‹ Le DahomeyChapitre 63 sur 92 · Hangar, en fon; on prononce akpdta · texte numérisé non relu

Hangar, en fon; on prononce akpdta

2. 1l est, ou du moins doit être, soumis à des traditions fort curieuses : son père ne pouvait voir la lagune, et comme la ville est sur ses bords, il

ll assistait donc passivement au repas, étendu sur un canapé placé à cet effet auprès de la table. Vêtu de son pagne de soie, avec deux ou trois montres pendues au cou, il était coiffé, pardessus le bonnet de nuit ou la calotte blanche de cabéçaire qui ne le quitte jamais, d'un bicorne de général en chef avec un panache magnifique. Îl avait l'air fort majestueux. Cinq minutes après le début du repas, il sortit d’un air affairé et revint avec un chapeau d'amiral anglais ; nous vîmes ainsi défiler, pendant le dîner, une dizaine de coiffures les plus diverses : chapeaux de commandant de la garde républicaine, de commodore anglais, casquettes d'étatmajor, de général de brigade, de division, de médecin et vétérinaire en chef, etc., etc., tout ce qui avait beaucoup d'or, d'argent et de broderies. Il en possède ainsi une centaine, depuis le bicorne jusqu’à la casquette d’inspecteur des chemins de fer portugais.

Il en est de même pour sa collection de’ cannes ; il en a de tous les genres et de toutes les grandeurs, depuis celle du tambourmajor jusqu'à la petite badine. Il envoie tantôt l’une, tantôt l’autre aux Européens, quand il a quelque chose à leur dire.

Le palais du roi Toffa se compose d’un assemblage de constructions laissant entre elles des cours nombreuses. Sur le devant, faisant face au marché, s'élève une petite maison à un étage, avec deux persiennes et une seule pièce. Sur le derrière, le palais du roi Mecpon, interrompu à sa mort, reste inachevé et tombe en ruines.

L'emplacement total occupé par le palais du roi couvre un carré d'environ 200 mètres de côté.

Quelques-unes des cours intérieures sont ornées de grands arbres; deux ou trois d’entre elles sont encombrées de petits hangars couverts de nattes, qui dérobent à la vue du visiteur les divinités du fétichisme, toutes représentées dans le palais du chef de la religion.

Son sérail se compose de cent à cent cinquante femmes, qui gagnent toutes leur vie par un travail quelconque; contrairement à celles du roi de Dahomey, autrefois, elles n'ont jamais été privées de leur liberté.

Au moral, Toffa est un homme d’une intelligence de beaucoup

n'avait de ce côté aucune fenêtre à sa maison. Toffa, Jui, ne peut aller sur la lagune ; il a néanmoins complètement oublié la tradition en avril 1889, lorsque, au moment de l'invasion dahomienne, il se sauva dans uae pirogue sur le territoire anglais.

supérieure à celle de ses sujets. Il a compris depuis longtemps que la race noire ne peut, ne sait pas garder son indépendance, et puisqu'il devait avoir un maître, il en a voulu un de son choix. C’est à notre gouvernement qu’il a demandé protection ; ses démarches désespérées pour ravoir le protectorat de la France, alors que les Anglais allaient s'emparer du pays, sont restées historiques. Il est tout dévoué à la France et ne demande qu’à voir son pays tranquille et prospère. C’est le résident de France qui est le roi.

Notre sympathique administrateur, M. le docteur Tautain, qui laissa tant de regrets à Porto-Novo malgré le court séjour qu'il y fit, fut le premier qui fit sentir au roi Toffa cette nuance. Il lui dit un jour, devant tous les Européens, qu’il entendait, contrairement à ce qui avait eu lieu jusqu'alors, que le résident de France eût le pas sur le roi de Porto-Novo. Ce n’était pas en égal qu'il devait être traité, mais en supérieur. Le roi déclara sans hésitation qu'il serait le premier à obéir au représentant de la France, afin de donner l'exemple à ses sujets.

Le gouvernement indigène à Porto-Novo est constitué comme celui du Dahomey; le roi est seul maître et seul juge de ses actions. Ses ministres favoris portent le nom de {arrys, princes par la naissance, ayant le droit de porter le fer et le pas sur tous les cabéçaires, sauf le mingan; les larrys du roi sont toujours en sa compagnie au nombre de trois ou quatre ; il en existe beaucoup d’autres qui exercent des fonctions administratives, décimères, percepteurs, etc. Ils partagent avec les cabéçaires les soins du gouvernement sous les ordres du roi.

Le premier et le deuxième larrys du roi sont ministres des affaires locales, le troisième est porte-canne.

Les cabéçaires sont le mingan, exécuteur des hautes-œuvres, grand prêtre du fétichisme; le gogan, le méou, le sogan remplissent des fonctions diverses ; ils ont le même nom qu’au Dahomey, mais avec cette différence qu'aucun d’eux n’est homme de gucrre; il n’y a pas d'armée constituée à Porte-Novo. Il y a, de plus, des fonctionnaires nommés l’apologan, l'agbasagan, l'agboton, qui se partagent d’autres administrations civiles et religieuses *.

1. Un de ces cabécaires s'appelle le Roi de la nuit ; par suite d'un ancien usage, le roi ne pouvait plus sortir ni s'occuper de rien après le coucher du soleil, el c'était un des plus anciens cabécaires (qui, lui ne pouvait sortir le jour), qui régnait en son nom jusqu'à l'aube.

284 LE DAHOMEYX.

Les impôts sont les mêmes qu’au Dahomey, sauf que les Européens payent des droits à l'exportation ; tout est perçu comme au Dahomey.

Les gores et les agorigans n'existent pas; chaque village a son cabéçaire ou chef qui le gouverne, fait ses rapports, rend compte des impôts et se tient en relations avec le gouvernement du roi.

Aujourd'hui, l'administration de Porto-Novo subit de grandes altérations. L'autorité française prend tous les jours du développement et substitue ses lois à celles des indigènes. Dans dix ans, ce sera un pays à moitié civilisé, tandis que le Dahomey, s’il était resté indépendant, n'aurait pas changé sa façon d’être.

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