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Ce chiffre est tout à fait approximatif

HISTOIRE, ETHNOGÉNIE. 49

sonniers par expédition, que le Dahomey a enlevés à Porto-Novo. Qu'on ajoute à cela les morts et les blessés, les récoltes dévastées et perdues, les palmiers coupés, la panique que cause chaque année l’arrivée des bandes ennemies, et l’on se fera une idée de la difficulté qu’il y a, pour une colonie, à prospérer dans ces conditions.

Quant au roi de Dahomey, il se souciait fort peu de tout cela ; de notre protectorat sur Porto-Novo, il n'avait cure, et ce que nous pouvions faire lui importait peu.

Telle était la situation lorsque M. de Beeckman rendit compte, par dépêche, des événements que nous avons racontés'. Des: secours ayant été demandés au Gabon et au Sénégal pour repousser l'invasion dahomienne, l'amiral Brown de Colstoun arrive sur rade de Kotonou avec deux croiseurs, l’Aréthuse et le Sané, le 2 avril 1889. Mais nos vaisseaux ne servent qu'à orner la rade ; nos marins n'ayant pas de casques ne peuvent venir à terre, sous peine d’être décimés par les insolations.

Depuis le 27 mars, les Dahomiens sont sur le territoire de Porto- Novo-ville ; la population entière a fui, le roi Toffa lui-même a suivi ses sujets réfugiés sur le territoire dit anglais, qui fait face à la ville. Le 27 mars, il a réuni tout ce qu'il a d'hommes aux environs, et il a cherché à s’opposer à la marche de l'ennemi; les gens de Porto-Novo, au nombre de sept ou huit cents, tentent une sortie, et un combat a lieu près de Danbo ; presque tous les chefs de Porto-Novo sont tués et leurs têtes apportées au roi de Dahomey.

Comme on a révoqué en doute qu’un combat ait Jamais eu lieu entre Porto-Novo et le Dahomey, voici les noms de ces chefs qui laissèrent la vie dans l'engagement du 27 : Agbéjogbé, Apologan, Arokpo, Téogbari-Kangan, Hongan, Zoumeniou, Boginiou-Egbé, Angbo-Afoumbiéni, Agué, Cemassa, Adogoun, Babâlé, Ahouanzou-Amano.

Le roi de Danbo, Aginiou, est tué et décapité dans sa case, sur laquelle flotte notre drapeau protecteur. On arrache le pavillon, on y enveloppe la tête du chef, et sa propre femme est chargée de porter le funèbre paquet jusqu’au Dahomey, où elle-même sera vendue comme esclave.

1. Le West african Telegraph Company avait installé un câble à Kotonou depuis le 1° novembre 1886.

Le 29 mars, les Dahomiens étaient aux alentours de la ville, à Achoukpa, situé à 5 kilomètres de Porto-Novo.

Nous ne parlerons pas, avec intention, de la petite garnison installée à Porto-Novo pour la garde de notre pavillon ; nous serions forcé d’être très sévère à son égard. Qu'il nous suffise de dire que son chef se conduisit de façon à faire honte à l’armée, et qu'il ne tenait qu'aux Dahomiens de venir à Porto-Novo enlever notre drapeau et s'installer où ils voulaient.

Nous ne comprenons pas pourquoi ils n’ont pas envahi la ville pendant ces deux ou trois Jours ; rien ne leur eût été plus facile cependant. Il faut croire que les ordres du roi étaient de ne pas pousser jusque-là. Le résident était seul dans sa maison, ainsi que les agents des factoreries ; les rues étaient désertes et la ville abandonnée.

Sur un nouveau rapport pressant du résident, l'amiral envoie à terre M. le commandant Thomas, capitaine de frégate, cinq officiers et soixante-sept matelots européens.

L'expédition dahomienne est d’ailleurs terminée ; les Dahomiens se retirent en se repliant sur le Whémé. Le 14 avril arrivent quarante-cinq Gabonais et un officier.

M. de Beeckman écrivit lettre sur lettre à notre gouvernement pour être autorisé à agir. Il demandait ou une expédition ou la suppression du roi Toffa, qui, par son attitude vis-à-vis de Glèlè, était cause de tout. Dans le premier cas, il proposait : 1° de faire mettre en sûreté les Européens habitant le Dahomey ; 2° de faire réoccuper le fort de Whydah avec une forte garnison, destinée à protéger les Européens et la ville ; 3° d'occuper effectivement Kotonou et de supprimer les droits qu'on y payait au Dahomey ; &e d'envoyer Toffa au Gabon et d'installer la douane à Porto-Novo; 5° de signer un traité avec le roi des Egbas, qui nous demandait depuis longtemps notre protectorat pour Abéokouta; 6° enfin d'installer des postes dans l'intérieur, pour rassurer la population des campagnes.

« À ce prix, disait M. de Beeckman, nous aurions une belle colonie ; out arrangement avec Glèlé est impossible. »

L'opinion de tous ceux qui ont l'expérience du pays est qu'il n’y eût eu qu'à suivre, 4 la lettre, ce que proposait le résident.

La deuxième alternative était de donner satisfaction à la population entière, qui demandait, à grands cris, que le pays devint Français et que l’on supprimât le roi.

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Il est certain que Toffa est l'ami de la France et qu'il a beaucoup aidé notre pays dans le développement de Porto-Novo ; mais, du côté de ses sujets, il était loin d’être populaire, il était même exécré.

Se sentant soutenu par notre gouvernement, il prenait une attitude des plus hostiles vis-à-vis du roi de Dahomey, qui ne l’a jamais considéré que comme son vassal ou un petit « seigneur sans importance ». Le roi de Porto-Novo envoyait même des défis à son ancien suzerain, et il était en partie la cause pour laquelle celui-ci ravageait le pays avec autant de ténacité.

Le 25 avril, M. de Beeckman adressa au gouvernement une dépêche où il disait que la population ne voulait plus du roi et demandait notre intervention ; il ajoutait qu’une révolution était probable et demandait s’il fallait soutenir Toffa ou laisser faire.

Pas plus que les lettres, la dépêche ne trouva d’écho auprès de notre cabinet ; on ne répondit même pas.

« Aujourd’hui 26, écrivait encore le résident, si on m'autorise à enlever Toffa, je m'engage à obtenir tout ce qu’on voudra du roi Glèlè, et Kotonou avant tout. »

Il est certain que la suppression du roi de Forto-Novo aplanissait avec Glèlè bien des difficultés. Ce dernier eût donné dix fois Kotonou en échange de la tête de Toffa, et eût consenti à bien des choses, rien que pour la satisfaction de voir détrôner ce petit roitelet venimeux, même s’il ne devait pas tomber en son pouvoir ensuite. Mais le résident ne reçut aucun ordre et tout resta dans le statu quo.

Le docteur Tautain vint, quelques mois après, remplacer M. de Beeckman, et toutes les tentatives qu’il fit pour changer le triste état politique des choses restèrent sans résultat. Seulement, il imposa sa volonté à Toffa, et ce dernier, dès qu'il arriva à Porto- Novo, sentit qu'il n’était plus aussi puissant qu'auparavant.

Enfin, en novembre, M. le lieutenant-gouverneur du Sénégal Bayol fut envoyé en mission à Abomey, pour avoir, avec le roi Glèlè, une entrevue définitive au sujet de Kotonou. Il était porteur de nombreux présents et espérait que l’appât d’une forte rente déciderait le roi à reconnaître le traité passé en 1868 el 1878. Malheureusement il n’y put réussir ; le roi ne consentit à aucune des propositions de notre représentant, et, tout en lui rendant

beaucoup d'honneurs, cut plutôt l'air de se moquer de lui et de nous.

Sachant combien les cruautés répugnent à nos nations européennes, il força M. Bayol à assister à des sacrifices humains, où les gens de Porto-Novo, faits prisonniers pendant la dernière campagne, étaient désignés comme victimes.

Il était impossible de nous narguer plus complètement. M. Bayol supporta tout avec le sourire aux lèvres ; mais il revint malade de chagrin et de rage.

Il ft un rapport énergique sur le résultat de sa mission. Il y demandait au gouvernement de faire défendre nos traités par la force, puisqu'il était impossible d’y parvenir par la persuasion. L'expédition fut décidée, mais à moitié ; notre ministère ne voulait qu'une petite expédition peu coûteuse.

C’est pourquoi le résultat en fut négatif, l’argent qu'elle avait coûté fut perdu, et nous avons donné là à Glèlè un triste échantillon de notre puissance, ce qui a encore contribué à augmenter son orgueil et sa morgue.

Nous aurions beaucoup mieux fait de laisser les choses telles qu'elles étaient, puisque cette intervention ne changea presque rien à la situation".

En 1890, un traité fut conclu, par lequel le Dahomey nous donnait Kotonou pour la troisième fois, à coup sûr avec aussi peu de bonne foi que lors des conventions précédentes. Il daignait, de plus, reconnaître notre protectorat sur Porto-Novo, protectorat qui datait de 1863!

Ce traité, d'ailleurs, devait être bientôt violé, comme nous ne tarderons pas à le voir.

Quelques jours après la visite de M. Bayol à Abomey, le roi Gièlè mourait à la suite d’une très courte maladie, après trente et un ans de règne (décembre 1889).

C'est un des rois qui auront le plus marqué dans l’histoire dahomienne. Îl ne fit pas preuve d'une cruauté particulière, comme quelques-uns de ses ancêtres ; il chercha, au contraire, à améliorer en quelque sorte l’existence de son peuple. L'idée de racheter, au relour d’une défaite, tous ceux de ses sujets qui étaient restés à l'ennemi, victimes de sa propre ambition, dénote chez lui sinon de la générosité, du moins une grande droiture de caractère.

Pourtant, diront les critiques, sa façon de se comporter vis-à-vis

1, On lira plus loin les détails de l'expédition de 1890.

EMBLÈMES DES ROIS DAN Guexou (LE co0), GLÉ-LÉ (LE LION), ne:

{Don du général Dodds au Musée d'

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