LA FLORE
Nous avons rapporté de notre voyage sept cent vingt-deux espèces de plantes, dont cent quatre-vingt-onze ne sont pas mentionnées par nos naturalistes français, et dix-neuf seulement ignorées par les Anglais; ce sont pour la plupart des poisons.
Il y a une véritable étude à faire sur les toxiques; les indigènes des diverses régions en possèdent une quantité qui sont connus d'eux seuls et dont la plupart ont des propriétés fort curieuses. Par exemple, les gens des Popos en ont un qui s’administre à petites doses pendant six jours ; au bout de ce délai, il se déclare chez l’empoisonné des symptômes en tous points semblables à ceux que présente l'accès bilieux hématurique chez les Européens. Il en existe ainsi une variété considérable ; les féticheurs' sont particulièrement experts en la matière, ainsi que les empiriques indigènes.
Malheureusement, il est presque impossible à l'Européen de se faire initier à ces secrets; ses questions éveillent des soupçons mal fondés, et l’on se demande dans quel but il les fait : on ne comprend pas qu’il a seulement le désir de s’instruire. Les plantes médicinales étant vendues sur les marchés (contrairement aux poisons), il nous a été possible de nous en procurer un assez grand nombre; mais la plupart, nouvelles par leurs propriétés curatives, sont connues ou à classer dans des familles connues. Dans la classification très sommaire que nous faisons suivre, nous signalerons en passant les plantes utiles, c’est-à-dire celles qui servent à la nourriture des indigènes et à la composition de leurs médicaments (nous indiquerons pour ces dernières les maladies au traitement desquelles elles sont affectées); celles qui servent à leur industrie et aux usages domestiques ; enfin, celles qui peuvent être utilisées par notre industrie.
Les plantes, autres que celles que nous venons de mentionner, figureront dans notre liste seulement pour indiquer leur existence dans la région.