Princes d'Allada, nom de famille des rois d’Ardres
HISTOIRE, ETHNOGÉNIE. 39
Les princes d’Allada furent longtemps indécis sur la marche qu'ils devaient suivre pour arriver à l'indépendance : ils n'étaient pas assez forts pour se révoller ouvertement ; à la moindre tentative de ce genre, leur suzerain eût sans peine arrêté leurs projets et ruiné pour toujours leurs espérances. Il leur fallait un appui solide ; s’adresser aux voisins eût été dangereux et n’eût rien changé à leur situation. Les Yoroubas les auraient volontiers aidés contre le Dahomey s'ils l'avaient voulu et auraient facilement enlevé le territoire de Porto-Novo aux descendants des Fons : mais ils eussent pris pour eux-mêmes leur conquête et les princes d’Allada n’eussent fait que changer de maître. Ce n’est pas à quoi ils aspiraient. Le seul moyen qui se présenta à leur esprit fut de demander à une puissance européenne son appui contre le Dahomey; ils n’ignoraient pas que la nation qui leur viendrait en aide ne le ferait pas d’une façon désintéressée et uniquement pour les obliger. Elle leur imposerait son protectorat. Restait à savoir ce qui était préférable, de l'influence étrangère ou de la suprématie du Dahomevy.
De ces deux partis, le premier semblait les rapprocher davantage de leurs désirs; il assurerait l'indépendance de Porto-Novo au moins vis-à-vis des autres peuples indigènes et augmenterait la richesse du pays par le commerce et les relations suivies avec les Européens.
Une fois l’idée du protectorat admise, il restait à désigner la nation à laquelle on ferait appel. Les Portugais, à cette époque, travaillaient en sous-main pour obtenir le protectorat du Dahomey qu’ils ambitionnaient; s'ils l’oblenaient un jour, Porto-Novo, ayant demandé leur protection auparavant, se fût de nouveau trouvé confondu avec le Dahomey sous leur pavillon; il n’y fallait donc pas songer. Restaient la France et l'Angleterre, car aucune autre nation n’était connue.
L'opinion était très partagée à ce sujet comme on va le voir ; il fut des princes d’Allada qui appelèrent les Anglais, d’autres qui nous implorèrent.
En 1843, Méji, auquel les Anglais avaient fait faire les propositions les plus alléchantes, demande le protectorat de Sa Majesté Britannique. Les Anglais commencent à apparaître à Porto-Novo. Mais Méji meurt avant que rien ne soit conclu (1846).
Son successeur Sod]i est, au contraire, contre les Anglais; il veut le protectorat de la France et nous le demande à plusieurs
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reprises. Notre gouvernement ne fit pas grand cas des désirs du prince, et le pauvre Sodji attendit longtemps une réponse à ce sujet. Le 23 avril 1861, les Anglais, furieux de la résistance que faisait Sodji à leurs propositions, bombardent Porto-Novo dans le but de l'incendier et de ruiner son commerce *.
À un nouvel appel du roi de Porto-Novo, la France consent à lui accorder son protectorat ; le pavillon français ést hissé en février 4863, et le Dialmath, aviso français, mouille devant Porto- = Novo, ayant à son bord M. Brossard de Corbigny, capitaine de vaisseau, envoyé par notre gouvernement. Les Anglais cessent immédiatement leur politique d’appropriation et tout rentre dans l'ordre.
À la mort de Sodji, son successeur, le roi Mecpon (car ils cessent, depuis cette époque, d'être sous l'influence aussi directe du Dahomey, et on peut rendre le titre de roi aux princes d’Allada), qui est de la famille dévouée aux Anglais, veut défaire tout ce qui a été fait. 1] s'adresse d’abord à notre gouvernement, lui demandant de lui rendre son indépendance. A force de protester, il finit par obtenir la cessation du protectorat. La France ne voyant pas encore dans l'avenir de gros avantages à posséder Porto-Novo, l'amiral Lafont de Ladébat reçoit l’ordre d'amener notre pavillon, le 23 décembre 1864.
En 1865 et 1867, les Anglais continuent leurs tentatives, et cette fois ce n’est plus le roi, c'est la population et le commerce entier qui s'opposent énergiquement à leur venue. Ils cessent enfin d'inquiéter Porto-Novo (1868).
Mésé succède à Mecpon en 1872.
En 1875, le roi Toffa, fils de Sodji, demande longtemps en vain, comme son père, le protectorat de la France. Ses désirs sont comblés par un décret du président de la République, rendu le 14 avril 1882, établissant le protectorat sur le royaume de Porto- Novo. Ce décret n’est proclamé à Porto-Novo que le 2 avril 1883.
Pendant ces tiraillements, ces alternatives du protectorat anglais et français, que faisait le Dahomey ?
Il voyait d’un œil calme toutes ces petites tentatives de ses vassaux et ne considérait pas tout cela comme dangereux encore. Presque chaque année, comme le roi de Porto-Novo oubliait à des-
1. Méji et Sodji appartenaient à deux branches différentes de la famille qui avaient chacune une préférence entre les deux nations.
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sein de lui payer les redevances qu'il lui devait annuellement en bétail, récoltes, esclaves et produits du pays, Glèlè, le traitant en ennemi, faisait des incursions sur son territoire, lui brûlait des villages et punissait cruellement les habitants de ce qu’il appelait l'insoumission du roi.
Porto-Novo est situé dans l’intérieur, sur le bord d’une lagune. Kotonou, que nous avons vu donner à la France par le Dahomey en 1868 et 1878, est son port de mer, et c'est là qu'a lieu tout le transit. Sans ce point, nous n’aurions pour Porto-Novo aucun débouché nous appartenant; il faudrait faire passer ses produits par la colonie anglaise de Lagos, située à l’est, ét son commerce serait beaucoup diminué. On comprend donc toute l'importance qu'il y avait pour la France à conserver le territoire de Kotonou, et pourquoi eut lieu l'expédition française de 1890.
Quant à ce que nous appelons aujourd’hui le royaume de Porto- Novo, il se compose à peu près de la moitié est de l’ancien territoire d’Ardres; ses limites ont été arrêtées par les conventions de 1863-1864 (amiraux Lafont de Ladébat et baron Didelot). Il se composait, d’après ces anciennes délimitations (arrêtées avec le consentement des Anglais), de deux parties distinctes : 4° la presqu'île située entre la mer et la lagune (formant une langue de sable courant de Lagos à Kotonou), qui nous appartenait depuis Appa; 2° la partie continentale entre le Whémé et l’Abdo. Au nord ses limites n'étaient pas définies.
Le Dahomey et les puissances européennes.
Dès que Glèlè eut signé le traité par lequel il acceptait le protectorat du Portugal", le pavillon de cette nation fut hissé sur tout le littoral, comprenant, comme points principaux, Whydah, Godomé * et Kotonou.
Le fort portugais reçut une garnison plus importante, etle chacha en fut nommé, comme son premier prédécesseur, lieutenantcolonel gouverneur.
Le 10 septembre 1885, le lieutenant d'infanterie de marine Roget, résident de France à Porto-Novo, protesta énergiquement, au nom de la France, contre le déploiement du pavillon portugais
1. Ce protectorat ne devait s'étendre que sur le littoral. 2, Ancien royaume de Jackin.
à Kotonou, rappelant à ce sujet la teneur des traités de 1868 et 1878.
Le Portugal répondit qu'il n’avait pas connaissance de ces traités et qu'il n’en avait pas été instruit lors de la signature de sa convention, sur laquelle, d’ailleurs, se trouvait compris le territoire de Kotonou. Mais l’affaire s’arrangea, et le 14 septembre 1885, le pavillon français fut hissé à Kotonou pour la première fois. Si nous avions eu soin de mettre notre drapeau dès la signature du premier traité, cet incident eût été évité.
La convention que le roi de Dahomey venait de signer avec le Portugal devait bientôt donner lieu à des désaccords. Voici, d’ailleurs, dans quels termes et en quelles circonstances sa signature avait eu lieu.
Le traité donnait aux Portugais, à l’insu du roi, des droits importants sur le Dahomey ; il leur accordait l'administration des villes du littoral dès qu'ils pourraient l'organiser, et une foule de concessions au désavantage de Glèlè.
Malgré toute la mauvaise foi qui a toujours primé dans les promesses et les transactions du Dahomey avec tout le monde, il est impossible de croire que le roi ait été au courant de la teneur du traité avec les Portugais.
Comptant toujours sur son influence pour en pallier au besoin les effets, le chacha trompa dans cette circonstance, avec beaucoup d'adresse, les deux parties contractantes. Il persuada aux Portugais que le roi n’ignorait aucun des nombreux articles de la convention et consentait aux moindres détails qui y étaient contenus ; de l'autre côté, il fit croire à Glèlè que les Portugais voulaient seulement mettre un drapeau comme insigne de commerce, et que cela ne changeait rien à l’état des choses.
Les fonctions d'interprète officiel ainsi que d’intermédiaire, dont il s'était chargé, facilitaient au chacha, le jour de la signature, ce rôle difficile de tromper deux parties en présence, sur le compte l’une de l’autre. Il espérait que les Portugais ne réclameraient pas de longtemps l'exécution des clauses épineuses, et qu'il aurait le temps, d'ici là, de mettre sa personne et ses biens à l'abri du danger.
L'important pour lui était de toucher sa commission, et, pour cela, il fallait que le traité fût signé.
Deux ou trois ans se passèrent, et le Julian Félix da Souza commença à croire que la bombe n'’éclaterait jamais. A cette époque,
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lui et les siens menaïent à Whydah une existence honteuse ; les mœurs étaient déjà fort relâchées dans la deuxième capitale du Dahomey, mais la famille du chacha et tout ce qui y tenait de près ou de loin donnaient à tous l'exemple de la plus scandaleuse immoralité.
Tout alla bien entre le Dahomey et le Portugal tant que celuici ne fit que mettre son pavillon sur une case et le faire garder par quelques soldats. Mais, en 1887, le gouverneur général de San-Thomé fut envoyé au Dahomey pour avoir une entrevue avec le roi et régler avec lui des points importants relatifs au traité de 1885.
Le roi, qui n’avait pas l'habitude de se laisser imposer des visites, ne daigna pas recevoir le gouverneur, et comme ce dernier avait déclaré qu'il était pressé, il le fit attendre deux mois et demi à Whydab.
Las de rester à la disposition de Glèlè, le fonctionnaire portugais repartit sans le voir et rendit compte à Lisbonne de l'accueil qui lui avait été fait. De son côté, le roi demanda des explications sur la visite intempestive du gouverneur de San-Thomé.
Julian da Souza avait cherché à excuser, auprès du fonctionnaire portugais, la façon d'agir de Glèlè, protestant qu’il était absent, malade ou à la guerre chaque fois que le roi lui envoyait dire catégoriquement qu'il n’était pas disposé à le recevoir. Mais toutes ces bonnes raisons ne convainquirent qu’à moitié le gouverneur de San-Thomé, qui partit fort mécontent. Le roi, de son côté, crut ce que le chacha voulut bien lui raconter.
Le gouvernement portugais, voulant une explication, envoya à Whydah une mission qui, cette fois, fut reçue par le roi à Abomey,en mars 1887.
Le chacha, retenu à Whydah par des ordres du roi qu'il avait à faire exécuter, ne put accompagner la mission, et son double jeu fut découvert par le roi. Comme Glèlè avait ses projets, il ajourna sa réponse, parla beaucoup pour ne rien dire et laissa retourner la mission à Whydah assez satisfaite de son entrevue.
Ce résultat donna de la confiance à Julian et lui fit espérer que le roi prenait son parti de ce qui était arrivé; mais le roi n’avait donné cette tournure aux événements que pour que le chacha ne soupçonnât rien et qu'il ne pût échapper à la punition qu'il lui réservait.
Un assez long intervalle s’écoula et, un jour, pour un motif de
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peu d'importance, le roi fit demander le chacha, tout naturellement, et comme cela lui arrivail souvent.
Julian Félix da Souza partit en grande pompe, selon sa coutume chaque fois que le roi le demandait, et arriva à Abomey où il eut une entrevue avec Glèlè; tous ceux qui l’accompagnaient l'avaient vu pour la dernière fois; il ne reparut jamais et personne n'eut plus de ses nouvelles’. Les uns supposent qu'il mourut sous le bâton ou torturé ; d’autres croient qu’il était simplement en prison. Tous les jours, pourtant, on faisait prendre à une certaine heure le repas du chacha, mais cela n’est en aucune façon un indice.
Peu à peu, toute sa famille fut appelée à Abomey ; on l’y attirait par des messages émanant prétendument de Julian. Un seul de ses parents fut relâché; ce fut Antonio Agbakou; mais on se rappela qu’il allait tout raconter et, comme c'était inutile, on assura son silence en l’empoisonnant deux jours après qu'il eut quitté Abomey (juin 1887).
Les biens de Julian Félix da Souza furent confisqués par le roi ainsi que tous ceux de sa famille ; la toiture de leurs maisons fut enlevée, ce qui, au Dahomey, signifie la ruine. Tous leurs amis ou protégés tombèrent en disgrâce, et l’on ne parla plus jamais qu’à voix basse, à Whydah, de celui qui avait été /e cinquième et dernier des chachas.
Dès que ces représailles furent terminées, le roi donna à entendre au gouvernement portugais qu'il avait été trompé par son représentant à Whydah d’une façon indigne, que jamais il n'avait accepté ni n’accepterait le protectorat de personne, et que c'était bien mal le connaître que de croire un instant qu'il eût pu y consentir.
Jamais le roi de Dahomey, ajoutait-il, n'avait eu besoin du protectorat d'aucune nation européenne. I] n'y voyait aucun avantage et préférait garder l'indépendance qui, de tout temps, avait été l'apanage du pays des Fons; il avait autorisé les Portugais à arborer leur pavillon sur toute la côte, mais cela n'avait pas pour lui d'autre importance; il considérait le drapeau des nations
1. Une mission portugaise fut de nouveau envoyée à Abomey, cette fois pour réclamer le chacha au titre de lieutenant-colonel honoraire de l’armée portugaise. On dit que le roi, pour nargucr ces messieurs, fil comparaitre le chacha en grand uniforme ct chargé de chaînes, mais qu'il refusa énergiquement de le rendre.
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comme un insigne de commerce et n'avait aucune raison pour s'opposer à ce que les Portugais déployassent le leur ailleurs que sur le fort de Whydah.
D'ailleurs, étaient-ils les seuls? Les commerçants français n'avaient-ils pas cet insigne également sur le littoral et ne voyaiton pas aussi à Whydah flotter les pavillons anglais et allemand? Pourquoi les Portugais voulaient-ils que leurs couleurs eussent, dans l'esprit du roi, une autre signification que celles des autres nations ? Il ne s’opposait en aucune façon à les laisser établis dans les villes du littoral, mais il n’admettait de leur part aucune tentative pour prendre plus d'influence que les autres Européens qui venaient faire du commerce, rien de plus.
Le roi déclarait en outre que, si le traité qu'il avait signé en 1885 contenait autre chose, il le considérait comme nul, car il n'avait pas autorisé le chacha à l'écrire et ce dernier n'avait aucun pouvoir pour trailer avec les étrangers; Julian da Souza avait été sévèrement puni pour avoir outrepassé ses droits.
Le gouvernement portugais comprit qu'il n'était pas plus avancé qu'auparavant; les frais de garnison et de protectorat étant une charge inutile pour la colonie de San-Thomé, il fut notfié à la fin de la même année (1887) aux puissances européennes que le Portugal retirait son protectorat des côtes du Dahomey.
Après l'Angleterre et le Portugal, la France allait avoir maille à partir avec le roi Glèlè.
Tous les jours, Porto-Novo prenait plus d'importance ; le roi Toffa, dévoué à notre cause, favorisait de son mieux nos intérêts, et le protectorat de 1882 se changeait peu à peu en colonie.
Malheureusement, les résidents français manquèrent de moyens; la colonie de Porto-Novo fut d'abord comprise avec Kotonou qui était rattaché administrativement au Gabon depuis le 4 mai 1859. Le 16 juin 1886, le tout était placé sous le gouvernement du Sénégal et confondu avec les rivières du Sud (du Sénégal), sous le nom de Sénégal et dépendances.
Le Sénégal fit encore moins que le Gabon pour aider Porto-Novo, et ce ne fut guère qu’en 1889 que notre petite colonie commença à prendre du développement. De 1886 à 1889, Porto-Novo eut de nombreuses querelles légitimes avec les Anglais qui violaient les traités et occupaient sur son territoire une foule d’endroits où leur but était de devenir les maîtres et de ruiner le commerce de la colonie.
Le chenal du Toché, celui d'Aguégué-Quendji!, le village de Kétonou, toute la partie de la presqu'île située entre ce village et Appa étaient au pouvoir des Anglais. Peu à peu, ils prirent possession du Zumé, autre chenal conduisant à Kotonou, et plantèrent leur pavillon dans les villages d'Avansori, Ganvi, Afotonou. Porto- Novo était bloqué; les Anglais parlaient déjà d'y mettre des droits; il y eut quelques vives altercations entre tirailleurs sénégalais et aoussas anglais; quelques coups de fusils furent même échangés et les choses en restèrent au même point, malgré des centaines de lettres diplomatiques échangées entre les résidents de Porto- Novo et les gouverneurs de la colonie de Lagos.
Dès 1879, le gouverneur de Lagos avait fait occuper le Toché; au rétablissement du protectorat, notre gouvernement protesta contre cette occupation; le cabinet de Saint-James déclara que la mesure prise par le gouverneur de Lagos n’était que provisoire et motivée par les actes de cruauté que le roi Toffa exerçait sur les gens de Kétonou, ceux-ci ayant demandé protection contre lui au gouvernement anglais; mais cette occupation ne devait, ajoutaiton, avoir aucun caractère préjudiciable aux intérêts de la nation; elle devait être tout à fait en dehors du mouvement commercial.
En 1880, une note communiquée à notre ministère des affaires étrangères par lord Salisbury rendit définitive cette occupation; le gouvernement de la République eut le grand tort de ne pas y répondre et les Anglais considérèrent notre silence comme un acquiescement. C’est alors que graduellement ils prirent possession de la presqu'île, des villages et des chenaux dont nous avons parlé.
En janvier 4889, un district commissioner de Badagry, M. Milson, tuait ou blessait à coups de revolver plusieurs pêcheurs inoffensifs, sous prétexte que, montés sur leurs petites pirogues, 2/s empéchaient le passage d’une chaloupe à vapeur et qu'ils insultaient ceux qui leur demandaient de s’écarter. M. de Beeckman, résident de France à Porto-Novo, réclama 1000 livres sterling d indemnité, et cette somme fut immédiatement payée par le gouvernement de Lagos qui savait que son représentant était dans son tort.
L'ordre ne fut rétabli entre les Anglais et nous que par la convention signée entre les deux gouvernements en janvier 4890.
1, Ces chenaux étaient le seul chemin à suivre pour se rendre à Kotonou. Le Zumé était une partie seulement de J'un d'eux.
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Par cette nouvelle délimitation, nous perdions nos droits sur la rive droite de la rivière Addo, nous renoncions à toute tentative du côté d’Abéokouta, et les limites du royaume de Porto-Novo se trouvaient reportées à l’est jusqu’au méridien passant par la crique d’Adjara.
Les Anglais, de leur côté, évacuaient le Toché et tout le territoire de Porto-Novo, nous rendaient la presqu'île située en face de la ville et s'engageaient, de plus, à ne pas agir politiquement du côté du Dahomey, nous laissant ainsi toute liberté d'intervention.
Mais avant cette solution du côté des Anglais, le royaume de Porto-Novo devait avoir fort affaire avec le Dahomey.
Au commencement de l’année 1889, il fut question à Porto-Novo d'établir des droits d'importation à Kotonou. Comme le roi de Dahomey avait jusque-là perçu ces droits, il était naturel, si le gouvernement lui enlevait ce revenu, de chercher à l’indemniser d’une autre façon, et l’on proposa de lui faire une rente. Ces projets n'étaient nullement officiels et les négociants seuls en étaient informés.
Pourtant la chose vint aux oreilles du roi de Dahomey. Il demanda aussitôt des explications à M. Bontemps, agent consulaire de France à Whydah, et représentant de la maison C. Fabre, de Marseille, lequel ne put répondre d’une façon satisfaisante.
Le roi demanda à voir le résident de France à Porto-Novo, menaçant de faire fermer les factoreries et d’arrêter le commerce s’il n’était pas là dans trois jours.
Le 25 mars, le baron de Beeckman, résident de France à Porto- Novo, recevait de M. Bontemps une lettre lui apprenant ce qui venait de se passer. Le résident n'était nullement forcé de donner satisfaction au roi, mais M. de Beeckman était l’obligeance et l'affabilité mêmes, et il ne voulut pas qu’on püût dire qu'il avait été cause d’un arrêt dans les affaires. Sans perdre un instant, il se rendit à Whydah, où le roi lui fit dire, par un messager officiel, « qu’il s'opposait à ce que la France mît des droits à Kotonou et qu'il refusait absolument d'accepter quoi que ce fût en échange ».
Sur la remarque toute naturelle du résident que Kotonou appartenait à la France par un traité, le roi répondit qu’il ne reconpaissait pas ce traité et que celui qui l'avait signé en son nom serait puni.
Quelque temps après, en effet, le bruit courut que le cabegçaire en question avait été décapité. On sut plus tard qu'il n’en était
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rien. C'était le roi de Dahomey qui jugeait à propos de ne plus tenir ses engagements.
D'un autre côté, il continuait à ravager le territoire de Porto- Novo, sous le prétexte que le roi Toffa était insoumis, qu’il avait fait décapiter des Dahomiens et empoisonné deux princesses ; c'était, en réalité, parce qu'il trouvait à y faire facilement, chaque année, les prisonniers nécessaires à la traite et aux coutumes.
Pour donner une idée des désastres que le Dahomey a causés à Porto-Novo, nous avons essayé de dénombrer les prisonniers qu'il a faits depuis les premières tentatives d'indépendance des princes d’Allada.
Le tableau suivant présente la récapitulation approximative des victimes de ces expéditions :
Prisouniers
Daies. Villages et leurs environs incendiés ct pillés. ou disparus. Morts! 1850 Badou, Refourefou, Inoubi, Gaba, Aïsse,
Okiadan, Mala, Ekpo................ 1430 445 1862 Ichaga........................ ..... 815 210 1865 Dahin.......... .................... 69 20 1868 Chalah..........................,... 143 31 1872 Iraoud, Okéamou .................... 75 49 1878 Mekd ..........,.......... Dessous 116 54 1880 Hadji, Okélé, Pjiho, Agétovo, Igana, louéré,
Houkou, Jakaokè, Jakasalé, Ghagba.... 980 275 1881 Adjoom, Azanzoumé, Vouèla, Fanvier ... 226 100 1882 Tako..... A EE 47 22 1883 loko, Idiogbo, Hagbé, Hammé, Podo ou
Obanigbé........ ........, ....... 37+ 119 188% Okiadan (ville importunte)............. 516 214 1885 Hestan, Gbaba, Okélé.,................ 90 395 1887 Wefin ou Couti, Iko, Kétukpé, Gbo-
zoumé, Houndomé................., 215 133 1889 Akpamné, Bembé, Dangbo, Igbé, Modo,
Houji, Hozoua, Vacon, Aporo, Abo-
gomé, Azoé, Danmé, Avadjedo, Agbad-
jedo, Agodozoum, Achoukpa, Gbéji.... 2145 715
Ces quatorze expéditions font un total de...... 72#1 2 652 ?
On se rend compte de l'effet d’un pareil fléau sur un pays riche et commerçant ; on peut calculer une moyenne de #4 à 500 pri-
1. Les morts comprennent les vieillards, les enfants en bas âge impropres à l'esclavage, et ceux qui ont fait de la résistance ; ils forment environ lc tiers des habitants.