‹ Le Dahomey: à l'assaut du pays des noirsChapitre 4 sur 13 · ORGANISATION DU PROTECTORAT · texte numérisé non relu

ORGANISATION DU PROTECTORAT

Les préliminaires du protectorat. — Opérations an nord d'Abomey, à la fin de l'année 1893. — Behanzin cerné au Sud, à TEst et à TOuest. — Ses familiers au camp français. — Partage en trois tronçons du royaume de Dahomey. — Nouvelle organisation du pays. -^ Les rois d*Abomey et d'Allada. -^ Soumission de Behanzin ; sa réception au camp français. — Uavenir du Dahomey.

Les forces vives de Tancien royaume du Dahomey ayant été détruites à Dogba, Poguessa, Sabovi, Akpa, Ouakou, Diokoué, Kana et Abomey, les opérations ultérieures à tenter, pour s'emparer de Behanzin et le chasser du territoire des Mahis où il s'était réfugié, ne pouvaient être que de courte durée, et devaient être considérées comme

pement économique de notre nouvelle conquête, il était de notre devoir de reconnaître un pays presque inexploré, il fallait inciter les populations du Nord encore hésitantes quoique décidées depuis longtemps à venir à nous, étudier leur état social et leurs ressources. C'est un administrateur colonial, M. d'Âlbéca, connu par ses travaux antérieurs sur le Dahomey, qui fut chargé de ce travail.

)) Enfin, il fallait déterminer, par une marche offensive avec un point à atteindre fixé à Tavance, la dislocation des quelques milliers d'individus groupés autour de Behanzin, par crainte ou habitude plutôt que par devoir ou désir de continuer la lutte. La dispersion de cette bande de faméliques, fonctionnaires, cabacères, guerriers et esclaves, demeurés fidèles à leur maître parce qu'ils ne savaient qui servir encore pour pouvoir vivre, consacrera la déchéance du souverain prononcée le 3 décembre 1892 à Abomey et entraînera la désagrégation définitive du petit Etat guerrier, le dernier de l'Afrique,

Pour en finir une bonne fois avec Behanzin, les opérations militaires recommencèrent en 1893. Dans une correspondance datée du bivouac de Zamoa, le 5 novembre 1893, le journal Le Temps s'exprime ainsi :

tt Le général Dodds a quitté Porto-Novo le 13 octobre, a bord de TOpa/e, escorté par toute la flottille du Bénin, Topaze, JEmeraude, Marmef, Mosca, Ambre et Olinda (remorqueur affrété). Le commandant supérieur du Dahomey, en remontant l'Ouémé avec sept vapeurs, voulait frapper l'imagination des indigènes, très superstitieux. Après un séjour de quarante-huit heures au premier poste-magasin de Dogba, où Ton a chargé les troupes blanches et les vivres, la colonne s'est portée vers le nord.

» Le point de débarquement choisi et reconnu à l'avance était Ouémétou, rive droite deTOuémé, vis-à-vis d'Agombo. On sait parfaitement aujourd'hui que TOuémé ne s'incline pas au nord-ouest, comme l'indiquaient les précédentes cartes. Ce fleuve vient du nord-est et reçoit à Adégou (pre-

terre, via Ouagbo^ Kotopa, Âllahé, Àbodougnano.

» Ces contingents passèrent le Zou à Âbodougnano au moyen de pirogues fournies par les indigènes, lout à la joie de voir les blancs et d'être débarrassés de leurs anciene maîtres.

» Le corps expéditionnaire comprenait en tout 1,724 combattants se répartissant de la. manière suivante :

» I. Le général Dodds et son ètat-major ; chef, le commandant Taverna, de Tètat-major de Tarmée ; 4 capitaines, 1 lieutenant.

» IL Les affaires politiques et indigènes, sous la direction de M. d'Albéca, administrateur colonial. Une section de gardes civilsqui fait le service d'estafette à la manière dahoméenne. De Wydah à Zaguanado, on.

a échelonné des petits postes-relais de trois^ à quatre hommes. Un pli urgent parti le matin à six heures du quartier général arrive ài six heures du soir à la côte.

» Chef des porteurs, guides et courrierspiétons, le prince Allada Maouzou, neveu de Behanzin. Cet indigène s*est rallié à nous

» VI. Quatrième groupe. Commandant Schmittelen et capitaine Lamolle, avec une compagnie du bataillon d'infanterie légère d'Afrique ; deux compagnies noires.

» Ce quatrième groupe était en mouvement depuis le 10 octoEre ; parti de Gobo, il visitait tous les points de la rive droite du Zou entre Abomey et Atcheribé, Oumbegou, Letto, Yego, Day, et rejetait tous les Dahoméens isolés sur la rive gauche.

» L'objectif était Atcheribé que l'on cherchait à atteindre par une marche sur les routes presque parallèles partant de Zaguonado. Le mouvement commençait le 25 oc- ' tobre et le dispositif de marche était combiné de manière à cerner Behanzin dans le camp de Zouniéi-Honou, qu'il avait installé à proximité d' Atcheribé.

» Mais avant de reprendre l'offensive, le général Dodds a tenté une nouvelle démarche pacifique auprès de Behanzin et de ses partisans. C'est après ces pourparlers, qui n'ont pas abouti, que le général s'est porté à Agouy.

merciale. Les émissaires de Bebanzin ont été renvoyés sans réponse. Il était impossible de prendre au sérieux des factums évasifs, rédigés en style bizarre par des secrétaires ignares, sans idées nettement exposées, et qu'il était difficile de considérer comme des ouvertures de francbe soumission. Ce qui a retardé la colonne de 1892 ne doit pas entraver la marche, en 1893, de pourparlers qui qui n'avaient qu'un but : permettre à Bebanzin de se sauver et de nous tenir en suspens.

C'est au bivouac de Zoutenou que le général Dodds a rejoint Tarmée d'opérations, le 6 novembre. On esl à peu de distance d'Atcheribé. Il y avait été précédé par le groupe du commandant Drude, pendant que le groupe du commandant Boutin et le colonel Dumas (commandant de l'aile droite de la colonne) arrivaient à Paouigran et enlevaient à Bebanzin tout espoir de retraite vers l'est.

entre le grand jQeuve africain et les petits bassins côtiers du Mono, du Congo, du Zou, de rOuémé et de TOgoun.

Le "22, Behanzin descendant vers Abomey, toutes les colonnes font par le flanc gauche et se rabattent de manière à fermer le cercle entre le Mono-Zou, Agbado et TOuémé. Un poste est laissé à Paouigran, un autre à Atcheribé, où le général Dodds revient le "25 novembre avec son état-major et le directeur des atfaires politiques, M. d'Albéca.

Le 5« groupe (commandant Rouvillain- Saguet) quitte Toune et vient prendre position le long du Coufo, pendant que le général Dodds redescend vers Abomey, On campe le ^28 à Sèto, le 30 à Gobey, le 3 décembre à Oueubégamé, et enfin le 11 à Goho.

Behanzin, fuyant toujours, tâche de s'esquiver par le Sud-Est, et en dessous d*Abomey» à Iluousoreko, où il lui reste quelques isans. Une colonne de police (gardes s et contingents indigènes), sous le landement de M. d*Albèca, est lancée élément à la route que veut suivre l'ex-

plusieurs candidats, tous frères de Behanzin. Ce sont les princes Sephalélé, Goutchili, Sodiébipi, Topa-Mélé et Aïdama. Ce dernier est en faveur auprès du corps expéditionnaire. Il semble avoir de Tautorité et être ouvert aux idées de progrès. On a déjà fait commencer les travaux d^installation. Le palais de Simboji, entièrement déblayé, recevra le nouveau roi qui va gouverner le Dahomey au nom de la France, et sous la direction du résident de France.

Le royaume du Dahomey est divisé en trois parties distinctes, s'administrant séparément, selon les coutumes et institutions du pays. Ces trois parties sont :

I. Royaume d'Abomey. — Limites : à l'ouest, le Coufo ; au nord, les Mahis ; à Test, rOuémé; au sud, la Lama.

IL Royaume d'Allada. — Limites : au nord, la Lama ; à l'ouest, le Coufo ; à Test, la lagune d'Aoua, le Ouovimé et la rivière de

ISS LE DAHOMEY

Elrân, en janyier 1894, le courrier du Bccir. i-ous apportait le texte de la proclamai5:n air>essée par le général Dodds aux habi- :&=.;s de l'ancien royaume du Dahomey, pour Irur :^ii>e connaître la nouvelle organisation du r-iys, iiasi que les procès-verbaux d'élecu:'^ des rcis d*Abomey et d'AlIada.

La f rc-olamation est ainsi conçue :

c A 11 suite d événements de guerre, qui viennent d'avoir lieu dans le Haut-Dahomey, le Vvivs va être reconstitué. Le territoire de li ::;e, dent Tannexion a été prononcée, iLS.e bien entendu français.

V L'indépendance est rendue aux populiîi»?ns du Nord (pays des Mahis et de Dassa..

V L'ancien Dahomey formera deux royaumes indépendants, ayant respectivement pour capitales Abomey et AUada.

» Un roi sera mis à la tête de chacun d'eux.

» Les princes et les chefs, réunis à Goho, ont déjà présenté un roi, pour remplacer, à

reconnu par la France, un traité fixera les conditions de ce protectorat.

Salut !

» WyJah, le 13 janvier 1894.

» Le général commandant supérieur^

» Signé : Dodds. »

Le roi d'Abomey a été élu le 15 janvier, et son élection a été proclamée par le procèsverbal ci-dessous :

« Le 15 janvier 1894, à huit heures du matin, les prhices, cabacères et chefs du Haut-Dahomey, réunis sur la place du palais de Simbodjé, à Abomey, ont proclamé roi d'Abomey, sous le nom de Agodi-Abgo, le prince Goutchilli, fils du défunt roi Glé-glé.

» Le général de brigade Dodds, commandant du corps expéditionnaire et commandant supérieur des établissements français du Bénin, grand-officier de la Légion d'honneur, après avoir fait arborer au palais de Simbodjé le drapeau français, et l'avoir fait

lonial, directeur des affaires poli-

tiques et indigènes.

» E. Boulin, chef de bat. d'inf. de

marine.

» L. Garineau, lieutenant d'inf. de

marine, ofiBcier d'ordonnance. »

L'élection du roi d'AUada a été constatée dans les formes suivantes :

« Le 4 février 1894, à huit heures du matin, les cabacères et chefs du Bas-Dahomey, réunis sur la place du palais d'AUada, ont ITOclamé roi d'AUada, sous le nom de Gi- Glano-don-gbé-nou-Maou, le prince Ganhou Hougnon, dernier représentant de la famille royale d'Ardres et descendant direct de Medjé.

» Le général de brigade Dodds, commandant le corps expéditionnaire et commandant supérieur des établissements français du Bénin, grand-olfîcier de la Légion d'honneur, après avoir fait arborer au palais d'Allada le drapeau français et l'avoir fait saluer de vingt

renseignements sur la capture de Behanzin.

Voici cette correspondance :

(( Le capitaine Privé, de Tétat-major, était envoyé, le 26 janvier, au-devant de Behanzin, qui se laissa amener auprès du général Dodds.

» Prévenu de la capture de notre ennemi, le général reçut Behanzin devant la porte de sa tente et la main tendue.

)> Celui-ci se présentait sans armes et ac« compagne seulement de quelques-unes de ses femmes. Puis, après rechange des banales formules de politesse, il signifia au général « s'être rendu à la condition de ne pas être » livré au nouveau roi, ajoutant préférer la » mort à une humiliation, après sa dé- » chéance, vis-à-vis de celui qull avait na- » guère dépossédé ».

» Le général l'assura des bonnes intentions du gouvernement français à son égard et lui donna la certitude qu'il serait simplement exilé et pourvu d'honorables moyens d'existence. Puis il lui assigna, près de la

de la milice civile pour faire Laire les braillards et obtenir d'eux un silence relatif.

Behanzin est seul à Tavant de la baleinière, n'ayant près de lui que sa favorite qui revente avec un mouchoir ; en face s'est placé le capitaine Privé. Puis la barque atterrit sous les feux croisés des regards dévisageant curieusement le despote et Tinsultant dans sa défaite.

Behanzin est de stature moyenne, plutôt grand que petit. Sa physionomie, bien que portant l'empreinte des fatigues physiques et morales auxquelles l'a contraint pendant de longs mois son existence de fugitif, ne manque pas d'une certaine grandeur et respire l'énergie et la férocité ; Tœil est méchant, le nez recourbé en bec d'aigle, le visage étroit et allongé, le teint bronzé plutôt que cuivré.

La tête couverte d'un bonnet dahoméen en soie bleue, il s'avance fièrement drapé dans un splendide pagne de satin Loïe Fuller, appuyé sur l'épaule de sa favorite qui ne cesse de l'éventer, ayant à la bouche une

il fait demander le commandant de VOnyx pour le remercier des attentions qu'il a eues pour lui à son bord.

Le débarquement de ses bagages terminé, Bebanzin monte dans un wagonnet de Tartillerie préparé pour le conduire au blockbaus qui lui est assigné comme lieu de détention provisoire.

Bebanzin est installé au premier étage du blockbaus avec toute sa smala. On a placé auprès de lui un créole, M. Xavier Béraud, interprète principal de la colonie. L'ancien roi, harassé, s*est tout d'abord jeté sur un matelas où il est resté deux beures, en proie à un visible accablement.

Vers dix heures du matin, après avoir reçu quelques visites, Bebanzin fait appeler son cuisinier pour lui donner ses ordres. De tout temps il a mangé à Teuropéenne et son chef de cuisine est un véritable Vatel.

Une côtelette de mouton, du pain et des patates composent son menu . d'installation.

Il arrose le tout d'une bouteille de Champagne offerte par le mess des capitaines* ^t

du Dahomey, puissance militaire, et reportent les indigènes à leur situation de Tannée 1610. Nous retrouvons cette division dans la carte du seigneur d'Anville, insérée dans les Voyages en Guinée du chevalier des Marchais. Pour que la conquête fût acceptée par les indigènes comme un bienfait, il était indispensable de ne plus les laisser dans la main de leurs anciens maîtres.

» La reconnaissance du roi d'Abomey, prince Goutchili, fils de Glé-Glé et frère de Behaiizin, a eu lieu avec solennité le 15 janvier à Abomey, devant la porte du palais de Simboji. C'est un homme sérieux, âgé de trente-cinq ans, apte au gouvernement. Il a, d'ailleurs, immédiatement compris son rôle de souverain protégé par la France.

» Ses renseignements sur la cachette de Behanzin ont été reconnus exacts, et c'est d'après ses indications que l'on a pu marcher pour amener Behanzin à se livrer. L'avènement du nouveau roi a entraîné aussi la défection du seul ami resté lidèle à Behanzin, le grand féticheur Bocono Nubozoumé (C/ie-

» Un traité a été signé le 29 janvier entre le nouveau roi et le général Dodds. Ce document règle les questions de détail et l'exercice de notre protectorat. Le commerce y trouvera l'avantage énorme de pouvoir circuler jusqu'au S"* degré sans rencontrer comme autrefois les décimères et les cadeaux forcés.

» Le 4 février, a eu lieu le couronnement du roi d'Âllada. Les chefs de tous les grands centres du Sud avaient désigné le prince Ganhou-Hougnou, grand féticheur et descendant direct du dernier roi d'Ardres, tué par les Dahoméens du Nord. Ganhou a pris le nom de

Gi'gla'No'pon'Gbe-noU'Maou.

» Traduction : Le roi qu'on vient d'élire (littéralement V astre existant) servira la France comme le soleil et la lune servent le bon Dieu.

» Un traité de protectorat a été également

la vie s'éteindra en lui, de tristesse et de chagrin.

Quant à ses ministres, Koussougan, chargé autrefois des douanes et des achats pour le compte du roi du Dahomey ; Ymavo, Yevomé et Altadaè, ils ont été embarqués pour le Gabon, ainsi que deux cabacères, Félix Lino, métis portugais ayant dirigé l'artillerie des Dahoméens en 1892, et Cyrille, qui se dit médecin du roi.

Le rôle des résidents commence. Celui d'Abomey et d'Allada, ainsi que les administrateurs placés à Athiémé, sur le haut Mono, et à Agoumbo, sur le haut Ouémé, auront à surveiller les populations pour les empêcher de se piller les unes les autres et de pousser leurs produits vers le littoral.

C'est une œuvre que nos fonctionnaires doivent mener activement, pour faire rendre à ce pays très riche tout ce qu'il peut, et il peut beaucoup. Si le Dahomey est administré avec fermeté et discernement par des hommes choisis avec soin, il est appelé à un grand avenir commercial. Le développement éco-

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