‹ Le DahomeyChapitre 78 sur 92 · Pertes : 2 tués et 12 blessés · texte numérisé non relu

Pertes : 2 tués et 12 blessés

2. Cette affaire nous a coûté 4 tués (dont le lieutenant Mercier) et 22 blessés (dont le lieutenant Cany). La journée du lendemain devait être plus sanglante encore ; nous y perdîmes 5 hommes et nous y eûmes 58 blessés (dont le capitaine Roget, les lieutenants Jacquot et Cany, le docteur Roucb).

tous avaient reçu en abondance du genièvre. Le désespoir et l'ivresse peuvent seuls faire comprendre l'audace qu'ils ont déployée dans l'attaque. »

Combat de Diokoué. — Le lendemain, la lutte devait avoir le même caractère. Pendant toute la journée, les défenseurs n'ont cessé de nous harceler « avec un acharnement plus grand encore, s’il est possible, que dans les combats précédents ‘. En particulier, une bande de 300 soldats environ a tenu la tête de toutes les attaques et a laissé la plus grande partie de son effectif sur le champ de bataille. D’après les renseignements recueillis après le combat, celte troupe était composée de soldats d'élite qui avaient prêté à Behanzin le serment de ne pas reculer devant nous. »

Le carré s'était ébranlé le 4 à 7 heures et demie. Dès 8 heures, sa première face avait surpris les Dahomiens qui se préparaient à l'attaquer sur le plateau d'Ouakon. La deuxième face tourna le tata de Diokoué, qui était armé d'artillerie, et l'ennemi dut se retirer.

Les troupes se reposent de 9 heures du matin à 2 heures de l’aprèsmidi.

Après cette grande halle, on se remet en marche, et l'ennemi, chargé à la baïonnette, est délogé d'une forte position qu'il occupe à Diokoué, aux portes de Cana. On peut donc bivouaquer sous les murs de la ville sainte, où l’on devait entrer le surlendemain 6 novembre, sans nouveau combat.

Séjour à Cuna. — Pendant que la nouvelle de ces événements, transmise par le télégraphe, arrivait en France et y suscitait une satisfaction unanime, Behanzin se reconnaissait vaincu et demandait à négocier. Il envoyait au bivouac de nouveaux émissaires qui affirmaient la sincérité de ses intentions. Il ne se passait pas de jour que le cossougan, principal conseiller du roi, ne se rendit à Cana, où le corps expéditionnaire s'était cantonné et s'organisait défensivement, et ne proposât de rawitailler la colonne et de la faire conduire à Whydah par Allada.

Mais l'insistance avec laquelle cette solution était présentée ne pouvait manquer de paraître suspecte. L'ilinéraire qu'il eût fallu suivre était fort dangereux. Le passage du marais de Lama et la traversée de la forêt d’Allada devaient être très difficiles pendant la saison où l’on se trouvait. Le colonel Dodds refusa donc.

S'appuyant sur les traités antérieurement conclus avec le Dahomey, il déclara qu’il n'acceptait de négocier que si Behanzin lui livrait trois otages qu’il désigna nominativement, s’il lui cédait tout le littoral et la rive gauche du Whémé jusqu'à Agony, s'il lui remeltait 8 canons et 2000 fusils à tir rapide, s’il consentait à ouvrir les routes aux Français et à payer 15 millions d’indemnité de guerre, enfin s'il laissait entrer le corps expéditionnaire à Abomey.

Le 14, les plénipotentiaires rendent compte que Behanzin accepte toutes ces conditions, même la dernière, qu'il a longtemps hésité à subir. Un délai de vingt-quatre heures lui est donné pour la remise des armes et le payement de la moitié de l'indemnité de guerre. Mais, le 15 au soir, on amène en tout 2 canons, 1 mitrailleuse, 100 fusils, 5 000 francs et, comme otages, deux

1. Pertes : 2 tués (dont le lieutenant Menou) et 49 blessés (dont les lieutenants Maron, Gay et Mérienne-Lucas).

inconnus. Suivant son habitude, le roi ne cherche qu'à nous tromper et à gagner du temps. Il évacuc sans doute ses réserves de muniliogs et les trésors monnaÿés qu'on sait exister à Abomey. Peut-être prépare-t-il la défense de sa capitale ? I] faut en finir, lui porter un dernier coup el conduire le corps expéditionnaire à Abomey avant que cette ville, à la faveur des pourparlers cagagés, ait élé renduc imprenable.

Les négociations sont rompues et les hostilités reprises.

Occupation d'Abomey. — La colonne bien reposée, bien ravitaillée, débarrassée des blessés et des malades, se mel en route le 16 novembre à 7 heurcs du malin, sc dirigeant sur la capitale. Mais, au lieu de la laisser suivre la grande route le long de laquelle les défenses ont été accumulées, notamment autour du palais de Goho, le commandant supérieur ? fail faire un crochet par Djibé et Bécon.

« Le pays est désert, dit-il dans son rapport officiel.

« À midi, halte à Aouanzon, près de Djibé, en vue des premières constructions d’Abomey. A 1 heure, on voit la ville en feu. Bchanzin l'incendie avec ses propres palais avant de fuir. Les reconnaissances de cavalerie rendent compte que la ville est en flammes, sur une étendue de 3 kilomètres; les faubourgs sont abandonnés et brèlent également. On ne peut, dans ces conditions, songer à pénétrer dans la ville ; le bivouac est établi sur place et fortement retranché.

« L’incendie dure pendant toute la nuit.

« Le 17, au matin, reprise du mouvement. Pas un coup de feu, pas un ennemi en vue. À # heures, le corps expédilionnaire installe son bivouac dans la cour principale du palais du roi. Ce palais, comme la ville, est complètement brûlé. Behanzin a disparu vers le nord. Les reconnaissances lancées sur ses traces jusqu’à Vindouté ne trouvent que des campements abandonnés à la hâte et un pays désert. »

FIN DE LA CAMPAGNE. — Les Nagos, heureux d'échapper au joug qui pesait depuis si longtemps sur eux, arrivent en foule à nos postes ct font leur soumission.

Le général Dodds n'en continue pas moins à prendre des mesures de prudence. Tout est fouillé. On visite les cachcettes. On détruit les liqueurs alcooliques, généralement de mauvaise qualité, dont on trouve des approvisionnements considérables. Le palais de Goho, à dix minules d'Abomey, est fortifié. Une garnison de quatre compagnies avec quatre pièces y est installée sous le commandement du lieutenant-colonel Grégoire, qui a sous ses ordres les postes de Cana, de Cotopa ct de Kossoupa, et qui est chargé de garder Abomey.

En effet, il est impossible de prolonger le séjour dans cette ville, à cause de la baisse des eaux et des difficultés du ravitaillement.

Les troupes rétrogradent donc sur Adégon, et les canonnitres les ramènent à Porto-Novo, où le général arrive lui-même le 30 novembre. La colonne d'Abomey est dissoute le 1° décembre ?.

1. Le 9 novembre, à la suite de [a nouvelle de la prise de Cana, le colonel Dodds avait été promu au grade de général.

2. En deux mois, sur un effectif qui était au départ de 76 officiers et de BIBL,. DE L'EXPLOR. III. 26

402 LE DAHOMEYWY.

MESURES DE PACIFICATION. — Dès le lendemain, trois compagnies d'infanterie appuyées par les troupes de débarquement des navires en rade et par une section d'artillerie, sous les ordres du commandant Marquer, occupent Whydah sans résistance cet, par la suile, Abomey-Calavi, Godomé et Sawi, sur la route d'Allada.

Le 14, les chefs de celte dernière ville se soumettent et elle est occupée, le 2 janvier 1893, par deux compagnies sous les ordres du licutenant-colonel Lambinet. Dès lors, le poste de Goho peut se ravitailler à Whydah par Allada.

Les communications sont améliorées. Depuis le début de la campagne, le télégraphe reliait Porto-Novo à Dogba. Une nouvelle ligne est créée entre Kotonou et Whydah.

Le calme renaît partout. Grâce aux paroles de paix qui ont été transmises par les chefs, les indigènes reprennent confiance, et ils rentrent dans les villes. La population mâle de Whydah redevient presque aussi considérable qu'avant l'ouverture des hostilités.

Pendant que des missions topographiques lancées dans toutes les directions vont lever la carle du pays, des détachements fouillent le Décamé dont le chef vient faire sa soumission au poste de Dogba; d'autres détruisent des bandes de pillards. Des postes sont créés à Tori, Ekpé, Ouagbo.

Seule, la région d'Agony reste encore insoumise. Son chef demeure fidèle à Behanzin, dont il est le beau-frère.

Quant à celui-ci, il s'est retiré à Atchéribé, à 50 kilomètres au nord d’Abomey. La famine, la désertion, ainsi que la variole qui a sévi dans son entourage, ont réduit à environ 400 le nombre de ses fidèles, dont beaucoup ne sont retenus, d'ailleurs, que par la crainte.

Aussi le souverain, dont la déchéance a été prononcée par Île gouvernement français, n’a-t-il plus aucun espoir de rentrer les armes à la main dans son pays, il ne peut plus se faire longtemps illusion sur les ressources qui lui restent. La misère et la faim vont achever l'œuvre commencée par la furce. La gucrre proprement dite est finie; la poursuite de Bchanzin et la destruction de quelques bandes isolées constituent des descentes de police failes à main armée plutôt que des expéditions militaires. Disons le mot : ce n'est plus qu'uue chasse à l'homme.

L'ex-roi, renonçant à la lutte, ne comptant plus sur la force, recourt encore à la diplomatie et à la ruse. Abusant de l'ignorance et de la crédulité de son peuple, il fait courir le bruit que la France va lui restituer son royaume. Peut-être, d’ailleurs, l'espérait-il. Il faisait appel, par un manifeste, aux puissances européennes, et il envoyait à Paris une ambassade chargée de demander au Président de la République l'annulation de la déchéance prononcée par le général Dodds.

Celui-ci, de son côté, était venu en France s'entendre avec le gouvernement, prendre un repos mérité ct recevoir l’accueil chaleureux que ses compatriotes lui réservaient à bon droit. Maïs, en remettant le commandement

2088 hommes (dont 930 indigènes), elle a perdu par Le feu : 11 officiers et 70 hommes tués (dont 33 indigènes), 25 officiers et 411 hommes blessés (dont 216 iudigènes).

par intérim au colonel Lambinet, il lui avait laissé des instructions pour le cas où il faudrait reprendre les opérations contre Bchanzin, si les moyens pacifiques n’aboutissaient pas.

Rentré le 3 août 1893, il prépara la nouvelle expédition qui avait pour objet la capture de Behanzin, dont les émissaires agitaient le pays.

REPRISE DES OPÉRATIONS. — Avant de marcher sur. lui, il y avait des mesures de prudence à prendre. Si la région de Porlo-Novo était parfaitement tranquille, par contre les pays du Décamé et des Ouatchis (entre Mono et Couffo)ne paraissaient pas suffisamment sürs. Il fallait donc les forcer à rester tranquilles, afin qu'aucun accident ne vint. à se produire sur les derrières du corps expéditionnaire, pendant que celui-ci serait occupé sur le théâtre des opérations principales.

Ce résultat obtenu, le général Dodds se dirigea vers le nord !.

Il avait divisé ses troupes en quatre groupes, placés respectivement sous les ordres des commandants Drude, Boutin, de Cauvigny et Chmitelin.

Concentration des troupes. — Le 16 septembre 1893, le commandant Drude était à Dogba avec son infantcrie. Il fouilla le pays jusqu'à Sakété et trouva partout une tranquillité complète ; mais, n'ayant pu franchir le Whémé, qui élait débordé sur plusieurs kilomètres, il doit renoncer à poursuivre sa route par voie de terre jusqu’à hauteur d’Agombo. Il est obligé de recourir à la floitille. Celle-ci cesse donc le transport des vivres et elle conduit le groupe Drude vers le nord, pour qu'il opère sa jonction avec les groupes Boutin et de Cauvigny, lesquels se sont concentrés à Cotopa et débouchent par Allahé.

Le groupe Chmilelin, constitué par les troupes de Goho, va, le 7 octobre, £s’élablir à Oumbégamé, sur la route d’Atchéribé. Il reste isolé.

Quant à la flottille, qui avait été renforcée par l'Olinda, le Marmet et la Mosca (de la mission Mizon), elle amène à Dogba les réserves de vivres et de munitions.

Ces dispositions étant prises, le général quitte Porto-Novo le 13 octobre pour se mettre à la tête de l'expédition. Il s’agit d'en finir avec Bchanzin, qui ne répond qu'évasivement aux sommations qui lui sont faites.

Le groupe Drude, avec le quarlier général, débarque à Ouéméton, à hauteur d'Agony,; il est destiné à former la droite de notre ligne, dont le centre sera occupé par le groupe Boutin. Celui-ci a quitté Allahé le 9. Il a passé le Zou à Abodougnanli le 43 et il s'élablit à Zagnanado, où un magasin central est immédiatement commencé dans le palais *. Le 23, la concentration des trois premiers groupes à Zagnanado était terminée. Ce même jour, le commandant Chmitelin s'était avancé jusqu’à Yégo, sur la route d’Atchéribé.

Behanzin a préparé sa fuite vers le nord-est sur Lagos. 11 est donc décidé qu’on lui coupera cette route de retraite. A cet effet, le colonel Dumas, avec le groupe Boutin, partira le 25, se portant vers le nord, en suivant le Whémé, et c'est seulement quand son mouvement sera prononcé que la marche directe commencera. |

1. Bien que cette marche n'ait pas donné lieu à de brillantes actions de guerre, nous croyons devoir la raconter en détail, parce qu'elle n'est peut-être pas suf£samment connue, et elle mérite de l'être, ne fût-ce que comme exemple d'organisation prévoyante et méthodique.

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