‹ Le DahomeyChapitre 41 sur 92 · Raphia vinifera · texte numérisé non relu

Raphia vinifera

BIBL. DE L'EXPLOR. Ill. ÿ

ils tirent, dans le nord du pays, de l’ocre rouge et un mauvais vermillon qu'ils ne peuvent encore appliquer aux tissus, malgré leurs nombreuses tentatives dans ce but. Ils ont également du jaune, dont nous n'avons pu découvrir la source, qui est pourtant indigène ; il a la teinte du Jaune de chrome, mais nous ne croyons pas qu’il existe ou du moins qu’on exploite dans le pays les métaux dont il provient. Il est à supposer que cette couleur est végétale.

Ils connaissent, par l’alliage du jaune avec le bleu, la façon de faire du vert de différentes teintes; mais, de toutes ces nuances, le bleu seul est jusqu’à présent indélébile. Les autres servent plutôt à peindre les idoles, l’intérieur des temples fétiches, les objets de luxe au moyen d’un mélange d'huile de palme et de résine, peu durable, Ce sont généralement des femmes qui sont teinturières.

Poriers. — La poterie fait l'objet d’un grand commerce local et occupe beaucoup d'ouvriers des deux sexes. La matière première se trouve partout; c’est de l'argile plastique mélangée d’argile commune avec un peu de sable. Le pétrissage se fait avec les pieds. La pâte devient d'autant plus fine et plus tenace qu'elle est plus travaillée ; on la remue fort longtemps. Tous les travaux sont faits à la main et sans outils. Il est très curieux de voir les potiers à la besogne ; avec une dextérité étonnante, ils donnent aux objets des formes régulières et qui témoignent d'un coup d'œil irréprochable. Tous les récipients sont remplis avant la cuisson d’un sable fin et très tassé destiné à leur conserver leur forme. Comme la chaleur fend l'argile et qu'une cuisson serait insuffisante, on expose la poterie fraîche au soleil, ce qui équivaut à une température de 15 à 85 degrés centigrades. Ilse produit sur les vases, pendant le séchage, des crevasses que l’on rebouche avec soin avant de faire cuire au four. Avant cette opération, il y a des potiers dahomiens qui passent une pâte fine et unie sur la surface, en guise de vernis. Le four consiste en claies de bois à brûler sur lesquelles on place les récipients, que l’on recouvre ensuite de sable et de terre soutenus par des charpentes, de façon à empêcher les éboulements et l'évasement au moment de la combustion des claies. Le feu est placé en dessous et le tirage s'opère au moyen d’un trou ménagé à la partie supérieure.

La cuisson dure de dix à quinze heures. On opère ensuite le

nettoyage des vaisseaux et on les polit extérieurement avec du sable fin et de l’eau. Dans certaines régions, l’argile est mélangée de vase et la poterie est noire au lieu d’être rouge.

Cette industrie fournit une foule de choses indispensables à la vie matérielle : cruches, pots, marmites, écuelles, fourneaux portatifs, fourneaux de pipes, lampes, soufflets de forge, ctc., etc.

Vaxniers. — La vannerie occupe également beaucoup de monde. Les matières premières sont très variées : la paille de mandine, l'écorce du roseau, le faux bambou et le cipeau sontles principales que l’on emploie. il en existe une foule d’autres provenant des branches flexibles d’arbustes, de lianes, d’écorces, etc. Les vanniers font des paniers, des corbeilles de toutes les formes, des nasses, des cages, des éventails, des supports de pots à huile nommés cocos, des ratières, qui sont une curiosité par ellesmêmes; de grands chapeaux indigènes, dont les ailes ont 1 mètre de diamètre et qui servent de parapluie aux gens du pays, des nattes de toutes sortes, des sacs en paille et mille autres objets du même genre.

CaLeBassiERs. — Les fabricants de récipients en calebasses cultivent eux-mêmes leurs cucurbitacées ; par des compresseurs fixes adaptés au fruit pendant la croissance, ils obtiennent des formes variées et fantaisistes. Ils laissent ensuite sécher la calebasse, la vident, et les récipients sont faits. Ce sont de grandes écuelles plates que l’on porte sur la tête, des bouteilles, des écuellesassiettes, des pots munis d’un couvercle, où l’on garde la nourriture, des seaux, etc. La partie artistique consiste en sculptures et ornementations en relief et à jour, que les fabricants taillent au couteau sur l'écorce extérieure de leurs récipients, et qui en font non plus des ustensiles de ménage, maïs des objets de luxe où l'on met des bijoux et des choses précieuses.

Corroyeurs. — Les corroyeurs viennent ensuite ; ils emploient toutes les peaux qu’ils peuvent trouver : agneaux, moutons, chevreaux, chèvres, bœufs, etc. Comme la tannerie n’est connue qu'au Yorouba, les Dahomiens et les Minahs préparent leurs cuirs d'une façon spéciale. Ils mettent d’abord au soleil la peau à sécher; lorsque toute trace d'humidité à disparu, ils l'étendent sur une planche, et, avec des maillets ou des pierres trempées dans de

l’eau, la frottent avec vigueur du côté opposé au poil. Peu à peu, le cuir s’assouplit et devient comme une étoffe ; alors on le graisse et il conserve sa souplesse. Cette opération dure assez longtemps. 11 faut deux ou trois jours de travail pour obtenir une peau ainsi préparée.

La plus grande partie du travail des corroyeurs consiste en ornementations ; ils garnissent des poignées de sabre, des boîtes, des cannes, des ceintures, des calebasses, des paniers. Ils font des fourreaux de couteau et de sabre, des cartouchières dahomiennes de danse et de combat, des sacs, des gibecières indigènes, des lanières, des cordes d’arcs et d'instruments de musique, des carquois et des éventails curieux en cuir non assoupli, etc. Ils sont arrivés, au Yorauba et ailleurs', à teindre leurs peaux en vert, en rouge, en bleu et en Jaune; mais, au Dahomey, ils donnent la teinte noire à la surface de la peau au moyen d’un liquide végétal qui noircit dès qu'il a été appliqué et devient indélébile. Dans beaucoup d'objets de leur fabrication, ils laissent le poil sur le cuir.

MENUISIERS, CHARPENTIERS ET SCULPTEURS SUR BOIS. — Ces trois corps de métiers sont exercés par une seule classe d'individus qui alternent dans leurs travaux, étant tour à tour ouvriers et artistes. Dans le premier cas, ils creusent, dans des troncs d'arbres, des mortiers, des écuelles, des plats, des pagaies et autres objets à l'usage des habitants ; d’autres fois, ils se laissent aller au génie de l'inspiration et font naître, sous leur ciseau, les divinités du pays, les objets d’art et les bibelots de fantaisie.

Nous décrirons plus tard les nombreuses idoles appartenant au culte fétichiste ainsi qu'à l’ornementation des cases. Il nous reste à mentionner les manches de canne bizarres, les chaînes en bois d’une seule pièce et une foule d'objets de leur invention et dont quelques-uns sont très curieux. lls sculptent des sièges à deux, trois et cinq pieds taillés dans un seul bloc, des tabourets, des oreillers, etc., etc.

CISELEURS ET MARTELEURS DE CUIVRE. — Îl faut mentionner, puisque nous touchons à l’art, une industrie qui est le privilège des féti-

cheurs des deux sexes. Cette classe d’indigènes, vivant à part dans

Page 1