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POLISSAGE DES PLAQUES

Le polissage des plaques est la partie la plus importante du procédé, et l'on ne saurait y apporter trop de soin et d'attention.

Les plaques sont en doublé d'argent de différentes grandeurs et à différens titres. Le titre varie depuis le 5e jusqu'au 60e, et même jusqu'au 80e ; mais le 30e et le 40e sont le plus généralement employés. La grandeur varie depuis la plaque entière, qui a 0m, 165 sur 0, 22, jusqu'au 8e de plaque, qui n'a que 0m, 06 sur 0, 04 : le 8e, le 6e et le quart de plaque s'emploient surtout pour le portrait ; la demi-plaque et la plaque entière, pour les vues et les monumens.

On reconnaît une bonne plaque à l'homogénéité de l'argent, à l'égalité de son planage, et à l'absence de gerçures ou de fissures trop profondes qui pourraient mettre le cuivre à nu, ou devenir un obstacle

à son nettoyage. La surface miroitante du métal pouvant être un obstacle à cet examen , on fera bien de diriger son haleine sur la plaque : le nuage qui s'y formera aussitôt y décèlera les défauts les plus minimes. Les plaques au 30e et au 40e peuvent servir de dix à quinze fois.

Les plaques neuves se polissent moins facilement que celles qui ont déjà servi, et on le conçoit du reste, car celles-ci ont déjà été polies , et il ne s'agit que de les débarrasser de la couche sensible qui les recouvre. Par plaques qui ont déjà servi, nous n'entendons pas parler de celles dont les épreuves ont été fixées, car on ne fixe ordinairement que les épreuves à conserver. Cependant, il peut arriver quelquefois que l'on soit forcé d'avoir recours à ces dernières, mais l'opération est toujours la même, au temps près.

Pour polir une plaque , il faut : du coton cardé de choix et exempt de tout corps étrangers, — un flacon d'eau acidulée , contenant une partie d'acide nitrique pour seize parties d'eau, — un nouet de tripoli calciné et décanté. Depuis longtemps, sauf le cas de tache de mercure, nous avons rejeté le chauffage des plaques comme n'ayant d'autre effet que de les user promptement, et le polissage à l'huile, qui ne servait tout au plus qu'à prolonger inutilement l'opération.

Pour procéder au polissage, on pose la plaque sur une feuille de papier qu'on renouvelle fréquemment, ou mieux encore, pour plus de commodité et de sûreté, sur une planchette à ce destinée, et qui se fixe au

bord d'une table à l'aide d'un écrou. On verse une goutte d'eau acidulée sur un léger tampon de coton, et après avoir saupoudré la plaque avec du tripoli, on frotte le tampon sur la plaque jusqu'à ce qu'il ait enlevé la couche de bouillie formée par le tripoli et par l'acide. Alors on change de tampon pour achever de sécher la plaque , on la saupoudre de nouveau, et l'on frotte jusqu'à ce que la surface du métal soit mise à découvert. Cette première partie de l'opération terminée, il est bon, avant de procéder à un bruni plus parfait, de s'assurer que la plaque est exempte de corps gras. A cet effet, on prend un nouveau tampon de coton, que l'on imbibe légèrement d'ea*i acidulée, puis on le promène sur la plaque ; si le liquide ne s'étend pas parfaitement, s'il se retire en de certains endroits pour aller former des gouttelettes en d'autres , c'est que la plaque est mal dégraissée, et alors on doit recommencer l'opération. Dans le cas contraire, il faut se contenter de frotter la plaque de manière à enlever entièrement l'acide que l'on vient d'y étendre , et en achever le bruni à l'aide du tripoli seul. Pour obtenir ce bruni, il faut saupoudrer et frotter la plaque à plusieurs reprises, de plus en plus légèrement, en changeant son coton à chaque reprise, et en observant de le diriger dans le sens horizontal de l'objet que l'on veut obtenir. Lorsque le tripoli aura été parfaitement enlevé, on fera bien de donner à la plaque un dernier coup de poli avec du rouge d'Angleterre, dont on aura soin de faire disparaître la moindre trace, en frottant

la plaque avec du coton , que Ton renouvellera jusqu'à ce qu'il ne se teigne plus en rouge.

Le bruni des plaques donnant les noirs de l'épreuve, plus le bruni sera parfait, plus l'épreuve sera vigoureuse. Rien ne doit donc être négligé pour arriver à ce bruni parfait. On comprend, cependant, que l'habitude seule peut donner à la main la dextérité nécessaire pour arriver à ce résultat, et que tel ne saura d'abord polir à demi une plaque dans un quartd'heure, qui plus tard la polira complètement dans quatre ou cinq minutes. Un bruni parfait se reconnaît lorsque la plaque est d'un beau noir, vue sous un angle qui ne donne aucun reflet à la lumière.

Lorsque les plaques ont des taches de mercure , le polissage précédent est insuffisant. Il faut d'abord les nettoyer à l'huile , puis sécher au tripoli, puis enfin chauffer la plaque avec une lampe à esprit de vin, jusqu'à ce qu'il se forme à sa surface un nuage blanchâtre. Quand la plaque est refroidie , on commence l'opération qui a été indiquée plus haut. La même observation s'applique aux plaques trop fortement rayées, soit par le planage , soit par un accident quelconque , et sur lesquelles le tripoli n'aurait pas assez de puissance.

Nous ne saurions trop recommander la propreté la plus grande dans l'opération que nous venons de décrire, et surtout à mesure qu'on en voit arriver la fin. La moindre humidité , un tampon sale , un doigt appuyé par mégarde sur la plaque , suffiraient pour gâ~

ter une épreuve, qui, sans cela, aurait peut-être réussi. — L'humidité s'enlèvera en frottant la plaque à plusieurs reprises avec du coton parfaitement sec , et en y ajoutant du tripoli si besoin est. Quoique le poli n'en laisse plus aucune trace appréciable , il arrive souvent que l'humidité persiste encore : pour s'en assurer, on soufflera sur la plaque , et cette humidité sera trahie par la solution de continuité du nuage qui se formera à la surface du métal. Si les doigts ont touché la plaque, ou bien si en parlant on y a fait tomber quelques gouttelettes de salive , c'est presque toujours un polissage complet à recommencer. On devra avoir soin, en formant les tampons , de ne pas toucher le coton dans la partie qui doit frotter sur la plaque. Lorsqu'on transportera la plaque dans son châssis , on la prendra le plus délicatement possible par ses angles, et de ma- • nière que la paume de la main soit tournée du côté du cuivre, afin d'éviter toute émanation qui pourrait ternir le bruni obtenu. Enfin, avant de fermer le châssis, on fera bien de balayer avec une plume, un blaireau, ou simplement un peu de coton, les corpuscules qui , en voltigeant dans l'air, ont pu s'y attacher depuis la fin de l'opération ; pour cela, il faudra tourner la plaque, l'argent en dessous, pour que ces corpuscules s'en détachent plus facilement, et que de nouveaux ne viennent pas les remplacer.

Terminons, en disant qu'on peut préparer des plaques à l'avance, et pour toute une journée, pourvu qu'elles soient renfermées avec soin dans une boîte

spéciale. Les épreuves obtenues se mettront dans une boîte à part ; car le mercure qui s'évapore à une basse température ne tarderait pas à avoir une fâcheuse influence sur les plaques polies qui se trouveraient dans leur voisinage. Disons aussi qu'on peut se dispenser de repolir complètement des plaques polies de la veille, mais qu'il est au moins prudent de leur donner une dernière façon avant de s'en servir.

Cette première partie du procédé étant bien comprise et bien exécutée, les autres marchent d'ellesmêmes ; et comme elles s'enchaînent toutes, si le point de départ est bon, la réussite est presque assurée.

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