‹ Le DahomeyChapitre 6 sur 92 · PRÉFACE. . XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. . XI

dans le monde civilisé; tout guerrier, très peu agricole et nullement industriel, le peuple dahomien vivait de rapines et surtout de razzias d'esclaves, mélier lucratif quand il se trouvait dans les comptoirs de la côte des traitants européens toujours prêts à acheter cette marchandise, et à l'ancre des négriers pour la transporter en Amérique. Ce trafic n’a pas. encore entièrement cessé. M. Fo nous affirme que le commerce des esclaves continuait sous main avec l’apparence d'engagements volontaires de cinq ans, et que c'était afin d'éviter que les Européens ne fussent témoins des embarquements nocturnes qu'on leur défendait à Whydah de coucher dans leurs factoreries de la côte. Mais il est clandestin et sans importance. La source de la fortune du Dahomey est tarie depuis que la traite est interdite, ou plus exactement depuis que les colonies et les États d'Amérique ont aboli l’esclavage. Abomey, capitale riche et florissante au siècle passé, était une ville déchue quand le général Dodds est venu l’assiéger.

Ce n’est pas un paradoxe de dire que dans les temps qui se sont écoulés de la découverte de l'Amérique jusqu’au milieu de notre siècle, l’Europe a fait plus de mal que de bien au pays des noirs. Elle n’y a pas créé l'esclavage, mais elle l’a rendu plus cruel. Sans doute, 1l y avait des tribus qui mangeaient leurs prisonniers ; 1] y en a encore. Il y avait des captifs dont on faisait des esciaves; cet usage est encore général; mais, dans la plupart des contrées de l’intérieur de l’Afrique, l’esclave de case est traité avec douceur, à peu près comme un membre de la famille; il paraît d'ordinaire se résigner à Sa condition sans chercher à s’y soustraire par la fuite et se montre même attaché à son maître. C’est lesclave de traite dont le commerce est odieux. La traite existait bien avant les voyages des Portugais, puisque les peuples de l’Asie et de l'Afrique méditerranéenne avaient des esclaves noirs au moyen

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àge et même dans l'antiquité. Mais quel développement n’at-elle pas pris depuis que, sur toutes les côtes, les marines européennes, portugaise d’abord, puis espagnole, hollandaise, anglaise, française et d’autres encore, sont venues à l’envi se disputer cette proie, ont fait renchérir les prix, ont excité la cupidité des vendeurs par les produits, eau-de-vie, armes, parures, qu'ils offraient à leur cupidité. M. Foù évalue, par hypothèse, à 2 millions le nombre des habitants que cet infâme trafic a enlevés à la Guinée en trois siècles, ce qui implique un nombre plus considérable d’existences sacrifiées dans les razzias et dans les transports jusqu’à la côte. Quelques villes, surtout des ports, s'enrichissaient par ce brigandage; mais l’intérieur du pays était désolé; les hostilités et les surprises d'une tribu à l’autre étaient rendues plus fréquentes. Je suis disposé à me ranger de l'avis de ceux qui pensent que la rareté de la population actuelle de certaines régions de l’Afrique, comme la Guinée et le bassin du Congo, est due principalement à cette cause.

Les temps sont changés. Aujourd'hui, des esprits généreux prêchent une croisade contre l'esclavage et invitent l'Europe à délivrer le pays des noirs de ce fléau, qui, quelque douce que soit la servitude, est funeste à la civilisation. Leurs efforts sont dignes d'encouragement, ct l’on ne peut pas dire qu'ils restent absolument sans résullat dans les parties directement soumises à une autorité européenne; ils sont néanmoins très loin d'aboutir, et l'esclavage domestique persistera bien longtemps en Afrique.

Le partage de l’Afriqué, que la diplomatie européenne a décidé et réglé autour d’un tapis vert, pourra être comparé par les historiens de l'avenir à la bulle pontificale qui, au quinzième siècle, a partagé entre les Portugais et les Espagnols le monde païen à découvrir et à convertir; mais, comme cette bulle, il

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