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Fêtes qui suivent la mort du roi ou son anniversaire

HISTOIRE, ETHNOGÉNIE. 29

Regne de Glele, de 1858 à 1889.

La première chose que Glèlè voulut entreprendre fut de chercher à venger l'échec reçu par son père à Abéokouta, six ans auparavant. Pour cela, il fit secrètement, pendant plusieurs années, des préparatifs pour cette campagne qu'il voulait rendre décisive. Lorsqu'il fut prêt, il annonça qu'il allait chercher la pantoufle de son père chez les Egbas, et une nouvelle armée se dirigea vers cette contrée, qui avait été si funeste à la première, et d’où celleci n'était jamais revenue (janvier 14860). En premier lieu, Glèlè marcha sur Ichaga, qu'il voulait punir de sa lâcheté. On se souvient que, lors de la retraite de l’armée, Guëzou avait voulu y chercher refuge, et que les habitants s'étaient Joints à ses ennemis. Le petit peuple paya cher sa félonie; pas un seul être humain n’échappa à la vengeance de Glèlè. Le roi, ses chefs, les femmes, les enfants, tout fut fait prisonnier. Le roi de Dahomey ne voulut pas les faire mettre à mort; il trouva pour eux un sort plus cruel,

Ayant rencontré près d’'Ichaga une caravane de négriers en quête d'esclaves, Glèlè leur vendit à prix d’or tous ses prisonniers ; ceux-ci s’éloignèrent enchaînés, roués de coups; aucun d’eux ne revil jamais sa patrie. Quant aux villages, ils furent réduits en cendres, les récoltes brûlées, les palmiers coupés. Le territoire d'Ichaga était ruiné pour un siècle.

Le vainqueur se borna pour cette fois à cette première victoire. Il décida de retourner au Dahomey, où il continua ses préparatifs pour la campagne contre Abéokouta.

En 1863, Glèlè se dirige vers la capitale des Egbas, à la tête d’une armée formidable, et, comme son père, il arrive sous les murs de la ville après avoir tout détruit sur son passage. Se rappelant ce que l’assaul avait coûté d'hommes à son pays, il décide d'attendre les Egbas dans la plaine avoisinant la ville.

Du haut de leurs blocs de granit, les Egbas pouvaient compter l'ennemi, fort d'environ quarante mille hommes, six à sept mille porteuses, trois à quatre mille amazones. Ils pouvaient distinguer les parasols des chefs et la tente du roi. Quoique Glèlè les eût envoyé défier, les Egbas n'osaient pas quitter leur forteresse naturelle, où ils savaient qu'ils auraient tôt ou tard à soutenir l'assaut.

À partir de ce moment, les événements se succédèrent exactement comme lors de la première expédition : la famine forçant les

Dahomiens à en finir, l'assaut fut tenté et les assaïllants repoussés avec perte. Glèlè feignit une retraite précipitée afin d'attirer les ennemis hors de la ville. Les Egbas, en effet, recommencèrent la poursuite ; mais, dès qu'ils furent dans un endroit convenable au combat, les Dahomiens firent volte-face et leur tombèrent dessus avec une ardeur doublée par le désir de venger l’échec reçu onze ans auparavant.

Aussi, quoique affaiblis par l'assaut, ils infligèrent aux Egbas des pertes nombreuses ; ceux-ci étaient moins habiles qu'eux à la lutte corps à corps, et cette terre, qui avait été arrosée de sang dahomien, fut, cette fois, couverte de cadavres egbas, si nombreux, disent les Dahomiens, que leurs têtes rangées l'une après l'autre fussent arrivées à Abomey.

Il n’y eut, d’ailleurs, victoire pour personne ; les agresseurs battirent en retraite, moins vivement cette fois, mais laissant encore un grand nombre de guerriers sur le champ de bataille, et en ayant perdu environ trois mille faits prisonniers pendant l'assaut. . Les amazones avaient encore payé un gros tribut à l'ennemi : plus de deux mille d’entre elles restèrent pour toujours sous les murs d’Abéokouta. Le premier au combat et le dernier dans la retraite, Glèlè repartait, navré de n'avoir pu venger son père.

La pantoufle de Guëzou était restée à Abéokouta, où elle restera longtemps encore. Tous les jours, l’armée dahomienne diminue et celle des Egbas augmente, ce qui doit faire renoncer le Dahomey à tout espoir de rentrer dans la possession du précieux objet. On‘annonce pourtant chaque année, à Abomey, que l'expédition contre Abéokouta doit avoir lieu l’année suivante ; mais ce n’est que vaine forfanterie.

Aussitôt de retour, le roi voulut racheter ses sujets prisonniers, et, dans ce but, il se mit à faire appel à toutes les ressources pécuniaires que pouvait offrir le royaume, empruntant même de l'argent aux Européens, auxquels il le remboursa intégralement quelques années après.

Des ambassadeurs se rendirent à Abéokouta, dans le but de proposer la rançon des prisonniers. Les Egbas en avaient déjà vendu quelques-uns comme esclaves; mais la plus grande partie fut rachetée et ramenée au Dahomey.

La nomination du troisième chacha donna lieu à des dissensions entre les Européens de Whydah. Dès la mort d’Isidoro da Souza, Glèlè avait fait venir Agbâlai, veuve du premier chacha,

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qui était à la tête de Ja famille, et l’avait priée de désigner un successeur au deuxième vice-roi. Elle indiqua un cousin, Antonio (surnommé Agbakou). Le roi nomma ce dernier; mais aussitôt ce fut un concert de réclamations : les frères d’Isidoro voulaient sa place et les négociants refusèrent le nouveau vice-roi, disant que n'ayant jamais été au Brésil, il n'avait aucune idée des intérêts de la plupart d’entre eux.

Le roi, voulant la paix, annula la nomination. La maJorité tomba d’accord sur l’aptitude d’un autre cousin, Francisco J. da Souza, et il fut nommé définitivement troisième chacha.

Francisco J. da Souza avail été chargé de ces fonctions à son corps défendant. Paisible négociant à Agoué, il avait d’abord demandé au roi de lui laisser sa tranquillité; mais il ne put insister, sachant qu'il se ferait un ennemi de Glèlè en refusant une de ses faveurs.

Le troisième et le quatrième chacha furent complètement nuls ; ils laissèrent prendre tous les jours plus d'influence aux autorités indigènes.

À l’époque dont nous parlons, les yévogans', supprimés (comme attributions) depuis le roi Guêzou et la nomination du premier vice-roi, avaient repris toute leur influence, et c’étaient les cabeçaires qui exerçaient les fonctions qui, en principe, devaient incomber au chacha.

Le gros trafic était représenté, à Whydah, par deux maisons françaises, Victor Régis et Cyprien Fabre, de Marseille, dont la première était établie depuis l’année 1843, et par une factorerie anglaise, Swansea and C.

Les agents de commerce jouèrent, comme on le verra par la suite, un rôle important dans les événements.

M. Lartigues, agent de la maison Régis, avait, au dire des indigènes, été l’ami intime du roi. C'est grâce à l'entremise des maisons de commerce que nous avons pu, en 1851, signer avec le Dahomey le premier traité de commerce et d'amitié.

La France confia d'abord aux agents de la maison Régis, puis plus tard à ceux de la maison Fabre, les fonctions d'agent consulaire, et ils se trouvèrent naturellement mêlés à tous les événements de la politique extérieure.

1. Mot dahomien. Yévo veut dire blanc, étranger ; gan, grand, chef : yévogan, chef des blancs.

En 1868, le roi de Dahomey signait avec la France un traité par lequel il lui concédait le territoire de Kotonou'.

En voici la teneur :

ARTICLE PREMIER. — Le roi de Dahomey donne à la France une portion de territoire de 600 mètres de côté, limitée au sud par la mer, à l'est par la limite des deux royaumes de Dahomey et de Porlo-Novo, à l’ouest à une distance de 6 kilomètres de la faclorerie Régis aîné, sise à Kotonou sur le bord de la mer, au nord à une distance de 6 kilomètres de la mer, perpendiculairement à la direction du rivage. Le roi de Dahomey déclare céder gratuitement à l’empereur des Français le territoire de Kotonou avec tous les droits qui lui appartiennent sur ce terriloire, sans aucune exception ni réserve et suivant les limites délerminées.

ART. 2. — Les autorités établies par le roi de Dahomey à Kotonou continueront d'administrer le territoire actuellement cédé, jusqu'à ce que la France en ait pris effectivement possession.

Ont signé : Boxxaun, Agent consulaire de France à Whydab ;

DABA, Yévogan.

Jusqu'en 1876, le Dahomey avait vécu avec les puissances européennes en parfaite intelligence. Comme nous l'avons dit, le roi recevait souvent des officiers français, anglais, portugais, des voyageurs et des commerçants ; il leur faisait de petits cadeaux en échange de gros présents qu'ils lui apportaient, les invitait à assister à quelques sacrifices humains, à titre de distraction, et les gardait souvent à la capitale beaucoup plus longtemps qu'ils n’auraient désiré.

Gonflé d’orgueil et ignorant absolument ce qu’étaient les puissances européennes, il considérait leurs souverains comme des égaux régnant sur des contrées lointaines et heureux d’avoir des rapports avec le descendant de la dynastie dahomienne.

Qu'il soit sincère ou affecté, le dédain avec lequel le Dahomey a, de tout temps, considéré les puissances européennes est un des traits saillants de la fierté indigène. On peut mettre ce dédain sur le‘compte de l'ignorance ; mais, d’après nous, le roi de Dahomey edt-il visité nos arsenaux, vu défiler notre armée, qu'il nous considérerait toujours comme inférieurs à son peuple.

A l’époque dont nous parlons, la bonne harmonie allait être rompue dans les relations du Dahomey avec les Anglais, en premier lieu. |

‘ 1. Village silué sur le bord de la mer, à la limite est du Dahomey; il se nomme Appi sur les anciennes cartes.

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Un nommé Jacinto da Costa Santos, successeur d'un cabecaire brésilien du nom de José Soa Alfaïati, jouissait d'un grand crédit et de faveurs spéciales dans la maison anglaise Swansea and C°. Comme il lui avait rendu des services importants, celle-ci l’avait aidé, en retour, à se faire une belle situation.

Tout individu heureux excite généralement la jalousie des moins favorisés que lui, et Jacinto da Costa Santos eut bientôt contre lui tous les négociants, parmi lesquels ceux de la famille du chacha. On chercha le moyen de nuire au favori de la maison Swansea, de le noircir dans l’esprit du roi, et l’on attendit une occasion qui ne tarda pas à se présenter.

Le prince héritier Condo demanda un Jour à Julian-Félix da Souza, frère du chacha, à acheter une qualité spéciale de tissu vendue par la maison Swansea. Bien qu’il n’en eût plus, on persuada au prince que Jacinto da Costa en possédait une grande quantité, mais qu’il refusait de s’en dessaisir. On ajouta qu'il tenait des propos insultants à l’adresse du roi et l’on répandit sur son compte une foule de calomnies qui devaient sûrement faire leur effet. La vérité est que le malheureux négociant, pas plus que MM. Swansea, ne possédait l’article que demandait le prince.

Le cabeçaire Quénou, homme très intelligent et à cette époque plus puissant que le chacha lui-même, reçut du roi un messager spécial lui disant de faire une enquête à l'effet de savoir si le rapport fait contre Jacinto était vrai. Dans ce dernier cas, Jacinto devait être puni d'une forte amende et de la confiscation de toutes ses marchandises.

Quénou, négociant lui-même et haïssant Jacinto, alla, sans faire aucune enquête, lui confisquer ses marchandises et lui infliger, au nom du roi, une amende en cauris' équivalant à environ 2000 francs de notre monnaie.

Jacinto vint se plaindre de la façon injuste dont il était traité à l'agent de MM. Swansea, M. Tunbool ; celui-ci prit parti pour lui et, pour obtenir la restitution des marchandises, alla déclarer aux autorités dahomiennes que Jacinto n’était qu'un comumissionnaire, et que toutes ces marchandises, en dépôt seulement chez le négociant, appartenaient à la maison qu'il représentait. Comme les cabeçaires lui refusaient ce qu’il demandait, il les menaça, si les : marchandises n'étaient pas immédiatement restituées, de faire

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