‹ Le DahomeyChapitre 37 sur 92 · Langue des Popos · texte numérisé non relu

Langue des Popos

ment qu’au Dahomey et aux Popos. Le nago offre moins de consonnances gutturales que les deux autres idiomes ; la seule difficulté qu’il présente pour les Européens, est dans la prononciation des voyelles plus ou moins accentuées. Comme c’est la seule distinction qu'il y ait entre les différents sens d’un même mot, il arrive fort souvent que les Européens, quoique parlant un peu la langue, ne peuvent se faire comprendre.

L’habitude du noir, dans ce cas, est de ne faire aucun effort pour saisir ce que vous voulez expliquer. Quand nous entendons un étranger se débattre dans les difficultés qu'offre notre langage, nous essayons de l'aider, de deviner ce qu’il veut dire et, s’il dénature les mots, nous nous efforçons, malgré cela, de le comprendre. Le noir n’est pas comme nous : lorsque vous lui parlez, il vous écoute bouche béante ; si vous avez prononcé vos mots d’une façon irréprochable, il vous répond sans vous faire attendre, par un mensonge, selon la circonstance ; mais si vous avez commis une faute quelconque de prononciation, il ne fait aucun effort pour deviner ce que vous aviez l'intention de dire. Il vous regarde et il attend : il n'a pas compris.

Dans les langues indigènes qui manquent forcément de tous les noms applicables à des objets d'importation étrangère ou appartenant à la civilisation, on a comblé ces lacunes par des mots français, anglais, portugais surtout, qui ont été peu à peu dénaturés par les indigènes et qui font aujourd’hui partie de l’idiome.

L’abstraction dans l'expression de la pensée, le sens figuré, les poses entre les phrases, sont autant de choses ignorées dans ces idiomes aussi primitifs que les peuples qui les parlent.

Les missionnaires anglais dans le Yorouba ont complété le nago à leur façon ; ils y ont ajouté une foule de termes et d’accents conventionnels avec l'intention de créer, sans doute, une langue littéraire. Ils publient des brochures dans cet idiome et, comme ils l’enseignent aux enfants qu'ils élèvent, un certain nombre de noirs lettrés peuvent le comprendre et arrivent à lire, à Lagos, les journaux que l’on publie dans cette langue réformée. Mais les indigènes, qui ne sont nullement au courant de ces transformations et de cette nouvelle terminologie, ne comprennent pas. Nous avons souvent essayé de lire aux indigènes des passages de livres écrits en n7ago modifié (que nous ne comprenons pas d’ailleurs nous-même, quoique parlant couramment le nago vulgaire) et, après lecture, ils nous regardaient avec l'ébahissement de gens

qui ne savent pas ce qu'on veut dire, mais’qui admirent de confiance.

Tels sont les principaux traits que nous avons constatés dans le caractère du noir en général et du Dahomien en particulier. Nous allons le voir dans ses principales industries et le suivre dans les autres détails de sa vie.

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