CHAPITRE Il
La situation actuelle du Dahomey : ses limites, son aspect, son étendue. — Topographie et hydrographie générales du pays. — Aperçu géologique. — Exploitations minières utiles. — Climatologie. — La barre, — Le wharf de Kotonou.
Situation générale du Dahomey.
Le territoire du Dahomey a la forme d'un vaste rectangle dont les petits côtés font face au nord et au sud. Sa longueur est-ouest est de 62 kilomètres; sa profondeur nord-sud est estimée à 360) kilomètres, soit une superficie de 22 320 kilomètres carrés, dont 7000 environ sont effectivement connus.
Ses limites étaient, jusqu'à cette année, définies de la façon suivante :
Au nord, très vaguement par un territoire inexploré qui en fait partie et qui s’étendrait jusqu’au bassin du Niger.
Au sud, par l'Atlantique qui baigne ses côtes depuis l’embouchure de la rivière Aho ou Sonigbé dans la lagune de Grand-Popo, à l’ouest, jusqu'à une ligne méridienne qui passerait par 0°24"3” de longitude est de Paris.
A l’est, par la rive droite du fleuve Whémé qui s'écoule dans la lagune de Porto-Novo et dans le chenal d'Aguégué en suivant une direction générale sud-sud-est, et par les contours nord et ouest du lac Denham ;
A l’ouest, par la rivière Aho ou Sonigbé ou par la ligne méridienne qu'elle parcourt prolongée jusqu'à la mer.
Le général Dodds a proposé, au commencement de 1893, de modifier la division administrative de la région occupée par nos troupes, et le gouvernement a admis son projet de morcellement du Dahomey. En principe, donc, les territoires de la côte, avec
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Whydah, sont incorporés à nos possessions de Bénin. Le reste du royaume comprend trois provinces indépendantes les unes des autres. L'une a pour chef-lieu Alladah ; elle correspond à l’ancien royaume d’Ardres. La seconde a pour chef-lieu Abomey. La troisième est constituée avec les villages de la vallée de Whémé. Quant au pays Décamey, absolument soumis aujourd'hui, il est replacé sous l'autorité du roi de Porto-Novo.
La configuration générale du terrain est celle d'un gigantesque plan incliné vers l'Océan. Les altitudes locales, prises avec l'anéroïde compensé par le thermomètre à eau bouillante, et en certains endroits vérifiées par les baromètres à maxima et à minima, nous ont donné du bord de la mer à la latitude d’Haï sur le Whémé, à 118 kilomètres nord de l'Océan, une échelle ascendantede 44 centimètres à 115 mètres au-dessus du niveau de la mer.
D’après cette estimation, on peut admettre que la région tout à fait septentrionale du Dahomey atteint une altitude de 300 mètres pour les vallées seulement.
Aspect du pays.
L'aspect du terrain connu, tout en suivant la pente légère que nous venons de définir, se subdivise en quatre zones très distinctes les unes des autres. Elles conservent l'aspect qui leur est propre sur une assez grande étendue. Nous les avons classées en allant du sud au nord.
La première zone, baignée par l'Atlantique, est la région des sables ; sa végétation est rare, rabougrie, son aspect désolé. C'est celle qu'on aperçoit du large, quand on est très rapproché de la côte, sous la forme d’une basse ligne noire sur une bande de sable: elle s'étend à 3 ou 4 kilomètres dans l’intérieur ; les grands végétaux y sont très rares.
La deuxième zone commence ensuite el offre un aspect beaucoup plus riant. Le terreau argileux remplace les sables, et aux quelques buissons épineux de la plage succèdent des plaines de verdure, entremêlées de végétation par bouquets ; plus loin, ce sont des forêts de palmiers à huile s'étendant à perte de vue et au milieu desquels se détache çà ou là un ronier (palmier à éventail).
Dans le voisinage des cours d’eau et des lagunes, cette végétation est entremêlée de marécages qui se changent pendant Ja saison sèche en flaques de boue ; il s’en dégage, à cette époque,
céocrA Pare MODERNE. 57
des émanations putrides provenant de matières végétales en décomposition. Cette région couvre une étendue de 35 à 40 kilomètres et comprend à peu près tous les endroits que fréquentent les Européens.
La troisième zone, qui est à peu près de la même étendue, commence à montrer les premiers accidents de terrain et la grande végétation peu fréquente jusqu'alors ; les marécages et les prairies naturelles font place à des élévations de terrain d’abord peu considérables, mais qui se changent bientôt en collines, en mamelons chargés de végétation. C'est au nord de cette région que l’on commence à rencontrer les grandes forêts.
La quatrième zone comprend ensuite les premières ramifications des montagnes de Kong, la région des plateaux, les forêts vierges immenses où l’homme n'a pas encore pénétré, ou bien peu. C’est le pays sauvage, peuplé encore de ses grands fauves. ll est inconnu, à l’exception du voisinage de quelques routes qui le traversent allant au nord dans les territoires du Niger.
Hydrographie.
L'hydrographie du Dahomey et des régions avoisinantes est très importante à étudier. Elle ne conserve jamais le même aspect pendant longtemps, et il y aura toujours de nouvelles découvertes à faire à ce sujet.
L'Océan capricieux tantôt ronge son littoral sur un point, tantôt y ajoute sur un autre des étendues considérables. L'amoncellement ou l'entraînement des sables sont subordonnés à la saison, à la violence des vents et des courants, à la quantité des pluies et à une foule d’autres causes,
Il est reconnu que, dans le golfe de Guinée, il existe deux grands courants principaux : le premier dit éguatorial vient des Antilles, longe les côtes du Sénégal et prolonge son influence jusqu à Fernando-Po, dans le fond du golfe. Il est superficiel et dure toute l'année ; sa vitesse moyenne varie entre 2 et 4 milles à l'heure suivant les saisons. Il passe sur les côtes du Dahomey, allant de l'ouest à l’est d’une façon continue.
Le second courant est sous-marin, il se nomme le contre-équatorial, il vient du Pacifique par le détroit de Magellan et le sud du Brésil et, traversant l'Atlantique, rencontre les terres d'Afrique à la hauteur d’Angola. Cet obstacle le fait dévier vers le nord et il
remonte la côte en sens inverse de l’éguatorial jusqu'au cap des Palmes, où il quitte la côte pour se diriger vers le large, donnant ainsi à son parcours la forme d’un gigantesque point d’interrogation.
Ces deux courants longent la côte suivant, l’un dessus l’autre dessous, une direction contraire. Pendant une certaine époque de l’année — juillet, août, septembre et octobre — Île contreéquatorial l'emporte sur son voisin; c'est le seul moment de l’année où l’on voit le courant descendre est-ouest.
Le littoral lui-même est une langue de sable qui court parallèlement à la côte, baignée d’un côté par l'Océan et de l’autre par une lagune de l’autre côté de laquelle se trouvent, en réalité, les côtes des contrées qui forment la région.
Cette lagune se prolonge depuis le Jebou jusqu'à Godomé' et de là jusqu’à Porto-Seguro, c'est-à-dire sur une étendue de plus de 200 milles. Elle baigne ainsi le Jebou, Lagos, Badagry, Porto- Novo, le Dahomey et les Popos ; la bande de terrain qu'elle laisse entre elle et la mer varie comme largeur entre 50 mètres et 5 kilomètres. Nous l’appellerons la lagune du Bénin.
Cette lagune reçoit tous les petits cours d’eau, rivières et fleuves qui descendent de l'intérieur vers la mer; de ce nombre sont l'Ochoun, l'Ogoun, l’Addo, le Whémé, l’Aho ou Sonigbé, l’'Agomé, et une foule de grands et petits ruisseaux. Elle forme en certains endroits de vastes nappes d’eau dont quelques-unes, par leur étendue, ont mérité le nom de lacs: tels sont le lac de Palma, le Jac Denham, le lac d’Avon. Elle change de nom selon les endroits où elle passe et s'appelle alternativement lagune de Porto-Seguro, de Petit-Popo, de Grand-Popo, de Whydah, etc.; autrefois, les anciens voyageurs la nommaient la rivière de Jackin*.
La largeur moyenne de la lagune du Bénin varie entre 30 et 200 mètres. À un certain endroit, en face de Porto-Novo, elle mesure 1720 mètres; c'est son point le plus large en dehors des lacs. Sa profondeur maxima est de 6 mètres (Badagry) et minima 65 centimètres (lac Denham). Le moment des plus hautes eaux est fin novembre; celui des plus basses, fin juin.
Après avoir reçu les cours d'eau que nous venons d'énumérer, la lagune du Bénin se déverse elle-même dans la mer en plusieurs
1. Elle est interrompue en cet endroit sur un parcours de 6 kilomètres. 2. Ville disparue aujourd'hui, située autrefois près de Godomé, sur le bord de celle lagune.
endroits principaux : 4° à Lagos ; 2° près de Grand-Popo, à un endroit appelé la bouche du Roi; 3° à Kotonou quelquefois !. Il est facile, au moyen d’un appareil empêchant les sables d'obstruer cette dernière bouche du côté de la mer, de conserver cette ouverture qui pourra être utile un jour pour le commerce.
En plus de ces grands débouchés, la lagune communique avec la mer pendant la saison des hautes eaux par de nombreux petits cours d’eau qui se frayent un passage à travers les basses terres.
Le niveau de la lagune du Bénin est plus élevé que celui de l'Océan; pendant la saison des pluies, la différence est de 1°,10 à 1°,45 ; elle n’atteint que 60 à 70 centimètres pendant la saison sèche. Il en résulte pendant la basse marée deux courants qui descendent l’un vers Lagos, l'autre vers Grand-Popo, avec une vitesse moyenne de 2 à 3 milles à l'heure. Le premier, allant vers l'est, est de beaucoup diminué lorsque la bouche de Kotonou est ouverte ; il disparaît parfois complètement.
La plupart des villes importantes au point de vue commercial sont situées ou ont un débouché sur la lagune du Bénin, telles sont : Léké, Palma, Ekpé dans le Jebou, Lagos, Badagry, Porto- Novo, Kotonou, Godomé, Abomey-Calavy, Avrékété, Whydah, Grand-Popo, Abananquem, Agwey, Petit-Popo, Porto-Seguro. Une foule de villages plus ou moins importants sont échelonnés entre ces villes.
L'aspect des rives de la lagune varie suivant la région qu'elle traverse : du côté de Lagos et en allant vers l’ouest, ce sont d'immenses forêts de palmiers offrant des coups d'œil charmants. Au contraire, depuis Porto-Novo jusqu’à Porto-Seguro, on ne voit que hautes herbes, papyrus et palétuviers. Cette différence vient de ce que la lagune ne parcourt, à l'ouest de Porto-Novo, que la première zone laissant entre elle et la mer un espace qui dépasse
1. En 1885, le lieutenant Roget, résident de Porto-Novo, et M. Léopold Maignot, agent de la maison Régis,itentèrent à Kotonou de joindre la lagune à la mer ; à cet effet, ils percèrent la langue de terre qui séparait l'eau douce de l’eau salée, sur un parcours d'environ 50 mètres, au moyen d'une tranchée de 1,50, qui atleignit en quelques heures une largeur de plus de 100 mètres. Un courant violent s'établit, résultant du voisinage du lac Denham, dont l'énorme masse d’eau occasionnait une pression considérable.
À l'époque des basses eaux, le courant équatorial amoncela les sables à l'entrée, et la bouche de Kotonou se referma. Elle s’ouvrit de nouveau d’ellemême en 1887, et la chaloupe-canonnière l'Émeraude entra par cette passe dans la lagune de Porto-Novo,
rarement 500 mètres, tandis que vers l’est elle remonte dans la deuxième zone par un crochet est-nord-est et se trouve séparée de la mer par des terres ayant jusqu à 7 kilomètres de large.
En plus des cours d'eau ordinaires qui se jettent dans la lagune, il existe à l’intérieur de petits lacs ou marais qui grossissent au moment des pluies et trouvent des débouchés pour venir grossir son Cours ; sans la légère inclinaison du terrain, il serait impossible d'habiter le pays.
L'eau de la lagune du Bénin est potable, lorsque la bande de terrain qui la sépare de la mer a peu de largeur; les infiltrations d'eau salée la rendent saumâire ; il en est de même à toutes les bouches. La marée montante arrête son courant et permet aux eaux de la mer de s'y mélanger.
Revenons aux modifications qu’éprouve continuellement la ligne du littoral.
Les établissements de Kotonou étaient situés, en 1886, à 50 mètres de la mer; en 1891, la distance qui les en séparait était de 345 mètres. Au contraire, à Grand-Popo, une partie de la ville a été obligée d'abandonner son ancien emplacement, lequel a été emporté par les eaux, et, depuis quatre ou cinq ans, la mer s'est rapprochée des habitations de plus de 100 mètres.
Il est certain que la lagune prend sa part dans ces changements, selon qu’en se précipitant dans la mer elle arrête plus ou moins les courants. À Lagos, on est obligé de faire draguer certains endroits du canal qui donne sur l'Océan, sans quoi les navires ne pourraient plus passer.
Les grandes étendues d’eau qui couvrent l’intérieur du pays produisent dans leur voisinage des infiltrations souterraines, qui s'étendent fort avant dans les terres. Dans l’intérieur même, il y a de nombreuses sources naturelles. L’eau que boivent les indigènes est obtenue au moyen de puits creusés à 2 mètres dans la première zone, à 4 ou 6 mètres dans la deuxième et la troisième. On peut dire, en somme, que l’eau se trouve partout, à des profondeurs qui varient suivant les couches du terrain.
Climatologie.
La climatologie de la région qui nous occupe est sujette à de grandes variations, c'est une des raisons pour lesquelles le pays est si malsain pour l’Européen.
Les vents qui soufflent sur la côte sont limités au nombre de trois — en dehors des orages, bien entendu :
L’alizé du sud-sud-ouest, qui souffle pendant une moyenne de sept heures par jour; il se lève vers 9 heures du matin; il cesse pendant les mois d'avril, mai, juin et Juillet dans le cours de l’aprèsmidi. En août, septembre, octobre et novembre, il dure quelquefois toute la nuit. En décembre, janvier, février et une partie de mars, il fait place, du lever du soleil à midi, à l’armatant.
L'armatan est un vent mi-froid, mi-chaud, qui souffle sur la côte pendant les mois de décembre, janvier et février. Il va généralement du nord au sud, mais on peut définir plus exactement sa direction préférée qui est du nord-nord-est au sud-sud-ouest. Nous n’entreprendrons pas d'expliquer sa provenance; tout le monde, à ce sujet, est obligé de se borner à des hypothèses tant que la région qu'il parcourt ne sera pas connue. Il peut venir du Soudan ou prendre naissance dans les vallées des monts de Kong. Il peut être froid à son origine et se réchauffer sur son parcours ; ou bien c’est le contraire qui a lieu. Nous nous bornerons donc à essayer de décrire ses effets, sans chercher à en expliquer les causes.
Pendant l'époque où souffle l'armatan, il alterne avec un autre vent auquel on peut donner la même définition qu’au sirocco des Algériens : il est chaud et humide. On le nomme vent de terre.
Le vent de terre souffle souvent pendant la nuit. En plus de la chaleur qu'il apporte, il est accompagné de myriades de moustiques ; il commence en général au coucher du soleil et, vers le milieu de la nuit, il est remplacé par l’armatan, dont il suit l'exacte direction. Il y a entre les deux vents une différence de 8 à 9 degrés centigrades; la transition est donc fort brusque, et la fin des nuits toujours froide.
On a dépeint l'armatan comme accompagné d’une sorte de
1. Armatan, terme qui, en langue indigène, équivaut à « vent qui sèche ». On appelle aiusi également la saison pendant laquelle il souffle.
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brouillard qu'il apporte. Nous n'avons jamais remarqué que ce brouillard pût lui être attribué, quoique sa présence concorde avec celle de l’armatan.
Il tombe toujours pendant Ja nuit, dans ces régions, une rosée .très abondante. Les mois de décembre, janvier et février sont les plus chauds de l’année ; à cette époque, le soleil est au méridien et il faut supporter des températures excessives; la rosée augmente également et ressemble plutôt à une pluie fine; elle humecte les vêtements en quelques minutes.
Cette humidité, en tombant sur un sol surchauffé pendant neuf heures par les rayons d’un soleil incandescent, se transforme en une buée que l’on aperçoit le matin au lever du soleil; l'air est opaque et l’on ne distingue pas les objets à 10 mètres devant soi.
L’armatan vient alors dissiper ce brouillard, qui disparaît dans l’espace d’une demi-heure, car la propriété de l’armatan est bien plutôt de dessécher. Loin d'amener dans l'air une opacité aqueuse, il chasse les particules humides et rend aux couches d'air une transparence qui augmente encore la chaleur. On a donné à ce © vent le vrai nom qui lui convienne en l’appelant vent qui sèche. Rien ne résiste à ses effets; les meubles, les boiseries, craquent toute la journée, gémissant sous la contraction de leurs molécules et finissant par se fendre de tous côtés; tous les endroits collés s’entr'ouvrent, les papiers, les livres et les cartons, les cuirs, la paille se roulent et se tordent sous un rétrécissement général. La peau humaine, elle-même, malgré ses propriétés élastiques et onctueuses, n’est pas exempte de l'influence de l’armatan; les cartilages du nez et le bord des narines sont les premiers à ressentir son action; on y éprouve une cuisson qui devient douloureuse. La transpiration s'arrête ou diminue, et la peau des parties exposées à l’air devient sèche et polie.
Pendant l’armatan, les lagunes se dessèchent et baissent avec une rapidité remarquable; les eaux stagnantes, les marécages disparaissent complètement ; la végétation diminue et semble s’arrèter ; l'agriculture est suspendue. Sauf quelques orages, il ne pleut jamais à cette époque.
On peut classer les saisons de la façon suivante:
Septembre.. Pluies fréquentes.
Le PRintEypPs (petite saison des pluies). Octobre .... Pluies peu fréquentes. Novembre .. Pluies rares.
Décembre... Forte chaleur.
L'ÉTÉ (l’armatan ou saison sèche)... ... | Jauvier..... Chaleur excessive.
Février..... Forte chaleur.
{ Mars....... Pluies rares.
L'AUTOMNE (petite saison des pluies)... | Avril...,.... Pluies fréquentes.
Mai.....,., Pluies fréquentes.
Juin....... Pluies continuelles.
L'Hiver (grosse saison des pluies). .... Juillet.,.... Pluies torrentielles.
Aoùt....... Très fortes pluies.
Pendant la saison sèche, le ciel est complètement découvert en temps ordinaire; on n’aperçoit pas un nuage.
Pendant la petite saison des pluies, on peut calculer une moyenne de dix à quinze pluies par mois, durant trois ou quatre heures : le ciel est peu couvert, les nuages disparaissent aussitôt après ou restent à l'horizon.
Au contraire, pendant la grosse saison des pluies, le soleil reste parfois une semaine sans se montrer plus de quelques minutes. Les pluies durent quelquefois plusieurs jours sans discontinuer, formant par leur amoncellement de véritables torrents qui se frayent un passage n'importe où, sedirigeant vers les cours d’eau. Le ciel est gris ardoise, l'atmosphère humide, la terre détrempée ; tout est dans l’eau ou dans la boue. Les pittoresques coups d'œil qu'offre la végétation tropicale sous les rayons du soleil disparaissent, car rien n’est triste comme un palmier sous un ciel gris.
L'udomètre marque jusqu’à 42 centimètres de pluie tombée dans une journée, par mètre carré.
Les orages d'Europe avec leurs quelques coups de tonnerre et leur petite averse ne donnent aucune idée de la lutte des éléments dans les régions équatoriales. C’est pendant la petite saison des pluies surtout, où l'air est chargé d'électricité, qu'ont lieu les orages. Un les appelle fornados" ; ils suivent à peu près invariablement la marche suivante :
Environ trois quarts d'heure avant, on peut remarquer vers l’ouest, très bas, un gros amoncellement de nuages; ce sont, pour la plupart, des cumulo-cirrus. Ils courent très rapidement dans cette direction. Le vent souffle d’abord assez violemment vers l’ouest, mais sans rafales. Le tonnerre commence à se faire entendre légèrement dans une direction opposée; quelques éclairs
4. Du portugais (ornar, tornada, retourner, revenir à, parce que ces orages font le tour de l'horizon.
entrecoupent ses roulements; le tornado se prépare. Une demiheure plus tard, l'horizon s’obscurcit et les nuages montent dans le ciel, venant de tous les points de l’horizon. Ils courent avec une grande rapidité, le tonnerre gronde de plus en plus et les éclairs se succèdent presque sans interruption; le tout se rapproche.
À un certain moment, le vent venant toujours de l’estet augmentant encore de violence se déchaîne avec les proportions d’un véritable ouragan ; ses rafales ont une violence à laquelle rien ne peut résister. Les palmiers robustes ploient comme des roseaux dans le sens de la rafale, penchant vers l’ouest leurs panaches verdoyants; les grands arbres eux-mêmes retiennent à peine leur feuillage qui . veut s'enfuir; le toit des cases se soulève, la paille dont elles sont couvertes est emportée ; les ardoises, les tuiles et le fer galvanisé résistent difficilement et souvent s’envolent dans la tourmente. Au vent se joignent la clarté aveuglante des éclairs et les coups de tonnerre assourdissants; la foudre tombe sur sept ou huit points dans l’espace d’un kilomètre carré. Enfin une pluie abondante, aux gouttes énormes. vient noyer, dans ses torrents, ce que le vent et la foudre n'ont pu détruire.
La durée d’un tornado est, heureusement, de quelques minutes à peine, autrement les dégâts seraient incalculables. Le vent, à son moment le plus violent, détermine une élévation subite du baromètre variant entre 2 millimètres et demi et 3 millimètres et demi. Le thermomètre baisse immédiatement de 5 à 6 degrés. Dès que le vent s’apaise, c'est signe que le tornado est épuisé : le baromètre et le thermomètre reprennent leur état normal.
Pendant l'hiver, la grêle tombe quelquefois; elle est de la dimension de l'orge perlé et fond aussitôt qu’elle touche terre.
Voici la température moyenne de la région :
Petites saisons des pluies (printemps et automne), six mois : de 28 à 30 degrés centigrades à l’ombre, entre 10 heures du matin et 3 heures du soir; abaissement de 2 à 3 degrés pendant les nuits.
Grosse saison des pluies (hiver), trois mois : de 25 à 28 degrés centigrades; même abaissement pendant les nuits.
Armatan (été), trois mois : de 4 heures du matin à 7 heures,
entre 21 et 25 degrés centigrades; milieu de la journée, de 30 à 43 degrés; du coucher du soleil à 4 heures du matin, de 28 à 30 degrés.
Ces observations ont été prises à 8 heures du matin, midi, 5 heures et 6 heures du soir, 11 heures du soir, 4 heures du matin.
Les moyennes précédentes résument trente observations faites pour chacun des chiffres donnés.
La nuit, pendant les petites et la grosse saison des pluies, il n'y a une différence de température que de 2 à 3 degrés, tandis que, pendant l'armatan, elle atteint 8 ou 9 degrés centigrades.
La température moyenne de la couche terrestre superficielle, obtenue au moyen d’un trou de 53 centimètres de profondeur et de ÿ centimètres de diamètre, a donné comme moyennes, pendant les diverses saisons et aux différentes heures de la journée : de novembre à mars, 38, 39, 42, 45 degrés, soit en moyenne 41 degrés;, de mars à novembre, 33, 35, 37, 39 degrés, soit en moyenne 36 degrés.
Pendant la grosse saison des pluies, la lune est quelquefois entourée d'un halo. On remarque, pendant les mois d'octobre, novembre et décembre, de nombreux bolides. Il existe dans le pays une pierre météorique que les indigènes appellent Ochoumaré"; c'est un silicate bleu foncé dont ils font des bijoux et qui a une grande valeur dans le pays.
Comme on vient de le voir, la climatologie de la région subit l'influence directe de son grand voisinage avec l'équateur; les saisons y sont renversées comme dans l’hémisphère austral ?.
L'équinoxe y est perpétuel; les jours n'ont entre eux aucune différence notable pendant l’année : il fait jour de 5 heures et demie du matin à 6 heures du soir; la transition du jour à la nuit est brusque et sans crépuscule.
Géologie.
Au point de vue géologique, le Dahomey n’est pas encore assez connu pour qu'il y ait beaucoup à dire ; nous n'avons pu faire nous-même aucune recherche sérieuse à ce sujet. Nous avons divisé la région en différentes zones, et nous nous bornerons à donner un aperçu de la constitution superficielle de chacune d'elles.
La première zone est couverte en premier lieu d’une couche de sable ayant environ 2 mètres d'épaisseur sur la terre ferme. Sur les bords des lagunes et des cours d’eau, il est mélangé à des
1. Pierre du ciel ; Ochoumaré est également le nom de l'arc-en-ciel. 2. La latitude du point le plus éloigné de l'équateur dans le golfe de Bénin est 6°19'16” N. | BIBL. DE L'EXPLOH. Ill. 5
matières limoneuses et forme des alluvions de composition différente selon les lieux. Au-dessous de ce sable, on trouve un terreau noirâtre qui se compose d’humus et de débris végétaux pulvérisés.
Les sables disparaissent dans la deuxième zone et font place, comme couche superficielle, à de l'argile plastique mélangée à de l'argile commune. Cette couche, après avoir été détrempée par les pluies, se dessèche au soleil et devient d’une telle dureté, que les végétaux indigènes arrivent seuls à la percer ; les plantes et les légumes d'Europe ne peuvent s’y développer. Cette couche a une profondeur qui varie entre 5 et 6 mètres ; au-dessous, se trouve de l’humus gras et possédant toutes les qualités propres à l’agriculture. Sur le bord des cours d’eau qui charrient de grandes quantités de limon, la nature de cette seconde couche est la même que dans la première zone; elle peut avoir 4 ou 5 mètres d'épaisseur. Au-dessous, on trouve encore de la terre végétale mélangée de sable et de calcaires décomposés ; quelques coquilles marines communes témoignent de la présence de la mer dans les temps anciens.
La terre glaise ne se trouve plus dans la troisième zone; aussi la végétation y est-elle plus riche. C’est l’humus qui y forme la couche superficielle ; on trouve en dessous la même épaisseur de sables et de calcaires et en troisième lieu des roches sédimentaires argileuses qui offrent des traces, selon les endroits, de porphyre, de granit, de feldspath ou silicate d’alumine et de potasse, de feldspath uni au mica formant un gneiss de mauvaise qualité, de schiste ordinaire, de schiste ardoisier, etc. Au fur et à mesure que l’on s’avance vers le nord, cette troisième couche devient de plus en plus rapprochée du niveau du terrain.
Ce qu'on appelle vulgairement pierre ou caillou est inconnu sur le littoral; la mer ne roule que du sable et des débris animaux. On rencontre les premières parcelles rocheuses dans la troisième zone, c’est-à-dire à près de 100 kilomètres dans l’intérieur.
En ce qui concerne les ressources minières également, on doit se borner à raisonner par déduction. Si nos hypothèses sont exactes, le Dahomey offrira un jour des ressources considérables à l’industrie.
Le Dahomey par lui-même n’est pas assez étendu, et sa configuration ne diffère pas assez de celle des pays voisins pour qu'il ne soit pas doté des mêmes richesses minérales qu'eux. Or il est limitrophe du pays des Achantis, où l'or fut à une époque si com-
mun qu'il servait aux plus vils usages : on en faisait des haches, des sabres, des couteaux, des pointes de flèches, etc. ; il n’avait aucune valeur, les Européens n'étant pas encore venus enseigner aux indigènes à l’échanger contre les marchandises dont ils avaient besoin. Le fer était rare alors, parce qu'on ignorait la façon de l'extraire et de le travailler ; il avait beaucoup plus de valeur que l'or. Les rois et les chefs achantis étaient enterrés avec des quantités considérables d'or, sous forme de pépites, de sabres, de bracelets, etc. Les Anglais, après leur victoire de 1874, lors du sac de Coumassie, firent dans les tombeaux, ainsi que dans la capitale des Achantis, une ample moisson de ce métal précieux.
Chez les Achantis ainsi que sur la Côte d'Or, on trouve l'or d’al- Juvions ; il se présente en grains, paillettes, pépites ou en poussière presque impalpable, dans le sable des rivières et dans les argiles mélangées de sable. Sauf la première zune qui diffère, ces pays ont la même nature de terrain que le Dahomey dont ils sont limitrophes. Le Volta, qui passe à peu de distance des frontières ouest du Dahomey, charrie dans ses sables des quantités d’or d’alluvions, qu'il arrache aussi bien à sarive gauche qu’à sa rive droite. Tant que le gouvernement indigène subsistera, il sera impossible aux Européens de faire au Dahomey n'importe quelle recherche au point du vue minier; les autorités locales s’y opposeraient. Tout ce qu’elles ne comprennent pas leur paraît suspect, et il y a malheureusement bien des choses qui entrent dans cette catégorie ‘.
Si un Européen creusait seulement un trou d’un mètre dans un champ, il serait aussitôt accusé de sortilège, de conspiration contre le gouvernement, arrêté peut-être, et toutes les explications possibles ne l’empêcheraient pas d'en éprouver une foule de désagréments.
Plusieurs voyageurs sont d'accord pour croire à l’existence de mines de houille dans la deuxième zone du Dahomey; le fer y existe en grande quantité. Dans la troisième zone, on en recon-
1. L'auteur de cet ouvrage a été surpris un jour, à Abomey-Calavy, occupé à photographier un temple fétiche. On se jeta sur lui, on lui confisqua son appareil, ainsi qu’une boussole, un sextant de poche et un horizon artificiel qu'il avait sur lui. 11 y eut des assemblées, des discussions interminables à la gore. Il fut forcé de payer une forte amende et d'expliquer longuement que ces objets n'avaient ou n'auraient aucune influence sur les destinées du Dahomey. Fort heureusement, on n'ouvrit pas l'appareil qui contenait cinq ou six vues. ;
naît de nombreux gisements, les uns situés au milieu des terrains de sédiment que l’on y rencontre fréquemment, les autres dans les roches argileuses et calcaires qui sont un prolongement souterrain de cette troisième zone. Il est exploité dans le nord seulement, où les indigènes, vivant loin des Européens, ne peuvent facilement se procurer le fer qu’ils importent.
Le littoral : la barre et le wharf.
Il nous reste à parler de l'aspect de la mer sur le littoral.
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la côte du Dahomey avec sa plage de sable fin, son absence de roches, est loin d’être facile à atteindre ; la mer, toujours agitée, se précipite sur la plage avec plus ou moins de violence et y forme une succession de vagues qu'on a surnommée la barre, quoique ce nom s'applique d’ordinaire à une ligne de brisants causée par la présence de roches sous-marines ou à fleur d’eau plutôt qu'à l’agitation de la mer sur une plage unie.
Les causes directes de la barre sont difficiles à établir d’une façon précise ; mais il est certain que les courants et les vents ont une influence sur sa formation et sa violence.
Nous connaissons déjà l'existence de deux courants, l'équatorial et le contre-équatorial, qui luttent l’un contre l’autre le long du littoral.
Cette lutte a une influence directe sur la barre, puisque celle-ci diminue et même disparaît à tous les endroits où une cause interrompt cette collision.
Telles sont les embouchures des fleuves ou lagunes où les eaux se précipitant dans la mer avec violence éloignent les courants de Ja côte ou les coupent à cet endroit. Le Niger, le Bénin, le Volta, le Roquelle sont dans ces conditions.
À Kotonou, où la barre est réputée très dangereuse, dès que la bouche fut ouverte et que les eaux de la lagune se précipitèrent dans l'Océan, la barre disparut à l'endroit où le courant était le plus violent. Un officier de marine montant une simple baleinière entra sans aucun danger par cette passe.
Une autre preuve vient encore à l’appui de notre assertion. Lorsque la marée monte et refoule les eaux dans la lagune et l'embouchure des fleuves, la barre reparaît et devient aussi dangereuse que sur le reste du littoral. Aussi n’entre-t-on dans l’em-
bouchure des fleuves qu'à marée basse, à moins, bien entendu, que les fonds ne soient insuffisants.
Les mois où la barre est le plus dangereuse sont ceux de juillet, août, septembre, où le. contre-équatorial entraîne les eaux vers l’ouest.
On peut donc conclure que, si les deux courants équatoriaux ne forment pas la barre, ils sont du moins la cause de son impétuosité et du danger qui en résulte.
Les vents ont également une influence directe sur la barre; elle augmente ou diminue selon qu'ils soufflent avec plus ou moins d'impétuosité ; le vent de terre ou vent du nord la fait tomber, et c’est lorsqu'il règne qu'elle est le plus facile à passer. Le phénomène de la barre s’accomplit pourtant d’une façon uniforme, quelle que soit l’époque de l'année et l’état du vent et des courants. Vue du large, la barre n'apparaît que comme une ligne d’écume ; son bruit ressemble, dans l'éloignement, au bruit lointain du tonnerre.
C'est de terre qu'il faut la voir, avec ses montagnes d’eau qui s'avancent vers la côte, calmes et majestueuses. L'idée qu'elle évoque alors est celle de l’Océan qui déborde, envahissant la côte dans un bouleversement subit. Le spectacle est grandiose, imposant ; celui qui l’a contemplé ne l’oublie jamais.
La plume est impuissante à décrire ces grandes scènes de la nature ; la photographie elle-même, si fidèle pourtant dans ses reproductions, ne les peint pas avec exactitude. Il y manque ces espaces sans fin et ces couleurs chatoyantes nées des rayons du soleil sous un ciel d'azur. 1] y manque aussi ces mille bruits qui nous impressionnent et enfin la vie et le mouvement.
Les évolutions de la barre sont régulièrement espacées. À 300 mètres du rivage, on voit d’abord se former une grosse vague qui prend son élan vers la côte ; son élévation atteint plusieurs mètres ; elle court, creusant devant elle une vallée profonde au fond de laquelle on voit passer et repasser des tourbillons d'écume roulés par la masse d’eau qui les pousse. Au fur et à mesure qu’elle avance, la montagne liquide diminue de hauteur; on aperçoit alors derrière elle, une sœur jumelle qui la poursuit. Augmentant toujours de vitesse, la première lame arrive à la côte avec une force inouïe ; ses eaux blanchissent,... sa crête se couronne d'écume,.… un peu avant d'arriver sur le sable, elle s’arrête brusquement et comme indécise.. ; mais l’élan est irrésistible, .…
10 LE DAHOMEYXY.
la cime l'emporte sur la base et elle tombe en avant, s’effondrant avec fracas dans une volute impétueuse.…
La plage se couvre d’eau et d’écume lancées sur sa pente par la violence du choc ; une légère vapeur s'élève, aussitôt dissipée, et la masse d’eau redescendant disparaît au pied de la nouvelle lame qui brise.
Il y a ainsi trois lames qui se suivent; on leur donne le nom de premier, deuxième et troisième brisant. La distance entre elles est de 60 à 80 mètres, et l’espace qui s’écoule entre l’arrivée des groupes de trois vagues va de dix à vingt-cinq secondes, selon la violence du vent ; on le nomme embellie. La hauteur des vagues à leur formation varie, selon l’état de la barre, entre 5 et 10 mètres.
C'est sur la côte du Dahomey et des Popos que la barre est le plus mauvaise. Elle est moins dangereuse sur les autres points du golfe et va en diminuant au fur et à mesure que l’on s'éloigne de la région dont nous parlons, soit vers l’est soit vers l'ouest.
Dans le silence des nuits tropicales, à plusieurs milles dans l’intérieur, on entend le bruit de la barre comme un roulement lointain et continu de canon.
Il est impossible de parler de la barre sans mentionner, en passant, le courage et l'énergie de ceux qui, pour un modeste salaire, risquent journellement leur vie pour la franchir. Nous voulons parler des Minahs!.
Les Dahomiens, les Porto-Noviens, les Yoroubas ont peur de la barre ; les premiers surtout parce qu'ils n’ont aucune notion de navigalion, même sur les lagunes. Les Européens qui font le commerce de la côte, ayant besoin de communiquer constamment avec les navires, sont obligés d’avoir sous la main à toute heure un personnel réservé au passage de la barre ; ils sont donc forcés, les indigènes se refusant à ce travail, de recruter des Minahs qu'ils engagent à l’année.
Au péril naturel qu'offrent les éléments vient se joindre celui que cause la présence d’une quantité considérable de requins. Ces squales foisonnent dans la barre, et, lorsqu'une pirogue chavire, il y a généralement mort d'homme.
C’est donc un dangereux métier que celui de passeur de barre. Les embarcations qui servent à ce travail ont la forme d’une balei-
1. Habitants d'Elmina (Côte d'Or). On donne vulgairement le nom de Minahs à tous les habitants de la Côte d'Or.
nière. Malgré toutes les précautions et l'expérience qui ont présidé à leur construction, elles chavirent continuellement, ce qui donne une idée de la violence des lames.
Le mouillage des navires sur la côte est assez sûr. On rencontre à la sortie de la barre des fonds de sable variant entre 8 el 15 mètres ; les vapeurs mouillent généralement à 200 mètres du troisième brisant, et les voiliers à 700 ou 800 mètres.
La quantité de marchandises perdues dans la barre s'élève chaque année à plus de 100 000 francs ; à ces pertes, il faut ajouter les naufrages qu’elle cause, car si le vent, le courant ou la rupture d’une ancre jettent un navire dans les brisants, il est irrévocablement perdu et mis en pièces en quelques minutes. Un vapeur même n’a chance de se sauver que s’il est sous pression. Enfin il faut compter, dans les désastres que cause la barre, les nombreux Minahs qu’elle enlève chaque année à leur pays.
En 1891, on a commencé à Kotonou la construction d’un wharf s’avançant dans la mer jusqu’à 212 mètres de la côte, et qui, par conséquent, arrive en avant de la barre. C'est une jetée établie sur de forts piliers en acier, sur lesquels la mer a peu de prise. Les navires ne peuvent pas accoster le wharf; la houle les en empêche. On est toujours obligé de transborder passagers et marchandises du navire sur les embarcations légères des Minahs. Seulement ces embarcations peuvent aller débarquer leur chargement sur le wharf. On peut les y hisser elles-mêmes le soir. Des grues et des portemanteaux permettent ces diverses manœuvres.
1. Wharf est un mot anglais qui signifie appontement, quai, jelée (en fer ou en bois seulement).