‹ Le Dahomey: à l'assaut du pays des noirsChapitre 1 sur 13 · Le Dahomey: à l'assaut du pays des noirs · texte numérisé non relu

Le Dahomey: à l'assaut du pays des noirs

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec

ligne.

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression

"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à

expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont

autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont

trop souvent difficilement accessibles au public.

Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir

du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains.

Consignes d'utilisation

pieds sont meurtris, sous la pression continue des fers. »

Le 26, on enlève le carcan aux prisonniers, qui sont transportés en hamac jusqu'à Alladah, où le roi Behanzin leur envoie trois cabris, huit cochons et vingt poules, avec Tautorisation de faire préparer leur nourriture par le cuisinier de la maison Fabre. Ce ne sont pas des prisonniers qu'on mène à la mort, mais des otages que Ton égorgera si nos troupes sont victorieuses.

Une première fois, le 17 mars, ils sont présentés à Behanzin qui les reçoit, entouré de cinq à six mille guerriers et amazones.

Le 21 mars, ils sont mis en route sur Abomey. Le roi n'étant pas dans sa capitale, on les conduit au camp de Mano-Gemi, sur la rive gauche de l'Ouémé, à 70 kilomètres d'Abomey, et où toute son armée est massée. Le souverain du Dahomey les y reçoit le 30 avril, avec une cérémonie qui n'a qu'un but : faire voir à la race blanche combien est grande la puissance qu'un roi nègre exerce sur son peuple. Behanzin, assis sous une

preuve d'habileté ? était-ce la crainte ? La suite de ces négociations a prouvé que Behanzin avait eu peur.

Quoi qu'il en soit, le 1*' mai, les prisonniers français, munis du bâton royal, pour leur aplanir tous les obstacles, prenaient la route de Wydali par Abomey, et arrivaient le 6 mai à la factorerie de Wydah d'où ils étaient partis, il y avait environ deux mois.

A cette date, le lieutenant-colonel Terrillon a quitté la côte du Bénin et a remis le commandement des troupes au lieutenant-colonel Klipfel, venu du Sénégal pour le remplacer.

Le corps expéditionnaire est alors ainsi composé :

10® compagnie de tirailleurs sénégalais, à Porto-Novo : 135 hommes.

2® compagnie de tirailleurs sénégalais, à Kotouou : 120 hommes.

Quant au blocus de la côte, blocus décrété par le décret du 6 avril, en vue d'empêcher toute importation de poudre et de munitions de guerre à Wydah, il était effectué par le Sané et le Kerguélen^ bâtiments de la station ; par le Goëlandy bâtiment venant de la station du Gabon ; V Ardent et le Brandon, de la station du Sénégal, et le Roland^ de la division de l'Atlantique du Nord.

Les choses en étaient là, lorsque, le 21 mai 1890, le contre-amiral de Cuverville débarqua à Kotonou, sur le croiseur la Naïade.

A son arrivée sur la côte des Esclaves, Tamiral, qui est chargé de tout tenter pour arriver à une paix honorable pour la France, étudie la situation, hommes et choses, et se rend compte que le résultat obtenu jusqu'à présent est dû surtout à Tincapacité des agents employés pour négocier la paix. Avec le tact et Tinlelligence qui caractérisent ce marin d'élite, le nouveau gouverneur comprend quMl n'y a qu'un homme au .Dahomey pouvant tirer la France du guêpier où une

teur Bayol et bien d'autres agents du gouvernement français avaient échoué. C'était un demi-succès, mais il avait sa valeur, et le sous-sècrétaire d'État aux colonies sut le reconnaître en lui décernant la plus haute récompense que tous les braves ambitionnent : la croix de la Légion d'honneur.

Peu après les événements que nous venons de rapporter, le digne missionnaire était en France, et celui qui écrit ces lignes a eu l'honneur d'assister à trois de ses conférences faites, à Rennes, sur le Dahomey et son avenir.

Le P. Dorgère, épris d'une vie familière et libre, est un apôtre convaincu, n'envisageant que le côté utile de nos entreprises au Dahomey, que les récoltes futures, le produit des douanes à venir, et voyant surtout la possibilité d'une conquête par l'évangélisation et l'assimilation des races, comme le voulait Mgr Lavigerîe par l'institution de ses Pères blancs du Sahara. Il a trente-huit ans ; c'est un homme d'une taille ordinaire, d'un abord

douceur, aux larges lèvres que cache une épaisse moustache noire taillée en brosse ; il a la réputation d'être un des bons oflBciers de l'infanterie de marine, où l'avancement est très rapide, mais en même temps où la mort creuse si souvent son lugubre chemin. Lieutenant le 25 octobre 1867, capitaine le 25 décembre 1869, il est lieutenant-colonel le 13 août 1878, colonel le 23 mai 1885, à l'âge de quarante-deux ans. Actif, audacieux, aventureux, connaissant bien le pays, réfractaire aux maladies et à la fatigue, c'est l'homme qui convient pour diriger une expédition dans le Dahomey, où il faudra une grande activité, unie à une extrême prudence. Le colonel Dodds, dès son arrivée à Kotonou, n'attend pas l'arrivée de tous les renforts qui lui sont annoncés pour commencer ses opérations.

Dès le 27 juin 1892, l'ennemi fait une démonstration contre Kotonou, qui n'est défendu que par cent tirailleurs sénégalais.

A cette date, le colonel Dodds ne dispose que des troupes ci-après :

serve, trois canons de 80 millimètre?, de montagne, avec affûts et bricoles pour les trainer en cas de débarquement.

Telle est la situation militaire au Dahomev, lorsque le Mytho aborde la plage du Bénin, pour y débarquer les quatre compagnies de la légion étrangère venant d'Oran avec le commandant Faurax.

L'aube du 24 août 1892 venait de se lever, éclairant de ses pâles rayons une mer verdâtre, dont les vagues blanchissantes moutonnaient au loin. Le Mxjtho^ depuis quelques jours déjà, longeait les côtes de la Guinée supérieure, ayant à son bord huit cents hommes de la légion étrangère (commandant Faurax), cinquante spahis irréguliers du Sénégal (capitaine Crémieu-Foa) et quelques tirailleurs sénégalais embarqués à Dakar. La brise fraîchissait et augmentait d'intensité, avec une persistance menaçante, au fur et à

Tout à coup, une vague gigantesque arrive sur la plage avec une vitesse vertigineuse»

et vient s'y briser en écumant, couvrant d'une mousse blanche matelots, nègres et embarcation. C'est le moment de gagner la haute mer. Chacun pousse alors de toute la force de son biceps jusqu'à mi-corps, Tesquif qui flotte enfin sur l'eau. Puis, tous se pré* cipitent sur la pirogue dont ils escaladent les bords à la force des poignets. Chaque piroguier a pris place sur son banc et agite sa pagaie avec des mouvements désordonnés qui, peu à peu, font place à une cadence accentuée et du plus bel effet. La pirogue a fait quelques brassées en mer, se trouve dans une zone de calme relatif et n'est se- • couée que faiblement par les coups du ressac. Les pagayeurs ralentissent alors leur mouvement cadencé et s'apprêtent à franchir l'espèce d'entonnoir qui les sépare de la seconde vague, qu'il faut traverser, comme la première, en la prenant en flanc.

Lorsque cette dernière arrive, avec se& sinistres grondements, elle est plus forte,.

installé, le patron tire de dessous son pagf ne blanc une pipe charbonnée dont il se sert, comme d'un chalumeau, pour chasser les miasmes du marécage, au moyen d'un duvet ressemblant assez à du coton grossier, provenant des raclures opérées sur les nervures du freule ou sur le tronc de ïélaîs guinéensis^ et jouissant de la propriété de s'enflammer aussi facilement que celui de notre amadou d'Europe.

Les lueurs douteuses du matin ne permettaient pas encore de distinguer les objets ; quelques minutes après, le soleil paraissait à l'horizon, répandant ses feux avec profusion, dissipant la brume qui, comme une vapeur, s'élevait de la lagune dont les eaux calmes étaient unies comme un miroir ; car, sous les tropiques, le crépuscule est de courte durée, et la lumière succède vite aux ténèbres, de même que les ténèbres suivent de près le coucher du soleil. Les petites vagues du courant reflétaient l'éclat du soleil, offrant un singulier contraste avec le calme de la lagune, tandis qu'au fond des

Page 1