‹ Le DahomeyChapitre 19 sur 92 · BEHANZIN ET SA FAMILLE · texte numérisé non relu

BEHANZIN ET SA FAMILLE

HISTOIRE, ETHNOGÉNIE. 53

des puissances européennes prouverait plutôt la fausseté et l'hypocrisie.

Nous croyons que ces deux défauts sont la base du caractère dahomien, surtout dans les relations avec l'étranger. La diplomatie indigène veut que la vérité ou la pensée soient toujours déguisées. En dehors de cette façon d’être avec les étrangers, qui s'acquiert avec la pratique et qui ne naît pas avec l'homme, nous croyons qu'il y a place pour de bons sentiments chez le Dahomien, alors qu'il a affaire à ses semblables, bien entendu. Il est naturel d'admettre qu'un homme intelligent comme Glèlè ait compris que l'on devient plus populaire en se faisant aimer qu’en se faisant craindre.

Il est évident que ces bons sentiments et cette générosité n'allaient pas jusqu’à supprimer les sacrifices humains ou la peine capitale, usages qui viennent de la tradition et qui ont été légués par chaque roi à son successeur, comme une chose sacrée. Aucun d'eux n’eût osé y apporter la moindre modification, et Glèlè continuait ce qui avait toujours été fait, sans songer à en discuter le bon ou le mauvais côté.

Il faut se rappeler que nous avons affaire ici à des peuples sauvages, qui ne connaissent pas encore aujourd'hui aucune de ces conventions nombreuses, dont l’ensemble porte le nom de civilisation.

Il ne faut qu'interroger les Dahomiens pour se convaincre du prestige et de la réputation qu'a laissés Glèlè. Tous sont d'accord pour affirmer que, sous son règne, le peuple a été plus heureux ou plutôt moins malheureux qu’il ne l'avait été du temps de ses pères.

Au physique comme au moral, le roi de Dahomey répondait bien à l'idée que l’on se fait d’un chef puissant. Grand et robuste, même dans ses dernières années, il avait la figure noble mais impénétrable ; aucune de ses impressions ne s'y manifestait. Il avait la peau rougeâtre, ce qui donnait encore à ses traits une expression plus énergique.

Gièlè avait à sa mort environ soixante-quinze ans. Il était toujours vêtu d'un pagne du Dahomey, avec autant de simplicité que le dernier de ses sujets. Comme bijoux, un ou deux bracelets en fer; avec sa pipe de fabrication indigène, il ressemblait à tous ses cabeçaires.

Son fils, le prince Condo, qui a aujourd’hui un peu plus de

quarante ans, lui a succédé sous le nom de Gbedâssèé (Béhanzin). Il gouvernait le royaume depuis bien des années déjà, son père ne s'étant réservé que la guerre et les coutumes. À peine au pouvoir, il a eu à soutenir la lutte contre la France; c'est lui qui a signé le traité de 1890 et que le général Dodds vient de battre. On trouvera plus loin le récit de ces faits : nous leur consacrerons des chapitres spéciaux.

Page 1