‹ Le Dahomey: à l'assaut du pays des noirsChapitre 2 sur 13 · DE PORTO-NOVO A DOGBA · texte numérisé non relu

DE PORTO-NOVO A DOGBA

Formation du corps expéditionnaire en trois groupes. — Chefs et soldats. — Le colonel Dodds. — Portrait du commandant Faurax au moral et au physique. —Le roi Toffa. — Surprise de Dogba. — Les moricauds du colonel Dodds. — Le commandant Faurax est blessé mortellement. — Mort du sous-lieutenant Badaire. — Un ordre du jour émouvant. — Cérémonie funèbre à Forto-Novo.

Le lendemain de l'arrivée de la légion étrangère à Porto-Novo, la colonne expéditionnaire est divisée en trois groupes comportant chacun trois compagnies d'infanterie, une section d'artillerie, un détache-^ ment du génie et un certain nombre de porteurs tofanis (sujets du roi Toffa).

Premier groupe : (commandant Riou, du

prend part aux combats de Nuits et de Villersexel. Fait prisonnier, il s'évade et vient se mettre à la disposition du gouvernement de la Défense nationale.

Il fallait le champ de bataille et ses émotions à ce capitaine de vingt-six ans. La Tunisie lui vaut deux citations à l'ordre de l'armée ; puis, c'est au Tonkin qu'il reçoit le quatrième galon.

Grand, bien fait, la figure souriante, avenante, quarante-trois ans d'âge, Faurax est.

le type du soldat d'infanterie. Son corps est de fer et d'acier, fait pour l'étape, fait pour le camp, fait pour l'assaut.

Passons maintenant des chefs aux soldats.

Toutes les races du monde entier semblent s'être donné rendez-vous dans cette petite armée du Dahomey ; tous les types de la race européenne s'y trouvent. Le marin désillusionné de la navigation coudoie le fils de famille désireux de racheter une vie de dissipation par une existence de fatigues incessantes, débarrassée des entraînements de la jeunesse l'homme du nord, au caractère

féconder l'œuvre que nous sommes appelés à fonder I »

Le soleil lui-môme semble en déroute ; il ne parait pas de la journée. Et, comme un parfum magnifique, les assistants de cette lugubre cérémonie ne semblent respirer que le souffle de Tépée.

Le lendemain, on enterrait à côté du commandant Faurax (1) le sous-lieutenant Badaire et le sergent Mauduit, ramenés le matin de Dogba. Le capitaine Fonsagrive et le sergent Rameil, des tirailleurs haoussas, adressèrent, chacun à leur tour, quelques paroles d'adieu à leur compagnon d'armes.

Ils mouraient, ces trois héros, comme moururent Codrus pour Athènes ; Epaminondas pour Thèbes ; Decius pour Rome ; Turenne et Desaix pour la France. Plus d'un de leurs camarades, en apprenant ces morts héroïques, dut s'écrier, comme Villars au récit de \a mort du duc de Berwick : « Celui-là, au jnoins, a été plus heureux que moi. »

(1) Aujourd'hui, Faurax, transporté à Lyon, repose aa cimetière de la Guillotière, an milieu des siens.

plaine : on y voit la casfia occidentale, d'une odeur désagréable, jouissant de certaines propriétés fébrifuge?, remplaçant la quinine dans ces contrées ; la semelière {semeliera pinalifida)^ dont se servent les noirs pour guérir les rhumatismes ; la noix de Malte^ aux graines épineuses qui s'attachent aux vêtements.

Qu'elle est belle, cette nature, sous ce ciel tropical, après les chaudes ardeurs du soleill

Le 27 au soir, nous campions à Toga, couchés sous de gigantesques basovobes, respirant à pleins poumons l'air de la plaine, si joyeusement troublé par des chanteurs aériens. Des lianes grosses comme le bras, descendant des hautes branches jusqu'à terre, paraissent attendre des échalas qui permettraient à l'homme de visiter les cimes altières de ces géants de la végétation tropicale. Le soleil semble descendre, rouge, des eauxdel'Ouémé. Les thérébinthes projettent leurs grandes ombres sur le terrain ; le chib jette dans l'air son parfum pénétrant.

Le bivouac est établi dans une position

goire apparaît dans les hautes herbes, quMl venait d'explorer seul avec son tirailleur sénégalais.

« — Où allez-vous? dit cet officier au brigadier de tôte.

» — Vers le Marigot, et de là sur le camp retranché de Poguessa.

» — Faites attention. Je crois que les Dahoméens ne sont pas loin ».

Le GduloiSj dans son numéro du 31 mars 1893, a rendu compte de cette reconnaissance d'une façon très humoristique, d'après une correspondance datée du camp de G'bédé- Tohoué, Voici cette correspondance :

« Le capitaine Crémieu-Foa marche derrière le peloton qui forme la pointe d'avantgarde. Il a avec lui un guide, ancien prisonnier de Behanzin, gardé à vue par deux spahis, en raison de ses allures un peu louches. L'ordre est donné de lui brûler la cervelle à la moindre indécision et au premier demi-tour.

» Environ à cinq kilomètres du camp, suivant toujours son petit sentier, le brigadier

Les troupes sont immédiatement mises en route ; les canonnières l'Opale et le Corail reçoivent chacune une section de la légion étrangère {VOpale^ 31 hommes du 2® régiment, commandés par le lieutenant Courtois ; le CoraiU 25 soldats sous les ordres d'un adjudant). Le capitaine Lombard, de l'infanterie de marine, sous-chef d'état-majqc du corps expéditionnaire, est aussi sur^e bâtiment et commande la reconnaissance.

La nouveauté et les beautés des sites émerveillent marins et soldats ; des bouquets d'aloës, de cactus et de roseaux s'élè*entsur les bords du fleuve. Le rideau de gauche cache des broussailles qui s'étendent à perte de vue et se prolongent au nrilieu des bois ; celui de droite, dans les éclaircies, laisse apercevoir quelques cases recouvertes en feuilles de palmier et entourées de cactus impénétrables. De loin en loin, les arbres verts font place à des bouquets d'arbres ra-

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qui est commandée par un ofB.cier allemand.

Pendant que se livre ce premier combat, les trois groupes de notre petite armée exécutent leur mouvement tournant, et les compagnies d'infanterie peuvent se déployer dans la plaine, en formation de combat, avant de recevoir le choc des Dahoméens.

Ce choc est épouvantable !...

Devant, derrière, à gauche, à droite, Tennemi est partout. Nos spahis, qui marchent en tête des trois groupes, pointant, sabrant, commencent par couper cette cohue en deux.

Le capitaine de Villiers, le sabre au clair, décharge son pistolet sur le premier groupe qui s'avance vers lui, puis il fond de toute la vitesse de son cheval, affolé de fumée et de poudre, sur une amazone qui l'ajuste et fait feu. Instinctivement, d'un violent coup de main, l'officier fait cabrer son cheval qui reçoit en plein poitrail la balle qui lui était destinée et râle douloureusement, d'un cri

un soleil de plomb et la chaleur est accablante.

Vers dix heures, nos soldats ont gagné du terrain; notre artillerie, depuis le matin, tonne avec un réel succès. A ce moment-là, notre cavalerie, jugeant le moment favorable, est lancée à la charge, pendant que l'infanterie enlève à la baïonnette les derniers re* tranchements de l'ennemi. Les branchages épineux accumulés sur le terrain étaient, à dessein, peu profondément fichés en terre ; les trous de loup, garnis intérieurement de pieux pointus, étaient dissimulés par de légers clayonnages. L'herbe avait poussé ; les mains s'ensanglantaient en franchissant ces obstacles plutôt faits pour arrêter des bétes féroces que des hommes. Au fur et à mesure que nos hommes s'avançaient sur la créle étroite des trous de loup, cheminant lentement et avec circonspeclion, nos canons tiraient à mitraille, jetant leurs notes assourdissantes dans les intervalles du feu de mousqueteriequi redoublait d'intensité. Des feux rapides à répétition achevaient ceux qui

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