‹ Le DahomeyChapitre 5 sur 92 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Le royaume du Dahomey n'est plus; mais la contrée et sa population demeurent, placées sous l’autorité de la France, et le nom même subsiste officiellement en vertu du décret du 22 juin 1894, rendu sur la proposition du ministre des colonies, qui donne Ja dénomination de Dahomey et dépendances à « l’ensemble des possessions françaises de la côte occidentale d'Afrique situées sur la Côte des Esclaves, entre la colonie anglaise de Lagos à l’est et le Togo allemand à l’ouest ».

Le livre de M. Foà vient à point pour constater un certain état politique du pays, au moment où cet État cesse d'exister, et décrire son état ethnographique et économique au moment où la France en prend possession.

Le Dahomey, comme la plupart des régions de l'Afrique habitées par la race noire, était à peine connu, il y a une vingtaine d'années. Il suffit d'ouvrir la Géographie de Malte-Brun, ou même l'ouvrage de Ritter, et de les comparer avec la Géogra phie universelle d’Élisée Reclus pour mesurer le progrès de nos connaissances sur celte partie du monde durant la seconde moitié du dix-neuvième siècle. Quoique les Européens trafiquassent depuis quatre siècles en Guinée, ils n'avaient guère accès que sur la côte, et ils ne possédaient que des idées vagues sur l'intérieur de la contrée, où peu d’entre eux avaient eu l'occasion de pénétrer.

M. Foà a résidé dans le pays pendant quatre ans, du mois

x PRÉFACE.

de juin 1886 au mois de mai 1890. Il l’a étudié sur place; 1 en à parcouru certaines parties en chasseur ou en explorateur; il s’est trouvé en relation journalière avec les indigènes et 1l parle leur langue, ou du moins la langue nago, qui est la langue générale, comprise à peu près de tous; il a complété ses observations personnelles par la lecture des écrits publiés jusqu'ici.

Il ne s’est pas mis en scène en écrivant des impressions de voyage ; il a voulu composer sur le Dahomey un ouvrage dans lequel seraient exposés pour la première fois, dans un ordre méthodique, l’histoire des Dahomiens, leur ethnographie, leur état religieux et social, les productions et les ressources de leur pays, et il a réussi. Son livre est le plus complet qui existe sur ce sujet; 1l est très instructif, et 1l méritait de prendre place dans la Bibliothèque de l’Explorateur, à côté de la Bibliothèque ethnologique dont le -savant et regretté M. de Quatrefages | de Bréau a été le fondateur.

Je ne referai pas, après M. Fo, l’histoire de ce royaume du Dahomey qui était une singularité à quelques égards monstrueuse, même dans la civilisation rudimentaire de la race noire. Fondé par la ruse et la trahison — ce qui n’est pas une singularité en Afrique — agrandi par une suite continue de guerres, enrichi par le pillage, maintenu par la violence, il a été pendant deux siècles la terreur de ses voisins, comme le roi était lui-même la terreur de ses sujets. Le petit État de Porto- Novo a subi, depuis 1850, quatorze incursions des Dahomiens qui ont pillé ou incendié 60 de ses villages, lui ont tué plus de 2600 personnes et enlevé 7 200 prisonniers. Le corps des amazones, dont la création date de 1815 et dont la bravoure et la férocité ne se sont pas démenties jusqu’au jour de la chute, lui avait fait une réputation fantastique en Europe. Mais ce que l’Europe a été longtemps sans voir, c’est que cette puissance barbare était minée par des changements qui s'étaient produits

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