‹ Le DahomeyChapitre 27 sur 92 · OISEAUX DOMESTIQUES · texte numérisé non relu

OISEAUX DOMESTIQUES

Le canard commun, d'importation européenne, vit très bien dans la région; le canard muet ou canard du pays est très nombreux et d’un manger peu délicat. L'oie, le dindon, la poule, toutes les volailles d'Europe se reproduisent parfaitement dans le pays, mais elles y sont de plus petite taille; la poule seule est très répandue chez les indigènes.

Les reptiles forment une nombreuse famille sur le littoral et dans la région qui nous occupe.

Tortues. — La tortue du Niger ou gymnopode potamite (Trionyæ perocellatus") ; la couane (Chelonia caretta), qui se trouve sur le littoral où elle vient pondre.

CROCODILIENS. — Faut-il dire crocodile ou caiman? Ici nous sommes très embarrassé pour la classification de l’un ou de l'autre de ces crocodiliens; il y a évidemment une erreur d’une façon ou d'une autre et nous allons porter le cas à la connaissance des spécialistes. La plupart des naturalistes, sinon tous, déclarent qu'entre le crocodile et le caïiman on distingue les différences suivantes: chez le crocodile, les quatrièmes dents d’en bas passent non dans des trous, mais dans des échancrures, et ses pieds postérieurs, dentelés au bord externe, sont palmés jusqu’au bout des doigts. Ces deux particularités seraient, avec une différence légère dans la forme de la têle et l’arrangement des dents, les signes distinctifs qui le séparent du caïman. Ce dernier, au contraire, aurait les pieds postérieurs mi-palmés seulement et les quatrièmes dents d’en bas s’enfonçant dans un trou quand la mâchoire est au repos. On ajoute à ces distinctions que le caïman vit exclusivement en Amérique et le crocodile en Afrique.

Or, nos observations personnelles nous permettent d'affirmer que la définition qui précède est inexacte, ou bien que c’est le caïman qui habite l'Afrique. Nous avons fait la chasse à ce reptile pendant plusieurs années et en avons tué plus de quarante. Nous avons même sous les yeux, au moment où nous écrivons ces lignes, la peau de l’un d'eux ayant la tête adhérente et parfaitement conservée. Or, nous pouvons conclure que, si la distinction entre les deux crocodiliens est exacte, c'est le caïman qui est particulier à l’Afrique.

L'animal de cette espèce qui se trouve dans ces régions y est seul de son genre. Il a les pieds postérieurs munis de quatre doigts légèrement palmés à leur base, et les quatrièmes dents de sa mâchoire inférieure s'enchdssent dans deux trous circulaires pratiqués dans la mâchoire supérieure, à 3 centimètres de son extrémité. Ces trous sont percés de part en part à cet en-

droit et, lorsque les mâchoires sont fermées, on aperçoit sur le bout du museau et un peu au-dessous des narines la pointe des dents d'en bas qui arrive presque à leur niveau. Cette définition se rapporte au caïman dans la classification des naturalistes.

On peut admettre qu'il y a confusion de noms ou de localités ; si le caïiman habite l'Afrique et l'Amérique, où est le crocodile? Certainement pas en Afrique!. Nous laissons aux naturalistes d'aujourd'hui le soin de décider la question que nous nous contentons de soulever en passant.

Nous ajouterons que la taille maximum du caïman est de 3,20 à 3",60; le tour de son torse, pris en arrière des membres antérieurs, égale celui d'un homme de taille moyenne. Il n’est couvert d’écailles réellement épaisses que sur le cou et le milieu du dos; ces écailles sont peut-être à l'épreuve de la flèche, mais c'est un tort de croire qu’elles résistent à la balle. Le caïiman est aussi vulnérable qu’un autre animal avec une arme à feu quelconque. Ce qui peut faire croire que les balles glissent sur ses écailles, c'est qu'il est doué d’une vitalité extraordinaire et qu'il n’y a que deux endroits où on doive l’atteindre si l’on veut que sa mort soit instantanée : à l'œil et sur le cou, derrière le maxillaire supérieur, en diagonale, c’est-à-dire dans le sens du membre antérieur. Partout ailleurs, la balle n’a d'autre effet que de le faire fuir, quels que soient les dégâts qu’elle cause. Il va mourir au fond de l’eau, très loin quelquefois.

L'œil du caïman est doué d'une seconde paupière ou clignotante qu'il tire sur l'organe lorsqu'il va plonger. Ce mouvement est un indice pour le chasseur. L’orifice de l’ouïe est garni extérieurement d’une membrane épaisse et charnue en forme de couvercle qu'il soulève lorsqu'il a la tête hors de l'eau. Dès qu'il plonge, cette membrane se contracte et s'enchâsse dans une échancrure de même dimension qu’elle ferme hermétiquement. Sa langue est immobile et presque rudimentaire; elle consiste en un simple renflement central de la mâchoire inférieure. Quoique habitant de préférence l’eau douce, il vit parfaitement dans l’eau saumâtre. L’œuf du caïman, à coquille molle, est du diamètre de celui d’une poule, mais plus arrondi et allongé aux extrémités. La femelle pond deux fois paran une moyenne de vingt à trente œufs. Le mâle attend et mange les petits dès qu'ils sortent de l'œuf et devient ainsi un des facteurs de sa propre destruction. Le jeune caïman n'est à l’abri de la voracité de ses parents que lorsqu'il atteint la dimension d'un iguane, c'est-à-dire de 50 à 60 centimètres; il a alors des dents pour se défendre. Les indigènes affirment quele caïman vit fort longtemps; ils disent connaître son âge par la conformation des écailles perpendiculaires de la queue; mais leur théorie à cet égard ne mérite pas l’attention.

SAURIENS. — Le caméléon ordinaire (Chamæleo vulgaris). L'iguane de Guinée * est de couleur brune uniforme et atteint de 12,10 à 12,20 ; il n’a aucun appendice à l'extrémité de la tête et ressemble exactement, comme forme, à un énorme lézard commun. Le lézard commun (Lacerta viridis). Le lézard à tête rouge *, qui est particulier à ces régions, se fait remarquer par une peau qui enveloppe la tête et le cou, rose vif chez les mâles, plus foncée

1. Des recberches que j'ai faites dans d'autres pays de l'Afrique, depuis mon séjour au Dahomey, confirment cette assertion.

chez les femelles. Le reste du corps est gris brun, tacheté de rouge et de bleu, et couvert de rugosités. La queue avec laquelle il se bat est tantôt rougeâtre, tantôt brune; elle est épaisse et courte. Sa taille est d'environ 15 à 20 centimètres. Il a l'habitude de sesoulever constamment sur ses membres antérieurs pour pouvoir apercevoir de plus loin sa nourriture ou ses ennemis; ce mouvement continuel lui a fait donner par les indigènes le nom de lézard danseur. Tous les autres caractères sont les mêmes que ceux des autres espèces.

SERPENTS. — Le serpent à lunettes ou cobra di capello (Naja tripudians); le tio polonga* (Doboia elegans); la caravelle ou cracheur (Trigonocephalus hypnalis*); le serpent vert ou coryphodon des lagunes (Hydrophis fasciatus). Le python à deux raies et le python royal sont les seuls qui soient inoffensifs de tous ceux que nous venons de citer parmi les serpents. Ils alteignent comme longueur maximum de 8 à 10 mètres. Leurcorps n’a pasla forme élégante de celui des autres serpents; il est renflé au centre de sa longueur et atteint en cet endroit jusqu'à 20 centimètres de diamètre. Leur forme rappelle celle d’une navette, surtout celle du python à deux raies, Ce dernier n'atteint pas des dimensions aussi grandes que son congénère.

Page 1