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Smith

GOUVERNEMENT INDIGÉÈNE. 269

Le sérail du roi était composé de quatre à cinq mille femmes, gardées par des eunuques, tout comme en Turquie. Le sérail n'existe plus aujourd'hui, et chacune des femmes travaille pour vivre, hormis deux ou trois favorites.

On reconnaît, dans ces arrangements et dans plusieurs autres, quelque chose de l'influence orientale, que l’on peut attribuer à la présence des mahométans appelés malais, malahs ou mollahs par les anciens voyageurs, qui jouissaient, à la cour du Dahomey, d’une grande faveur ; le roi les avait en haute estime.

La description que l’on faisait de ces gens se rapporte beaucoup à ce que sont les Mandingues aujourd'hui’; les anciens voya- geurs prétendaient qu'ils devaient venir de la côte orientale nord de l’Afrique. Ils parlaient et écrivaient l'arabe et montraient, sur ceux qui les entouraient, une supériorité qui était peut-être cause des faveurs d’Agadja.

On voit également apparaître, dans les réjouissances de cette époque, des détails qui semblaient copiés sur les nations civilisées.

Le roi avait des bouffons, des favoris, des premier, deuxième et troisième serviteurs ; il avait ses musiciens, qui habitaient le palais et qui jouaient chaque fois qu’il le désirait. Il faut ajouter immédiatement que la composition de l'orchestre était loin de toute copie européenne ; il consistait en tam-tams, flûtes, cornes, trompes, cloches et ohjets du même genre produisant un vacarme étourdissant et peu varié.

Il existait alors dans le pays, il faut le dire, des indigènes qui avaient vu notre civilisation. Le roi d’Ardres avait envoyé à Louis XIV un ambassadeur chargé de lui apporter ses protestations de dévouement ; cet envoyé était un pur indigène, chef très intelligent et parlant un peu portugais. Les Portugais l'avaient baptisé et nommé Mattéo Lopez. La Compagnie des Indes se chargea de le transporter, lui et sa suite, à Paris. Il fut d’abord conduit à la Martinique, où il visita l'établissement de la Compagnie, et, de là, à Dieppe, où il débarquait le 3 décembre 1670. Il arrivait à Paris le 13, et les directeurs de la Compagnie députèrent deux de leurs membres, qui furent le recevoir à Saint-Denis avec deux carrosses à six chevaux, qui firent en ville une entrée triomphale et le conduisirent à l'hôtel de Luynes, que l’on avait meublé

1. Peuples noirs mahométans habitant la région au nord de Sierra-Leone.

et préparé pour le recevoir. Il passa ensuite une semaine à visiter la ville et tout ce qu'on crut pouvoir l'intéresser.

Le jour de l’audience, M. de Berlise, introducteur des ambassadeurs, vint à l'hôtel de Luynes avec le carrosse royal pour conduire l'envoyé du roi d’Ardres devant Sa Majesté. Après avoir traversé les Tuileries, admiré les gardes-françaises, les Suisses, les mousquetaires du roi, les archers de la prévôté, les Cent- Suisses, qui encombraient les cours et les corridors, il arrivait en présence de Louis le Grand, du dauphin et du duc d'Orléans, entourés de toute la noblesse de France.

Il eût été curieux de pouvoir analyser les sensations de l’ambassadeur en ce moment ; le barbare passait brusquement de son pays sauvage au centre des arts et de la civilisation ; il quittait la réunion qui s'appelait {a cour d’un petit chef nègre, pour visiter celle du plus grand des souverains de l’Europe ; il venait enfin d'un pays plongé dans l'ignorance complète et la superstition, pour voir groupées autour de lui les gloires de l’époque et d’au- Jourd’hui, toutes ces célébrités littéraires ou artistiques dont aimait à s’entourer le roi Soleil... Quel contraste !

Lui, ses trois femmes et ses trois fils, dit d'Elbée, étaient complètement ahuris. Ils crurent sans doute faire un rêve. Ils revinrent tous chargés de présents, sauf deux enfants que le roi voulut faire élever et qu'il garda en France.

On comprend aisément tout ce que durent raconter à leur retour ceux qui, les premiers, venaient de voir de si près une nation européenne ; il dut rester beaucoup de leurs impressions dans l'esprit des indigènes.

Les rois de Dahomey durent emprunter ainsi, par ouï-dire ou par les conseils des voyageurs, une foule de détails à la civilisation.

Gièlè aurait eu, dit-on, autour de lui des gens qui parlaient ou écrivaient toutes les langues européennes. Confondus dans la foule autour du souverain quand il donnait des audiences, ils comprenalent les réflexions que pouvaient faire les blancs ; ou bien, mis obligeamment à leur service momentané comme domestiques, ils espionnaient sans qu'ils s’en doutassent les hôtes du roi de Dahomey.

Nous avons encore présente à la mémoire cette recommandation du chacha à des Européens qui faisaient partie d’une mission se rendant à Abomey : « Et surtout, quoi qu'il arrive ou que vous

voytez, pas un mot, pas une réflexion entre vous, dans n'importe quelle lanque; si vous voulez causer, allez dans les champs, et même, faites attention ! »

Cette splendeur dont nous parlions est aujourd’hui passée. Le roi vit bien, sans privations, mais sans extravagances; son budget est dans une situation précaire; en proportion de ce qu’avaient ses pères, il est dans la misère. Chaque année, il lui faut une forte somme pour son expédition et pour ses coutumes, et il est obligé de dépenser le reste de ses impôts en frais indispensables. Il sait que, le cas échéant, personne ne lui viendra en aide; il n’a autour de son royaume que des ennemis, qui attendent une occasion pour se venger de plusieurs siècles de persécution.

Le royaume est administré, sous leæordres du roi, par un gouvernement mmilitaire. Le roi confie à des cabéçaires, qui sont tous chefs de guerre, les fonctions de ministre, maire, percepteur, etc.

Les ministres ont chacun leurs attributions, tout en conservant leur grade dans l’armée; ils ne quittent que rarement la capitale. De nos jours, voici leurs noms et leurs fonctions approximatives :

Le mingan, premier chef de guerre, premier ministre, intérieur, police, exécuteur des hautes œuvres ;

Méou, premier chef de guerre, ministre des affaires étrangères ;

Tocpo, deuxième chef de guerre, affaires locales (à Abomey), chef du serment;

Binazon, premier chef de guerre, ministre responsable des fipances, chambrier, ne quitte jamais Sa Majesté;

Gaôu, général en chef, organisation militaire, amazones, approvisionnements de guerre, transports, munitions, etc. ;

Kpossou, général; il y a cinq ou six généraux adjoints au Gaôûu ;

Sogan, premier chef de guerre, chef des écuries, affaires gouvernementales ;

Gogan, premier chef de guerre, chef des bouteilles‘, officier de bouche, approvisionnements, palais du roi.

Ces noms désignent les fonctions. Celui des individus est rarement mentionné.

Le mingan, ajoute à ses fonctions celle de grand prêtre du fétichisme, le roi étant le chef de la religion comme celui de l’armée.

Il y a d’autres fonctions accessoires qui sont confiées à n’im-

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