‹ Le CytodiagnosticChapitre 39 sur 46 · CYTOSCOPIE · texte numérisé non relu

CYTOSCOPIE

Les préparations de liquide céphalo-rachidien sont obtenues comme nous l'avons indiqué pour les sérosités pathologiques. La seule différence est qu'il n'y a pas à défibriner, et que la centrifugation doit être laite avec plus de soins encore, à cause du petit nombre des éléments cellulaires. On se sert d'un appareil faisant au moins 3000 tours à la minute et on prolonge la centrifugation durant dix minutes.

Pour recueillir le culot, on use du procédé sui-

(1) Widal et Lesourd.— Soc. méd. des hôpitaux^ no 7, p. 131. Marcel Larbé. — Le Cytodiagnostic. ^

vant indiqué par Widal etRavaut: on laisse d'abord écouler tout le liquide contenu dans le tube centrifugé ; puis, le tube étant maintenu toujours renversé et vertical, on prend le culot avec une pipette qui se remplit par capillarité.

On fait ensuite des préparations sèches, colorées suivant la technique ordinaire par Thématéineéosine, par le bleu de Unna, par le triacide.

A Tétat normal et môme dans les maladies aiguës, comme la fièvre typhoïde, la pneumonie, qui ne sont point accompagnées de méningite, le liquide céphalo-rachidien est dépourvu de cellules ; c'est à peine si, dans toute une préparation, on arrive à trouver quelques hématies et quelques leucocytes mononucléaires et polynucléaires.

Dans certaines affections nerveuses, le nombre des cellules contenues dans le liquide est plus ou moins considérable.

Laignel-Lavastine (1) a proposé un procédé qui permettrait la numération exacte des cellules, mais on n'a guère besoin d*y fecourir, et en pratique on se contente d'apprécier le nombre des éléments par l'aspect clair ou trouble du liquide, par le volume du culot de centrifugation et par la confluence des cellules sur les préparations obtenues en suivant une technique toujours identique. Le plus important est d'ailleurs de faire la numération relative des diverses variétés de cellules.

Méningite tuberculeuse. — L'étude des formes cellulaires contenues dans le liquide céphalorachidien donne des renseignements intéressants. Wentworth (2), Bernheim et Moser (3) avaient déjà signalé accidentellement la nature des cellules contenues dans le liquide céphalo-rachidien de la méningite tuberculeuse et des autres méningites. Widal et ses élèves, Brissaud ont montré

(1) Laignel-Lavastine. — Soc. de biologie, 24 mai 1901.

(2) Wentworth. — Archivs of^edia tries, 4896, p. 567.

(3) Be;rnhbim ot Mqser. -^ IHrUn.hlin. Woch., 1897, p. 468.

CYTOSGOPIE. 83

tout le parti qu'on en pouvait tirer pour le diagnostic des affections de Taxe cérébro-spinal.

Widal, Sicard et Ravaut (1) ont établi que le liquide céphalo-rachidien des sujets atteints de méningite tuberculeuse contient des cellules en plus ou moins grand nombre. La majorité et quelquefois la totalité de ces cellules sont des lymphocytes ; il y a seulement quelques rares polynucléaires et un nombre variable de globules rouges. Pourtant, dans quelques cas exceptionnels, Widal et Ravaut ont observé une assez forte proportion de polynucléaires (38 et même 46 p. 100).

Bendix (2) a observé également la lymphocytose céphalo-rachidienne dans 5 cas de ménmgite tuberculeuse vérifiés à l'autopsie ; l'un de ces cas était particulièrement intéressant, car il s'agissait d'une méningite aiguë survenue après un traumatisme, et la clinique faisait plutôt sono;er à une méningite non tuberculeuse : le cytodiagnostic fit faire des réserves que justifia l'autopsie.

Cette formule lymphocjtique s'observe dans les méningites tuberculeuseshumaines et expérimentales. Elle se rencontre dans les formes frustes, comme dans les formes classiques et possède par suite une grande valeur diagnostique. Souques et Quiserne (3), Faisans (4) l'ont notée dans des cas de méningite à forme hémiplégique. Elle peut servir à distinguer la méningite tuberculeuse des tubercules cérébraux et des tumeurs cérébrales.

Méningites aiguës a pneumocoques, méningocoQUEs, STHEPTOCOQUES, ETC. — Lc liquide céphalorachidien contient surtout ou presque exclusivement des leucocytes polynucléaires mêlés à quelques globules rouges et lymphocytes. La formule est la même chez Thomme et chez Tani-

(1) Widal, Sicard et Ravaut. — Cytodiagnostic de la méningite tuberculeuse. Presse médicale, 17 oct. 1900.

(2) E. Bendix. — Deut. med. Woch., 24 oct. 1901.

(3) Souques et Quiserne. — S>oc. méd. des/iôpit., 21 juin 1901,

(4) Faisans. — Ibid., 28 juin 1901.

mal dans les infections expérimentales par le pneumocoque ou par le bacille typbique (Widal).

Cependant la proportion des polynucléaires n'est pas toujours aussi considérable.

Dans les cas mortels, la polynucléose persiste jusqu'à la mort. Dans les cas curables, les polynucléaires persistent pendant la phase aiguë, puis sont remplacés peu à peu par des mononucléaires ; la modification de la formule cytologique est plus ou moins précoce ; plus tard, lorsque la maladie est guérie, le liquide reprend son aspect normal (1).

* La disparition complète des cellules est souvent tardive. Dans un cas de Griffon et Gandy, le malade, guéri depuis deux moisau moins, avait encore des lymphocytes assez nombreux dans son liquide.

Si la méningite évolue par poussées successives, à chaque reprise de la fièvre correspond une augmentation de la polynucléose ou une réapparition si elle avait disparu (Griffon et Gandy, Achard). Griffon et Gandy ont vu reparaître le méningocoque de Weichselbaum dans le liquide céphalorachidien en même temps que la polynucléose.

Dans les cas chroniques, à la polynucléose du début fait suite une mononucléose persistante ; il en était ainsi dans un cas de E. Bendix, où révolution de la méningite avait duré plusieurs mois (2).

Sicard et Brécy ont vu les mononucléaires apparaître cinq jours, et Labbé et Castaigne six jours après le début de la maladie. Il faut tenir compte de cette mononucléose secondaire dans le cytodiagnostic ot ne pas prendre pour une méningite tuberculeuse^ une méningite bactérienne dans laquelle l'examen, fait tardivement, décèlerait surtout des mononucléaires.

(1) M. Labbk et J. Castaigne. — Examen du liquide céphaloracliidien dans deux cas de méningite cérébro-spmale terminés par la guérison. Soc. méd, des hôpitaux, 29 mars 1901.

(2) E. Bendix. — Deut. med. Woch., 24 oct. 1901.

CYTOSCOPIE. 85

La polynucléose du liquide céphalo-rachidien s'observe aussi bien dans les cas bénins que dans les cas graves ; elle permet de reconnaître les formes frustes, ambulatoires de la méningite cérébro-spinale, comme dans les observations de Sicard et Brécy (1), de Apert et Griffon (2), de Babinski et Nageotte.

La rechei'che de la formule cérébro-spinale peut servir à distinguer les méningites des phénomènes d'irritation méningée survenus au cours des maladies infectieuses. Chez des typhiques présentant des phénomènes méningés, Dopter(3), Widal n'ont pas trouvé de leucocytes dans le liquide obtenu par ponction lombaire.

Cependant Vaquez, dans un cas de fièvre typhoïde avec céphalée atroce, Méry chez une fillette atteinte de fièvre lyphoïde avec symptômes méningitiques, ont constaté une légère lymphocytose céphalo-rachidienne. Widal et Lutier, dans quelques cas de pneumonie avec délire, ont observé une lymphocytose céphalo-rachidienne très discrète.

La cytoscopie peut également servir à distinguer les méningites infectieuses de la pseudoméningite hystérique. Dans un cas de ce genre, Simonin (4) a trouvé le liquide céphalo-rachidien normal.

L'évolution régulière de la formule cytologique, la succession de la polynucléose et de la mononucléose constituent une véritable règle dans toutes les inflammations aiguës des méninges ; Ravaut et Aubourg l'ont également observée dans la réaction qui suit l'injection intrarachidienne de chlorhydrate de cocaïne (5).

Tabes. Paralysie générale. — Widal, Sicard et Ravaut, R. Monod, Babinski, et Nageotte,

(1) Sicard et Brécy. — Soc. méd. des hôpitaux, 19 avril 1901.

(2) Apert et Griffon. — Soc. tnéd. des hôpitaux, 5 juillet 1901. J3) DoPTER. — Soc. méd. des hôpitaux^ 21 février 1902.

(4) Simonin. — Soc. méd. des hôpitaux, 12 juillet 1901.

(5) Ravaut et Aubourg. — Soc. de biologie^ iS \\i\\\ V^^^V.

Joffroy, Dupré et Devaux ont montré que le liquide céphalo-rachidien des labétiques et des paralytiques généraux contient un assez grand nombre de cellules représentées par des lymphocytes en majorité, avec quelques leucocytes mononucléaires, et quelques gros éléments, qu'il est difficile de classer dans les leucocytes mononucléaires ou les cellules endothéliales. Dans quelques cas cependant, surtout au moment de poussées aiguës coïncidant avec du délire, on peut voir un petit nombre de polynucléaires.

En dehors de ces exceptions, la lymphocytose est constante ; elle faisait, à la vérité, défaut dans un cas de paralysie générale observé par Nageotte ; mais il s'agit d'un cas où l'affection paraissait arrêtée dans son évolution.

Celte lymphocytose apparaît d'une façon précoce et se montre aussi bien dans les formes frustes que dans les formes classiques de ces affections. On l'observe même dans les cas de labes qui sont réduits au signe d'Argyll-RobprIson [liabinski et JNageolle, Widal et Lemière (1)].

Dans la paralysie générale, elle apparaît, suivant Joiïroy (2J, de très bonne heure, avant les troubles iriens, avant les troubles de la prononciation, et avant qu'on ait observé de troubles bien accusés et caractéristiques de l'intelligence.

A la fin d'un accès d'alcoolisme subaigu, chez un alcoolique chronique ne présentant pas les signes de la paralysie générale, Jofl'roy a constaté dans le liquide céphalo-rachidien, l'existence de nombreux éléments cellulaires dans la proportion suivante : polynucléaires 46 ; mononucléaires 13 ; lymphocytes 41. La maladie a évolué ultérieurement dans le sens de la paralysie générale.

L'examen cytologique du liquide céphalo-rachi-

(1) Widal et Lemière. — In art. Gvlodiaf^nostie du Traité de pathologie (jénérale de Bouchard, t. Vl, p. 019.

(2) Joffroy. — Soc. méd. des hôpitaujc, 7 juin iDOl.

CYTOSCOPIE. 87

dien peut être très utile pour le diagnostic de la paralysie générale, puisque la lymphocytose ne manque jamais dans ce cas, et qu'elle fait au contraire défaut dans les affections qui simulent la paralysie générale, comme la démence paranoïde, la démence des alcooliques, ralcôolisme aigu, etc. Il a la même utilité pour le diagnostic du tabès qui se distinguera par sa lymphocytose des névrites périphériques où le liquide cépnalorachidien n'est pas modifié (1).

Syphilis nerveuse. — La syphilis ayant, à toutes ses périodes, une grande tendance à frapper le système nerveux, il n'est pas étonnant que Texamen du liquide céphalo-rachidien chez les syphilitiques ait souventmontré Texistence d'une lymphocytose.

Le fait est bien établi, ainsi que nous venons de le montrer, pour le tabès et la paralysie générale qui sont ordinairement des séquelles de syphilis.

Widal (2), Babinski et Nageotte «nt observé aussi la lymphocytose céphalo-rachidienne dans l'hémiplégie des syphilitiques et dans plusieurs cas de méningite syphilitique. Sicard et Monod, Widal (3) etRavaut ont établi la formule lymphocytique die la méningomyélile syphilitique. Dans un cas de méningite aiguë guérie par le traitement spécifique, Widal et Le Sourd (4) ont trouvé une lymphocytose du liquide céphalo-rachidien, sans microbe dans ce liquide et pensent, malgré qu'il n'y ait pas de stigmates de syphilis chez le malade, qu'il s'agissait d'une méningite syphilitique.

La participation du système nerveux à l'infection peut être précoce.

Dans la céphalée de la période secondaire de la syphilis, l'état du liquide céphalo-rachidien varie.

(1) Maillard. — De la valeur clinique du cytodiagnostic céphalo-rachidien dans les cas douteux de paralysie générale. Thèse de Bordeaux, 1901.

{2) F. Widal. — -Soc. méd. des hôpitaux, 14 fév. 1902.

(3) F. Widal. — Soc. méd. dea hôpilaux, 17 janv. 1902.

(4) F. Widal cILe Sourd. —Soc. méd. des hôpitauxy2[ fév-'lUOd.

88 LIQUIDE ÇÉPHALO-KACHIDIEN.

Milian, Crouzon et Paris, sur 8 cas de ce genre, ont trouvé 2 fois des éléments cellulaires dans le liquide : lymphocytes, quelques polynucléaires, rares cellules endothéliales, rares hématies ; le liquide était en hypertension et contenait de la fibrine. Widal a trouvé une lymphocytose discrète chez un syphilitique ancien atteint de céphalée ; il y avait d'ailleurs une exagération des réflexes rotuliens ; le liquide était en hypertension. Widal a observé la lymphocytose même chez un jeune homme syphilitique héréditaire soufl'rant de céphalée.

Par contre, Babinski etNageotte, Maillard, Milian ont trouvé le liquide céphalo-rachidien normal dans plusieurs cas de céphalée chez des syphilitiques secondaires ou tertiaires.

Chez les syphilitiques qui n'ont point de symptômes nerveux, la lymphocytose fait ordinairement défaut ; pourtant la réaction méningée peut être si légère qu'elle passe inaperçue en clinique et ne se révèle que par une lymphocytose céphalo-rachidienne curable par le traitement spécifique, comme dans un cas de Widal et Lutier.

En somme, la lymphocytose est le signe le plus délicat qui traduise la réaction méningée ; et quand on l'observe, il faut la considérer comme un avertissement, se livrer à un examen attentif du système nerveux et se demander si elle n'est pas la première ou l'unique manifestation d'une lésion nerveuse spécifique.

Méningomyélites. — Dans deux cas de méidngoniyélite chronique consécutive à la fièvre typhoïde, Widal et Ravaut ont observé une légère lymphocytose céphalo-rachidienne. Même constatation dans un cas de pachyméningite cervicale hypertrophique, étudié par Widal et Le Sourd (1).

H. Dufour (2), dans un cas de méningite chronique alcoolique, a constaté une lymphocytose du

(1) Widal oI Le Soriu). — Soc. méd.des /io/>i/aï/x, 26 juillet l'JOl.

(2) H. DiFouft. — Soc. mecl. dea hôpitaux, 11 oct. 1901.

CYTOSGOPIE. 89

liquide céphalo-rachidien, ce qui ne doit pas étonner puisque la paralysie générale à laquelle mène aussi l!alcoolisme, se traduit par une réaction de même nature.

Zona. — Chez les malades atteints de zona, Brissaud et Sicard (1), Widal et Le Sourd ont trouvé, d'une façon inconstante, une légère lymphocytose. Celte lymphocytose faisait défaut dans les cas étudiés par Achard, Lœper et Laubry f2). La variabilité des résultats observés est favoranle à la théorie de Torigine multiple du zona (médullaire, névritique, radiculaire).

Chauffard et Froin (3) ont pratiqué des ponctions lombaires répétées dans deux cas de zona et constaté une réaction mononucléaire caractérisée les premiers jours par des lymphocytes nombreux et volumineux, et après la disparition de Téruption par des lymphocytes petits et moins abondants. Chez un malade, guéri du zona depuis 6 mois, mais conservant des douleurs dans le territoire du zona, ils ont trouvé encore une lymphocytose céphalo-rachidienne ; par suite, ils pensent qu'il y a un rapport entre l'intensité et la persistance des douleurs et de la lymphocytose. Cette idée a été confirmée par une observation de Achard (4).

Lésions cérébrales. — Dans les lésions cérébrales en foyer anciennes, dans les tumeurs cérébrales^ le liquide céphalo-rachidien est ordinairement normal ; mais, dans un cas récent de ramollissement cérébral, Nageotte et Jamet ont trouvé une légère lymphocytose.

Poliomyélite. — friboulet et Lippmann (5) ont trouvé, dans un cas de voliomyélite en évolution,

(1) Brissaud et Sicard. — Soc. méd. des hôpitaux^ 15 mars 1901.

(2) Achard, Lœper et Laubry. — Soc. méd, des hôpitaux, 2G juillet 1901. — Dopter. — Ibid., 19 juillet 1901.

(3) GiiAi ffard et Froin. — Soc. méd. des hôpitaux, 21 nov. 1902.

(4) Achard. — Soc. méd. des hôpitaux, 5 déc. 1902.

. (5) TuiBoiLET et Lippmann. — Soc.méd.des hôp itaux, il inrw.iOO^

une lymphocytose avec quelques grandes cellules desquamées et de nombreuses hématies. Dans un cas où l'affection datait de six ans, Babinski et Nageotte ont trouvé le liquide normal.

Sclérose en plaques. — Carrière (1) a trouvé dans le liquide céphalo-rachidien de trois malades atteints de sclérose en plaques des éléments cellulaires abondants, représentés surtout par des lymphocytes ; il y avait en outre, quelques polynucléaires et de rares hématies.

Par contre, dans un cas d'hystérie simulant la sclérose en plaques, le liquide céphalo-rachidien était normal.

Tétanos. — Dans deux cas de tétanos spontané, Milian et Legros (2) ont trouvé le liquide céphalorachidien normal. 11 en était de même dans un cas observé par Achard et Lœper.

Syringomyélie. — Dans 3 cas, le cytodiagnostic a été négatif (Sicard).

Affections des nerfs périphériques. — Les névrites périphériques^ les névralgies laissent, en général, le liquide céphalo-rachidien normal (Babinski et Nageotte) (3).

Tout récemment encore, Widal et Le Sourd (4) ont rapporté un cas de paralysie ascendante aiguë avec névrite radiculaire, parenchymateuse, sans altération méningée; la lymphocytose avait fait défaut dans le liquide céphalo-rachidien examiné à plusieurs reprises. Pourtant Lamy, P. Marie pensent, d'une façon toute théorique, que les névrites périphériques doivent pouvoir retentir sur la composition du liquide céphalorachidien par rintermédiaire des lésions des centres nerveux qui les accompagnent.

Chorée. — Le cytodiagnostic donne des résul-

(1) Carrière. — Suc. de biologie^ 23 mars 1001.

(2) MiLiAN et Legros. — Soc. de biologie, 30 mars 1001.

(3) Babinski et Nageotte.— Hoc. mëd. des hôpiL, 24 mai 1001. (4; WioAL et Le Sourd. — Soc. ine'd. des hOpilaux, 28 nov. lOOi.

CYTOSCOPIE. 91

taLs variables ; dans la chorée légère des jeunes enfants, 2 cas positifs, 3 cas négatifs (Sicard).

Dans un cas où la chorée s'accompagnait de fièvre, la lymphocytose était manifeste (Sicard).

Par contre, dans la chorée chronique, dans la chorée hystérique, le liquide céphalo-rachidien est normal.

Névroses. — Chez les hystériques^ les neurasthéniques^ les épileptiques, Babinski et Nageotte, Sicard n'ont pas trouvé d'altération du liquide céphalo-rachidien.

Epilepsie. — Chez 33 épileptiques, même après les accès, ou au cours du délire, Nageotte et Jamet n'ont pas observé d'altérations du liquide céphalorachidien; ce liquide s'écoule seulement avec une forte pression. Chez un seul épileptique, il y avait lymphocytose ; mais on pouvait dans ce cas soupçonner la syphilis.

Affections mentales. — Dans 1 cas Aq manie, dans 1 cas de paranoïa, dans d cas de persécution hypocondrinqne, Nageotte et Jamet (1) ont Irouvé le liquide céphalo-rachidien normal.

Dans 7 cas de démence précoce à forme variable, Scglas et Nageotte (2) n'ont pas Irouvé de leucocytes dans le liquide céphalo-rachidien.

Les observations de Dupré et Devaux (3), chez différents malades atteints d'affections mentales, concordent avec les précédentes et permettent (l'établir cette loi, utile pour le diagnostic, que les affections mentales ne s'accompagnent point d'altérafions du liquide céphalo-rachidien et se distinguent ainsi de la paralysie générale.

Leucémie. — Chez un leucémique, Y qtv'ïqv [k) n'a constaté dans le liquide céphalo-rachidien que de rares globules rouges et de très rares leucocytes.

{\) Nageotte gUamet. — Soc. méd. des hôpitaux, 17janv. 1902. (2) SÉGLAs et, Nageotte. — Soc. méd. des hôpitaux, 7 juin 1901. (3| DrpiiÉ et Devaux. — Soc. méd. des hôpitaux^ 7 juin 1901. (4) Fehkier Soc. de biologie, 20 juillet 1901.

92 LIQUIDE CÉPflALO-RACBlDIEiN.

Valeur théorique et pratique de la cytoscopie DU liquide céphalo-rachidien. — Si Ton passe en revue tous les cas où s'observe une altération cellulaire du liquide céphalo-rachidien, on voit que celle-ci est toujours Tindice d'une affection organique du système nerveux, avec participation des méninges à la réaction inflammatoire.

Quand le processus est aigu, la réaction se traduit par une leucocytose polynucléaire, à laquelle succède, au moment du déclin de la maladie, une leucocytose mononucléaire, puis un retour à l'état normal.

Quand le processus est chronique, la réaction se traduit d'emblée et exclusivement par une lymphocytose. C'est là surtout le fait des processus syphilitiques ; mais la réaction n'appartient pas exclusivement à la syphilis et nous voyons, par exemple, l'intoxicalion alcoolique, Tinfection ou l'intoxication qui produit le zona, déterminer aussi, dans les cas où les méninges entrent en réaction, une lymphocytose.

Au contraire, dans les névroses, dans les névrites périphériques, dans les tumeurs cérébrales qui ne touchent pas h la corticalité du cerveau, ou à la surface de la moelle, la réaction méningée ne se produit pas et la lymphocytose fait défaut.

La cytoscopie du liquide céphalo-rachidien fournit un très grand nombre de renseignements intéressants pour le diagnostic.

Les résultats rapides, qui peuvent être obtenus exlemporairement, en ÎPont une méthode véritablement clinique. La formule si spéciale de la tuberculose méningée peut servir au diagnostic, parfois si difficile de cette affection, avec les méningites aiguës non tuberculeuses, le tétanos, les pseudo-méningites hystériques, vermineuses, etc.

L'importance qu'il y a dans ces cas à être fixé sur le diagnostic pour établir un pronostic, montre bien Futilité du cytodiagnostic.

CYTOSCOPIE. 93

Au cours des affections chroniques du système nerveux, la lymphocytose du liquide céphalorachidien permet de reconnaître dès leur début, à une période où les signes cliniques sont encore incertains, le tabès et la paralysie générale ; elle permet de dépister la syphilis et ses séquelles nerveuses, ce qui peut avoir pour le pronostic et pour le traitement une véritable importance, car Ton peut espérer, dans quelques cas, d'arrêter l'évolution de ces affections au moyen d'un traitement intensif.

La cytoscopie céphalo-rachidienne, méthode très délicate, a permis de déceler des réactions méningées qui , sans elle, auraient passé ina perçues, ou seraient restées douteuses, et a montré que les faits désignés sous le nom de méningisme n'étaient, en réalité, que des méningites atténuées. Alors qu'on ne connaissait autrefois que les méningites graves, on sait aujourd'hui que les méningites sont fréquemment curables, qu'elles peuvent être très légères et ne pas même forcer le malade à s'aliter.

Certaines réactions nerveuses, au cours des infections aiguës, ont pu, grâce à la cytoscopie, être rattachées à la méningite. Il en était ainsi dans les cas de méningite cérébro-spinale à forme ambulatoire cités plus haut et dans un cas que nous avons observé récemment avec Froin(i) : un typhique, au cours du second septénaire, présentait une céphalée persistante, undélire assez intense, de la raideur de la nuque et des membres, sans signe deKernig, sans troubles urinaires. Le diagnostic de méningite serait resté douteux si la ponction lombaire n'avait permis de retirer un liquide clair, mais tenant en suspension des éléments assez nombreux, constitués en majorité par des polynucléaires. L'évolution de cette mé-

(1) M. Labbé et G. Froin. — Un cas de méningite atténu(^e, d'origine otique, au cours de la fièvre typhoïde. Soc. méd. des hôpitaux, janvier 1903.

ningite a été bénigne, le malade a guéri et au moment de la convalescence de la dollïiénentérie, il ne présentait plus qu'une certaine exagération des réflexes ; son liquide céphalo-rachiden était redevenu normal. Dans ce cas, l'infection avait eu vraisemblablement pour origine une otite légère pour laquelle on dut faire une paracentèse du tympan.

La cy toscopie a encore apporté une contribution ntéressante à Tétude pathogénique du zona en décelant, dans certains cas, une réaction méningée et en prouvant que certains zonas sont bien d*origine radiculaire.

Le principal intérêt de cette méthode vient de ce qu'elle nous dévoile pour ainsi direles réactions anatomiques qui se passent au sein du système nerveux, car la réaction cytologique est toujours de même nature au niveau de la lésion et dans le liquide céphalo-rachidien.

Pourtant, il ne faut pas accepter sans discussion les résultats du cytodiagnostic. Dans chaque cas, ils doivent être interprétés, comme tout signe clinique. Ils ne sont jamais pathognomoniques.

C'est ainsi que pour distinguer la méningite tuberculeuse des autres méningites aiguës, il faut tenir compte de l'époque de la maladie à laquelle on a pratiqué la ponction lombaire. Au début de la maladie, la lymphocytose du liquide céphalolachidien indique presque sûrement la tuberculose; à une époque plus tardive, il n'en est plus de même, car on sait que les méningites aiguës à pneumocoque ou à méningocoque, après une première phase de polynucléose céphalo-rachidienne, se traduisent dans les cas favorables par une seconde phase de mononucléose.

11 faut se rappeler aussi que la mononucléose céphalo-rachidienne peut apparaître encore dans d'autres conditions. Achard et Laubry (1), ayant

(1) AcHARi) ot Laubry. — Tumeur du ceiTolet prise pour une méningite tuberculeuse, >'oc. inéd. des hôpitaux , 2S ']u\n 1901.

CYTOSCOPIË. 95

accordé à ce signe une importance exagérée, ont porté le diagnostic de méningite tuberculeuse dans un cas de tumeur du cervelet. De même, à la suite d'une fracture du crâne, quand le sang épanché dans le liquide céphalo-rachidien se résorbe, il peut se produire une lymphocy tose qui ne doit pas pourtant faire porter, comme dans le cas de Rendu et Géraudel (1), le diagnostic de méningite tuberculeuse.

Comme pour tout signe clinique, l'absence de modification du liquide céphalo-rachidien n'a pas une importance diagnostique absolue et ne permet pas d'affirmer l'absence de méningite. La réaction peut manquer pour des causes qui nous échappent. Ainsi, dans un cas de Achard et Laubry (2), chez un pneumonique délirant, la cytoscopie céphalo-rachidienne clonna un résultat négatif ; pourtant quelques heures après, le malade mourait, et on trouvait à Tautopsie une méningite pneumococcique à exsudât séropurulent dans la cavité crânienne.

Ces réserves faites, la cytoscopiecéphalo-rachidiennereste un procédé diagnostic qui mérite d'être employé dans un certain nombre de cas.

(1) Rendu et Géraudel. — Soc. méd. des hôpitaux ^ 5 juillet JOOl. (21 AcHAKD. — Nouveaux procédés d'exploration, p. 252.

Page 1