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Mandingues, Aoussas ct habitants du Niger

des couvents, occupe ses loisirs par des travaux faits exclusivement en laiton et en cuivre, dont la vente les aide à vivre. Ils achètent aux Européens le métal en baguettes, et le travaillent eux-mêmes. Ils le réduisent en feuilles aussi minces que du papier, le fondent et le sculptent. Ils fabriquent des éventails, des jambières, des bracelets en cuivre ornementés de piqûres au marteau. Ils sculptent des épingles fétiches très curieuses et une foule d'accessoires qui servent à l'exercice du culte.

FABRICANTS DE PIROGUES. — Ceux-ci forment une industrie à part ; il va sans dire qu’on ne les rencontre que chez les populations riveraines, et en très petite minorité; quelquefois même ils s’établissent au milieu des forêts et construisent quelques huttes où ils s’abritent. Ils abattent leurs arbres et fabriquent leurs pirogues sur place. D’autres font flotter leur bois jusqu'aux villages et établissent leurs chantiers dans le voisinage des habitations. Les Dahomiens ne construisent pas de pirogues, ou si peu que cela ne compte pas. Les Minahs, les Popos et les Nagos sont très exercés à ce genre de travail. Mais les premiers ne font que de petites pirogues — dont quelques-unes même sont faites pour passer la barre à Accra — tandis qu’au Yorouba on en creuse d'immenses. Petites ou grandes, elles sont uniformément faites d'une seule pièce. Le tronc abattu est généralement choisi d'un bois dur, résistant et en même temps le plus léger possible. Pour creuser les embarcations, ils choisissent, si l’arbre n’est pas droit, la partie la plus régulière dont ils équarrissent le dessus; sur cette surface, ils tracent grossièrement la forme qu'aura l’intérieur de la pirogue et commencent à creuser, soit au feu, soit à la hache, avec la patience nécessaire à un pareil travail. Lorsque le dedans est achevé, ils tournent légèrement l'arbre sur le côté et commencent à dégrossir l'extérieur. La forme des pirogues est allongée et étroite, sans ventre, avec les deux bouts arrondis. Des bâtons transversaux servent de sièges et de soutien, en nombre proportionné à la taille de l’esquif. L’épaisseur des parois est de 2 à 8 centimètres, selon la taille. Les plus petites pirogues se fabriquent aux Popos et ont 2",90 de longueur sur 40 centimètres de largeur. Les plus grandes, après une infinité de tailles intermédiaires, se trouvent dans le Jebou et atteignent jusqu'à 25 mètres de longueur sur 3°,10 de large; elles portent de 15 à 18 tonnes.

En tenant compte du gaspillage de bois qui a toujours lieu en pareil cas, on peut se faire une idée de la taille gigantesque des végétaux dans le tronc desquels ces pirogues sont taillées d'une seule pièce. Le bombax est souvent choisi pour cet usage à cause de la légèreté et de la dureté de son bois.

Lorsque les pirogues sont d'une longueur supérieure à 5 mètres, on les consolide intérieurement par des membrures taillées dans des branches courbes et ajustées ensuite aux parois; on y ajoute également des bordages qui augmentent leur hauteur au-dessus de l’eau quand elles sont chargées. Ces additions prolongent la durée de la pirogue, qui, si on en prend soin, peut servir bien des années.

Lavace De L'or. — L'or exploité sur la Côte d'Or, et même autrefois au Dahomey, selon les anciens voyageurs, est de l'or d’alluvions. Les indigènes ont deux façons de se le procurer : en prenant le sable dans le lit des rivières, ou en creusant des mines, comme chez les Achantis, par exemple. Dans ce dernier cas, l'or se trouve au milieu d'un mélange d'argile, d’humus, de terrains de sédiment et quelquefois de calcaires. Il provient alors d’alluvions anciennes. Le lavage demande énormément de temps et de patience, et des Européens n'y gagneraient pas de quoi vivre. Chaque poignée de sable est lavée dans plusieurs eaux, et les parcelles aurifères dégagées des matières qui les retenaient ou les enveloppaient tombent au fond du récipient, où on les recueille. On trouve parfois de très belles pépites chez les Achantis.

Cnaux ET POTASSE. — En faisant brûler un mélange d'herbes et de coquilles d'huîtres et autres, qui se trouvent sur les plages, les indigènes se procurent deux matières précieuses pour eux : la potasse et la chaux. Elles sont loin d’être obtenues pures, mais elles servent aux indigènes telles qu'ils les extraient. La potasse mélangée à des résidus d'huile donne le savon indigène, et la chaux sert dans les villes construites en terre à blanchir les habitations des grands et les temples fétiches.

SEL. — Il s'obtient par l’ébullition. On remplit d'eau-de mer d’immenses pots el, au moyen d’un feu vif, on fait évaporer toutes les parlies aqueuses. Le sel a un grand prix dans l’intérieur. Les Européens l'important en grandes quantités, sa fabrication a été abandonnée des indigènes en bien des endroits,

FABRICANTS DE MEUBLES. — Cette industrie est des plus modernes ; elle est née de la présence des Européens. Les indigènes, désireux d'imiter les objets dont ils voient les blancs se servir et ne disposant pas des mêmes matériaux, sont arrivés, par leurs propres moyens, à des imitations qui ont créé une spécialité à part. Ils fabriquent en faux bambou des meubles d’une grande légèreté et en même temps fort solides. Ce sont des morceaux réunis et altachés, maintenus de niveau par de petits bâtons qui les traversent. On fait ainsi des canapés, des tabourets, des chaises à dossier. La table est encore à créer.

Nous venons de jeter un coup d'œil sur les principales industries qui constituent des corps de métiers. Il nous reste maintenant à parler de divers produits indigènes en dehors de ceux qui précèdent, et de la façon dont on les obtient. Tous les indigènes sont au courant des procédés de fabrication ; ceux-ci ne sont le privilège de personne; chacun, selon ses besoins, devient distillateur ou marchand d'huile de palme.

De même, les cultivateurs forment les trois quarts de la population.

Cuzrures. — La culture est généralement superficielle dans ces pays ; on laisse à la terre le soin de se foruifier elle-même. La végétation étant d’une exubérance extraordinaire, peut généralement se passer de soins. De plus, elle donne deux récoltes par an, au lieu d'une, ce qui nous mène déjà fort loin de nos sols les plus riches des climats tempérés. Avec un peu de peine, les indigènes pourraient obienir des produits plus riches et plus beaux. Dès que le moment des semailles approche, c'est-à-dire aux premières pluies, les gens du pays commencent à labourer. Cette opération se fait lentement, avec une bèche indigène, instrument qui n’embrasse qu’une très petite surface à chaque coup.

Le noir travaille tous les jours un petit morceau de terrain et met une semaine pour remuer superficiellement la surface d’un are.

En Afrique, comme ailleurs, l'agriculture manque de bras, et il n'ya pas sur toute la région un dixième de cultures.

Pendant le labour, le noir a réuni, en tas, tous les débris des végétaux provenant de la dernière récolte, qui sont restés sur le terrain. Ces détrilus, déjà en décomposition pour la plupart, lui

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servent de fumier; il les mélange de nouveau à la terre et il attend la première pluie pour semer. La façon dont il plante le maïs prouve, à elle seule, sa paresse : comme ce serait une trop dure besogne de rester courbé en deux ou de se baisser chaque fois, il s’est habitué à utiliser ses pieds ; il suit le sillon à reculons ; tous les 15 centimètres, il fait avec son orteil droit un trou en terre ; il prend dans un sac un grain, l’y jette avec adresse et referme l'ouverture d’un coup de talon. Ce travail se fait assez rapidement.

L'arrosage est une chose inconnue ; on compte sur la saison des pluies, qui, en effet, rend inutile cette opération. Quand il ne doit ‘pas pleuvoir, on obvie à l’inconvénient en ne cultivant rien.

Les indigènes récoltent le maïs, l’igname, le manioc, la patate, l’arachide, un grand nombre de cucurbitacées sauf la pastèque et le melon auxquels le climat est contraire, et qui demandent des soins que l’indigène est incapable de donner. Le chou colza est également un aliment pour les gens du pays. Tous les fruits, ananas, bananes, etc., poussent où ils veulent et sans qu'on s’en occupe. Il en est de même du palmier à huile. Cependant, on le débarrasse chaque année des plantes grimpantes et des lianes qui s’enchevétrent autour de sa tige et nuisent à son développement.

Le maïs est blanc, de petite taille ; on le laisse sécher sur pied.

L'eau-de-vie de mais se fait de plusieurs façons : par la distillation et par l’infusion fermentée. Dans le second cas, c’est plutôt une boisson piquante et très agréable.

La distillation se fait chez les noirs d’une façon très succincte et qui leur fait consommer énormément de grain pour obtenir très peu d’eau-de-vie de qualité inférieure. Leur alambic se compose d'une forte marmite bouchée par le haut et dans laquelle pénètre un gros roseau couvert d’une épaisse couche de terre glaise. Sa Jongueur est de plusieurs mètres et il tient lieu de serpentin. L'opération est lente et coûteuse, et les résultats peu satisfaisants. Cette industrie est aujourd’hui abandonnée, vu l'expansion, dans le pays, des alcools européens, qui s'acquièrent à fort bas prix.

Pour faire le vin de maïs, on laisse fermenter les épis dans l’eau pendant quatre jours; on les retire ensuite et l’humidité fait sortir les germes. Quand les graines sont à ce point, on les jette dans un mortier et l'on réduit le tout en une pâte fine. Cette pâte est bouillie, fortement étendue d’eau, pendant cinq ou six heures. On

laisse ensuite refroidir, et le liquide devient, au bout de deux jours, légèrement piquant et très rafraîchissant. Le vin de maïs se conserve, au plus, une semaine, il se change, ensuite, en vinaigre.

Les nombreux articles de manufacture locale dont l’énumération précède sont destinés à satisfaire les besoins indigènes ; aucun d'eux ne quitte le pays, sauf peut-être quelques tissus qui vont au Brésil. Les Européens ne font guère attention à ces objets qui, il faut le dire, sont, en général, laids, disgracieux ou désagréables quand on les compare à nos articles d'Europe. Ils n’ont de valeur qu'au point de vue ethnographique, car ils montrent l'industrie locale telle qu’elle est née et les efforts que les noirs ont faits, infructueusement, pour copier certains objets que nous importons. Ils sont une preuve de plus que la volonté a besoin d’être suppléée par le savoir pour que la réussite soit certaine : vouloir n’est pas pouvoir, quoi qu'on en dise.

Dès qu'un indigène qui a des dispositions reçoit les conseils d’un Européen expert, il devient en peu de temps un excellent ouvrier ; tels, chez les Minahs, les charpentiers, les maçons, les tailleurs d’Accra, qui ont reçu les leçons d'ouvriers anglais employés par le gouvernement de la Côte d'Or, et qui aujourd'hui font de l’ébénisterie, de l’ornementation et des vêtements très corrects.

Dans des métiers plus difficiles, la mécanique, par exemple, un noir devient, en deux ans, un parfait mécanicien en ce qui concerne le réglage, le mouvement et l'entretien. Pour connaître et pouvoir faire les réparations lui-même, il lui faut plus longtemps ; mais il est néanmoins plus vite que l'Européen à même de faire un grand nombre de travaux. Il va sans dire que nous ne cherchons pas à prouver que son aptitude soit supérieure, mais il s'applique énormément à tout ce qu'on lui confie, cherchant à comprendre et à raisonner, tandis que l'Européen se sent fort de son intelligence et trouve inutile de s'appliquer au travail d’une façon aussi assidue.

Nous arrivons aux produits qui font en Europe l'objet d'un commerce avec la côte occidentale d'Afrique. Dans la région qui nous occupe, le principal est l'huile de palme, dont nous avons décrit l'origine en parlant de la flore.

Au point de vue industriel, voyons comment on exploite les fruits du palmier à huile ou Elaïs quineensis.

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Huile et amandes de palme. — La façon seule dont on coupe le régime sur l'arbre mérite d’être citée. On se demande tout d’abord comment, sans échelle ni crampons, l'indigène peut s’élever le long de ce stipe de près de 10 mètres sans aspérité aucune. Le nègre ne grimpe pas aux arbres en s’aidant des jambes et des bras comme nous; il ignore ce procédé. Tous les végétaux dont les branches sont hors de sa portée sont, pour lui, inaccessibles. Comment va-t-il faire ? Rien n'est plus simple que son invention, fille de la nécessité. Il fallait qu'il pôt, chaque année, cueillir ses régimes; eh bien, il a trouvé la façon suivante : il tresse, dans la plus forte fibre végétale du pays, une corde très raide, capable de supporter deux fois son poids ; cette corde a environ 2 mètres ; elle est terminée d’un côté par une boucle et de l’autre par un nœud ou une petite traverse en bois dur, destinés à la fermer en anneau. Arrivé devant le palmier sur lequel il veut monter, il passe la corde autour de son propre corps et de l’arbre et joint les deux bouts ; dès qu'il est attaché ainsi contre la tige, il tend le lien en se penchant en arrière tant qu'il peut et le fait remonter jusque sous ses aisselles ; il allonge les deux bras sur la corde qu'il saisit fortement. Dès qu'il est dans cette position, il est prêt à faire son ascension : il met la pointe du pied contre l'arbre, se soulève et donne une légère secousse en avant. Ce dernier mouvement a pour but de faire glisser la corde de bas en haut ; elle se fixe par son poids un peu plus haut, et il pose l’autre pied sur le tronc continuant ainsi à marcher et à faire remonter sa corde.

Les cultivateurs sont extrêmement experts à cet exercice, ils montent tellement vite qu’on les voit littéralement courir de bas en haut le long de l'arbre. Le grand danger serait de ne pas bien poser le pied au milieu du tronc, et de ne pas bien équilibrer le corps sur la jambe qui porte pendant la secousse. Dans ce cas, le pied glisserait de côté, la corde se trouverait distendue et l’homme ferait une chute d’abord contre le tronc et ensuite à terre, le peu de rugosité de l'écorce ne permettant pas à la corde de s'arrêter.

Arrivé au haut de l'arbre, le cultivateur s’arc-boute dans la même posilion et, avec sa hache apportée entre les dents ou à la ceinture, il entame la tige du régime. Pour éviter qu’il tombe de cette hauteur, ce qui l’abimerait, il l’attache à une cordelette et Je descend ainsi au compagnon resté en bas.

Deux hommes peuvent récolter de cette façon, en une matinée, plus de cinquante régimes.

La fabrication de l'huile comprend plusieurs opérations. On coupe tout d’abord les régimes en morceaux et, comme les fruits ne se détachent pas facilement, on les mouille légèrement de façon à produire un commencement de fermentation qui fait tomber tous les grains. On trie ensuite ces grains, on en enlève le cupule et on les entasse dans des marmites avec de l’eau; ils doivent bouillir pendant trois ou quatre heures. Îls sont, après la cuisson, à l’état de pâte mélangée de noyaux.

Chez les populations voisines des cours d’eau qui possèdent des pirogues, on prend une de ces embarcations en guise de cuve. Dans l’intérieur, on construit des bassins carrés en terre glaise, avec des murs épais et un trou percé à la base. On jette la bouillie dans la cuve ou dans la pirogue et on la piétine pendant plusieurs heures, comme on fait avec le raisin ; les noyaux sont enlevés au fur et à mesure qu'on les rencontre, et la matière pulpeuse devient plus épaisse au fur et à mesure que l'huile sort des fibres et se mélange à l’eau chaude.

Lorsque l'opération est jugée terminée, on verse encore de l'eau dans la cuve, on s’essuie les jambes et, du dehors, on remue le tout avec des bâtons ; on laisse ensuite reposer.

L'eau s’isole des parties huileuses et les chasse à sa surface par leur légèreté spécifique. Il se forme trois couches bien distinctes : au-dessus l'huile pure, au milieu l’eau et, au fond, la pulpe fibreuse dépourvue d'huile mélangée aux péricarpes des fruits. On enlève l'huile avec précaution au moyen de calebasses, on fait évaporer par l’ébullition les parcelles aqueuses qui pourraient y être restées, et l'huile de palme est prête à être livrée au commerce. Elle est en ce moment d’une couleur qui varie, selon les régions, du jaune de Naples à l'orange foncé. Elle se fige à une température inférieure à 20 degrés centigrades, et devient alors d'une teinte plus claire.

Les huiles les plus riches en couleur et en matières grasses sont récoltées dans la région est du Dahomey ; celles qui proviennent des pays occidentaux valent beaucoup moins sur les marchés.

L'huile de palme exhale une odeur forte que l'on peut comparer à celle du vieux cuir ; elle a le même goût lorsqu'elle est vieille, mais à l’état frais elle est un peu moins désagréable.

La pulpe restée au fond de la cuve, séchée au soleil, sert à faire de petits tampons qu’on achète au marché pour allumer le feu, car cette matière conserve, malgré tout, des principes oléagineux.

Les noyaux qui ont été mis de côté contiennent une amande dure et collée à leurs parois. Pour la détacher, on est obligé de les laisser sécher au soleil deux et trois mois après la fabrication de l’huile. On les brise ensuite, ce qui est difficile à cause de leur dureté, et l’on en extrait l’amande. Celle-ci est de forme ellipsoïdale, durcie par le séchage et immangeable ; elle a un goût prononcé de savon, ou piutôt c'est notre savon de ménage qui a un goût prononcé d'amandes de palmes, car celles-ci servent à sa fabrication.

L'amande de palme, en effet, en Europe, produit une huile fine et riche, qui sert, entre autres usages, à faire des bougies et du savon. Les amandes se mangent dans le pays, malgré leur dureté ; les porcs en sont très friands et engraissent rapidement si l'on en fait leur alimentation exclusive. On taille dans l’amande de palme des bijoux du pays. Les femmes portent des ceintures faites en tranches arrondies.

Tels sont les deux principaux produits de la région et la façon dont on les obtient.

Caourcnouc. — Le caoutchouc n’est pas exploité au point de vue commercial, mais on l’emploie à la Côte d'Or et au Dahomey pour réparer des pirogues, préparer des récipients non destinés au feu, etc. Les indigènes se servent de la sève du Ficus elastica, de l’Hevea quianensis, avant qu'elle soit solidifiée. Entre les bordages d’une embarcation, rien ne remplace avec plus de succès le brai des calfats, si l’on y joint un peu d'étoupe.

Le cocotier, qui pourrait être exploité sur une très grande échelle, ne fait pas l’objet d'une culture importante. On mange ses produits, et il n’en est tiré aucun autre parti.

Îl semblerait, quand on lit la description de ces nombreuses industries et des ouvriers qu'elles occupent, que la région est composée de gens laborieux qui, dans l'agitation d’une véritable fourmilière, poussent le commerce, font prospérer le pays et donnent à leur trafic un mouvement considérable : il n’en est rien. Comme nous l'avons dit, la paresse est innée chez le noir; il n'admet pas qu'on travaille les jours où l’on a de quoi manger Jusqu'au soir.

Aussi, forgerons, tisserands, leinturiers, potiers, vanniers, etc., ne font-ils que ce que bon leur semble. Quand il a un peu travaillé, l'ouvrier se repose beaucoup, laissant l'outil et la besogne moisir

dans un coin Jusqu'à ce que son caprice le pousse à les reprendre. I ne faut jamais être pressé avec lui, même lui confiât-on un travail qui demande une heure, on peut compter d'avance sur une semaine d attente.

Comme ils ne se reposent pas tous en même temps, la manufacture produit toujours, et les marchés sont alimentés, mais l’ouvrier dahomien travaille un jour sur quatre.

PècHEuRs. — Il est très curieux de voir les pêcheurs à la besogne sur les lagunes. Ils se joignent les uns aux autres pour rendre leur pêche plus fructueuse. La façon dont ils procèdent mérite d'être mentionnée.

Chacun d’eux a une petite pirogue avec un pagayeur, généralement un enfant. Tous sont armés d’un épervier. Ils font d’abord choix de l’emplacement qui leur semble le plus convenable pour jeter leur filet et naviguent autour de façon à l'envelopper d’un cercle. Ils sont à la file, conservant entre les pirogues un espace proportionné à leur nombre et à l'étendue qu'ils circonscrivent. Nous avons vu plus de deux cents pirogues se réunir dans le lac Denham pour ce genre de pêche.

Lorsque la première pirogue a rejoint la dernière et forme ainsi un cercle immense dont l’endroit désigné est le centre, il y a un temps d'arrêt. Chaque pêcheur quitte la pagaie et se met debout - à l'avant de l’embarcation, tenant son filet sur le bras gauche et prêt à le lancer ; en même temps, tous les pagayeurs de l'arrière battent les rebords de la pirogue de façon à chasser, par le bruit, le poisson vers le centre. Lorsque les eaux sont calmes, ce vacarme s'entend à plus d’un mille de distance.

Lorsque tout le monde est prêt, à un nouveau signal, chaque pirogue tourne sa proue vers le centre et se dirige vers ce point aussi vite qu'elle peut. Les pagayeurs continuent, tout en marchant, à faire du bruit, et les pêcheurs, à un moment donné, lancent tous leur épervier en arrivant au centre du cercle sur un espace de quelques mètres où le poisson se trouve réuni, chassé qu'il est de tous côtés.

Le coup d'œil qu'offrent ces centaines d’éperviers jetés ensemble est très intéressant. Le filet, lancé dans l’espace, comme s'il échappait soudain aux mains qui le tiennent, se déploie aussitôt comme un oiseau ouvrant les ailes, en un dôme gracieux qui disparaît dans l’eau. On prend ainsi une énorme quantité de poissons.

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CHassEuRs. — Il n’y a pas de chasseurs de profession ou bien peu. Comme c’est très fatigant et qu’il faut aller très loin des endroits habités, peu de noirs se livrent à cet exercice. Ceux qui vont à la chasse se placent à l'affût. attendent leur gibier à bout portant, et avec leur fusil à pierre, au risque de voir l’arme éclater entre leurs mains, le criblent d’une quantité de clous et de morceaux de fer dont ils se servent pour remplacer le plomb. Grâce à cette triple charge, l'animal... ou l’homme reste toujours sur le carreau. |

CanoTiers. — Le métier de canotier est assez dur : ce sont eux qui font les voyages sur les lagunes. Moyennant salaire, ils conduisent les voyageurs indigènes ou européens d’un endroit à un autre, ou bien ils se chargent du transport des produits. Dans ce dernier cas, ils ajoutent de nombreux vols à la rémunération qu'ils reçoivent.

Ils pagayent lorsque les fonds sont à plus de 3 mètres ; autrement ils poussent les embarcations au moyen d’un faux bambou long de 5 ou 6 mètres, muni à son extrémité d'une petite fourche en bois qui l'empêche de glisser sur la vase. Selon les embarcations, le voyage est effectué par deux, quatre, six ou dix canotiers. Ils marchent jour et nuit : les uns se reposent pendant que les autres travaillent. [ls font ainsi des trajets fort longs durant quatre et cinq jours. Les meilleurs canotiers sont les Minahs et les Popos. Ils possèdent souvent des pirogues qu’ils louent à tant le voyage.

HawacaIREs. — Le hamacaire effectue, lui, pour les Européens et les gens aisés du pays, les voyages sur terre. Il porte le hamac.

Le hamac, dont tout le monde connaît plus ou moins la forme, est suspendu à un gros faux bambou ayant environ 4 mètres de long. Ce bambou est porté sur la tête par deux hommes, un à chacune de ses extrémités, avec une vitesse moyenne, en terrain découvert, de 10 kilomètres à l’heure, en terrain sablonneux, de 6 kilomètres et demi, et en forêt, broussailles ou marécages, de 5 kilomètres. Ils se relèvent de quart d'heure en quart d'heure. Pour un parcours de 40 à 50 kilomètres, lorsque l’on veut aller bon train, on prend généralement huit ou dix hamacaires ; des porteurs leur sont adjoints pour le transport des bagages.

Le métier est encore plus dur que celui de canotier ; les bons hamacaires, ceux qui portent le voyageur sans trop de secousses,

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