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COUR INTÉRIEURE D'UNE HABITATION DAHOMIENNE

dents en bas, le pétacule en haut, et on les fixe sur les liteaux et les arbalétriers, en commençant naturellement par le bord inférieur du toit. Le tout est attaché avec le cipeau, ce lien si solide et si durable, qui vaut les meilleures cordes et ne se pourrit pas.

L'intérieur des habitations indigènes comporte très rarement plus d’une pièce ; seuls, les noirs, qui ont de grandes ressources et veulent imiter les Européens, se payent un pareil luxe.

Il faut donc considérer ce cas comme l'exception. La pièce unique de toutes les cases n’a généralement aucune autre ouverture que la porte ; toute issue laissant pénétrer l'air ou la lumière manque totalement, lorsque l'entrée est fermée.

Il semblerait que, dans ces pays équatoriaux, on éprouve naturellement le besoin de respirer librement, de se procurer dans une habitation un peu de fraîcheur, pour faire contraste avec la température extérieure; il n'en est rien. Les indigènes s’accommodent parfaitement du manque d'air, de clarté, dans une atmosphère corrompue par l’agglomération de sept ou huit individus, généralement malpropres, vivant dans un espace de quelques pieds carrés.

Chaque maison est pourvue d'un enclos attenant, n’aurait-il que la moitié de la surface de la case ; cet espace ouvert tient lieu de cour, et une porte ouvre généralement de ce côté; le plus souvent il n’en existe pas d'autre. On se rend dans la rue par l’enclos.

C'est dans cette cour que se font toutes les opérations du ménage : cuisine, lavage, pilage du maïs, etc. Elle est séparée de l’enclos voisin par une palissade en paille et en faux bambou.

Les portes sont généralement en faux bambou très serré et attachées par des cipeaux en guise de charnières ; on les ferme le soir, au moyen d’une barre transversale.

La forme et la composition de la case diffèrent selon les zones, mais les caractères généraux restent les mêmes partout.

Dans la première zone, sol sablonneux et mou, les huttes sont en faux bambou entremêlé de paille. Les fondements sont assez profonds ; la forme est rectangulaire ; le sol de l’intérieur se compose d’un amas de sable qu’on mélange à de la vase de lagune pour obtenir une surface plus dure et plus unie. Quelquefois les habitants, afin d'empêcher l'air de pénétrer à travers les parois de la case, la tapissent intérieurement de vase. Cette boue collante prend vite la consistance de l'argile lorsqu'elle est sèche, et elle

donne, à l'intérieur, l'illusion de murailles ; elle évite, de plus, que l'air soit renouvelé, ce qui contribue au confort des indigènes.

Dans la deuxième zone, l'argile remplace le bambou ; les habitants, comme nous l'avons dit, aplanissent de leur mieux les parois intérieures latérales de leur habitation. On fait quelquefois un plafonnage sommaire en faux bambous très serrés les uns contre les autres, tapissés ou non de terre glaise.

Quant au parquet, s’il nous est permis de lui donner ce nom, il est fait de même matière et le plus uni possible ; son élévation est toujours d'au moins 25 centimètres au-dessus du niveau de Ja rue.

Dans quelques parties du Dahomey, à Porto-Novo et au Yorouba, on a la coutume de peindre ce parquet. On prend pour cela de la bouse de vache, on la délaye dans de l’eau, on y mélange un peu d'herbes, et l’on en passe plusieurs couches par terre et au pied des murs, avec un pinceau en paille d’épis de maïs; on forme ainsi un soubassement d'environ 50 centimètres.

Il ne serait jamais venu à l’idée d’un Européen que la bouse de vache fût utile à autre chose qu'à fumer la terre ; eh bien, c’est le cirage des appartements dahomiens : elle colore les parties peintes d'une teinte vert épinard clair, et répand une odeur qui complète la ressemblance que les intérieurs indigènes ont avec des étables mal tenues.

Quand on entre dans une case de noir, on voit des enfants malpropres, des débris de comestibles, des gens qui fument ou qui mangent, des pots d'huile de palme, des chapelets de poissons secs, des femmes qui vont et viennent, des poules, des chiens ; tout ce monde grouille dans une demi-obscurité, au milieu de toutes ces senteurs diverses où domine toujours l'odeur suz generis du noir; on a généralement hâte de revoir le soleil et la rue, tout étroite et sale que soit celle-ci.

Sur les bords du fleuve Whémé, les habitations sont sur pilotis et rondes ; leur construction est la même que sur les lagunes : pailles, bois et faux bambou. Les habitants sont obligés de se loger ainsi pour être à l'abri des crues annuelles, qui couvrent quelquefois toute la plaine environnante.

Dans la troisième zone, on rencontre moins de palmiers et les bambous disparaissent. On y voit des cases en terre et en bois. Ces dernières sont de forme rectangulaire et construites avec des

pieux serrés les uns contre les autres. Dans la toiture, une paille ressemblant assez à celle de l'orge remplace la feuille de palmier.

Plus loin, dans le nord, les cases ont le même caractère ; on dit même que les habitants des montagnes vivent en grande partie dans des cavités naturelles existant dans les rochers.

En plus des constructions destinées à loger les indigènes, il y a dans les villages des greniers destinés à renfermer les grains pour la nourriture et pour les semailles. Beaucoup d'’indigènes logent une partie de ces provisions entre la toiture et le plafond de leurs cases ; d’autres élèvent en communauté une maison, qui doit servir de magasin. Tout dépend des localités et des coutumes des habitants à cet égard.

Dans les villages sur pilotis, on distingue les magasins par l’absence de galerie et de porte, et par une moindre hauteur de Ja toiture au-dessus de la plate-forme. Le maïs y est pendu par grappes d'épis ou étendu sur des claies, de façon à laisser circuler l’air. Le foin est arrangé de même, en bottes.

Les autres provisions, telles que poisson fumé ou sec, manioc, ignames, patates, y sont déposées également ; maïs il est rare de voir les indigènes garder autre chose que du maïs. Même ceux qui ont du bétail sur les pilotis ne gardent pas toujours sa nourriture ; chaque Jour, ils vont la lui chercher en pirogue, quelquefois fort loin.

Dans les villes, on ignore absolument ce que c’est que de faire des provisions. Les indigènes gardent généralement de l'huile ou des amandes de palme quand ils voient que le prix du marché baisse à cause de l'abondance, ou bien s'ils n’ont besoin de rien au moment de la récolte.

Dans ce cas, ils enterrent ces produits; ils mettent, à 1 mètre de profondeur, de grands pots contenant l'huile ou les amandes et recouvrent le tout de terre ; l'herbe pousse bientôt et déguise ces cachettes connues d’eux seuls.

Les tombeaux, si cela peut s'appeler ainsi, se trouvent dans chaque habitation. On enterre les morts de la famille dans le soussol de la case, à 60 centimètres à peine au-dessous des vivants.

Il est à supposer que la paresse doit avoir encore présidé à l'établissement de cet usage. Nous ne croyons pas que ce soit par affection que le noir tienne à garder près de lui les restes de ceux qu'il a perdus. Il s’en console trop vite pour cela. D'ailleurs, ce qui viendrait encore détruire cette hypothèse, c’est que, dans cer-

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taines localités, dès qu'il n’y a plus de place pour enterrer les morts sous la case, on s’en va loger ailleurs, abandonnant toutes les tombes anciennes à la pioche d’un nouvel occupant.

Chaque fois qu'il y a enterrement, on refait par conséquent une partie du parquet.

Quant aux habitants des villages lacustres, ils vont enterrer leurs morts à terre, sur le bord des lagunes.

Les indigènes, sauf quelques détails, n'ont jamais suivi l'exemple des Européens ; ils n’ont fait aucune tentative pour améliorer leur genre d'habitation en quoi que ce soit.

Ils ne se rendent pas compte que leur façon de se loger est la cause, chez eux, de beaucoup de maladies. Il est encore plus malsain dans les pays chauds que dans les régions tempérées, de se calfeutrer en grand nombre dans un espace restreint, surtout quand, pendant la journée, l’air ne s’est même pas renouvelé.

Une grande humidité se manifeste dans les habitations en terre; les insectes de toutes sortes, attirés par les débris qu'on balaye rarément, remplissent la maison ; les rats courent partout, les serpents se logent dans la paille des toitures, des milliers de termites rongent les boiseries et l’araignée file en paix sa toile dans tous les coins.

Les maisons en paille sont plus propres, parce qu’elles sont plus aérées, mais la négligence des habitants y est la même.

À côté de cette grande majorité, il y a de rares indigènes qui ont l'amour de la propreté. On voit quelquefois dans une case un parquet bien balayé et le maître de la maison sommeillant sur une nalte propre ; les femmes font leur ménage dans la cour, et les enfants, les chiens, les poules passent la journée dehors.

Dans ces dernières cases, on aperçoit quelquefois aussi des traces de mobilier : parfois un canapé-lit, des tabourets en bambou, une natte à claire-voie devant la porte permettant de voir les passants, sans être aperçu d’eux ; en un mot, l'habitation du noir devient aussi confortable que le permettent les moyens du pays.

Mais, malheureusement, on compte les exemples de ce genre.

Ceux qui pratiquent une industrie quelconque possèdent quelquefois une deuxième pièce ou même une deuxième case à cel effet, surtout lorsqu'ils ont un matériel encombrant; d’autres travaillent dans la cour ou devant leur porte : parfois même, la rue élant trop étroite, ils vont s'installer sous un arbre sur la place la plus voisine,

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On rencontre dans certaines villes, comme Abomey, Porto-Novo, Whydah, des assemblages de cases occupées par des gens exerçant un même métier; il n'y a, dans ce cas, aucune séparation entre les cours, et les gens qui habitent ces sa/ams, comme on les appelle, forment une sorte de communauté ; tels les féticheurs et féticheuses, quelquefois les teinturiers, les potiers, les sculpteurs, les forgerons, etc.

En plus des habitations, il y a dans les villes, comme constructions, une quantité de temples fétiches où les locaux occupés par les divinités sont beaucoup mieux entretenus que les intérieurs noirs. Ces temples sont de petites cases rondes, ovales ou rectangulaires, à deux compartiments séparés par une natte formant portière. Point de porte en bambou à l'extérieur, une simple ouverture en tient lieu. Les temples sont construits avec les mêmes matériaux que les cases de la zone. Le peu de chaux dont les indigènes disposent est réservé à en blanchir le dedans et le dehors des murs, lorsque ceux-ci sont en terre.

En somme, l'habitation est fort primitive, malsaine et incommode.

On a peu d'exemples d'améliorations tentées parles indigènes. Le roi Mecpon fit élever, à Porto-Novo, une maison à deux étages sur des murs formidables : à sa mort, cette construction fut abandonnée ; le modèle en était européen. Quoique cet édifice, extraordinaire pour les noirs, n'ait Jamais été terminé, qu'il en soit tombé une grande partie, on y voit de grandes ouvertures rectangulaires destinées à des fenêtres, de grandes portes, des cages

d'escalier, etc. Si ce monument avait été achevé, il eût été vrai-

ment remarquable.

À Whydah et à Abomey, on remarque quelques-unes de ces grandes constructions, la plupart en ruines aujourd’hui, témoignant encore des splendeurs d'autrefois, au moment où l’on faisait fortune avec la traite des esclaves.

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