Ayant délégué le sieur du Bourg
2. C'était sous le règne tyrannique et insupportable d'Adonosan.
Ces vestiges de forts sont tout ce qui reste de l’ancienne Whydah. Lors de la suppression de la traite, les gens qu'elle faisait vivre fureut ruinés ou disparurent ; tout diminua : l’affluence étrangère, le commerce, la population même. La ville devint déserte et triste à côté de ce qu'elle avait été, et pe rapporta plus rien, ou bien peu de chose, au roi de Dahomey.
Whydah est situé par 6°21'15” de latitude nord et 0°14’ de longitude ouest de Paris. Son allilude n'est que de 2 à 3 mètres au plus au-dessus du niveau de la mer ; elle n’est pas sur le bord de l'océan, mais à 5 kilomètres dans l'intérieur.
On traverse, avant d'y arriver, la lagune du même nom qui va de Godomé à Porto-Seguro, ainsi qu'un pelil village appelé Zoumboji.
Sa population peul être estimée à 15 000 habitants, dont une dizaine d’Européens, 30 à 40 Brésiliens, et 300 ou 400 Nagos. Les principaux quartiers sont : Ahouandjigo, Zobemi, Doucomé, Chougbodji, Ikpéta. On n’y voit un peu d'agitation que les jours de foire.
Les grands se réunissaient, pour recevoir les envoyés du roi, à un endroit nommé Adaugblolotin.
Whydah est éloigné de la capitale d'environ 90 milles ; les indigènes font le trajet en quatre jours, et les Européens en mettent sept ou huit. On se rend aux Popos par la lagune en sept heures, et à Godomé, en hamac, dans le mème espace de temps, avec des hamacaires du Dahomey, bien entendu.
Les maisons françaises qui sont à Porto-Novo ont des comptoirs à Whydah. Il y a, en plus, la maison Goedelt, de Hambourg. Elles possèdent, sur le bord de la mer, des magasins de dépôt servant à abriter les marchandises débarquécs des navires.
Le mouillage est assez sùr, à 600 mètres de la barre ; l'ancre mord facilement sur les fonds de sable qu’on y trouve.
Le rendement commercial de Whydah est insignifiant ; les Dahomiens exploitent peu ou pas les produits de leur pays. Le commerce des esclaves continue en sous-main ; aussi défendait-on aux Européens de coucher dans : leurs établissements de la plage : ils devaient rentrer chaque soir en ville. Leur présence aurait gèné les embarquements nocturnes, qui avaient lieu de temps en temps. (Je parle, bien entendu, d'avant lu conquête.)
Des courtiers blancs arrivaicnt à différents intervalles, séjournaient à Whydah quelque Lemps ct repartaient avec des cargaisons à destination des pays que l’on désire repeupler ou augmenter en population. La traite ne se faisait plus aussi crûment qu'autrefois; l’homme apposait sa croix sur un papier, qui était un consentement à servir pendant cinq ans dans un certain endroit et à des conditions stipulées ; on lui remetlait deux pagnes, dans lesquels il se drapait; on ne l'attachait pas et on n'imprimait plus de marque au fer rouge sur sa peau. Il élait payé au roi de Dahomey la somme de 80 piastres fortes ou 16 livres sterling. °
Le soir, il était conduit sous bonne escorte à la plage, où on l’embarquait immédiatement. Cette opération, déjà très dangereuse le jour, l’est bien davantage la nuit ; on chavirait souvent, et il se noyait chaque fois plusieurs de ces malheureux. |
En novembre 1889, nous avons vu recueillir un matin deux noyés que la barre avait jetés à terre avant que les requins eussent pu les dévorer. C'était
un homme et une femme, qui avaient dû être embarqués la nuit précédente sur un navire. Celui-ci avait appareillé au point du jour; ses voiles se voyaient encore à l'horizon.
Dès que les esclaves arrivent à bord, on leur enlève les pagnes qu'on ne leur a donnés que pour la forme, et on les jette à fond de cale.
En cas de rencontre fâcheuse en mer, on fait monter les esclaves sur le pont, on leur rend leur pagne et une copie du contrat, et on les fait passer pour de paisibles passagers se rendant de leur plein gré en pays étranger; ceux qui sont rélifs sont jetés à la mer avec une pierre au cou et les mains attachées.
Nous nous empressons d'ajouter que ces gens ne sont pas à plaindre du tout; dans le pays où on les mène, ils sont forcément considérés comme des hommes libres travaillant pour gagner leur vie. Ils sont payés. Au bout de quelques années, ils ont une petite propriété, et il est inutile de dire qu'ils refuseraient énergiquement de retourner chez eux si on le leur proposait.
Abomey, Porto-Novo et Whydah sont les trois grandes villes de la région; celles qui suivent ont moins d'importance à tous les points de vue : ce sont, en réalité, des villages.
GRAND-Popo ou À fla, Popô, appelé Pla par les indigènes, était autrefois la capitale de la principauté du même nom. Les voyageurs anciens ne sont pas d'accord sur son importance d'autrefois ; les uns la décrivent comme une ville très considérable, les autres n'en font aucun cas et en parlent comme d’un petit village.
Les Popos se divisaient autrefois en deux principaulés distinctes : celle de Grand-Popo et celle de Pelit-Popo. La dernière garda son indépendance ; mais Grand-Popo, devenu tributaire des rois de Juda, ne recouvra sa liberté que lorsque ceux-ci disparurent.
Les gens des Popos soutinrent Juda dans ses révoltes contre le Dahomev, et ils partagèrent souvent les défaites que ce dernier lui infligca. Leur peu d'importance fut la seule cause pour laquelle le Dahomey ne les considéra jamais comme valant la peine d’une conquête.
En 1890, les anciennes principautés étaient réunies et formaient l'État des Popos, n'ayant pas de capitale, mais trois villes principales : Grand-Popo, Petit-Popo et Porto-Seguro. La première élait sous l'influence française, et les deux autres sous celle des Allemands.
Grand-Popo est silué par 6°17’ de latitude nord et 0027’ de longitude ouest de Paris, sur une langue de sable de 250 mètres de largeur, qui est entre la mer et la lagune.
La mer ronge continuellement le territoire. Plusieurs constructions, parmi lesquelles une factoreric européenne, furent enlevées, il y a quelques années, avec le sable qui les supportait. La ville aura, dans un temps plus ou moins éloigné, à se transporter ailleurs, à moins qu’une nouvelle bouche ou un ouvrage quelconque ne détourne le courant qui frappe en cet endroit. La population peut être estimée à 7000 ou 8000 habitants au plus. Il y a les mêmes maisons françaises qu'à Whydah et cinq maisons allemandes.
La ville, par elle-même, n’a aucun commerce ; mais elle est le centre de
réunion de tous les produits qui arrivent d'Agomé ou de la rivière du même nom, d'Abanankem, d’Hévé et d’une foule de petites localités siluées dans les environs. Elle ne paraît pas destinée à un avenir brillant.
La rade de Grand-Popo est plus sûre que celles de Whydah et de Kotonou; les fonds sont à peu près les mêmes : de 6 à 12 mètres, à 400 mètres de la barre ; sable fin.
PETIT-Popo est plus important que Grand-Popo. La ville promet de subir de grands changements avant qu'il soit longtemps; plus peuplée que Grand- Popo, elle possède les mêmes comptoirs commerciaux.
Sa situation exacte est 6°14” de latitude nordjet 0°44’ de longitude ouest de Paris, sur une langue de sable comme celle de Grand-Popo. Le gouvernement allemand y fait des plantations de tabac et de café, qui promettent le succès. Par suite de ces amélioralions, elle aura dans quelques années une avance considérable sur Grand-Popo, comme civilisation.
Koroxou (Ohou tônou, lu lagune des morts, en langue indigène, parce que l’on jetait les morts dans la lagune qui avoisine le village) n’a d'autre importance par lui-même que d'être Le port de Porto-Novo. C'est un pelit village indigène, qui consistait en une soixantaine de cases el pouvail avoir 700 ou 800 habitants ; il a été brûlé et rasé le 23 l'évrier 1890.
Les établissements européens étaient le télégraphe, qui communique avec Aceva depuis le 1° novembre 1886, le poste de tirailleurs et les entrepôts de transit des maisons françaises élablies à Porto-Novo, tous entrepôls établis à 200 ou 300 mètres de la plage.
Kotonou appartient à la France, comme on sait, par les iraités de 1878 et 1890. Le village est silué par 6°2210” de latitude nord et 0°7'52” de longitude est de Paris.
Des ouvrages de fortificalion passagère ont été élevés à Kotonou au moment de l'expédition. C'élaient, à l'ouest, le fort Moreau, la redoute Gallois et la batterie de la plage, — à l'esl, la ballerie Septans et la redoute de la lagune.
GODOMÉ ou JaAcQuiIM, comme on le nomme encore sur bien des cartes modernes, est construit sur l'emplacement qu'oceupait l’ancienne ville de Jacquim, capitale du royaume du même nom, détruite par le Dahomey en 1729.
Jacquim ful un grand centre de traite avant l'invasion dahomienne, et mème après. Toutes les nations établies à Juda : Portugais, Danois, Hollandais, Suédois, Anglais, Francais, y possédaicnt des forts ou des comptoirs placés sous la direction de ceux de Juda. C'était une ville importante, siluée sur le bord de la lagune, comme Godumé aujourd'hui ; la lagune s'appelait alors riviére de Jacquim. Les anciens négriers ÿ envoyaient de Juda des marchandises, que l’on débarquait de la pirogue à la porte de la nègrerie. En 1729, la ville fut incendiée, les forts rasés ; aujourd'hui, les palnicrs ont poussé, la végétation a tout couvert, et, ni aux alentours de Godomé, ni ailleurs, on ne voit plus aucune trace de l'ancienne ville, sauf deux grands arbres qui, dit-on dans le pays, étaient dans le fort hollandais.
Godomé communique avec le lac Denham par un chenal qui est presque
à sec pendant quatre mois de l'année. Elle est située par 6023 environ de latitude nord et exactement par 0°4"5” de longitude est du méridien de Paris. Son altitude est de 5 mètres au-dessus du niveau de la mer. Sa population est de #000 à 5000 habitants. Son commerce est presque nul. Elle eut un poste portugais jusqu’en 1887. Godomé est à 7 kilomètres de la mer. Les mêmes maisons de commerce y ont des entrepôts à la plage, soumis, comme ceux de Whydah, à l'obligation d’être abandonnés le soir.
ABOMEY-CaLavi (de kpavi, petit, en fon : petit Abomey) est la troisième ville du Dahomey. Sa situation est par 627" de latitude nord, et sur le méridien de Paris, à quelques secondes près. Elle communique avec le lac Denham par un chenal tortueux, long de 2 milles et quart, el qui a à peine assez d'eau pour que les pirogues puissent y passer toute l’année.
L'altilude d’Abomey-Calavi est de 22 mètres au-dessus du niveau de la mer; un chemin relie la ville à la capitale, et un autre conduit à Whydah. Elle est aussi peu importante que Godomé au point de vue commercial.
AGové, village situé entre Pctit-Popo el Grand-Popo, par 6°15’ de latitude nord et 0°37' de longitude ouest de Paris, n’a aucune importance commerciale. Population moyenne, 2 000 habitants. La mission catholique y possède une station.
PORTO-SEGURO, ou ABODRANFO en langue des Popos, est silué, comme Grand et Petit-Popo, sur le bord de la lagune qui vient de Godomé. Elle est par 6°11'5” de lalitude nord et 0054’ de longitude ouest de Paris. Population, 4500 habilants. Peu de commerce.
Villages lacustres et mi-lacustres.
Ces étranges assemblages de cases sur l’eau, dans un pays où la terre ferme est abondante, ont leur histoire, qui se rattache directement à celle du Dahomey.
Au temps des persécutions d'Adonozan, alors que le peuple voyait sa vice transformée en une souffrance continuelle par la tyrannie et la cruauté du roi, des sujets dahomiens cherchèrent dans la fuile un remède contre ses mauvais traitements. Les uns s'en allèrent aux Popos, d’autres ailleurs.
A celte époque, en vertu de traditions encore sacrées, Dahomey ne fuisait pas la guerre en passant l’eau.
Au nombre des déserteurs sc trouvèrent des familles entières, qui se sauvèrent dans le lac Denham par le chenal de Godomé. Les pauvres gens cherchèrent l'abri que leur offrait la tradition : on ne pouvait venir les persécuter sur l’eau, ct ils s'y établirent. Plus tard, d’autres vinrent les rejoindre, venant d'autres parties du lerriloire ou encore des populations riveraines du Whémé. Dès lors, ils se réunirent, formèrent des villages par l'assemblage de leurs cases, et vécurent tranquilles et sans autre crainte de leurs tyrans. Ils vivent presque exclusivement de pêche. Nous avons décrit leurs habitations. Quelques-uns d’entre eux portent encore leur costume
étrange, la jupe du Whémé, qui ressemble à celle que portent les Grecs,
dans leur costume national.
Il y a quatre villages lacustres, situés dans le lac Denham : au nord-ouest,
Ganvi et S6 ; au sud, Afotonou et Avansori.
Ganvi et So se composent chacun d’une trentaine de cases, et peuvent avoir ensemble 400 ou 500 habitants, tous pêcheurs ; ils sont éloignés l’un de l’autre d'environ 1 mille.
AroToxot est le plus considérable des villages lacustres ; il comprend deux cents à deux cent cinquante cases et une moyenne de 3000 habitants, également tous pêcheurs.
AYANSORI, situé au nord-ouest de l’entrée du chenal de Kotonou, compte une moyenne de cent à cent vingt cases et 1 500 habitants.
Les villages ou hameaux mi-lacustres (parce qu’ils sont pendant quatre mois de l’année dans l'eau, deux dans la vase et six sur une plaine de gazon), sont en pelit nombre : AGuÉGué-Quenpiv, Kéronou, le poste du ToCcué, AGUÉGUÉ-FRANÇAIS el quelques autres localités riveraines du Whémé.
Nota. — Je crois devoir faire remarquer encore une fois que beaucoup de ces localités sont connues sous des noms divers ou qui se prononcent diversement. Qu'on ne soit donc pas surpris si l'orthographe en est parfois différente el si, dans la carte annexée au présent volume, elle ne se rapporte pas toujours exactement à celle du texte. Cette carte a été établie après la
conquête.
AVERTISSEMENT... esoooeueses esse esse PRÉFACE. soso. none osseuse