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Prêtres du fétiche, divinité du pays

Nous décrirons d’une façon détaillée les végétaux qui présentent des caractères non signalés encore à l’attention des naturalistes, et nous nous conformerons à la même règle pour la faune. Cette dernière sera mentionnée dans une courte classification comprenant les mammifères, les oiseaux, les reptiles, les poissons, les mollusques, les crustacés, les arachnides et les insectes les plus communs dans la région. Nous avons voulu, nous le rénétons, montrer que les principales familles et les principaux ordres de plantes connus sont représentés dans la flore de la région du Dahomev, et en même temps donner un aperçu de la faune.

Les ACANTHACÉES, dont un type, l'acanthe molle (Acanthus mollis), est assez commun. ,

Les AMARANTACÉES, représentées par l'’amarante géante (Amaranlus speciosus). On la rencontre en grande quantité au nord de la deuxième zone.

Les AMoMAcÉEs, qui offrent parmi d’autres variélés une qualité de gingembre (Amomum zingiber). Ce produit pourrait être exporté et trouver un bon prix sur les marchés d'Europe. Les indigènes s’en servent pour guérir la toux légère en le prenant en petite dose à forte décoction. Ils ignorent d’autres moyens de l'utiliser.

Les AMPÉLIDÉES, auxquelles peut se rapporter unc pelile variété de plante ressemblant à la vigne sauvage. Ses rameaux sont sarmenteux et munis de vrilles qui les aident à s’accrocher aux broussailles. Les feuilles sont divisées en trois lobes couverts d'un duvet blanchâtre et épais. Le fruit se présente sous forme de baies vertes de la grosseur d’un pois et immangeables.

Les ANACARDIACÉES, qui donnent le pommier acajou (Anacardium occidentale). Cet arbre produit un fruit très agréable au goût et très acide; il a la base plus étroite que l'extrémité et mériterait le nom de poire plutôt que celui de pomme. Au bas du fruit est attachée une amande en forme de haricol, qui ne peut se manger que rôtie; crue, elle est remplie d’un suc caustique qui fait enfler douloureusement les lèvres et la langue. Le jus de la pomme d'acajou est excessivement préjudiciable aux dents; il les carie et les fait tomber ; ses Laches sont indélébiles,et il remplace avec avantage l'encre à marquer le linge. Le manguier (WMangifera indica) pousse à l'élat sauvage, c’est-à-dire sans culture ; ses fruits sont filandreux. On en attribue l’importation aux Portugais.

Les AXONAGÉES. — La pomme cannelle“ ! (Anona squamosa), qui sert à faire des cataplasmes pour guérir les tumeurs; le corossol (Anona muricata, qui est classé parmi les antispasmodiques ; la pomme de crocodile* (Anona pulustris), dont on fait une infusion pour la toux; le poivre de Guinée (Hablitzia œthiopica), servant à l’alimentation; on en trouve une autre variété

1. Tous les noms suivis d'un astérisque sont les variétés peu connues en France.

moins répandue (Hablitzia undulata). Toutes ces plantes ne diffèrent entre elles que par la grosseur du fruit; tous leurs autres caractères sont à peu près semblables.

Les APOCYNACÉES. — La grande pervenche (Vinca major). Plusieurs variélés de lauriers parmi lesquelles l'avocatier ou poirier avocat (Persea gratissima), dont le fruit est excessivement agréable si on sait l’accommoder; le laurier d'Inde (Laurus indica); le laurier-cannelle (Cinnamomum ceylanicum), qui est très commun; le laurier-rose (Nerium oleander). Quelques genres d'asclépiades.

Les ARoOÏDÉEs. — L'acore odorant {Acorus calamus).

Les ARTOCARPÉES. — Le jaquier ou arbre à pain |Artocarpus), dont on trouve deux variétés : l’une produisant un fruit rond pesant 1 kilogramme; l'autre un fruit oblong qui atteint jusqu'à 8 kilogrammes. Cuit au four ou sous la cendre, ce fruit ressemble à une masse farineuse que l'on a comparée à du pain. Sur la couche corticale du jaquier, on trouve des fibres qui offrent une grande résistance comme matière textile.

Les AURANTIACÉES. — L'oranger (Citrus aurantium); le citronnier (Citrus limonum). Tous deux produisent des fruits beaucoup plus petits qu’en Europe et qui ne jaunissent pas lorsqu'ils sont mürs. Il faut savoir quand on doit les cueillir. On en fait, au Dahomey, une liqueur assez agréable. Ces végétaux ont été importés ; ils n'existent que dans les régions fréquentées autrefois par les Européens.

Les BiGNONIACÉES, qui ornent de plantes grimpantes variées les touffes de verdure. On en remarque trois genres ayant chacun une fleur de couleur différente : l’une, corolle rose mauve; l’autre, blanche légèrement verdâtre à l’intérieur ; la troisième, violette avec des rayures vertivales intérieures plus foncées.

Les BIXNÉES. — Le Cochlospermum angolense*, dont les filaments servent aux indigènes à faire des liens. C’est un arbuste à la lige ligneuse, qui atteint 2 ou 3 mètres; il est toujours vert ; ses feuilles, petites, peu espacées, sont rangées sur un pétiole qui leur est commuu, et se classent dans la catégorie qu'on nomme bipennées; c'est à l’intérieur de l'écorce, sur la couche corticale, que l'on retire la fibre utilisée.

Les BORRAGINÉES, représentées par la bourrache (Borrago officinalis), si appréciée en Europe pour le traitement des affections pectorales, mais dont l'usage est inconnu des indigènes, et le myosotis (Myosotis palustris).

Les BROMÉLIACÉES. — L'ananas (Bromelia), qui pousse à l’état sauvage en quantité; ilest peu savoureux, fibreux et sec, par comparaison avec ses congénères des Antilles. |

Les BuRSÉRACÉES. — Le bursera ou gommart, appelé sur la côte guinmier, et dont la sève égale la gomme arabique, dont elle possède toutes les qualités.

Les CacTÉES. — L'Opuntia cochenillifer, sur lequel vit et croît la cochenille au Sénégal, et qui pourrait être utilisé dans le même but si on désirait ajouter ce riche produit à ceux d’autres pays; le figuier d'Inde (Opuntia vulgaris), qui ne donne pas sur ses feuilles épineuses les bons fruits que l’on y cueille dans le nord de l'Afrique et qui ne prend pas non plus le même développement ; et le Cercus pentagonus, très commun.

Les CAnNACÉES. — Plusieurs variétés de balisiers dont les principales sont celles à fleurs rouge écarlate (Canna indica), à fleurs jaunes (Canna glauca) et à fleurs roses * (Canna angolense). Les graines du balisier, en raison de leur dureté, sont employées dans certaines régions comme plomb de chasse; à courte distance, elles en remplissent parfaitement le rôle.

Les CAPPARIDÉES. — Le Gynondropsis pentaphylla*, qui sert d’astringent aux gens du pays, pris en infusion bouillante. La Cratæra religiosa*, dont on fait séjourner la tige dans une‘huile qui sert à frictionner les parties atteintes de douleurs ou de rhumatismes.

Les CHÉNOPODIACÉES, qui fournissent plusieurs éléments à l'alimentation : la Salicornia herbacea, la Salicornia palustris”, la Salsola soda, etc.

Les COMBRÉTACÉES. — Le Combretum guineensis*, dont les tiges tressées servent à faire une très jolie variété de nattes ; on les teint souvent en plusieurs couleurs pour cet usage.

Les CompPosiTÉEs, où l'on remarque le Carduus acanthoïdes, l'Erythræa centaurium, le Turaxacum officinale ou pissenlit, et, en quelques rares endroits, une variélé de pâquerette.

Les CoxvozvuLacÉEs comprennent une variété considérable de cuscutes; la patate (Convolvulus batatus), qui occupe une grande place dans l'alimentation ; l’ipomée (Ipomæa digitata).

Les CRASSULACÉES, dont nous n’avons jamais vu qu'un spécimen : la Crassula arborescens.

Les CRUCIFÈRES. — Le Nasturtium humifiscum, qui se mange comme le cresson dans l'alimentation des Européens, el qui est, en certains endroits, la seule nourriture des bestiaux; la Cardamine hirsuta, que les Européens mangent crue et les indigènes cuite, et qui est connue vulgairement sous le nom de langue de vache.

Les CucurBITACÉES, dont les différentes espèces de calebasses, et surtout le Cucurbita lagenaria, servent dans le pays à faire tous les récipients de ménage : poils, boulcilles, flacons, baquets, plats, etc. Les giraumons et potirons variés (Cucurbila pepo, maxima, etc.) fournissent une bonne nourriture à la population; ces derniers produits sont dus, naturellement, aux soins de la culture, tandis qu'il y a plusieurs variétés de calebasses croissant à l’état sauvage.

Les CYyPÉRACÉES règnent dans la région marécageusc; on y voit le Scirpus lacustris, le Carex riparia, le Carex arenaria et le Carex minor”, qui ne se distingue des deux premiers que par sa dimension, qui est de moilié au complet développement de la plante. Le papyrus existe en grande quantité sur le bord de loutes les lagunes de l’est.

Les DioscorÉACÉES, dont le type, l’igname (Dioscorea batatas), est une des bases de la nourriture indigène. Les plus belles ignames se voient dans le Yorouba, où elles atteignent quelquefois le poids de 20 kilogrammes. On voit aussi presque partout le tamier (Tamus communis).

Les DiPTÉROCARPÉES offrent la Lophira alata*, dont l'huile sert à la toilette des femmes du pays, et aux préparations culinaires en certains endroits. Sa noix sculptée est un ornement recherché. A citer également, dans cet ordre, le Dipterocarpus alatus, le Dipterocarpus incanus, > qui ont à peu près les mêmes propriétés.

Les DipsACÉES, qui comptent seulement, d’après nos observations, une seule espèce, la Scabiosa atropurpurea.

Les ÉBÉNACÉES donnent le Diospyros ebenum sur la Côte d'Or et presque certainement au Dahomey. Les Diospyros ebenaster, melanoxylon existent également dans presque tout le golfe de Bénin et donnent un bois d'ébène estimé dans le commerce.

Les ÉRICACÉES, représentées par quelques bruyères que l'on rencontre dans les plaines basses; la bruyère arborescente (Erica arborea) et la bruyère éclatante (Erica fulgens) sont les seules que l'on remarque.

Les EUPHORBIACÉES sont très nombreuses. Les principales sont le manioc (Manihot utilissima), dont la population indigène se nourrit en grande partie et dont on tire le tapioca des Européens; le ricin (Ricinus communis), l'euphorbe résinifère (Euphorbia resinifera), l’euphorbe ipécacuanha.

Les GRAMINÉES, qui donnent le millet (Panicum miliaceum), le maïs (Zea maïs), la canne à sucre (Saccharum), le bambou (Bambusa arundinacea), le sorgho (Sorghum saccharatum), l'ivraie (Lolium temulentum), l’herbe de Guinée (Panicum altissimum), etc. Cette famille est excessivement nombreuse dans la flore intertropicale en général et dans la Guinée en particulier; les rizières n'existent que plus à l’ouest de la région qui nous occupe.

Les GuTTIFÈRES, où l’on compte la Symphonia globuliferau, dont la sève désinfectante est utilisée par les indigènes de la même façon que l'acide phénique en Europe; on l’applique sur les plaies dont on veut empêcher l'infection et éloigner les insectes. L'Ochrocarpus africanus, qui atteint jusqu'à 50 pieds de hauteur et dont on mange le fruit en quelques endroits, tandis que dans d’autres il passe pour être vénéneux.

Les HYDROCHARIDÉES, qui sont nombreuses dans les lagunes ct les marécages : la vallisnérie à spirale {Vullisneria spiralis), une variété de morrène (Hydrocharis) qui atteint huit ou dix fois la dimension de celle des régions tempérées.

Les HYDROCOTYLÉEsS. — Le panicaut (Eryrgium campestre).

Les IRIDÉES. — Le Gludiolus communis et plusieurs variétés d’ixie, ou du moins des plantes qui en présentent tous les caractères.

Les Joncacées. — Le jonc commun (Juncus conglomeratus). Nous croyons pouvoir classer dans cet ordre une variété de plantes monocotylédones aquatiques que l'on nomme sur la côle bambous, mais qui n’ont aucun rapport avec la graminée de ce nom. Voici leurs principaux caractères : fleurs en grappes, capsule sans division s’ouvrant en quatre valves, graines sans périsperme ; liges fibreuses atlcignant 3 à 5 métres de hauteur, renflées et arrondies d’un côté, évidées de l’autre, d’une couleur brune. Leur coupe transversale rappelle la forme du fer à cheval; les feuilles sont semblables à celles du roseau, plus étroites, sessiles, d’un vert très foncé, rangées par groupes de trois et peu espacées sur l’arête qui sépare l’évidement du renflement, ou, pour continuer notre comparaison avec le fer à cheval, sur les coins extérieurs du talon. — Les tiges servent à pousser les pirogues sur les lagunes, à construire les cases et à toutes sortes de travaux domestiques; les graines, d'une dureté excessive et de la grosseur d’une noix, ont été essayées avec succès dans l’industrie pour la fabrication des boutons;

on les appelle vulgairement corrozos. Nous donnerons, pour le moment, à cette plante, le nom de fuux bambou.

Les LaBiées. — La menthe sauvage (Mentha sylvestris).

- Les LÉGUMINEUSES, qui donnent, parmi de nombreuses variétés, l'indigo (Indigofera tinctoria), le bois de Campêche (Hematoxylon Campechianum), le robinier (Robinica pseudo-acacia); onze variélés de mimosées, le haricot (indigène), qui se rapproche du genre dolichos, l'herbe puante (Anagyris fœætida), le tamarin (Tumarindus indica), purgatif indigène, le bois de fer, l'arachide (Arachis hypogæa), les acacias divers : le Scandens, appelé vulgairement flamboyant, à cause de la couleur de ses fleurs d’un rouge vif, l'Acacia mellifera aux fleurs comestibles, et, en certains endroits, l’acacia du Sénégal ou gommier arabique.

Les LicHens. — L'orseille (Roccella tinctoria), peu répandue et très recherchée pour la teinture indigène.

Les Liracées. — Le dragonnier (Dracæna indica*), purgatif ou astringent selon que les indigènes y ajoutent ou non un mélange de vallisnérie.

Les MaLvACÉESs. — La Pavonia seylanica” où mauve verte, dont la racine est prise par les indigènes en infusion pour combattre la fièvre (ils sont sujets à ses atteintes, quoique cela puisse paraître étrange). L'Hibiscus abelmoschus, qui produit un jus parfumé remplaçant le musc animal, est réputé l’antidote de la morsure de la cobra di capello. — Plusieurs variétés de coton à l’état sauvage, les Gossypium Barbadense, herbaceum et arboreum, sont utilisées par les indigènes dans l'industrie textile et comme médicaments. Leurs graines sont oléagineuses et servent à des frictions, et leurs feuilles sont émollientes; on en fait un fréquent usage dans la thérapeutique. — Le fromager ou bombax à laine (Bombax erianthos), le fromager à sept feuilles (Bombarx heptaphyllum), le baobab (Adansonia digitata). Cet arbre, dont le tronc atteint de si gigantesques proportions de diamèlre sans que sa hauteur soit extraordinaire, a également des propriétés médicinales; sur certaines parties de la côte, la pulpe de son fruit, qui, lorsqu'elle est sèche, ressemble à de la farine, est prise cn guise de quinine par les indigènes. Cette matière n’est pas désagréable au goût comme l'amer médicament qui précède ; elle est acidulée et rafraichissante; on dit que les Européens se trouvent bien d’en faire usage dans les fièvres paludéennes. La feuille en jofusion arrête la (transpiration et sert de condiment dans la nourriture; elle a un arome qui n'est pas désagréable. — Le gombo ou kiave ou ketmie (Hibiscus esculentus) est cullivé; ses capsules sont consommées en grande quantité dans l'alimentation; ses fibres entrent dans le nombre des malières textiles et servent à la fabrication des liens. L'ÆHibiscus splendens, de deux variétés : fleurs jaunes ct fleurs rouges. Ces fleurs, frottées sur les chaussures, produisent par leur jus un vernis noir et luisant qui remplace le cirage. La Malva sylvestris ou mauve commune, assez abondante, n’est pas utilisée chez les indigènes.

Les MÉNISPERMACÉES ". — Le Cissampelos vaugelu * (J. Miers) est un diurélique très efficace et qui devrait être usité dans notre pharmacopée; c’est une petite plante assez commune dans les endroits ombragés. Les indigènes lui font subir, avant de l'utiliser, une préparation qui lui enlève ses propriétés fortement azotées. Nous ne pouvons décrire la plante, n'ayant jamais

eu occasion de la trouver en fleurs; son aspect rappelle, comme feuilles, celui d’une fougère d’une teinte plus claire. Dès qu'elle est exposée au soleil, elle meurt et se dessèche rapidement.

Les Musacées ou bananiers. — Il existe dans le pays plusieurs variétés de bananes auxquelles leur grosseur et leur forme ont fait donner plusieurs noms différents. Ce sont : la banane-figue très petite, la banane ordinaire ou commune qui se distingue par de légères côtes, la banane-pomme de forme arrondie, la banane rouge ayant la peau d’une couleur rose chair, la banane de Saint-Thomé, la meilleure de toutes, en forme d'olive, jaune clair, et enfin la banane-cochon qui atteint jusqu’à 20 centimètres de long sur 8 de diamètre ; elle ne se mange que cuite.

Les MYRISTICACÉES offrent une variélé du muscadier à l’état sauvage ; scs fruits, de la grosseur d’un pois, peuvent être ulilisés comme muscade.

Les Myrracées.— Le piment noir (Myrtus pimenta). L'Eucalyptus globulus, qui se développe avec une rapidité extraordinaire et atteint 7 à 8 mètres de hauteur en moins de deux ans s'il est planté par bouture dans un endroit convenable ; il lui faut de l'humidité et du soleil sans excès.

Les NymPHÉACÉES. — Toules les variétés connues du nénuphar distribuées par région : le jaune {(Nymphæa lutea), le bleu (Nymphæa cœrula), le blanc (N. alba), le lotus; les pêcheurs mangent sa racine crue.

Les OmBELLIFÈRES. — Le fenouil (Anethum fæniculum), l'ache sauvage (Apium graveolens), le lierre grimpant (Hedera helir).

Les Pazmiers. — Le palmier à huile‘ (Elais guineensis), arbre qui couvre littéralement toute une partie de la région et fournit l’huile et les amandes de palme estimées dans le commerce. C'est l’arbre le plus utile sur la côte; il nourrit les habitants, sert à une foule d’usages et fait en même temps la richesse du pays. Il se compose d’un stipc variant entre 7 et 10 mètres de hauteur, à écorce gris rougeâtre, conservant circulairement à de petites distances (6 à 8 centimètres) la cicatrice des feuilles tombées au fur et à mesure que l'arbre a grandi. Les feuilles palmées se composent d’un pétiole épais, aplali d'abord, puis convexe dessus, concave en dessous et bordé d'épines. Sur ce pétiole se dressent des dents longues et minces, tranchantes sur leurs bords et terminées par une épine.

Le fruit, sous forme de régime, peut se rapprocher, comme apparence de forme, d’une énorme grappe de raisins entre chacuu desquels sortiraient des épines rayonnant autour des grains. Ces grains, de la taille d’une petite prune, sont de forme ronde à leur base, enchâssés dans une cupule foliacée; leur extrémité aplatie par leur pression contre le fruit voisin est tantôl triangulaire, tantôt arrondie d’un côté, plate de l’autre, etc. ; leur péricarpe est lisse, de couleur rouge, teinté de noir à la base et terminé par une petite épine. La pulpe est jaune safran ou rouge sang, selon la région. L'expérience démontré que, plus la couleur rouge estprononcée, plus les principes huileux sont en grande quantité. L'huile est faite de cette pulpe qui a, dans les beaux fruits, jusqu'à 9 millimètres. L’endocarpe, ou noyau placé dessous, contient l'amande‘. Un beau régime pèse jusqu’à 25 kilogrammes. L’Elais guineensis

4. On verra plus loin (chap. lil) les procédés d'extraction des produits du palmier à huile.

donne deux récoltes par an : le gros régime qui se cueille de mars à mai, et le petit, encore vert à cette époque, qui ne se récolte que de septembre à octobre. Ce dernier cest de beaucoup moindre dimension que le fruit de première récolle; les grains en sont aussi moins serrés.

Le palmier à huile donne ses fruits au bout de quatre ans; à celte époque, ses produits sont encore sans valeur.

La femelle seule est productive; le mâle se compte dans le pays en proportion de un sur deux cents femelles. On le reconnaît à l'état inculte dans lequel il est laissé; on ne le débarrasse pas comme ses congénères produclifs des liens qui s'enchevètrent autour de ses branches; il est couvert d'épines en plus grand nombre et est pris souvent pour un palmier d’une autre variété.

Rien, dans le palmier à huile, n’est perdu pour les habitants. Une incision faile à la partie supérieure du stipe donne une moyenne journalière de trois quarts de litre de vin de palme. Ce liquide incolore fermente avec rapidité et ne se conserve que quelques heures; il exhale, comme l'huile de palme, une odeur prononcée de vieux cuir. Au cœur de l'arbre on trouve le chou palmiste, amas de feuilles blanches et tendres qui sont un mets délical, mais excessivementindigeste,impossiblemèême à supporter pour certains estomacs. La meilleure façon de l'accommoder est de le faire confire dans du vinaigre et de s'en servir en guise de cornichons.

Le pétiole des feuilles tombées est le seul bois à brûler dans une grande partie de la deuxième zone; les feuilles elles-mêmes servent, après une préparation de séchage, à couvrir les cases, à faire des balais, des paniers, des cordes, etc. ; le tronc, fibreux, ne peut être utilisé pour les constructions faute de consistance; mais il sert à faire des liens ct pour une foule de {ravaux; d'ailleurs, on l’a rarement, car on n’abat jamais un palmier à moins de circonstances exceptionnelles.

Dans la première et la deuxième zonc, on peut calculer une moyenne de 16 à 1800 palmiers par kilomètre carré.

Après cet arbre utile viennent, dans la même famille :

Le cocotier (Cocos nucifera), dû à la culture. C’est sa pulpe sèche que l'on nomme coprak et qui sert a faire de l'huile. Le dattier (Calamus secundiflorus) ne vient pas dans la région, quoiqu'on en ait essayé plusieurs fois l'importation. Ses fruits ne mûrissent pas et il dépérit; nous ne connaissons que deux ou trois de ces arbres sur toutc la côte!.

Le ronier ou palmier à éventail”, ainsi nommé parce que ses pétioles, nus jusqu'au bout, sont lerminés en cet endroit d’un bouquet de dents disposées en patte d'oie. Son stipe, au licu d'être de grosseur uniforme, est renflé au milieu et affecte la forme d’un fuscau. Ses fruits, de la grosseur d'uneorange et de couleur marron, se composent d’une pulpe épaisse et spongieuse sur un noyau très dur. Getle pulpe se mange et, lorsque le fruit est sec, elle a le goût du pain d'épice. L'arbre est mâle ou femelle et dioïque. Le slipe cest d’une dureté à toute épreuve, quoique d'une constitution ligneuse; il sert à toutes les constructions et se conserve éternellement si l’on en prend seule-

4. Il y en a deux à Porto-Novo, dont l'un donne par an de quatre à six dattes, que les Européens se partagent.

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EULURATITET ANIVUO La Linua

ment un peu soin. Les Portugais le nommèrent à tort coqueiro, c'est-à-dire cocotier, et le nom de coquère lui est resté sur la côte.

Il apparaît çà et là au milieu des bouquets de végétation sauvage, dans la deuxième zone du Dahomey ainsi que dans l'est, du côté de Lagos.

Les PAaPAvÉRACÉES sont représentées par un genre de chélidoine (Chelidonium grandiflorus) et quelques coquelicots. L’Argemone mexicana”, dont les fleurs sèches et pulvérisées servent de vomitif.

Les ParayéEs, qui tirent leur nom du papayer {Carica papaya). Cet arbre donne des fruits, très estimés dans le pays, qui rappellent un peu le melon; les graines en sont pimentées et astringentes ; elles ont le goût de la capucine, cette plante grimpante dont on mange les fleurs en Europe.

Les PORTULACÉES. — [Le pourpier (Porluluca oleracea), pris en infusion, sert de diurétique aux gens du pays.

Les POLYGALÉES. — La Securidaca longipedunculata *, avec les fibres de laquelle les indigènes font des filets de pêche d'une résistance étonnante.

Les RENONCULACÉES. — La Clematis grandiflora*, remède contre les maux de dents; la renoncule d'Afrique (Ranunculus africanus), que l’on fait brûler pour tuer les moustiques.

Les RH1ZOPHORÉES. — Le palétuvier (Rhizophora vulgaris), qui couvre les bords de la plupart des lagunes; il atteint de 3 à 4 mètres de hauteur au maximum.

Les Rosacées offrent un échantillon dans la première zone au milieu des buissons qui avoisinent la mer : ce sont les pruniers d'Amérique {Chrysobalanus icaco), petits fruits violets de la grosseur d'une prune noire, mais sans goût ni saveur, comme leurs congénères du nouveau monde. On attribue à Jules Gérard, le tueur de lions, le nom sous lequel elles sont connues sur la côte; il leur aurait donné le nom de prunes de plage.

Les RoBIAGCÉES, parmi lesquelles trois variétés de café, ont été importées et se développent avec succès : ce sont les Coffea arabica*, liberica”, stenophylla*. Il en existe dans les pays environnant le Dahomey des plantations dont les résultats permettent d'assurer qu'il réussirait dans toute la région. Le quinquina jaune (Cinchona calisaya) vient très bien au Congo et au Gabon.

Les SOLANACÉES. — La tomate (Solanum lycopersicum), très commune, est plus pelite que celle que nous cultivons. Le piment ou poivre de Guinée (Capsicum annuum), des fruits duquel les indigènes font une grande consommalion; une variété de tabao, le Nicotiana tabacum, promet d'excellents résultats et nous en augurons aussi bien que du café.

Les SAPOTACÉES. — La sapotille, comestible ou nèfle du pays (Sapota achras).

Les SIMAROUBÉES. — La simarouba (Simarouba officinalis), dont les indigènes ne connaissent pas les propriétés toniques.

Les STERCULIACÉES. — La noix de kola (Sferculia acuminata), que les noirs de la région commencent depuis peu à voir croître dans leur pays; elle ne provenait auparavant que du Sénégal, de la Gambie et du Congo. La noix a la réputation d'un aphrodisiaque; les indigènes prétendent qu'après l'avoir mâchée on peut boire la plus mauvaise eau et la trouver bonne. Nous pensons que c'est par contrasie, car la noix elle-même étant excessivement désagréable au goût, tout ce qui vient faire cesser la sensation, füt-ce l'eau

BIBL. LE L'EXPLOR, Ill. 6

la plus détestable, paraît délicieux. Le bois de cet arbre est réputé excellent pour les constructions à cause de sa résistance et de son odeur qui éloigne les insectes.

Les TAMARISCINÉES. — Le tamaris d'Afrique (Tamarix africana).

Les VERBÉNACÉES. — La verveine à bouquets {Verbena multiflora).

Les VIOLARIÉES. — La Sauvagesia erecta*, employée pour soigner les maladies des yeux et particulièrement l'ophtalmie.

L'aperçu qui précède donnera une idée de tout ce qui existe dans la flore de la région. Nous n’avons cité qu'une soixantaine de familles principales, les plus typiques dans Îla région intertropicale, il en existe encore autant à notre connaissance, mais moins importantes, telles que les mousses, les lichens, qui comprennent sept ou huit ordres, les cryptogames qui en comprennent deux ou trois, les plantes minuscules et les grands végétaux. Il faudrait un ouvrage spécial pour passer une revue complète du règne végétal, et le cadre de notre travail est très restreint. Il y a d’ailleurs une étude spéciale et profonde à faire pour pouvoir connaître la flore complète, et notre séjour dans le pays n'a pas suffi pour la mener à bonne fin.

Beaucoup de plantes d'agrément ou d'utilité du Brésil et des Antilles ont été importées; elles n’existent que dans les jardins appartenant ou ayant appartenu à des Européens. Des arbres fruitiers sont dans le même cas, le goyavier, par exemple ; la vigne y est tout à fait moderne : c’est le cep américain. Sur la côte d'Afrique, elle se développe avec une grande rapidité et donne deux récoltes par an, en avril et en novembre ; il n’en existe que quatre ou cinq plants pour le moment.

La flore de la région est l'objet d’une étude spéciale de la part des Anglais, sous l'impulsion donnée depuis longtemps par le gouverneur de Lagos, M. A. Maloney, qui est lui-même un naturaliste distingué. Il a organisé à Lagos un jardin botanique destiné à vulgariser, chez les indigènes, en leur en vendant les pousses à bas prix, toutes nos plantes utiles : café, quinquina, tabac, rhubarbe, cacao, etc.

Comme nous l’avons dit tout à l'heure, il y a une étude très sérieuse à faire sur les poisons. Parmi les plantes qui les fournissent, il s’en trouve un grand nombre d’inconnues aussi bien des Européens que de la plupart des indigènes.

À ce sujet, nous citerons le poison dans lequel les peuplades trempaient leurs flèches avant l'introduction des fusils ; il y a

beaucoup de tribus qui conservent leurs armes primitives et qui continuent à en faire usage : tels sont les habitants du Jebou, du bas Niger, du Volta, etc. D'après ce qui nous a été dit par les indigènes, nous pouvons conclure qu’il y en a plusieurs sortes ; dans nos recherches sur ce poison et sur ce qu'il peut être, nous avons obtenu des recettes différentes selon les régions, et qui prouvent qu’il n’est pas toujours végétal. Tous les voyageurs, anciens et modernes, lui donnent le nom uniforme de curare dont on se sert également en Amérique.

Dans les territoires du Niger, les indigènes trempent leurs flèches dans un liquide qu’ils tirent du corps d’un crapaud énorme qui habite la région. Les Kroomen, indigènes d’une partie de la côte d'Ivoire, prennent leur poison dans le corps du crocodile, dans wn petit sac noir, disent-ils, qu? se trouve au milieu du ventre; nous supposons que c'est le fiel. Ce liquide est complètement noir, en effet, et ressemble à du coaltar; c'est un poison violent. À titre de comparaison sur la nature du curare, nous dirons que celui que les Indiens appellent voural est tiré d’une liane, la superhausca ou corde du diable; celui des Brésiliens se compose du suc de deux plantes appelées ficunas et hamas. Au Cap et chez les Cafres, le curare se tire de l’Amaryllis disticha, du suc d’un euphorbe, d'une noix vénéneuse, des entrailles d'une chenille appelée nyoua, du venin de la vipère cornue, du haja-najé (vipère) et de la vipère gonflée, du strychnos, etc.

En somme, il faut plutôt admettre que le mot curare est un nom général, ou du moins que l'usage l’a généralisé pour désigner le poison dans lequel certains peuples trempent leurs armes, et qu'il ne désigne pas spécialement un certain genre de plante.

Pour terminer notre nomenclature des plantes, nous ajouterons que l’ «arbre à lait », Brosimum galactodendron* (Artocarpée), est réputé exister au Congo et dans le nord du Yorouba; mais nous n'avons Jamais pu vérifier cette assertion.

Il existe au Dahomey un arbuste qui se rapproche légèrement d'un acacia par le feuillage et d'une graminée par la fleur; il produit un fruit très curieux par ses propriétés saccharines. C’est une baie de la grosseur d'une petite olive, rouge clair, ayant une pulpe blanche et sucrée et un rudiment de péricarpe. Lorsque l'on mange ce fruit,on ne s’aperçoit de rien, mais la douceur qu'il laisse dans la bouche est tellement forte et concentrée, que l’on

peut ensuite manger le citron le plus acide et le prendre au goût pour une orange très douce. Îl se nomme, en langue dahomienne, le sisseré.

La vanille aromatique et quelques autres orchidées ont été importées du Brésil, mais elles ne prospèrent pas; la première est stérile, faute de fécondation artificielle.

Le caoutchouc existe en grande quantité (Hevea quianensis, Ficus elastica et d’autres variétés); il n’est pas exploité.

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