ACTE m, se. m
Mais conçois mon bonheur! Fidèle à mes projets. Le sort guide tes pas sur le sol polonais.
Sandomir t'accueillit. Je vis d'un œil tranquille Couler tes jeunes ans dans cet illustre asile. De loin je préparais ta ful-uré^ grandeur; J'aplanissais la route ouverte à ta valeur; Je répandais le bruit, qu'échappé du carnage « Démétrius du Czar avait trompé la rage; Qu'il vivait , que bientôt , les armes à la main , De sdn trône il saurait se frayer le chemin^ Et déjà s'approchait cette époque si chère, Oîi j'allais de ton sort révéler le mystère, Lorsque d'un palatin, fier autant que jaloux. Ton amour insensé provoque le courroux.
Tu sais comment des lois arrêtant la vengeance, Tai d'une juste mort sauvé ton imprudence; Ma voix mit à tes pieds ton juge, ton bourreau; Tu montas sur le trône, un pied dans le tombeau.
Pourquoi ta fuite alors?
WASSILI
Elle était nécessaire. ♦• Mon nom, ma juste haine, et ma longue misère Auraient de défiance armé tous les esprits, Et fourni des soutiens au trône de Boris.
Je te traçai la route, et je restai dans l'ombre; J'environnai mes pas de la nuit la plus sombre; Mais en tous lieux présent, d'émissaires secrets
5o LE GZAR DÉmÉTRIUS.
Je couvr^ la Russie et le sol poloii4is
Tout s'agite , et bientôt je vois 30us ta bannière Marcher ces vieux héros dont la Pologne est fière. Dans les murs de Moscou je deyançai tes pas.
Le premier ^ de Boris, je connus le trépas.
Je vis , le front e^ipreint d'un horrible délire , Mourir Taffibitieux (jui m'arracha l'empire.
Je t'attendais ici ; je m'ojBfre à tes regards, Quand déjà brille en toi la majesté des Czars. Mesure tout l'éclat du sort que je te donn.e : Fils du peuple, homme obscur, tu me dois la couronne. Orgueilleux de ta gloire , et fier d'un tel bienfait , J'en viens chercher le prix vers le roi cpie j'ai fajt.
djImétrius.
Tu n'as fais qu'un parjure, un misérable, uatpaîtré! A la fac.e du jour je n'ose plus paraître; Je suis déshonoré! je suis un imposteur, De la pourpre des rois sanglant profanateur ! Fuis ! délivre à l'instant mes yeiix djB ta présence!
Tu viens de tes forfaits chercher la récompense !
^ (La main sur son épée.) Eh! bien, reçois le prix de tes noirs attentats!.... Mais non , non... c'est un rêve, et je ne te crois pas. Dissipe, au nom du ciel, la terreur qui m'assiège! Dis-moi! c'est une épreuve , un artifice, un piège?... Ne me cache plus rien«. Faut-il te supplier?
Parle; je te pardonne, et veux tout publier.
AOtE m, SG. m. 5i
Je t'avais mal jugé! Grand Dieu, quelle làîble&se ! Quel effroi! j'ai pitié du trouble qui t'oppresse! Je ne te trompe point; j'ai dit la vérité.
. DÉHÉTRIDS, tirant MB épiic.
Eh ! bien, je punirai ta lâdie eruauié !
Yiens me donner ton sang ou fn'arrachep ia vie ;
Défends-toiJ défends^tpi!
WAS8ILI
Quelle étrange fùriel Vous pouvez me frapper!... J'attends trop àe vos jqurs Pour que si tôt je veuille en terminer le cours. De vos sens aveuglés je dédaigne la rage; Je suis calme, ^tsur vous j'aurais trop d'avantage. - Je ne tirerai jîoint mop glaive du fourreau : ■ Frappe qui t'a sauvé de la main du bourreau !
DÉM]STR1DS. ' Eh 1 bien , de mes transports je suis le maître encore. C'est ta seule pitié, ta pitié que j'implore! Va-t-en! laisse-moi seul avec mon désespoir!
WA.SS[LI
Je t'obéis... Adie^. C'est à toi (^entrevoir Que top salut dépend de ta reconnaissance.
J'honore de ton cœur l'altière effervescfinjce ; Mais pour remplie i^n trône il faut d'autres vertus. Croîs-tu par tes fureur.s mes | £stimes-tu si peu ma force et D'hqnneur', de loyauté ce poi
^2 LE CZAR DÉMETRTOS.
Peut-il toucher un cœur, nourri d'ambition,
Et ferme dès long-temps à toute illusion?
Vingt ans j'ai dévoré la honte et la misère ;
Dans l'exil , dans le deuil , j'ai traîné ma carrière ;
Vingt ans j'ai tout souffert, oui, tout, pour être roi;
Et j'ai voulu régner par moi-même ou par toi.
Ecoute; il en est temps, que la raison t'éclaire;
Je t'offre encôr la paix, quoique prêt à la guerre.
Que des premiers honneurs revêtu par ta main ,
Je siège près du trône , égal du souverain.
Appelle en tes conseils ma vieille expérience ;
Règne par mes leçons ; confié à ma prudence
Des turbuleris Strélitz le coqîs si redouté;
Ce n'est pas tout^ renonce à l'hymen projeté;
Monarque de passage , et roi pendant ta vie ,
Tu ne dois pas ici fonder de dynastie.
Voilà ce que j'exige, et tu peux'à ce prix
Jouir jusqu'à ta mort du trône de Boris.
Du pouvoir, je le sais , l'appareil t'environne;
Moi , je suis sans soldats , sans gardes , sans couronne ;
Je n'ai pas près de moi dixmiUe Polonais;
Un pouvoir plus réel seconde mes-projets.
Tu dois m'entendre.;. . Adieu. J'espère en ta prudence.
( Démétrîus fait un geste d'horreur et de mépris. ) Je suis venu vers toi sans peur, sans défiance. Ta fierté me repousse.... Eh bien! je vais partir! Le sort décidera qui doit s'en repentir.
( IJ sort. )