‹ Le DahomeyChapitre 76 sur 92 · C'était la première fois qu'il était mis en pratique · texte numérisé non relu

C'était la première fois qu'il était mis en pratique

exécuter des feux ; les munitions tirent à leur fin ; notre vaillante'troupe ne perd pas son sang-froid ; elle vise avec calme, ni trop haut ni trop bas.

Les Dahomiens tentent tout ce qui est en leur pouvoir pour arrêter la marche ; ils essayent de couper la retraite, se découvrent en masse et tombent comme des épis sous la faux ; d’autres les remplacent si vivement que ce sont les mêmes qui semblent se relever et combattre encore.

Les auxiliaires indigènes ne servent à rien. À un certain moment, on les fait sortir du carré pour protéger les flancs, pendant que nos troupes respirent un instant ; on les voit aussitôt tirer sans viser, pousser des cris et se répandre dans le plus grand désordre ; plusieurs sont tués par les amazones ; ils parviennenticependant à faire deux prisonniers.

On apprend, en interrogeant ces Dahomiens, que le roi Gbédassé (Behanzin, comme on l'appelle en France)est lui-même à la tête des troupes, qu'il en a formé trois échelons qui donnent successivement ; pendant qu’un d'eux combat, les autres se reposent. Toutes les amazones étaient là, au nombre de 3 500‘ environ.

« Les balles francaises, disent les prisonniers. ont tué beaucoup de monde, surtout les grosses qui se cassent en l'air (obus à mitraille). Le roi a été obligé, une fois, de changer de place, à cause du grand nombre de balles qui passaient à côté de lui. »

Notre petite troupe arrive ainsi presque en vue de Porto-Novo, harcelée par les amazones, bien plus féroces et audacieuses que le reste des troupes. Leurs mouvements, leur rapidité, leur activité étonnent beaucoup nos officiers. |

Le lendemain de cette retraite en musique, selon le terme consacré, au milieu des félicitations méritées que le coloncl Terrillon adressait à ses soldats, le capitaine Arnoux et le lieutenant Simanski, qui commandaient le front arrière, le plus menacé du carré, étaient mis à l’ordre du jour. I y eut quelques blessés, mais rien de grave.

Quelques jours après, les troupes faisaient encore une sortie dans la direclion de l'ennemi, décidées encore cette fois à lui infliger des pertes; mais les Dahomiens ne donnèrent pas signe de vie. Des nouvelles venues d'autres points apprirent que leur armée repassait le Whémé.

Le combat du 17 avril peut être cité à la fois à l'honneur de nos troupes et à celui des soldats dahomiens. Ceux-ci ne perdirent pas leur courage devant la gucule de nos canons et de nos fusils à tir rapide, et un petit délachement de 350 hommes lutta sans repos, pendant près de deux heures, contre 12 000 Dahomiens ; c’est à ce chiffre qu'on a estimé l’armée ennemic dans cette journée, et nous ne le croyons pas exagéré. Les pertes qu'elle a éprouvées ne peuvent se compter ; mais on croit pouvoir calculer qu'ils ont eu de { 500 à 2000 morts et autant de blessés. Les obus à mitraille ont fait plus de mal, à eux seuls, que toute la fusillade réunie.

L'engagement du 17 avril fut la clôture de l'expédition.

Le 21 arrivaient encore, à Kotonou, 30 hommes d'infanterie de marine.

1. Par conséquent, nos troupes ne voyaient dans cette multitude qui les entourait qu'un tiers à la fois de l'armée dahomienne ; cela permet de juger combien elle était nombreuse et explique le feu continu de l'ennemi.

La saison des pluies faisant renvoyer à plus tard la fin de la campagne, on commença à organiser une défense sérieuse à Porto-Novo, ainsi que le cantonnement des troupes; les exercices, les théories et les revues remplacèrent le service en campagne.

La défense de Porto-Novo fut établie au moyen d’une ceinture de forts destinés à remplacer, à l’ouest, au nord et à l’est, les murailles en ruines. On commença ainsi la construction du fort des Amazones, du fort Oudard, du fort Mousset, ainsi nommés en souvenir des épisodes les plus glorieux ou les plus tristes de la première partie de la campagne.

Pour les officiers comme pour tout le monde, l'expédition était inachevée.

On n’avait à enregistrer, au demeurant, aucun succès éclatant, aucune victoire décidée, et chacun avait le secret espoir qu'on était trop avancé pour ne pas aller jusqu’au bout. Nous sommes certain que ce fut avec un profond regret que nos troupes de terre et de mer virent un arrangement diplomatique intervenir un peu plus tard et renvoyer — pour toujours, pensait-on, — celte conquête déjà achetée en partie au prix de leur sang.

Le lieutenant-colonel Terrillon, rappelé au Sénégal et remplacé par le lieutenant-colonel Klipfel, quittait à regret le théâtre des événements; il emportait dans son cœur l'espoir de revenir, plus tard, conduire à Whydah Ja colonne qui l'avait si vaillamment secondé.

Nos compatriotes faits prisonniers ont raconté eux-mêmes en détail les péripéties de leur captivité.

Fort maltraités jusqu'au moment où ils furent conduits devant le roi du Dahomey, leur sort fut ensuite amélioré, et, sauf le manque de liberté, ils n'eurent plus ensuite à se plaindre des mauvais traitements auxquels on les avait habitués depuis leur départ de Whydah.

Le 1° mai, ils étaient mis en présence du roi et, après cette entrevue, leur liberté leur fut rendue dans le royaume. Le 5, ils étaient de retour à Whydah ct,le 8, sous la protection du lieutenant Santos, commandant du fort portugais, ils se rendaient à bord du Kerguelen, où le commandant Saget de la Joncherie leur fil l'accueil le plus aimable et le plus cordial.

Le 14 août, pendant la nuit, une faible tentative fut encore faite contre les retranchements de Kotonou. A un signal convenu en cas d'attaque, le Roland et la Naïade firent, de la rade, des projections électriques pour éclairer la plaine, et une fusillade suffit à repousser l'ennemi, épouvanté, sans doute, par cet inexplicable phénomène qui venait au secours des Français.

On sait ce qui se passa ensuite : des émissaires envoyés par le commandant Fournier furent gardés par le Dahomey, et le père Dorgère recut la mission difficile d'arranger le différend.

Un télégramme de M. l'amiral Cavelier de Cuverville annonça, en France, le succès des négociations. Les agorigans de Kotonou avaient été mis en liberté quelques jours après le départ des Européens prisonniers. Le père Dorgère avait obtenu la liherté des messagers du commandant Fournier et signé, avec M. d'Ambrières, représentant le gouvernement français, le traité dont voici la teneur, accepté au nom du roi de Dahomey (?) par Candido Rodriguez et Alexandre :

1. Ces deux nègres devaient être désavoués à la première occasion par le roi.

« Le roi de Dahomey s'engage à respecter le protectorat français sur le royaume de Porto-Novo et à s'abstenir de toute incursion sur les territoires faisant partie de ce royaume.

« 11 reconnaît à la France le droit d'occuper définitivement Kotonou.

« La France exercera son action auprès du roi de Porto-Novo pour qu'aucune cause légitime de plainte ne soit donnée, à l'avenir, au roi de Dahomey.

« À titre de compensation pour l'occupation de Kotonou, il sera versé annuellement, par la France, une somme qui ne pourra, en aucun cas, dépasser 20 000 francs (or ou argent). »

Ce traité était signé le 3 octobre 1890, en attendant la ratification de la Chambre.

Celle-ci a discuté la question dans le courant de mars 1891. Comme ce traité n’était pas ce qu'on était en droit d'attendre du Dahomey, qui eût dû, au contraire, nous indemaiser, au lieu de tirer avantage de l'expédition, les avis furent très partagés en ce qui concernait la ratification. Aussi la Chambre ne se prononcça-t-elle pas et renvoya-t-elle la question devant le conseil des ministres. Il était impossible de mieux faire comprendre que, sans pousser à une expédition, elle ne comprenait guère qu’une nation comme la France traitât dans de pareilles conditions avec des nègres.

Le traité de 1890 fut violé comme les autres et notre gouvernement mis en demeure de le faire respecter. C’est ainsi que furent décidées les expéditions du Dahomey de 1892 et 1893-1894, dont on va lire le résumé, et qui eurent pour résultat la conquête de ce pays barbare.

SITUATION GÉNÉRALE. — Le commandement des troupes expéditionnaires fut confié, avec les pouvoirs civils et militaires, au colonel Dodds, qui était alors à la tête du 8° régiment d'infanterie de marine. Né au Sénégal, cet officier supérieur avait déjà brillamment servi dans les colonies. En 1870, il avait pris part à la guerre contre l'Allemagne; fait prisonnier à Sedan, il s'était évadé et était venu à l'armée de la Loire, puis à l'armée de l'Est. IL était donc tout désigné au choix du gouvernement, et les événements ne tardèrent pas à justifier la confiance qu'on avait mise en lui.

Le colonel Dodds débarqua à Kotonou le 28 mai 1892.

Les forces qu'il trouva au Bénin comprenaient deux compagnies de tirailleurs aoussas, trois compagnies de sénégalais, un détachement d'artillerie ! et enfin une flottille composée des canonnières Émeraude et Topaze. Devant Kolonou stationnaicnt deux avisos (Héron ei Brandun) et deux croiseurs fle Sané et le Talisman).

L'ennemi disposait, de son côté, d'environ 15 000 hommes, groupés partie à Godomey, partie à Allada, avec une réserve à Cana et un détachement dans le Décamé, région qui venait de se rallier au Dahomey.

Behauzin avait emprisonné et retcnait comme otages les agents français de la maïson Fabre à Whydah, mais ils ne tardèrent pas à être échangés contre trois personnages de l'entourage du roi, qui avaient été arrêtés comme espions à Porto-Novo.

Préliminaires. — Invité à se conformer au traité de 1890 et à s'abstenir d’incursions sur les territoires placés sous notre protectorat, le roi répondit que, s’il avait réuni des troupes à Kotonou, à Zobbo, à Dogba, c'est que, d’abord, ces localités faisaient partie de son royaume ct que, d'autre part, connaissant les intentions hostiles de la France, il avait de lu méfiance, comme le héros d’une fantaisie bien connue.

En réalité, il multipliait les messages et prolongeait les pourparlers afin de retarder les opérations et d'attendre l'arrivée d'armes et de munitions qu il avait commandées en Europe.

1. Ces forces furent successivement augmentées par l'envoi d'une compagnie de marche d'infanterie de marine, d’une batterie d'artillerie, d'une compagnie de tirailleurs et de trois compagnies de volontaires sénégalais.

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