Voir chapitre VIT, Religions, p
Yorouba, sous l'influence anglaise. Néanmoins, si nous le voulions, il nous serait facile de changer les choses à notre avantage.
Le 25 mars 1889, le roi d'Abéokouta, Onilado (il est certain que c’est par décision des Ogbonis), a écrit au gouvernement du Sénégal pour lui demander de placer son pays sous le protectorat de la France. Il disait être disposé à faire tout ce qu’on exigerait. On n'a pas répondu à ses avances. En 1890, au moment de l’expédition franco-dahomienne, un mot de notre part eût suffi pour joindre les Egbas à notre parti, et ces excellents auxiliaires, ennemis mortels du Dahomey, nous eussent certainement permis d'obtenir un tout autre résultat.
Avec un traité d'alliance, on arriverait aisément à arrêter les affaires d'Abéokouta avec Lagos, et Porto-Novo bénéficierait ainsi d'un rendement énorme.
Les Popos.
Les Popos ont conservé un caractère particulier, malgré le voisinage des grands États auxquels ils touchent. On connaît déjà quels sont leur langue el les caractères les plus saillants de leurs mœurs. Jetons un coup d'œil sur leur histoire moderne et leur situation géographique.
Les Popos ont été placés sous le protectorat de la France en 1881, le traité fut ralifié, par décret du Président de la République, le 19 juillet 1883. La proclamation n’eut lieu que plus tard, et cela permit aux Allemands de passer, avec le roi de Porto-Seguro, Messan, un traité par lequel ce dernier mettait son territoire sous leur protection (5 juillet 1884).
Il ne nous restait donc plus que Grand et Petit-Popo. M. le lieutenant de vaisseau Pornair vint y proclamer le protectorat, le 10 avril 1885.
Les Allemands convoitaient les Popos; ils parvinrent, quelques mois après, à obtenir une autre concession de notre gouvernement.
Le 24 décembre 1885, M. Herbert de Bismark et M. le baron de Courcel signaient, à Berlin, un protocole par lequel le gouvernement de la République renonçait aux droits qu’il pouvait avoir sur le territoire de Togo, Porto-Seguro et Pelit-Popo.
Le 1°r février 1887, M. Jean Bayol, lieutenant gouverneur du Sénégal, et M. de Farkentall, commissaire de l'Empire, désignés par leurs gouvernements respectifs, ont fixé comme limite séparative entre les territoires français et allemands, le méridien qui passe par l'extrémité ouest de l'ile Bayol (située dans la lagune du Petit-Popo, entre ce point et Agomé, par 6°14'45” de latitude nord, et 0°40'37” de longitude ouest de Paris).
Le gouvernement français fait, depuis le mois de janvier 1889, des rentes aux premiers chefs. Notre influence n’est pas considérable dans cette région ; les Allemands y ont beaucoup plus de partisans que nous. C’est notre faute, nous ne faisons que percevoir des droits, tandis que nos voisins cherchent à améliorer le pays à tous les points de vue.
Il s'est élevé entre les deux puissances une conteslation qui fut réglée en 1889.
Le pays des Ouatchis, situé au nord de Grand-Popo, avait été placé sous notre protectorat le 10 juin 1885, et le traité ratifié le 21 juillet de la même
année. La rivière d'Agomé conduit de la lagune de Grand-Popo au cœur du pays.
1l s'agissait d'Agomé-Séva, la capitale du pays des Ouatchis. Les Allemands prétendaient à tort qu'ils avaient des droits sur cette ville, parce qu’elle se trouvait à l’ouest de la ligne de délimitation dont nous avons parlé. Pour trancher la question, le lieutenant Barnez, accompagné par le commandant de l'aviso l’Ardent, M. Delalande, se sont rendus à Agomé-Séva, où ils ont déterminé astronomiquement la position du lieu, le 24 février 1889. Il est résulté de leur observation qu’Agomé se trouvait à 6°29'1” de latitude nord, et 0°33’28” de longitude ouest de Paris.
Le méridien de l'île Bayol passant par 0°40'37” ouest de Paris, il y avait en notre faveur une distance de 0°7'9” à l’ouest de la ligne contestée. Les Allemands renoncèrent alors à leurs prétentions.
Nous avons à Grand-Popo un résident et un poste de tirailleurs.
Nous avons déjà dit, en parlant des villes de la région, ce que nous pensions du commerce et de l’avenir des Popos.
La Côte d'Or.
La Côte d'Or est limitrophe du Lahomey au nord-est, et séparée de sa frontière, au sud-est, par l’État des Popos. Elle est bornée, au nord, par le royaume des Achantis, et à l’est, par nos possessions de Grand-Bassam et d'Assinie.
Le territoire de la Côte d’Or est plutôt sous le protectorat des Anglais qu'én leur possession, sur une étendue de 315 milles de littoral, comprenant, depuis janvier 1868, les pays suivants : Appolonia, Ahanta, Winebah, Fantée, Accra et Adangmé.
Avant les échanges de territoires faits entre l'Angleterre et l'Allemagne en 1868 ct 1872, où les limites furent définies telles qu’elles le sont aujourd'hui, Axim, Elmina et d’autres localités étaient des possessions allemandes.
La Côte d'Or eut longtemps à souffrir de son voisinage avec les Achantis. Ces dernicrs revendiquaient certaines parties du territoire et ne cherchaient que des prétexles de faire la guerre.
En 1719, le roi Osaï Tutu, fondateur de Coumassie, fit la conquête du royaume de Denkera, dont le roi l’avait mortellement offensé. Après Denkera, situé au nord de la Côte d’Or, il voulut entreprendre de rendre Akim son tributaire. Ce dernier royaume était, à celle époque, un des grands États indépendants qui formaient alors le territoire de la Côte d'Or.
Akim était aussi puissant qu’Osaï Tutu, et il repoussa ses attaques en lui infligeant de grosses perles. Osaï Tutu lui-même disparut, et son cadavre nc fut jamais retrouvé ; l'armée achantie batlit en retraile, non sans avoir rasé complètement Acromantie, la ville principale du royaume d'Akim, et sacrifié tous les prisonniers à la mémoire du roi (1731). Dès que la mort du grand Osaï fut connue, tous ses nombreux tributaires voulurent secvuer le joug. Parmi ces derniers, on pouvait compter la plupart des territoires de la Côte d’Or.
Son successeur, Osaï Apoko, les réduisit de nouveau à l'impuissance, et
s'empara, cette fois, nou seulement d’Akim, mais aussi d’Assin, un autre royaume voisin.
‘En 1752, un autre successeur, Osaï Codjo, ajoutait encore d’autres conquêtes à celles qui précèdent, entre autres Vano, Aquambo et Aquapim.
La Côte d'Or était, à cette époque, le théâtre des exploits des Achantis, de même que le Dahomey se maintenait entre les Mahis, Abéokouta et les Eyos.
En 1807, les Achantis arrivaient sur le territoire Fanli, et avaient avec les Anglais leur premier engagement sur le littoral. Le pays des Fantis était le dernier fleuron que les Achantis voulaient ajouter à leur couronne de gloire, et s'ils avaient réussi, on ne sait jusqu'où ils eussent poussé leurs conquêtes.
Il y avait, à celte époque, à Dixcove, Secondee, Commendah, Cape-Coasl- Castle, Annamaboe, Winnebah et Accra, des forts qu’habitait une compagnie commerciale du nom d’African Company.
Un démêlé ayant eu lieu entre les Achantis et les Assins, à la suite d'une défaite de ces derniers, deux chefs assins se sauvèrent sur le territoire fanti. Les Achantis réclamèrent les fugitifs, mais les Fantis refusèrent non seulement de les rendre, mais défendirent aux Achantis de les poursuivre sur leur territoire. Naturellement, ce refus causa tout de suite une levée de boucliers. Les Achantis marchent contre les Fantis et commencent à Lout mettre à feu et à sang. Abrah, Annamaboe, Acromantie furent brülés, et l'ennemi prit possession du fort hollandais situé dans cette dernière ville.
Le gouverneur de Cape-Coasl, le colonel Torrane, fit mettre le drapeau blanc el livrer immédiatement un des chefs d’Assim, cause de cette invasion; l’autre s'était sauvé.
Une paix fut conclue entre le gouvernement anglais et les Achantis, par les termes de laquelle le royaume des Fantis était leur tributaire par droit de conquête.
Les Anglais ne firent toutes ces concessions que pour gagner la confiance du roi des Achantis. La guerre terminée, les Fantis voulurent punir Accra et Elmina de ne pas être venus à leur aide, et les Achantis revinrent.
En 1817, nouvelle invasion du royaume fanti; des milliers d'êtres humains égorgés, mis en esclavage ou destinés aux sacrifices. On termine la campagne par le payement d'une forte somme avancée aux Fantis par le gouvernement anglais, qui laissait faire sans rien dire pour la deuxième fois.
La même année, un autre traité de paix était signé, et le gouvernement anglais mettait un représentant à Coumassie, M. Dupuis.
Mais, en 1821, la guerre éclatait de nouveau. Au milieu de tous les pays soulevés, une expédition anglaise, commandée par sir Charles Mac Carthy, fut complètement massacrée à Adoomanson, près d’Assamacou (1824).
Ea 1826, nouvelle attaque, et cette fois défaite des Achantis par les indigènes coalisés alliés aux troupes anglaises.
Le roi des Achantis Osaï Okoto conclut, en 1831, avec le gouverneur Maclean un traité par lequel il respecterail désormais le territoire de la Côte d'Or, à condition qu’il pourrait le traverser librement pour se rendre
sur le littoral!. Tout différend serait soumis à l'arbitrage du gouvernement anglais.
En 18#4, ce traité fut renouvelé par le gouverneur Hill et signé des chefs de Denkera, Abrah, Armin, Douadie, Douomassi, Annamaboe et Cape-Coast.
En 1852, à la suite d'une altercation avec un chef d’Assim, sept mille Achantis passent la Prah, rivière qui sert presque de limite entre ler territoire et la Côte d'Or. Ils se retirent, grâce à la façon amicale dont ils sont reçus par les ordres de M. l'enseigne de vaisseau anglais Brownell, qui veut à tout prix éviter un conflit.
En 1867, l'Angleterre et la Hollande passèrent ensemble le traité aux termes duquel elles faisaient l'échange de plusieurs points pour concentrer leurs possessions respeclives dans la même région. La Hollande cédait à l'Angleterre toutes ses possessions à l’est de la Sweet River et prenait toutes celles situées à l’ouest, ce qui fit qu'en 1868 Appolonia, Dixcove, Secondée, Commandah, devinrent des possessions hollandaises, étant anglaises auparavant, et étaient remplacées par Mori, Cormantine, Appam et Accra. Ce traité donna lieu à des dissensions chez les indigènes; plusieurs peu. plades se soulevèrent contre ce changement de protectorat, auquel elles n'avaient pas donné leur consentement.
La Côte d'Or était dans le plus grand désordre; les Elminas étaient alliés avec les Achantis, et en guerre continuelle avec les Fantis. Des chefs achantis faisaient des razzias chez ces derniers et se sauvaient chez les Elminas.
En 1870, les Fantis, alliés aux Denkeras, entrent sur le territoire d'Elmina, brûlent soixante-deux villages et bloquent les Hollandais dans leurs forts. Quelque temps auparavant, Ado Buffô, chef achanti, s'emparait de quatre Européens missionnaires, près du Volta, et les emmenait prisonniers à Coumassie. C’étaient trois Allemands, M. Kuelm, M. Ramseyer et sa femme, un Français, M. Bonnat. Les pauvres gens furent cruellement maltraités en roule.
Telle était la situation en 1870 : les Achantis alliés aux Elminas; les Fantis hostiles aux deux et révoltés sourdement contre le protectorat anglais, en perspective; les Assins faisant avec eux cause commune et interdisant aux Achantis le commerce du littoral. Jusque-là, l'échange des possessions n'avait pas encore eu lieu. Les Anglais reculaient l'échange de peur d'attirer un conflit; les Hollandais ne demandaient pas mieux que d'en avoir un. D'un autre côté, on avertit le colonel Nachtglass, gouverneur hollandais, que les Elminas n’accepteraient jamais la mutation tant que les Achantis les soutiéndraient.
On écrivit au roi des Achantis de rappeler Akyempon (chef d’une armée qui stationnait chez les Elminas) d'Elmina et Ado Buffô du Volta, de rendre les prisonniers curopéens s’il ne voulait pas amener des complications; d'un autre côté, les Anglais promirent aux Elminas de respecter leurs traditions et de les protéger contre leurs ennemis les Fantis.
Le roi achanti Koffee Kalkali, successeur de Quacou Doua, mort en 1868,
1. C'était surtout le but de toutes les campagnes que tentaient les Achantis : avoir une conquête sur le littoral et pouvoir faire directement du commerce avec les Européens, au lieu d'avoir à passer par des intermédiaires.
s’opposa à la cession d’Elmina aux Anglais, disant que ce pays lui appartenait, ses ancêtres l'ayant payé aux Hollandais une somme de 9000 livres sterling, que le roi de Denkera, Gackidi, leur devait.
Les Hollandais donnèrent à Koffee un formel démenti, assurant que le tribut payé par Elmina aux Achantis, soi-disant en remboursement de cetle avance, n’était autre qu’une pension annuelle destinée à entretenir les bons rapports commerciaux.
Après plusieurs débats, les Hollandais exilèrent Akyempon sur une frégate, et le traité fut mis à exécution. Le gouvernement anglais demanda immédiatement la libération des prisonniers européens. Le temps passait, on en était à 1872, et les Achantis demandaient pour frais de guerre d'Ado- Buffô 1800 onces d'or (8000 livres sterling).
À la même époque, la Hollande céda par un trailé ses établissements à l'Angleterre.
Le gouvernement anglais refusa de payer quoi que ce fût aux Achantis par contrainte; il envoya à Coumassie un ambassadeur, M. Plange, qui fut chargé de leur offrir 1000 livres sterling, simplement pour éviter un confit. Le roi fit semblant de rester longtemps dans l’indécision, mais il se préparait secrètement à la guerre.
Les Anglais apprirent avec stupéfaction, le 22 janvier 1873, qu'une armée formidable d’Achautis se préparait à envahir le territoire, et qu'elle avait déjà traversé la Prah à Prahsou. Ils avertirent immédiatement leur gouvernement de cette façon déloyale de procéder.
Le 11 février, le colonel Harley, gouverneur, apprenait que l'ennemi n'était qu'à vingt-quatre heures de marche de Cape-Coast, saccageant et ruinant, selon sa coutume, tous les villages qu'il avait rencontrés. La situation n’était pas brillante; le gouvernement anglais ne possédait que quelques centaines de Aoussas (pays voisin de Lagos) insuffisants à défendre ses établissements. Les Fantis pouvaient mettre sur le champ de bataille 50000 à 60000 hommes; mais le pays n'était pas assez sous l'influence européenne pour qu'ils songeassent à défendre les Anglais. Ils chercheraient à se protéger eux-mêmes, pas davantage. Quant aux Elminas, leur attitude faisait supposer qu’ils allaient s’allier aux Achantis, ou tout au moins resteraient neutres.
Un des premiers engagements eut lieu à Yancoumassie, sur le territoire des Fantis. Nous passerons sur les nombreuses escarmouches qui suivirent et les alternatives de succès et de défaites qui en furent le résultat des deux côtés. Les Achantis se maintenaient dans le voisinage de Cape-Coast et d'Elmina à Dounqua.
On organisa à la hâte, du côté des Européens, la défense des principaux points : Annamaboe, Cormantine, Salt-Pond, Winebah, Abrah, Akim; les endroits les plus exposés étaient Cape-Coast et Elmina.
Le 4 juin, les Fantis furent complètement défaits ; le roi de Denkera prit la fuite. À ce moment arrivèrent les premiers navires anglais, envoyés à la hâte des stations les plus proches; c’étaient le Barracouta, le Druid, le Seagull et l'Argus.
En apprenant l’arrivée des renforts, les Elminas font ouvertement alliance avec les Achantis, et les Anglais ont désormais à se défendre des deux côtés.
Elmina fut bombardé pour obtenir la soumission de sa population, et malgré l'interception des communications, les habitants firent passer aux Achantis des renseignements et des munitions. Quelques milliers d’Achantis furent mis en déroute par les Anglais à Elmina même.
Le 6 juillet, deux autres navires de guerre, le Merlin et l'Himalaya, apportaient des vivres, des munitions, ainsi qu'un fort détachement de troupes des régiments de « West Indies ».
Les 700 ou 800 hommes qui formaient alors les effectifs anglais eurent à lutter contre les fièvres, la dyssenterie, et servirent plutôt à garnir les ambulances et les hôpitaux qu’à renforcer la garnison.
Lorsque la saison des pluies fut passée, les hommes étaient en meilleur état; on avait remplacé les malades et les morts, et des approvisionnements complets et d’autres troupes étaient arrivés. On commençait à connaître un peu le pays, de nombreuses reconnaissances permettaient d'établir la route à suivre dans le cas d'une offensive, et le colonel Harley proposa au gouvernement de marcher sur Coumassie et de mettre une fois pour toutes les Achantis à la raison.
La situation resta à peu près la même, chacun des adversaires attendant une occasion jusqu'au mois d'août. Sir Garnet Wolseley, alors colonel, arriva à cette époque avec pleins pouvoirs du gouvernement anglais et avec des troupes fraîches et nombreuses. Il était accompagné du capitaine Glover, qui fut plus tard le fondateur de la colonie de Lagos.
Sir Wolseley voulut renforcer ses troupes d'effectifs indigènes. Il engagea, pour la durée de la campagne, quelques centaines de mahométans de Bathurst (Sénégal) et autant de Kroomen; il s’assura également du concours efficace des chefs indigènes, et exigea que chacun concourût pour sa part à une expédition où, après tout, ils étaient plus intéressés que Îles Anglais eux-mêmes.
Ils devaient donner le plus d'hommes possible, se mettre eux-mêmes à leur tête, et un officier anglais et quelques soldats guideraient les mouvements de chacun des détachements indigènes.
La petite saison des pluies arriva de nouveau, et les maladies avec elle; quelques escarmouches eurent lieu sur le territoire envahi, et le 27 novembre, avant qu'un engagement sérieux ait eu lieu, les Achantis repassaient la Prah avec 82000 hommes.
L'expédition destinée à l'invasion du ({erritoire achanti fut alors organisée. Toutes les précautions furent prises pour ne pas avoir à rebrousser chemin. On établit et on jalonna une route allant directement à la Prah ; on régla les campements et les arrêts, et des huttes furent construites à l'avance pour le repos des troupes européennes; on établit aussi des dépôts de vivres, de munitions ect approvisionnements de toute sorte qui furent garnis d'avance; on n'oublia pas les ambulances, ainsi qu’un service de correspondance et de communication avec la côte. Le pays élait excessivement difficile et ne permettait aucun transport par véhicule; ce furent des indigènes qui, au nombre de plusieurs milliers, durent servir de moyen de transport.
Deux corps d'armée devaient opérer de conserve : le premier, sous le commandement de sir Garnel Wolseley, élait composé de 7000 hommes,
dont 3000 indigènes, plus 2500 porteurs; le second, sous la direclion du capitaine Glover, était composé de même façon.
On arriva à Prahsou dans les premiers jours de janvier 1874. Sir Wolseley fit proposer au roi Koffée Kalkali de renoncer à l'invasion, s’il rendait les Européens prisonniers, donnait des otages, et payait une indemnité qu'il fixait.
La réponse fut évasive, on demandait du temps. Après une deuxième injonction, le commandant de l’expédition décida d’attendre un certain nombre de jours pour l'exécution de ce qu’il exigeait. N'ayant reçu ni satisfaction ni même une réponse, il donna l'ordre de marcher, et l'armée anglaise passa la Prah.
A Amoaful, un premier engagement eut lieu où les Achantis firent des prodiges de valeur ; la victoire fut longtemps indécise et enfin resta aux Anglais.
Tout guerriers et tacticiens qu'ils étaient, les Achanlis avaient affaire à une armée de blancs, supérieure, par la discipline, les armes et la ténacité, à tout ce qu'ils avaient vu jusqu'alors. Les Européens leur inspiraient, malgré leur courage et leur énergie, une peur instinctive.
Quelques jours après, on passait la rivière Orda. A Ordam eut lieu le deuxième engagement; les Achantis se défendirent comme des lions, mais l'artillerie de campagne fit des ravages dans leurs rangs. Ils ne reculèrent pourtant pas, et les Anglais eurent à faire une trouée au milieu d'eux pour continuer leur chemin. L’arrière-garde et les flancs-gardes finirent par disperser ce qui restait des ennemis, et ils battirent en retraite laissant le passage libre aux Anglais.
Chaque village fut ainsi emporté à coups de canon, après des prodiges de valeur de la part des Achantis, qui reculaient peu à peu.
Sir Garnet Wolseley arriva ainsi devant Coumassie, où il entrait sans coup férir le #4 février 1874.
Le roi s'était dérobé au sort qui l’attendait, ainsi que toute sa famille ; les habitants n'avaient pas bougé, la mort n'avait jamais fait peur à un Achanti. Ils assistèrent avec calme au campement de l’armée anglaise sur une des places de la ville.
Après avoir essayé inutilement de voir le roi, sir Garnet Wolseley fit prévenir les habitants qu'il allait brûler la ville; ils se retirèrent. On cerna le palais royal et on en fit le sac. Les Anglais trouvèrent de véritables trésors, en fait d'or et de curiosités du pays en même métal; on mit le feu aux quatre coins de la ville, et les Anglais se retirèrent, laissant à la place de Coumassie un monceau de cendres et de débris fumants.
Quelques jours après son retour, sir Garnet Wolseley envoya au roi un traité que celui-ci sigua et renvoya par son propre fils Roffee Intmi, escorté de toutes les notabilités achanties et de tous les rois tributaires.
Il apportait 50 000 onces d’or (240 000 livres sterling ou 6 millions de fr.) à titre d'indemnité, ct voulait que tous les grands du royaume ainsi que les chefs apposassent leurs signatures en présence du gouvernement anglais, afin de certifier ainsi que le traité était de bonne foi. Les prisonniers européens furent rendus à la liberté.
Depuis, les Achantis n'ont plus fait parler d'eux. Ce choc formidable
372 LE DAHOMEYWY.
reçu d'une nation européenne, après avoir anéanti leur réputation d'invincibles, semble avoir calmé leur ancienne ardeur guerrière.
Depuis cette époque, la Côte d’Or a fait d'immenses progrès ; les indigènes ont été remis en bonnes relations les uns avec les autres, le gouvernement anglais exigeant qu'ils oubliassent leurs anciens différends.
En 1850, le Danemark avait déjà cédé à l'Angleterre Accra et Quittah contre la somme de 10000 livres sterling; ce qui fit qu'après la campagne des Achantis, la Côte d'Or entière était définitivement sous l'influence anglaise.
Nous avons déjà parlé des mœurs de la Côte d'Or; le fétichisme, l'esclavage, les sacrifices humains règnent en maîtres dès qu’on quitte le littoral, malgré le frottement continuel avec une nation européenne. Dans les villes du littoral, seulement, on s'aperçoit que la civilisation exerce son influence. Accra a la spécialité des bijoutiers, Quittah celle des approvisionnements de bouche pour les navires.
L'aspect de la Côte d'Or est plus pittoresque que celui du Dahomey. Son élévation au-dessus du niveau de Ja mer est, en moyenne, de 8 ou 10 mètres. On y aperçoit les premières falaises, moitié sable et moitié roche, sur lesquelles en général sont les forts du littoral.
Le commerce de la Côte d'Or, autrefois considérable, est aujourd'hui beaucoup moins important. Malgré la latitude que donne le gouvernement anglais d'exploiter les mines d’or qui se trouvent dans la région nord, aucune compagnie industrielle n’a tenté la chose. Les frais de transport, l'établissement de communications dans un pays difficile et accidenté, ne permettraient pas de réaliser un bénéfice quelconque. Le Volla, qui sépare la Côte d'Or de la Côte des Esclaves, est un grand et beau fleuve, aux rives boisées bordées de blocs de granit, navigable pendant toute l'année, et s’enfonçant dans le nord -dans des territoires inconnus et encore inexplorés. Il réserve peut-être des surprises et de grands avantages au commerce de la région.
Grand-Bassam et Assinie.
Après la Côte d'Or sont les établissements français de Grand-Bassam et d’Assinie.
La France caressait depuis longtemps le projet de s'établir à l'entrée de la rivière Assinie. Une compagnie française y établit même des comptoirs qui subsistèrent sept ans. En 1838, le gouvernement de Louis-Philippe envoya le vaisseau la Malouine, commandé par le lieutenant de vaisseau Bouëlt-Villaumez, planter notre pavillon à Assinie, à Grand-Bassam et au Gabon.
Mais les indigènes n'étaient pas soumis et nécessitèrent une nouvelle expédition. Le lieutenant de vaisseau Fleuriot de Langle venait, en juillet 1843, s'emparer d’Assinie, et en septembre le lieutenant de vaisseau Kerhellet prenait possession de Grand-Bassam et de Dabou.
D'abord réunis au Sénégal, Grand-Bassam et Assinie font partie aujourd'hui des établissements du golfe de Bénin ou Guinée française, comme on les appelle maintenant.
La maison française A. Verdier tient avec assez de succès des plantations de café. Le reste du commerce est peu considérable.
Côte de Krou.
La Côte de Krou (nommée ainsi parce qu'on y recrute des équipages; crew, en anglais, signifie équipage) est une des régions les moins civilisées du golfe de Guinée.
Les indigènes, Kroumen ou Kroomen, comme on les appelle, n'ont jamais voulu que les Européens viennent chez eux. Civilisés eux-mêmes par leur contact avec les Européens dans les autres régions, ils savent que leur indépendance ne subsistera qu'à celte condition. Les Anglais prétendent que Île pays est sous leur influence, comme de coutume; mais il n’en est ainsi que sur leurs cartes, où ils le colorent d'une teinte semblable à celle de leurs possessions.
Le pays est tout à fait indépendant. Les Kroomen sont encore anthropophages dans l’intérieur, et mangent les prisonniers qu'ils font dans leurs guerres continuelles. Leur pays abonde en rizières (c’est le seul endroit de la Guinée septentrionale qui en produise), et ils vivent de riz, de chasse et de pêche.
La vie du Krooman se passe en partie hors de chez lui, ou à peu près. Il s'engage pour un an et sert fidèlement le maître qui l’a engagé. Intelligent, adroit, fort, il est propre à toutes les besognes, et soldat, manœuvre, pêcheur, chasseur, canolier ou passeur de barre, il s’acquitte parfaitement de ses fonctions. Autrefois, il s’expatriait pour aller fort loin; on voyait le Krooman à Panama, à Hambourg, au Brésil; aujourd'hui, il refuse de quitter le golfe de Guinée.
Son année terminée, le Krooman est rapatrié par celui qui l’a engagé, et il retourne chez lui avec quelques pagnes, un peu de poudre, un fusil et de l'argent. Il se retrempe dans la vie de famille, plante son riz, et s'en va de nouveau gagner de l'argent à l'étranger. Il n'est pas économe, il dépense ce qu'il gagne.
Les Kroomen tolèrent sur la côte le commerce comme il se faisait il y a vingt ans : un navire chargé de pacotille arrive, et le capitaine se transforme pendant quelque temps en négociant ; il repart après avoir écoulé ses marchandises et chargé des produits.
Pas d'établissements européens, pas de factoreries. Une seule exception est à mentionner : il y a à Tabou, sur une petite Île en face de la côte, une factorerie hollandaise.
Soumis et obéissant chez les autres, le Krooman devient, chez lui, une bête fauve. Les Européens qui débarqueraient sur la côte de Krou sans son consentement seraient massacrés.
En 1887, un vapeur anglais, le Sénégal, fit naufrage en passant devant la côte. Il exisle en cet endroit des récifs à fleur d’eau très dangereux, et cinq ou six carcasses de navires en sont le témoignage. Les passagers du Sénégal furent terriblement maltraités à leur débarquement ; il s'en fallut de peu qu’ils ne fussent emmenés prisonniers. On les dépouilla complètement et on les laissa aller à Libéria demi-nus dans un état pitoyable,
Vue du large, la côte de Krou a l’aspect de la côte des Esclaves : une bande de sable et quelques broussailles. Les villages sont à peu de distance dans l'intérieur. Il est défendu d’y débarquer; si l’on veut engager des Kroomen, on n'a qu'à stopper en face des villages que les capitaines connaissent. Les indigènes viennent eux-mêmes à bord. On va le plus souvent à Libéria, où l’on trouve beaucoup de Kroomen à engager.
Les principaux points de la côte de Krou, sont Half-Jack, Grand-Tabou, Petit-Tabou, le cap de Palmes, Grand-Cesse et Petit-Cesse.
République de Libéria.
Si nous continuons à longer la côte après Petit-Cesse, nous arrivons à Monrovia, capitale de la république de Libéria.
On connaît son histoire; en 4820, les États-Unis d'Amérique proclamaient l'abolition de l’esclavage et affranchissaient en même temps tous ceux qui portaient le nom d’esclave sur l'étendue du territoire. Le gouvernement laissa à leur option le choix de ce qu'ils désiraient faire, et il se forma parmi les anciens esclaves deux partis : le premier, presque la majorité, resta au service de ses maitres, dès lors comme homme libre; bien peu d'esclaves avaient à se plaindre de leur situation, et ils se seraient trouvés fort gènés s'ils avaient été livrés à eux-mêmes.
D'autres voulurent fonder un État distinct et vivre ensemble; ils ne tenaient pas à retourner au pays de leurs ancêtres, quoique le gouvernement leur en facilitât les moyens. Ils pressentaient qu'ils n’y seraient pas heureux; puis les rois nègres les rendraient à l’esclavage dans le pays qu'ils habiteraient.
Les États-Unis, n'ayant aucun territoire à leur donner, créèrent à leur intention une colonie en Afrique.
Ceux qui le voulaient y furent transportés ; ils reçurent des vivres pendant deux ans par les soins du gouvernement ; on leur donna des semences, des instruments aratoires, des conseils et l’aide de gens expérimentés; après trois ans, les États-Unis devaient les abandonner à eux-mêmes; ils auraient dès lors à se suffire par la culture et l'industrie.
Le gouvernement les garda sous sa protection jusqu’en 1847, époque à laquelle il proclama leur indépendance. Ce ne fut qu’en 1860 que les citoyens de la république de Libéria se donnèrent un gouvernement et des lois. Le nom de Libéria vient de l'origine des habitants de la colonie ; il dérive d’une façon ou d’une autre de liberté, libération, libérer, etc.
En souvenir du président des États-Unis, James Monroe, qui fut le fondateur de leur colonie, ils appelèrent leur première ville Monrovia ; elle fut ensuite la capitale.
La république de Libéria couvre une superficie d'environ 1200 kilomètres carrés, occupés par une moyenne de population de 40 à 50000 habitants.
Peu à peu, les descendants des premiers occupants se sont fondus avec les peuplades voisines, principalement les Kroomen, et ils sont revenus aujourd'hui à l’état peu avancé de tous les indigènes de la côte. Ils offrent une preuve que le noir, livré à lui-même, tente plutôt à descendre qu'à progresser. La polygamie est revenue, et la plupart des usages nègres s'y re-
trouvent aujourd’hui; on ne croirait jamais que les parents des gens actuels aient reçu une éducation jusqu’à un certain point complète en Amérique.
Sauf dans la culture du café, où ils conservent encore une grande supériorité, il n’y a rien de particulier à signaler chez eux; leur costume est celui de tous les indigènes.
Le président seul, un noir d'environ cinquante ans, a conservé de son origine mi-civilisée une redingote, un pantalon et un chapeau haut de forme, qui ne servent que dans les réceptions extraordinaires. .
Les exportations de Libéria sont assez considérables en café; ce produit a une certaine réputation.Tout celui des alentours est exporté sous le même nom aujourd'hui.
Monrovia est une jolie petite ville où il y a quelques constructions européennes el une église en ruines, aussi tombées en désuétude que les principes de eivilisation donnés aux habitants. La capitale de la république est bâtie en amphithéâtre sur le versant d’une colline faisant face à la mer; sur une éminence voisine on a installé un phare à feu simple ; les navires y trouvent des provisions et des Kroomen en quête d'engagements.
Le chien, mets de luxe dans l'alimentation krooman, y est l’objet d’un grand commerce ; on y voit des éleveurs de chiens qui en prennent grand soin, et qui les vendent au marché par quatre ou six, comme de la volaille.
Il y à 290 milles de Libéria à Sierra-Leone.
Sierra-Leone
Appelée autrefois Boulombat par nos navigateurs dieppois, elle est située au fond d’une grande baie, à l'embouchure de la rivière Mandingo.
La ville a l’aspect très pittoresque; au fond, de grandes montagnes (les premières qu'on voit depuis Lagos et qui ont commencé à Libéria et au cap des Palmes), puis des collines, et enfin la ville bâtie en espalier. Elle a l'aspect européen, mais mal imité : des maisons en bois difformes, des ouvertures el des appartements minuscules, des constructions décolorées ou décrépies pour la plupart. La teinte générale de la ville est un jaune rougeâlre; on y remarque des rues gazonnées (qui indiquent le manque de charroi et une population peu nombreuse) et une population insolente et mal disposée pour les Européens. Le noir devient un être insipide et gonflé d’orgueil dès qu'il est sujet anglais; il croit qu’il porte en lui-même l’honneur du Royaume-Uni. Il a l’air de mépriser le blanc et de se croire, sinon supérieur à lui, tout au moins son égal; de là son air impertinent.
Le Sierra-Leonais personnifie ce type parfait de l’english subject. Les Anglais ont le torl de beaucoup trop considérer leurs protégés, ou du moins de paraître en faire un grand cas; ces derniers s’enorgueillissent de ce qui n’est, en réalité, qu'un des principes de la politique britannique.
Sur les collines environnant Sierra-Leone se trouvent des forts et des canons braqués sur l’entrée de la barre.
Le nom de Sierra-Leone est plutôt celui de la colonie ; la capitale s'appelle Freetown. C'est un petit territoire de 200 kilomètres carrés ; sa population peut être estimée à 30000 habilants.
HI
L'expédition française au Dahomey a captivé, il y a quelques mois, en France, toute l’attention publique ; les journaux ont reproduit en grande partie et très sommairement ses principaux épisodes ; on à lu également l'histoire des Européens faits prisonniers à Whydah.
Nous nous trouvions sur les lieux au moment des différends franco-dahomiens et nous en avons suivi jour par jour les incidents. Nous avons pensé qu'il serait peut-être intéressant pour le lecteur de jeter un coup d'œil sur l’ensemble de ces événements et nous donnons ici la relation fidèle de tout ce qui se passa sur le théâtre de l'expédition.
On a lu, dans notre aperçu sur l’histoire du pays, que le roi de Dahomey refusait de reconnaître les traités qu'il avait signés en 1868 et 1878, concernant la cession de Kotonou à la France.
En décembre 1889, M. le lieutenant gouverneur Bayol était de retour d’Abomey sans avoir pu obtenir aucune concession au sujet du refus que ce dernier élevait contre la prise de possession de Kotonou. Il donna avis au gouvernement du résultat négatif de sa mission et demanda qu'on défendit les traités par la force, puisqu'il était impossible d’y parvenir par la persuasion ; en cas de consentement, il demandait des troupes afin d'organiser tout au moins la défense des territoires de Kotonou et de Porto-Novo.
A cette époque, au point de vue politique, la France était dans une siluation exceptionnelle ; elle pouvait agir en toute liberté ; de récents traités de délimitation interdisaient aux Anglais toute intervention à l'est de leurs possessions de Lagos et aux Allemands à l’ouest de leur colonie de Petit- Popo. Les deux puissances européennes qui convoitaient le plus le Dahomey se retiraient ainsi complètement du débat, et nous restions libres de traiter le Dahomey comme bon nous semblail. A ce moment, une expédilion eût été organisée sérieusement, sans autre considération que la nécessité d'en finir au plus vite avec ces querelles de nègres que le gouvernement eût été largement dédommagé de ses peines et dépenses par le résultat obtenu.
Qu'’était le Dahomey ? Une puissance ruinée par les guerres, des gens las du despotisme royal, un peuple affaibli, n'ayant plus qu’une vaine renommée, venue des temps passés. Ce n'étaient plus des guerriers, mais des pillards nocturnes. La misère y régnait en maître : point de culture, peu de
commerce, les autorités mourant de faim. La seule difficulté que présentait l’entreprise était l’ignorance complète de l’intérieur du pays, en dehors des villes du littoral et des bords du Whémé. Mais n'avait-on pas des indigènes qui le connaïssaient ? Les Egbas ne proposaient-ils pas de nous aider ? Et le jour de la prémière victoire, nous eussions vu les Mahis et toutes ces populations tributaires et maltraïitées se joindre à nous comme un seul homme.
Mais, disait-on à la Chambre, qu’est-ce'que ce Dahomey ? On prétend que c’est un pays pauvre, misérable ; de plus, il est malsain ; l’Européen n'y vit pas. Que rapportera sa conquêle ? C’est un deuxième Tonkin.
On avait exagéré aussi la force de l'ennemi, et le gouvernement croyait qu'il fallait des armées. C'étaient de grosses dépenses sans résullat.
Si les choses avaient été réellement comme on les supposait à Paris, il était sage de s'abstenir d'une pareille entreprise.
Le Dahomey est pauvre et misérable parce que personne ou bien peu de gens y cultivent la lerre. Le roi paralyse le bon vouloir de ses sujets ; il leur prend tout ce qu'ils possèdent. À quoi bon amasser alors ? Et personne ne fait rien. On a vu, dans les chapitres qui précèdent, tout ce que fait le gouvernement au Dahomey ; mais la terre est fertile, le sol est productif comme partout dans cette région ; il ne demande qu’un peu de soins.
Le climat est meurtrier pour l’Européen, mais il l'est partout sur la côte, à Lagos, à Porto-Novo, à la Côle d'Or; cela n'empêche pas d’y voir des colonies florissantes. D'ailleurs, l’Européen, s'il ne rend pas le climat meilleur, remédie beaucoup à ses alteintes par le confort qu'il apporte à son existence, le choix de l'habitation et autres précaulions sanilaires du même genre. Quant à la force du Dahomey, faut-il seulement en parler ? Il peut être à craindre pour les noirs ; mais que peut-il contre l’Européen, avec son fusil à pierre ? Il y avait une chose qu'il fallait à tout prix éviter, c'était de faire avec eux la guerre d'embuscade, où ils avaient, comme supériorité marquée, la connaissance parfaite du pays et la facullé de toujours surprendre. C'est précisément ce qu'on a fait tout le temps et qui a causé nos pertes.
Voyez les Anglais dans leur campagne contre les Achantis. Pas de petite guerre, pas d’escarmouches ; le plan de sir Wolseley était d'opérer sur plusieurs points à la fois, d’effrayer l'ennemi en lui montrant partout des troupes, qui n'étaient rien par elles-mêmes, mais que l'ennemi pouvait supposer en grand nombre. Être assez loin pour que l'attaque soit bien répartie et assez près pour se porter secours, en cas de nécessité. Mais, en somme, il marchait carrément au centre du pays ennemi, guidé par des indigènes, et en finissait d’un seul coup sans perte de temps ni d'hommes. Les seules pertes qu’il eut furent lorsque, pendant la saison des pluies, les troupes furent cantonnées en attendant le beau temps.
Malheureusement, la Chambre ne vota qu'une.somme insuffisante ; on ne voulait pas d'expédition. Aussi n'envoya-t-on que quelques hommes pour satisfaire la demande pressante de M. Bayol, simplement pour occuper Kotonou el défendre Porto-Novo, pensant que les événements n'iraient pas plus Join. Ces premières troupes arrivèrent dans le courant de janvier 1891 et commencement février, venant du Sénégal cet du Gabon.
On avait décidé de s'emparer militairement de Kotonou ; mais il était-iné-
viable, vu les mœurs des Dahomiens, que, si l’on s’attaquait à eux sur un point, ils se vengeraient immédiatement, partout ailleurs, de toutes les façons en leur pouvoir ; pour eux, les blancs ne sont qu'une seule et même famille et sont tous solidaires les uns des autres.
La première précaution était donc de sauvegarder les Européens qui se trouvaient à la merci des indigènes dans les villes du Dahomey, en les rappelant soit à Kotonou, soit aux Popos, ou leur donnant les moyens de se rendre à bord des navires de guerre ou de commerce. Il était, de plus, essentiel que celte retraite s’effectuât sans ostentation, sans éveiller les soupçons de la police du pays qui joint à une grande perfection de susveillance une perspicacité rare.
Les Européens devaient, sous prétexte de voyage, de partie de campagne, d’affaires, s'esquiver sans hâte, du jour où le signal leur serait donné par un mot d'ordre, un signe convenu d'avance, reçu assez à temps pour que tous soient en sûreté au commencement des hostilités.
Soit que les ordres aient été mal compris ou perdus avant d'arriver à destination, il restait encore à Whydah, au moment des hostilités, 12 Européens, dont 9 Français, ! Hollandais et 2 Allemands.
Pourtant, le 13 février, les Européens disent eux-mêmes avoir reçu avis de ce qui allait se passer par les soins de M. Bayol.
L'agent en chef de la maison Fabre leur annonce un débarquement de troupes suivi de renforts à peu de jours d'intervalle ; maïs cette nouvelle n'avait aucun caractère officiel qui pôt permettre d'y compter. Le lieutenant gouverneur n’annonçait rien de ce genre dans la lettre d'avis qu'ils citent eux-mêmes in extenso ; il leur disait simplement d'avoir pris toutes leurs précautions pour le 17. C'était assez clair et compréhensible.
M. Bayol avait averti les chefs de maisons depuis longtemps et son seul désir était de voir les Européens quitter le Dahomey à temps; il ne se faisait pas faute de le répéter à tout le monde.
Quoi qu'il en soit, les Européens semblèrent beaucoup plus faire cas de la lettre de l'agent de la maison Fabre que de l'avis officiel de M. Bayol. Au lieu de se retirer avec prudence, ils attendirent les prétendus renforts et ils furent faits prisonniers dès que les hostilités eurent commencé.
On a beaucoup blämé M. Bayol, le rendant responsable de ce qui était arrivé. Il ne nous appartient pas de juger la conduite du lieutenant gouverneur du Sénégal, mais, à titre de témoin tout à fait désintéressé dans tous ces événements, nous croyons pouvoir dire que le seul souci de M. Bayol élait de pourvoir en temps voulu à la sécurité des Européens. Bien avant le début des affaires avec le Dahomey, nous l'avons entendu s'informer, auprès de tout le monde, du meilleur moyen de mettre les blancs à l'abri du danger, et le plan qu'il avait conçu à ce sujet était basé sur l'opinion des chefs de maisons. Ces derniers n’auraient-ils pas une certaine part de responsabilité dans ce qui est arrivé ?
Bien des choses ont semblé étranges dans la direction de cette expédition. Les dissensions qui règnent continuellement entre l'autorité civile et l'autorité militaire et même, dans cette. dernière, entre la guerre et la marine, se montrèrent à chaque inslant.
Les trois partis étaient en présence ; chacun voulait avoir le pas sur son
voisin, et il en résulta plusieurs fois des contradictions dans les ordres donnés, des confusions qui nuisirent beaucoup à Ja cause commune. Le chef des forces navales refusa plusieurs fois, à des moments pressants, d'aider l’armée de terre, disant qu'il n'était pas du même avis ou que ses règlements s'y opposaient. Il en fut de mème avec l'autorité civile et, de part et d'autre, le désaccord régna pendant toute la campagne, sous prétexte de différence de rang ou de grade, d'ancienneté ou de suprématie.
Il était, dès lors, impossible de rendre un seul homme responsable, puisqu'il y avait plusieurs commandements.
Mais reprenons le cours des événements par ordre de date.
Koronou, 21 février 1896. — Les trois agorigans de Kotonou se trouvant en visite à la maison Régis, qui sert de quartier général aux troupes, M. Bayol et le chef de bataillon d'infanterie de marine Terrillon, commandant des forces à Kotonou, les font arrêter et les envoient à Porto-Novo. C’est le signal du débui des hostilités. Quelques heures après, la gore est en notre pouvoir; on en brûle l'emplacement et l’on prend mililairement possession de Kotonou. On fait des perquisitions chez le yévogan. Quelques indigènes font feu sur nos troupes et blessent quatre hommes ; on répond par quelques coups de fusil. Les habitants du village prennent la fuite avec Lout ce qu’ils peuvent emporter. Le feu est mis aux cases des chefs et il se communique rapidement au village. Le roi Toffa, à Porto-Novo, propose de meltre à mort les agorigans et de planter leurs lêles sur des piques devant son palais. M. Bayol s'oppose énergiquement à ce qu'il leur soit fait aucun mal. Heureusement pour les Européens faits prisonniers plus lard, la volonté de M. Bayol fut respectée. ; s'il étail arrivé malheur aux autorités dahomiennes prisonnières, les blancs au pouvoir du Dahomey étaient perdus ; au lieu de faire l'échange des prisonniers, qui n'eut lieu que parce que le roi voulait à tout prix ravoir ses agorigans, le roi eût massacré les Européens pour se venger.
Koroxoc, 23 février. — Les gens de Kolorou tentent, avec ceux des environs, une attaque contre nos troupes dans l'espoir de reprendre le village ; ils sont au nombre de 400 ou 500 ; ils sont repoussés avec de nombreux morts et blessés et poursuivis jusque dans la forêt qui esl au nord-ouest de Kotonou. Nous avons cinq blessés. On commence à comprendre que les Dahomiens ne se tiendront pas pour battus et l'on commence à établir provisoirement la défense des factoreries.
Le village, à moitié détruit déjà, est complètement rasé ; toutes les broussailles entre lui et la plage sont abattues; on éclaircit la plaine dans un rayon assez étendu ; on élablit un poste à la lagune, un au télégraphe ct un au sanitarium (petite construction en bambous destinée aux malades de Porto-Novo). Les factoreries sont fortifiées autant que possible ; on met des abatis entre la ligne formée par les factoreries et le télégraphe ct la plaine. Du côté de la plage, les mêmes précautions sont prises.
WaypaH, 24 février. — Comme on s'y attendait, le Dahomey se venge de la prise de Kotonou. Il attire les Européens à la gore par une ruse habile et il fait prisonniers tous les Français ou ceux qu'il preud pour tels. On les roue de coups, on les enchaîne et on les jette dans un coin. Il y a deux missionnaires, les RR. PP. Dorgère et Van Pavord (ce dernier est Hollan-
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dais), et sept agents de maisons de commerce : MM. Bontemps (agent consulaire de France à Whydah), Piétri, Chaudoin, Denlay, Heuzé, Leyraud et Thoris. On les interroge sur les intentions de M. Bayol vis-à-vis du Dahomey et voyant qu'ils ne peuvent donner aucun renseignement, on se contente de les garder jusqu’à décision du roi à leur égard.
Waypau, 27 février. — Les Français prisonniers quittent Whydah, se rendant enchaînés à la capitale.
KorTonou, 1° mars. — Sur les conseils d'un agent de commerce, qui faillit, par son assurance et sa parfaite ignorance des lieux, être cause d'un désastre, une colonne se dirigeait, par le lac Denham, sur Zogbo, un village situé au nord-nord-ouest de Kotonou et à l’est de Godomé. Le but de l'expédition était de surprendre une armée dahomienne qu’on savait se former dans les environs. La configuration du lieu se prêtait admirablement à une surprise de la part de l'ennemi. |
On arrive à Zogbo, après avoir quitté le lac Denham, par une petite lagune qui aboutit à un chenal bourbeux et sans eau de 2 mètres de large, droit comme un à ct perpendiculaire à la côte ; il a environ 150 mètres de long. Le débarcadère est au bout. C’est l'entrée voûtée d'une forêt après quelques mètres d’un terrain bordé de hautes herbes. L'expédition fut ainsi signalée une heure au moins avant son arrivée ; les eaux étaient très basses, les embarcations ne pouvaient avancer et les tirailleurs, dans la boue jusqu'à la ceinture, les portaient plutôt qu'ils ne les poussaient.
Les troupes furent accueillies, à peine furent-elles à terre, par une grèle de balles presque à bout portant. Deux miliciens (Aoussas engagés à Porto- Novo), qui étaient en avant de quelques pas, furent tués raides, et nos pertes ne se bornèrent qu'à quelques blessés, grâce à la maladresse des Dahomiens ; sans cela, la colonne eût été forcée de battre en retraite avec des perles considérables.
Le premier feu essuyé, on fit un mouvement en avant ; avec des feux de salve, on nettoya le terrain, du moins en apparence, car on ne vit aucune trace d’ennemis, sauf, peut-être, un ou deux morts dans les fourrés. Après avoir fait reconnaître l'endroit, sans résultat, dans toutes les directions et brûlé le village, l'expédition rentra à Kotonou, rapportant quelques fusils et quelques barils de poudre trouvés dans les caves.
Sur ces entrefaites, les préparatifs continuaient toujours à Kotonou ; on sentait vaguement qu'une attaque du Dahomey était imminente. Aussi finissait-on à la hâte de déblayer le terrain, d'accumuler des abatis et de terminer les fortifications destinées à soutenir la première attaque et tenir l’enneini à distance.
Voici quelles étaient nos forces, à cette époque, et comment elles étaient distribuées. A Kotonou, les troupes se composaient :
2° et &e compagaie de tirailleurs sénégalais, environ..... 240 hommes.
1re section de la 10° compagnie de tirailleurs sénégalais, 30 —
1 peloton de la compagnie de tirailleurs gabonnais...... 60 —
8 artilleurs......,.,.,..... sono ss cromensnsensseneses 8 — Total...... esse... 338 hommes.
Soit 338 hommes, 13 officiers, 2 pièces de #4, 2 de 80 de campagne.
Le lieutenant-colonel Terrillon (il reçut avis de son avancement à Kotonou) était commandant supérieur des troupes et de la défense. Homme d'un grand sang-froid el d'un savoir militaire incontestable, il ne regretta qu'une chose pendant toute la campagne : c’est que les effectifs insuffisants dont il disposait ne lui aient pas permis de tenter une marche sérieuse sur l'ennemi. Attaché à sa personne, le capitaine d'état-major Septans, venu, depuis deux mois déjà, étudier la question de défense en vue de la prochaine expédition.
Les autres officiers qui prirent part à l'expédition étaient les capitaines Oudard, Pansier, Lemoine, Arnoux ; les lieutenants Colombier, La Gaspie, Huillard, Compeyrat ; les sous-lieutenants Mousset, Tyffon, Simanski. Tous étaient à Kotonou, sauf le capitaine Arnoux et le sous-lieutenant Simanski, qui commandaient, à Porto-Novo, lrois sections de la 10° compagnie de tirailleurs sénégalais. Il y avait, en outre, environ deux cents hommes donnés par le roi Toffa et qu’on appelait, à tort, les auxiliaires ; loin d’être d'aucune utilité, ils ne servirent jamais qu'à jeter le désordre.
Telle était la situation, à Kotonou, le 3 mars au soir. En rade, le croiseur le Sané, commandé par le capitaine de vaisseau Fournier.
KoTonot, # mars. — Vers 5 heures du malin, le lieutenant Compevyrat, qui veillait, avec une section, dans un fortin inachevé situé à l’extrémité nord de Kotonou, avait cru, à plusieurs reprises, entendre de légers bruits autour de lui. Il avait interrogé un tirailleur en faction, et le Sénégalais, plus habitué que lui à voir dans l'obscurité, n’avait rien signalé d’anormal. Pourtant, le vigilant officier ne fut pas convaincu qu'il faisait erreur et il redoubla d'attention ; la nuit était noire et il s'écoulerait presque une demiheure avant les premières lueurs de l'aurore.
Le lieutenant Compeyral et le factionnaire s’aperçcoivent, quelques secondes avant d’être surpris, que des gens rampaient au pied de la palissade, à quelques mètres d'eux ; des ombres glissent sans bruit et ressemblent, dans les ténèbres, aux ondulations de l'herbe agitée par la brise. Il assemble ses hommes et fait exécuter aussitôt un feu nourri balayant la plaine devant lui.
C'est le signal de l'attaque. Les Dahomiens, se voyant découverts, poussent des clameurs formidables ; ils se précipitent sur tous les avant-postes et attaquent en même temps le détachement de la gore et le poste du capitaine Oudard, situé entre les deux.
À la gore, le poste est surpris, un sergent et neuf hommes combattent corps à corps; le sergent perd la tête el prend la fuite avec quelques hommes, favorisés par l'obscurité ; les autres sont tués et décapités immédiatement.
L'attaque des Dahomiens, cette fois, est des plus sérieuses ; de tous côtés, on entend les cris sauvages, les détonations.
Au premier feu, le capitaine Oudard se trouvait, comme nous l'avons dit, au milieu de deux postes attaqués, la gore et le fortin du lieutenant Compeyrat, éloignés de 400 mètres environ l’un de l’autre ; sans quitter sa position et abrité par quelques abatis, il fait exécuter des feux de salve à droite et à gauche dans la direction où il entend l'ennemi.
La 2° compagnie sort de la factorerie, se porte en avant vers la gore et, après avoir repoussé l'ennemi qui s’y était déjà logé, fait également des
feux daus la direction de l'attaque. Une section s'avance même pour menacer la retraite de l'ennemi.
Une section de la 4° compagnie, contournant l'ancien emplacement du village, se rend en toute hâte au secours du lieutenant Compeyrat en passant derrière les positions occupées par le capilaine Oudard,
Mais, en ce moment, des ennemis ont passé entre le télégraphe et la gore et sont arrivés en rampant en dedans de la ligne de défense des trois postes avancés allant sud-ouest-nord-esl.
Des feux commencent également entre ces postes avancés et les facloreries, et les Dahomiens arrivent au pied des palissades.
Près du sanitarium, où une pièce d'artillerie avait été installée, le maréchal des logis Morcau, au moment de l'attaque de la gore, cherchait quelqu'un pour l'aider à manœuvrer sa pièce, lorsqu'il aperçut des gens à quelques pas de lui et'les appela à son aide ; ceux que le sous-officier prenait pour des auxiliaires du roi Toffa commis au service de la batterie (auxiliaires qui s'étaient enfuis) étaient des Dahomiens qui ne l'avaient pas remarqué et dont il attira l'attention. Ils lui tombent dessus une dizaine ; le malheureux est littéralement massacré. Un Dahomien, à cheval sur son corps, s'apprète à lui couper la tête, lorsqu'un artilleur accourt au secours de son supérieur, un peu tard, il est vrai, et assomme le Dahomien d'un coup de crosse de mousqueton. Le renfort arrive sur ces entrefaites ; mais les ennemis ont dépassé le fortin et se groupent au pied des palissades, cherchant à pénétrer dans la factorerie Régis.
Tout cela avait lieu aux premières lueurs du crépuscule, alors qu'une clarté indécise n'éclairait que très vaguement la scène du combat. Mais nos officiers ne perdaient pas leur sang-froid ; chacun contribua pour sa part et d’après sa propre initiative à repousser l'ennemi, et, vers 6 heures, les Dahomiens, repoussés de toutes parts, reculent fers le bois situé au nordouest de Kolonou, laissant un instant de repos aux troupes. Mais ils ont l'intention évidente de revenir à la charge.
Le jour est presque dans son plein, on distingue la plaine, les lignes ennemies, on entend distinctement le tam-tam de guerre, les cris des chefs; quelques-uns de ces derniers se voient, à cheval, apparaissant de temps en temps dans des éclaircies. En effet, au bout de quelques instants, des co- lonnes noires ondulent à l'horizon, hérissées de canons de fusils, et des clameurs lointaines amènent les cris de guerre aux oreilles de nos troupes.
Cette fois, tout le monde était prèt ; les officiers, calmes, n'avaient plus cette incertitude que causent les ténèbres ; le jour éclairait la plaine et les ordres étaient d'attendre l'attaque sans prendre l'offensive.
Les Dahomiens s'avancent, quittant le bois; on peut évaluer leur nombre à 5 ou 6000; ils paraissent décidés, cette fois, à en finir. Du côté des Francais, rien ne bouge ; chacun cest à son poste, l'oreille attentive au commacdement. On voit au premier rang les meilleurs guerriers dahomiens, le canon baissé, le doigt sur la détente, s’avançant avec assez d'ordre vers le pied des palissades. Les chefs de guerre et les féticheurs, dans tout leur apparat, vont de l’un à l’autre, excitant l’ardeur des combattants ; ils circulent au milieu des rangs, se portant parlout où leur présence est nécessaire ; les grands chefs, à l'arrière, stimulant les troupes par leur présence,
prêts à entrer en triomphateurs dans la place ennemie. Çà et là, quelques amazones, qui s'y trouvent on ne sait pourquoi, car leur corps n’est pas présent. Toute celte masse noire avance sans hâte, mais sans crainte.
À 100 mètres des palissades, au moment où partent les premiers coups de fusil, nos troupes commencent le feu ; les rangs ennemis sont fauchés à vue d'œil ; les pièces d'artillerie crachent leur mitraille, faisant de véritables trouées dans les masses. Ceux qui restent deboul ne ralentissent pas leur marche en avant. Tels sont l'exaltation et l'acharnement des Dahomiens, que beaucoup d’entre cux passent à travers une grêle de balles et d'éclats d'obus, et viennent se faire tuer à la baïonnetic, en essayant de combattre corps à corps. Beaucoup de guerriers meurent ainsi au picd des palissades.
L'armée ennemie avance, encore décimée par le feu des tirailleurs et l'arlilleric, luttant en: désespérée contre cette force incomparable des armes perfectionnées entre des mains exercées. Enfin, voyant leurs cfforts impuissants, leurs pertes considérables, et comprenant leur infériorité, les Dahomiens se décident à battre en retraite, luttant jusqu’à la dernière charge de poudre, mais si désespérés, qu'ils ne songent même pas à enlever leurs morts, chose qu'ils n'oublient jamais en temps ordinaire.
Leur retraite est accélérée par les balles. De la rade, le Sang appuie l’action par ses hotchkiss el quelques grosses pièces qui tirent sur le bois. On aperçoit dans cette direction quelques chefs groupés, à cheval, lesquels paraissent tenir conseil ; un obus du Suné tombe au milieu d'eux.
Dans un rayon restreint, 200 ou 300 mètres autour de nos positions, on découvrit plus de quatre cents cadavres ; ce qui peut faire évaluer les pertes de l'ennemi, étant donnée la portée de nos armes, à 6 ou 700 morts ct 1 200 blessés, en moyenne.
On trouva, sur le champ de bataille, deux ou trois amazones, dont une très jeune encore vivante, mais blessée grièvement ; elle fut achevée comme tous ceux qu'on ne trouva pas morts. Une autre amazone avait eté tuée par une balle au moment où, auprès du corps d'un caporal gabonnais, elle était occupée à lui couper la tête. Au petit jour, on en surprit une troisième à l'intérieur des palissades, portant du soufre et des allumettes dans l'intention évidente de mettre le feu à la factorerie.
Sauf ces quelques femmes, qui avaient dû prendre part volontairement à l'action, le corps des amazones n'avail pas donné ce jour-là. On prétend qu'elles assistèrent à l'action et à la défaite, ainsi que le roi lui-même, à peu de distance de Kotonou.
Les Dahomiens élaient certains de la victoire le matin du # mars. Dans leur orgucil de guerriers, ils pensaient qu'ils auraient facilement raison de quelques soldats francais enfermés dans uuc palissadce en paille ; ils avaient tous au poignet gauche la cordelctte destinée à emmener les prisonniers ou emporler lex têtes ennemies.
Le combat du # démontra clairement, et une fois pour toutes, aux Dahomiens leur infériorilé irrémédiable en champ découvert. Aussi fallut-il renoncer, dès lors, à les revoir jamais ainsi, face à face, dans le courant de la campagne. Ce devait être et ce serait, à l'avenir, la guerre d'embuscade, favorisée par la végétation compacte et inextricable du pays et la connaissance parfaite des lieux. Dès ce jour, partout où l'expédition fit des
reconnaissances, on surveilla ses mouvements sans se montrer et l'on chercha, sans s'exposer, à lui nuire le plus possible.
Les troupes françaises ne pouvaient compler sur des guides ou des espions dévoués que lorsqu'on ne pourrait plus douter de leur victoire. Il faut écraser le Dahomien pour qu'il s'avoue vaincu ; il fallait qu'on vil le Dahomey perdu pour que ses sujets le trahissent. Mais nos opérations étaient indécises ; on n'avait pas d'ordre du gouvernement de pousser jusqu'au
Cap®Oudard à Pièce del section
Sanitarium
[] fscousde ‘de las à Télégraphe
—— Marche de l'ennemi
Emplacement des troupes (combat du 4 mars).
bout ; on manquait de troupes et les indigènes n'osaient pas se joindre à notre cause. De cette façon, la France ne pouvait compter sur des alliés indigènes que lorsqu'elle n’en aurait plus besoin.
Aussilôt après l'affaire du #, la fortification fut mieux organisée ; mais elle ne devait plus servir à rien, l'ennemi ne reparut plus.
Koronou, 41 mars. — La canonnière portugaise Mondovi arrive sur rade, venant de Whydah et apporte des nouvelles. Le croiseur Kerguelen arrive du Gabon.
Porro-Novo, 12 mars. — La chaloupe canonuière l'Emeraude va dans le
lac Denham essayer de bombarder Abomey-Calavi, situé, à vol d'oiseau, à 3 kilomètres nord-ouest du lac. Un ou deux projectiles arrivent dans les environs et brülent quelques cases. *
KorToxov, 16 mars. — Arrivée de l'Ardent, aviso venant du Sénégal.
Porro-Novo, 17 mars. — Nouveaux essais de bombardement sur Abomey- Cala vi.
GoDOMÉ, 19 mars. — Le Sané arrive sur rade, venant de Kotonou ; il envoie plusieurs obus à Godomé-ville ; mais il fait erreur sur la direction, prenant un but beaucoup plus à l’est que la ville elle-même. Cinq ou six obus tombent dans la campagne à un endroit nommé Djigoué; un seul arrive sur une place et tue une quinzaine de personnes.
Le bruil court, depuis quelques jours, que le roi de Dahomey réunit de nouveau une armée à Godomé ou à Abomey-Calavi; c'est ce qui a molivé les opérations du Sané et de l’Émeraude.
Kotonou, 21 mars. — Le commandant fait faire une reconnaissance sans résultat, sur le chemin de Godomé-ville.
Koronov, 22 murs. — Même opération sur le chemin de Godomé-plage.
Koronovu, 25 mars. — On fait le même chemin, cette fois avec l'intention de pousser plus loin et de s’avancer sur la route conduisant à Godomé-ville. L'avant-garde surprend, en arrivant à la factorerie Régis, sur la plage de Godomé, une douzaine de soldats dahomiens qui l'occupent ; ils se sauvent aussitôt, abandonnant deux ou trois fusils. Un retardataire est fait prisonunier. Conduit au commandant des troupes, il déclare qu'il n’y a aucun ennemi dans les environs. Il ment. On s'avance sur la route de Godoméville, faisant de temps à autre des feux de salve dans les fourrés ; après midi, on traverse une petite lagune el l'on arrive à l'entrée d’une clairière. L'avant-garde passe sans rien signaler ; le gros de la troupe arrive à quelque distance. Le lieutenant-colonel Terrillon est en tête, à cheval, avec le souslieutenant Tyffon et un sous-lieutenant indigène.
On arrive à la hauteur d'un fourré où a déjà passé l'avant-garde et l'on recoit deux cents coups de fusil presque à bout portant.
Le sous-lieutenant Tyffon, 1 sous-lieutenant indigène et 14 tirailleurs sont blessés, 1 tirailleur et 1 blanc tués. Le cheval du colonel recoit une balle dans l’encolure.
Les Dahomiens ont remarqué qu'à Kotonou leurs projectiles passaient trop haut ; il y a amélioration ; ici, on tire plus bas. On a laissé passer l’avantgarde, afin d'éloigner les soupcons, sachant que les ofiiciers sont en plus grand nombre au milieu et l'on tire sur eux : il y a progrès marqué.
On forme aussitôt le carré dans la clairière et, après quelques salves dirigées au hasard — car on n’a vu personne — le commandant donne le signal du retour ; on bat en retraite, emportant morts et blessés.
Porto-Novo, 27 mars. — Le commandant de l'expédition, voulant donner le change à l'ennemi en simulant une attaque par le Whémé, envoie à Porto-Novo le peloton de tirailleurs gabonnais, la 4° compagnie, un peloton de la 2°. Cette colonne, augmentée des trois sections de la 10° stalionnée à Porto-Novo, se met en marche vers le Whémé, remorquée, le 28, par l’Émeraude.
On débarque à Késonou et l’on s’avance, sur la rive gauche du fleuve,
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dans la direction de Décamey ! ou plutôt de Dangbô. Les troupes arrivent sur des ondulations de terrain en vue de ce dernier village ; elles rencontrent deux hameaux, qu'elles bràlent, et, du plateau, on bombarde un autre village, situé dans un contre-bas. Le roi de Porto-Novo désavoue la plupart de ces populations et les considère comme hostiles, quoiqu'elles se trouvent sur son territoire. On les traite comme des Dahomiens ; il y a, d'ailleurs, des ennemis dans les environs.
WHÉMÉ, 28 mars. — On arrive dans le village qu'on vient de bombarder, où il n’y a plus aucune trace d'habitants. On visite les lieux ; tout a l'air abandonné. Le capitaine Oudard s’avance vers une case qui paraît sans habitants et reçoit, sur le pas de la porte, dix balles à bout portant ; il tombe frappé à mort. Pauvre capitaine Oudard ! âgé déjà et attendant sa retraite, aimé de tous, il vient terminer sa longue et honorable carrière devant la porte d'une case dahomienne, tué traftreusement par un ennemi invisible.
Quelques fourrés s’agitent. Des coups de fusil partent du côté des grands arbres ; on ne voit personne. Nouveaux feux de salve dans toutes les direclions.
La chalcur est suffocante, le soleil darde des rayons mortels sur nos troupes ; le sous-licutenant Mousset tombe foudroyé par une insolation quelques instants après la mort du capitaine Oudard. Plusieurs cas d’insolation se produisent également chez les blancs. On n’a pas vu l'ennemi. On fait retour à Porto-Novo, où, le lendemain, on enterre les deux officiers, et, de là, on retourne à Kotonou.
Koronou, 2 avril. — Le vapeur Ville-de-Maranhdo, des Chargeurs réunis, débarque 75 disciplinaires blancs et 50 soldats d'infanterie de marine armés du fusil Lebel, avec 5 officiers.
L'effectif total se trouve porté, en déduisant les morts et les blessés, à environ 450 hommes, 14 officiers blancs et 6 indigènes.
Sur rade se trouvent les croiseurs Sané et Kerguelen et l'aviso PArdent.
PorTo-Novo, 6 avril. — M. le lieutenant-gouverneur Bayol part pour Lagos, se rendant au Sénégal, ct M. l'amiral Cavelier de Cuverville est investi de tous ses pouvoirs.
Koroxov, du 7 au 10 avril. — Le Kerguelen part pour aller faire bloquer les communications de la lagune entre Grand-Popo et Whydah ; il doit ensuite se rendre et séjourner à l'extrémité est de nos possessions du Bénin. Voici les termes de la notification du blocus :
« Je, soussigné, Rullier, Mathias, officier du transport l'Ariège, agissant en vertu des ordres donnés à M. Guillon, commandant ce bâtiment, par le commandant des forces navales françaises dans le golfe du Bénin, notifions, par la présente inseription sur le registre du bord du navire :
« Le blocus de la côte ct des ports compris entre la limite des possessions françaises et allemandes, par 6°14'45" de latitude nord et 0°40’36° de longitude ouest de Paris (ou 4°39’38” de longitude est de Greenwich) et la limite orientale des possessions françaises de Porto-Novo, déterminée
1. Ici, il doit y avoir confusion de nom, car Décamey se trouve sur la rive droite du fleuve, entre l'embouchure du Whémé et le lac Denham ; or, les troupes marchaient vers Dangbô sur la rive gauche.
par le prolongement jusqu'à la mer du méridien passant par la crique d'Adjara.
« En foi de quoi j'ai signé el apposé le cachet du bord.
« Signé : RULLIER.
« 10 avril 1890. »
Le commandement de l'expédition est déféré à M. le capitaine de vaisseau Fournier, commandant le Sané, depuis que la marine est autorisée, contrairement aux ordres précédents, à prendre à l'expédition la part qui sera nécessaire. Mais personne n’a jamais débarqué. On rend un officier de marine, en rade de Kotonou, responsable d’une expédition qui opère dans l'intérieur. Tout le monde en est élonné.
Le blocus une fois mis devant Whydah et signifié aux puissances, on est plus tranquille de ce côté. Les Allemands passent, à tort ou à raison, pour aider et exciter secrètement le Dahomey.
Quelques jours auparavant, le chef de l'expédition avait avisé notre gouvernement qu'un bateau allemand débarquait à Whydah des quantités anormales d'armes et de munitions.
Sur ces entrefaites, un nouveau renfort arrive; les 50 hommes de la 30° compagnie d'infanterie de marine sont renforcés par 150 de la 29e. L'artillerie se monte à 30 hommes, 1 officier et 12 pièces de 80 de montagne.
Si cela continuait, on pourrait songer à une expédition sérieuse au cœur du pays ennemi ; mais, malheureusement, nous sommes presque à la fin de la campagne et de la belle saison. Les pluies vont commencer, quelquesunes sont déjà (ombées; les malades peuplent les infirmeries, et les Européens, officiers et soldats, commencent à payer leur tribut au climat.
Quant au roi du Dahomey, il accuse Toffa de tout ce qui est arrivé, et le bruit commence à circuler qu'il se dirige vers Porto-Novo.
Porto-Novo, 12 avril. — La défense de Porlo-Novo n'est pas organisée ; le camp où logent les troupes commence à peine à se fortifier ; on n’a pas eu le temps, jusqu'ici, de s'occuper de tout.
Dans les environs de Kotonou, on signale, à chaque instant, des Dahomiens, destinés, sans doute, à attirer notre attention de ce côté pendant qu'on va opérer de l’autre. Mais on a cu soin de placer des postes d'Aoussas tout autour de Porto-Novo,; le roi Toffa a de nombreux espions et il sait, jour par jour, ce qui se passe dans les environs. C'est lui qui tient le résident au courant.
Quant au roi de Dahomey, il est décidé cette fois à en finir ; il Jai faut Porto-Novo ; il lui faut la tête de Toffa et la liberté des agorigans : toute l’armée dahomienne est sur pied.
Le 13, le roi Toffa avertit le résident que le bruit court, sur les bords du Whémé, que le Dahomeyÿ approche. Le commandant de l'expédition délégué, le lieutenant-colonel Terrillon, paraît lourner ses plans d'attaque de ce côté.
Le 14 et le 15, la rumeur continue et, le 15 au soir, le roi de Porto-Novo donne avis que l’armée dahomienne vient de passer le Whémé et qu’elle est à Gbuéji, à 30 kilomètres environ de Porto-Novo. A l'appui de son dire,
Ja nouvelle arrive que deux Aoussas ont été tués et deux autres blessés dans un poste situé aux environs de ce village. Les Dahomiens seront à Porto- Novo dans quarante-huit heures.
Le lieutenant-colonel Terrillon vient lui-même à Porto-Novo, le 16, avec une compagnie et demie de tirailleurs (la 4° et un peloton de la 2°) et 75 disciplinaires qu'il joint au détachement de Porto-Novo.
PorTO-Novo, 17 avril. — Le lendemain, il tente une reconnaissance, avec environ 350 hommes et 300 auxiliaires, dans la direction d’Adjara, en déviant un peu vers l’ouest.
Après deux heures de marche, on rencontre des traces évidentes de la présence de l'ennemi. On trouve en travers du sentier deux ou trois cadavres de Porto-Noviens fraîchement décapités ; il y en a certainement d'autres ailleurs ; les Dahomiens ne sont pas loin.
On s’avance avec grande précaution ; on se rappelle des surprises désagréables de Godomé et de Zobbo et l’on éclaire le terrain avec de la mi-
traille.
Nous avons omis de dire que quatre pièces avaient été emmenées avec la
reconnaissance.
Quelques instants après, quelques balles ennemies commencent à siffler. En cet endroit, le terrain est plat, planté de palmiers ; il y a des broussailles presque sous chacun des arbres, de hautes herbes et de petits fourrés. Mais on arrive, un peu plus loin, dans un espace découvert, formant une petite place où le commandant, sentant une attaque imminente, fait former le carré, place les auxiliaires au milieu et se prépare à recevoir l'ennemi. Les pièces d'artillerie occupent les coins.
Le carré esl à peine formé qu'on essuie le premier feu de l'ennemi ; on voit des gens apparaître et disparaître tour à tour dans les broussailles, s'avancer, tirer et se cacher de nouveau pour recharger leurs armes. Leur nombre augmente à chaque instant. Nos officiers font exécuter des feux d'ensemble et balayer le terrain; malgré cela, les Dahomiens ne cessent de s'approcher. Leur feu nourri, étant donné la lenteur de leurs armes, indique qu'ils sont en grand nombre.
Le feu continue; nos troupes ont à se défendre sur quatre faces à la fois ; l'ennemi les environne de toutes parts et ne leur laisse pas une minute de répit ; l'artillerie, le fusil Lebel! font leur œuvre de destruction, et pourtant les fourrés sont noirs d'ennemis qui s'agitent. Leur ardeur ne se ralentit pas un instant ; nos troupes ne bronchent pas ; le feu des Dahomiens passe au dessus des têtes. Le temps s'écoule, le feu n’a pas cessé.
Le lieutenant-colonel Terrillon, ne voyant pour résultat probable que l'épuisement des munitions — car l'ennemi est excessivement nombreux — se retire lentement en conservant la formation en carré. L'ennemi ne cesse pas ses attaques ; il nous poursuit avec acharnement ; il s'approche de nos troupes avec une audace extraordinaire. Dans les éclaircies de fumée, on reconnaît ces guerriers acharnés ; ce sont les amazones. La marche continue au milieu d'une grêle de balles, du crépitement de la fusillade, du grondement de l'artillerie. Nos soldats font quelques pas et s'arrêtent pour