Cet objet se nomme gongon en langue indigène
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ment les usages, mais aussi l’amour-propre du roi, car il était déplacé de proclamer chez les Fons les exploits de princes étrangers et inconnus. Aussi, perdant patience, Dan lui répondit-il devant l'assemblée :
« J'ai derrière moi tout un passé de droiture et de gloire, tandis que l'on ne sait pas d'où vous venez ; j'ai comballu loyalement pour l'indépendance de mon pays, tandis que vous avez semé partout le meurtre, le pillage et l'incendie. Je vous ai accueillis chez moi, vous et les vôtres, et ne vous ai refusé aucune des nombreuses faveurs que vous demandez à chaque instant, espérant vous voir ainsi suivre l'exemple du peuple fon, qui combat au grand jour mais n'assassine jamais dans l'ombre les femmes et les vieillards, Je vous ai donné un territoire, à vous qui n’en aviez pas; enfin J'ai fait de vous mon frère et mon ami. Aujourd’hui, vous me demandez un objet sacré que personne ne peut obtenir que mon successeur ; demain vous voudrez régner à ma place, et bientôt vous {me demanderez mon ventre pour bâtir dessus votre maison ! »
Aho ne répondit rien, mais il se souvint, comme on le verra plus tard, de la réponse du roi des Fons. En attendant, il refoula les rancunes au fond de son cœur, songeant qu'il n’était pas encore assez fort pour accomplir ses projets, et il retira la demande qui avait failli lui enlever l’amitié de Dan. |
Ce dernier oublia vite cet incident et les bons rapports continuèrent entre les deux hommes comme par le passé, l’aventurier poursuivant l’exécution des projets qu'il avait formés depuis longtemps et pour la réalisation desquels il n’attendait qu’un certain nombre de partisans. Il s'était allié secrètement avec tous ceux qui, chez les Fons, avaient à se plaindre du roi, et il se fit peu à peu le chef de ce parti qui allait en augmentant de jour en jour et qui devait bientôt avoir le dessus sur l’autre.
Aho rêvait un grand royaume, des conquêtes sans nombre; il voulait une capitale qui fût digne de le recevoir avec ses richesses, car l'ambition n'avait pas de bornes chez lui. Le petit territoire du roi fon lui semblait mesquin, misérable ; il ne comprenait pas que Dan pût vivre ainsi sans convoiter le bien des voisins, sans vouloir se l’approprier, sans au moins en tenter la conquête.
Le jour où il fut assez fort, il se sépara de Dan et son parti le suivit. Une scission s’opéra ainsi chez les Fons; ceux qui avaient été frères devinrent ennemis, ceux qui avaient combattu ensemble
pour la même cause allèrent porter les armes les uns contre les autres.
Aho, dès qu'il eut quitté le roi Dan, lui déclara la guerre; ïl s'était retiré sur le territoire qui lui avait été concédé et, ses dispositions prises, il joua la partie qu’il avait préparée depuis si longtemps : la conquête du pays des Fons et de son trône.
Dan rassembla ceux qui lui étaient restés fidèles et marcha contre son ennemi. Malgré des prodiges de valeur, la victoire lui fut contraire ; favorisé par le nombre, Aho lui infligea sa première défaite.
Aho poursuivit sa campagne, lui toujours vainqueur, Dan toujours vaincu ; de désastre en désastre, Dan se retira dans sa capitale' où il perdit le peu qui lui restait de ses troupes et fut fait prisonnier par son ennemi.
Aho devint roi des Fons. Alors commencèrent les conquêtes qu'il avait rêvées et que lui et ses successeurs devaient réaliser.
En peu de temps il annexa plusieurs petits territoires au sien et songea à choisir l'emplacement de sa capitale.
L'ayant trouvé, il commença à bâtir les murailles d'enceinte. Le moment où il voulait se venger des Fons était venu. Un jour, devant le peuple entier qui travaillait aux fondations, il fit amener Dan et lui dit :
« Vous m'avez donné un territoire, j'en ferai un immense royaume ; vous m'avez refusé votre cloche en fer, je l'ai prise et elle m’appartient de droit: je règne à votre place. Aujourd’hui, comme vous le prévoyiez, je vous demande votre ventre, pour y bâtir, non ma maison, mais les murs de ma capitale. Nous l’appellerons Danhomé*. »
Et, sur un signe du roi, le prisonnier fut décapité et son corps jeté dans les fondations. La capitale, seule, d’abord s'appela Danhomèê, mais plus tard tout le royaume prit ce nom, et la ville, ayant élé construite sur l'emplacement d'un village appelé Asbomé, fut le plus souvent désignée par cette dernière appellation.
Plus tard, également, l'usage modifia la prononciation; des noms primitifs, on fit Dahomey et Abomey*.
1. Tout fait supposer que c'élait Dahé, ville disparue aujourd'hui.
2. La traduction littérale est Dan (le roi des Fons), et hkomé, ventre : ventre de Dan.
3. Dans le cours de cet ouvrage, nous écrirons Dahomey et Dahomien. Des hésilations ont eu lieu sur l'orthographe de ces mots. Larousse, dans son
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Telle est, d’après la tradition, l’origine du nom du Dahomey.
Quant au berceau de la nation, pelit territoire où se déroulèrent les premiers événements dont nous venons de parler, il est situé à 40 kilomètres environ au sud-ouest de l'emplacement actuel d'Abomey et il s’est fondu dans le royaume.
Djegis et autres peuples.
Plus tard, les Djegis sont venus se mêler aux Fons et se sont confondus avec eux en un seul et même peuple.
Îl est certain qu'en principe toutes ou presque toutes les races qui habitent aujourd'hui la côte de Guinée sont venues du nord. Il y a, dans les idiomes parlés sur les diverses parties du littoral, de nombreux termes qui dérivent de l’arabe, et l’on serait tenté d’attribuer les origines des peuples actuels à des émigrations d'Égyptiens, d'Abyssins, de Somalis, de Soudanais et autres peuples de la même région : les Fans ou Fellatahs, les Pouls, les Djallons, ne sont pas étrangers à la formation des races qui existent actuellement sur le littoral.
On ne peut guère faire que des hypothèses sur l’origine de races aussi peu civilisées que celles qui nous occupent. Les Dahomiens doivent à un usage que nous décrirons plus loin de savoir à peu près la tradition de leur pays depuis deux cent cinquante ans environ. Les autres peuples voisins en sont absolument ignorants ; leur savoir, en pareille matière, remonte à peine à trois ou quatre généralions, et encore sont-ils si peu d'accord sur ce qu'ils racontent que l’on ne peut s'y fier.
Les Djegis sont, d’après toute apparence, les habitants des royaumes voisins que le Dahomey a conquis et annexés à son territoire par ses guerres continuelles ; ils se sont fondus ensuite avec les Fons en une seule et même race, et leurs deux noms sont, aujourd'hui, synonymes de Dahomien.
Actuellement, ce peuple se distingue essentiellement de tous
dictionnaire, les écrit de celte facon, tandis que M. Vivien de Saint-Martin les écrit autrement. Les premières cartes modernes ayant élé des cartes anglaises, nous nous sommes habitués à voir écrire Dahomey, Whydah, Godomé, Whémé, elc. Nous pensons que c’est parlout le droit du plus ancien de baptiser le pays qu'il est le premier à porter sur une carte, ct c'est vouloir aller contre cet usage que de changer aujourd'hui cette orthographe. D'ailleurs, personne n'est d'accord là-dessus, pas même les anciens auteurs. Nous garderons donc l'orthographe anglaise.
ses voisins ; il n’a fusionné avec aucun d'eux ; sa race, ses mœurs, sa façon d’être, sont restées pures de tout mélange, et de nombreux traits de son caractère lui sont exclusivement particuliers.
Les Yoroubas ! sont, pour ainsi dire, la nation mère de la Côte des Esclaves ; ils forment, en très grande majorité, sa population actuelle; ils doivent être placés avant les Dahomiens par l'ancienneté et le nombre.
L'Yorouba est situé à l’est du Dahomey ; son territoire est environ quatre fois plus étendu et sa population plus agglomérée en proportion des autres pays de la région. Contrairement aux Fons, les habitants se sont fondus un peu avec tous les peuples des environs ; leur langue est presque universelle sur la côte; on la parle et on la comprend depuis la Côte d'Or jusqu'au Bénin, et c'est celle qu'il est indispensable de savoir pour aller partout et se faire comprendre. Cette expansion de l’idiome est la seule preuve de l'influence qu'ont eue autrefois les Yoroubas ; elle prouve aussi leur mélange avec les autres peuples.
Comme nous l’avons dit, ils n’ont aucune idée de leur histoire ancienne ; ils ne se rappellent que les principaux événements peu éloignés de l’époque actuelle ; ils n’ont aucune notion du passé, de leur origine ou de leur formation. Nous avons bien entendu quelques versions à ce sujet, mais elles n’ont entre elles aucun rapport, et émanent plutôt de l'imagination et du désir que nos interlocuteurs ont eu de satisfaire notre curiosité. |
Les Popos, qui limitent le Dahomey au sud-ouest, forment, comme nous l'avons démontré, une nation plus ancienne que les Djegis ; ils combattaient contre le royaume de Juda pour conserver leur indépendance, alors que les Fons étaient à peine connus, et formaient déjà une petite nation organisée, quand ceux-ci n'avaient pas encore cominencé leurs conquêtes. |
Au nord des Popos et sur une étendue d'environ 50 kilomètres, le Dahomey est limitrophe du territoire des Fantis, un des peuples qui occupent l’est de la Côte d'Or.
Nous reviendrons, plus tard, à l’origine de tous ces peuples et à ce que l’on sait de leur histoire ; il nous reste à mentionner les plus terribles voisins du Dahomey à l’ouest, les Achantis.
Les Achantis sont un peuple dont l’origine est plus récente que
1. Les Yoroubas sont l'ensemble d’un peuple comprenant les Egbas, les Eyos ou Ohios et quelques autres ; on les appelle également Nagos, du nom de la langue qui leur est commune.
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celle du Dahomey et du Yorouba. Ils ont conquis, vers la fin du dix-septième siècle, le territoire qu'ils occupent aujourd'hui. Venues du nord, on ne sait d’où, leurs hordes terribles ont balayé les peuples établis entre les montagnes de Kong et la limite sud de leur territoire actuel. C'est dans cette immense étendue qu'ils fondèrent le royaume aujourd’hui existant.
Les Aquamaboes, dont la puissance et le territoire s’étendaient beaucoup plus au nord, à cette époque, ont été refoulés depuis 1807 dans les limites qu’ils occupent actuellement.
Il était indispensable de faire connaître tous les pays environnant le Dahomey, pour pouvoir suivre les événements qui se sont déroulés plus tard, ses annexions successives de territoires, les guerres qu'il a entreprises, et ses campagnes heureuses ou malheureuses. On saura ainsi quels sont les adversaires qu'il eut à combattre et quelles étaient ses ambitions et ses convoitises.
Plus tard, nous reviendrons sur les régions voisines du Dahomey; nous ne faisons que les mentionner pour le moment, et nous reprenons le cours de notre histoire.
La formation du Dahomey.
Nous avons laissé Aho au moment où il faisait construire les murailles de sa capitale, après avoir sacrifié à son ambition le dernier roi des Fons. Il convoite déjà la possession de royaumes plus grands que le sien ; il veut subjuguer ses voisins, quoiqu'il ne soit auprès d'eux qu'un roitelet sans force ; il veut leurs richesses, leurs peuples, leurs territoires; il veut que les Fons fassent trembler les nations voisines et que leur nom seul jette la terreur chez elles. :
Il va commencer lui-même l’accomplissement de ses projets; le jour où la mort viendra l’arrêter, il léguera la même tâche à ses successeurs, et si tous le secondent et sont animés du mème esprit, le Dahomey deviendra, dit-il, un peuple de guerriers : ses batailles seront des victoires, ses conquêtes des États, ses prisonniers des princes et des rois. . ©
Pourtant, les Fons sont en petit nombre et ils vont attaquer des peuples puissants qui se défendront sans peine et les repousseront avec pertes. Tout leur courage, toute leur bravoure seront inutiles ; ils seront accablés, couverts par le nombre! Ils songent
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à l'avenir avec inquiétude, car ils ne connaissent que la lutte au grand jour, loyale, face à face.
Aho se rappelle alors ses ruses d’aventurier pour suppléer à l'infériorité du nombre; il se souvient des ruses de guerre, peu honnêtes pour la plupart, dont il faisait usage, et il enseigne aux Fons l'attaque nocturne par la surprise, qui permet de faire des prisonniers saus coup férir; l'incendie, qui jette le désordre et chasse
Carte gravée par Homuan, sous la direction du sieur d'Anville, d'après le Père Labat et le chevalier des Marchais, 1743.
les habitants; enfin le pillage, qui rapporte plus de butin que ce que l’on conquiert pied à pied par les armes.
C'est la lutte du petit contre le grand, du faible contre le puissant; c'est la ruse suppléant à la force, dans toutes les guerres que nous allons suivre. C'est ainsi que le roi des Fons fit de ses sujets, et à tout jamais, un peuple de pillards, de voleurs et d’assassins.
Avant de les suivre dans leur développement, nous énumérerons les divers États qui composaient, à l’époque dont nous parlons, c'est-à-dire vers la fin du dix-septième siècle, le territoire de la côte des Esclaves.
Un fragment de carte très curieux et très rare aujourd’hui, qui faisait partie des itinéraires insérés dans les Voyages du chevalier des Marchaïs, fait figurer ces divers royaumes comme nous
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les avons placés; l'extrait ci-joint donnera une idée exacte de leur situation à cette époque :
Au nord, l'État des Fons ; plus au sud et à l’ouest, le royaume de Cana ou Calmina ; au sud-est, le pays des Ayos ; plus au sud encore, le pays d’Assem et le royaume d’Ardres ; et enfin, sur le littoral, les royaumes de Juda et de Jackin.
Comme limites, les Achantis, les Fantis et les Popos à l’ouest; les Ayos et la partie orientale du royaume d’Ardres à l’est.
Les rois de Dahomey. — Leur règne.
Le début de l'histoire du Dahomey, sauf la tradition que nous venons de rapporter, se compose de petites querelles et de cambats continuels entre voisins, sur lesquels on n’a que de très vagues détails, et dont le souvenir n’a pas marqué suffisamment dans la mémoire du peuple pour avoir survécu jusqu'à nos jours.
Les événements importants, les grands traits seuls, sont parvenus jusqu'à nous. Les noms des rois de Dahomey aussi sont restés gravés dans l'esprit du peuple dahomien, et sauf les dates qui résultent d'un long travail de comparaison fait par nous, l'ordre dans lequel ils ont régné est rigoureusement respecté dans toutes les bouches.