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Coquillage servant de monnaie sur la côte des Esclaves

à son ignorance. Lorsqu'il se trouve dans des circonstances où il n’a pas avec lui «ce qu'il faut pour... compter » par la méthode que nous venons de citer, c’est-à-dire une ficelle ou un bâton, il appelle à son aide deux ou trois de ses compagnons, davantage même, si l'importance du calcul l'exige. C’est un service que l'on se rend mutuellement à chaque instant et qui ne se refuse pas. Tous s’asseyent en cercle, faisant face à celui qui va indiquer le calcul à faire. Il commence par expliquer le problème à résoudre ; il y a, par exemple, trente jours de travail, dont vingt-deux avec quinze hommes, six avec dix-huit hommes, deux avec dix hommes seulement. Pour ces travailleurs, il y en a à deux ou trois taux différents de salaires ; il y a aussi des avances à déduire. Tout cela, qui paraîtrait compliqué à un Européen, n’effraye pas le conseil. Celui qui parle procède par ordre. Il s'adresse à chacun de ceux qui l'entourent et pose une question : un homme a tel salaire pendant tant de jours, combien cela fait-il? Chacun répond, si tout le monde est d'accord, l’orateur pose le chiffre... dans la mémoire des autres : l'un doit se rappeler les dix ou dizaines, l’autre les dix-dix ou centaines et ainsi de suite; on continue ainsi jusqu’à la fin, chaque homme représentant une de nos colonnes d’addition.

Ils ont tous excellente mémoire et retiennent chacun ce qui le concerne. Quelquefois ils ramassent autour d’eux des brins de paille, de petits cailloux qu'ils réunissent devant eux en un petit tas comme un mémorandum. Le moment de la récapitulation arrive, et chacun récite sa partie. L'homme aux unités dit cinq, celui aux dizaines trois et ainsi de suite. La solution d’un problème comme celui que nous donnons comme exemple, etil yen a de bien plus compliqués, dure environ une demi-heure. Il est fort rare que les noirs se trompent : ils obtiennent ainsi des nombres de quatre ou cinq chiffres avec leurs fractions aussi exactement que nous avec nos procédés mathémathiques ; il faut remarquer que ce qui augmente encore la difficulté de ces calculs, c'est que la monnaie du pays se subdivise en une infinité de fractions centésimales.

Lorsque le résultat du calcul n’est pas d'accord avec celui de la partie adverse et qu'ils ne l’ont pas augmenté à dessein, loin de se décourager ou de consentir à accepter son chiffre, ils vont se rasseoir tranquillement et recommencent.

La division du temps est très primitive chez eux. Les heures s’indiquent par le soleil; on dit : le soleil était là ou là, pour indi-

quer le moment de la journée. Dans les villes fréquentées par les Européens ou les missionnaires, les indigènes ont un peu pris nos habitudes ; mais, en général, ils ne se font pas une idée exacte de notre décomposition du temps. 1ls appellent l'heure /a cloche à cause des cloches de la mission et des factoreries qui sonnent à des intervalles réguliers.

Les jours se comptent d’une façon assez étrange. Quand un indigène dit: dans trois jours, cela veut dire après-demain. La journée où l'on parle est toujours incluse, même s’il est six heures du soir. On peut ajouter, à ce propos, que le noir ignore absolument ce que c'est que de tenir une promesse ou d’être de parole. Quand il promet quelque chose pour le lendemain, on peut, sans se tromper, compter quatre ou cinq jours. Aussi, pas plus de cette façon que d’une autre, ne peut-on compter sur lui.

Les mois s’indiquent par lunes, comme chez tous les peuples peu civilisés. Le mot qui signifie « année » en langue indigène, ne comprend pas un certain nombre de mois; sa définition est plutôt : Planter le maïs et le manger, le replanter et le cueilhr. À la fin de la récolte, l’« année » est finie. C’est là que commence la première lune qui équivaut à notre mois de mars; et c’est alors que l'on plante pour la première fois. A la cinquième lune (juillet) a lieu le deuxième semis ; pendant la onzième et la ‘douzième après la deuxième récolte on laisse la terre se reposer; c'est la saison sèche (janvier et février).

Les fêtes ont lieu pendant la pleine lune lorsque le mois arrive ; les jours qui les limitent sont fixés par le gouvernement indigène. La décomposition des mois en semaines est ignorée. De même aucun noir n’a la moindre idée de son âge.

Langues et idiomes.

Les langues établissent, sur la côte occidentale d'Afrique, des distinctions bien tranchées, ce qui est étonnant, c’est que sur des territoires qui sont compris dans un rayon de 200 kilomètres, il y ait trois langues bien distinctes, totalement différentes l’une de l’autre et n'ayant même aucun rapport ensemble. Nous ne comprenons pas ici la Côte d'Or qui possède sept idiômes à elle seule ; nous ne parlons que des Popos du Dahomey et du Yorouba.

Comme nous l'avons dit déjà, on ne retrouve dans aucune de ces langues d'indices pouvant mener à la découverte de leur ori-

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gine première. Le yorouba contient quelques mots arabes; mais sont-ils une modification moderne de la langue, résultant de la grande influence musulmane qui se fait sentir dans le pays de nos jours, ou bien ont-ils été importés par les premiers Arabes qui vinrent autrefois dans la région ?

Quoi qu'il en soit, cela n’apporterait aucune lumière sur l'origine du Yorouba ; il ne pourrait qu'être démontré, dans le second cas, que les Arabes ont fréquenté la région depuis les temps les plus reculés.

Ilest très amusant d'entendre certains auteurs, qui prouvent par cela même qu'ils ne se sont jamais approchés du pays, parler des idiomes de la région comme de langues harmonieuses aux poétiques images. Nous n'avons malheureusement jamais pu constater rien de semblable. Nous savons que le Nago parle avec une intonation qui fait supposer qu’il va pleurer, et que le Dahomien, le Popo et le Minah ont une langue gutturale, très désagréable à entendre et excessivement difficile à bien parler pour l’'Européen.

Quant à la poésie et à la gracieuse métaphore, elle peut être l'apanage des Indiens de Fenimore Cooper, mais c’est chose inconnue sur la côte d'Afrique où l'école la plus réaliste ne trouverait rien à apprendre ; on traduit : Je f'aime, par : 7e veux ta viande, et j'ai du chagrin, par : ça me cuit dans le ventre. Le reste est à l'avenant et empreint, comme on voit, d'une maigre poésie.

D'ailleurs, la forme du langage, en général, diffère beaucoup du nôtre. Les idées et les impressions étant tout autres que dans nos mœurs, la langue s’en est ressentie forcément dans la façon d'exprimer ces sentiments. D’un autre côté, une foule de mots qui paraissent avoir des équivalents dans notre langue, n’ont pas exactement le même sens que les nôtres; nous parlons ou comprenons ainsi l’idiome par d peu près.

En général, ces langues sont pauvres, aussi bien par rapport aux nôtres qu'en elles-mêmes ; le même mot a souvent plusieurs significations selon qu’il est prononcé avec tel ou tel accent.

Le nago ou yorouba est l’idiome le plus répandu ; on peut, dans cette langue, se faire comprendre depuis le Jebou jusqu'à la Côte d'Or, tandis que le fon’ et le gâ* ne sont usités exclusive-

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