou de Lacroix. Abominablement modernisé, déguisé, grimé, il s'agitait, fantoche perfeàionné, emmêlant quelques rares expressions de Somalie au patois discordant de la cité aâuelle.
C'est donc pour sa réhabilitation que je fixe postérieurement les traits physiques et moraux du véritable Cyrano. On le verra évoluer en son milieu et accomplir les aàes qui lui valurent une éphémère illustration. Ses dévouements, ses misères et ses folies, toutes les prouesses qui régalèrent aux paladins des chansons de geste, sont dévoilés avec le témoignage indubitable de l'histoire.
{Mais, détruisant la légende venue du passé, il fallait, en même temps, détruire le nouveau mythe que le poète Rostand implantait dans la mémoire des hommes. C est pourquoi s'imposa, au cours de mon commentaire, la critique de son poème héroï-comique.
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T)es passionnés et des seâaires affirmeront sans doute F inutilité de cette critique. L incommensurable succès de Cyrano de Bergerac, ^^ diront-ils, démontre la supériorité de sa conception. Fadaise!,.. Ne sait-on pas que les succès sont dûs, souvent, au suffrage des médiocres ? La critique s'élève justement contre ce suffrage aveuglé. Elle est la favorite des esprits raffinés. Elle régit et tempère leur entbousiasfne. Elle dirige avec clairvoyance leur admiration.
Certes, la pièce de M. Rostand est excellente si f excellence d'une pièce s'estime d^ après r emballement du public. Mais cet emballement, Cyrano lui-même n'en donne-t-il pas f intrinsèque valeur dans ce passage de ses Etats et Empire du Soleil ; « Parmi les gens qui lurent mon livre, il se rencontra beaucoup d' ignorants qui le feuilleter en t . Pour contrefaire les esprits de grande volée, ils applaudirent comme les autres, jusqu'à battre des mains à c:bcu}ue mot, de peur de se méprendre ; et tous