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Il n'avait pas reçu l'ordre de suspendre sa marche

point de débarquement en aval d'Ouéméton el, comme la colonne s'éloigne de plus en plus de ce point, la longueur de la ligne de ravitaillement augmente. En même temps, l'effectif des mulets diminue. Il faut donc s’alléger, réduire la réserve des munitions.

Comme aucune grosse action n’est à prévoir, des colonnes légères emportant huit jours de vivres peuvent être lancées sur la piste du fugitif. Chacune de ces colonnes, qui ne prend que les bagages indispensables !, est formée par un des quatre groupes constitués, le quatrième restant avec le convoi pour l’escorter?.

La colonne Boulin se porte immédiatement vers le nord (16 novembre) en suivant le Whémé, pour fermer les chemins allant vers l’est. Son objectif est Savalou, où elle doit arriver avant les Dahomiens.

La colonne Drude marche derrière, De cette facon, si Behanzin se rabat vers le sud, il retombera sur nos troupes. Quant à s'échapper par l'ouest, il n'y songera pas : les populations musulmanes d’Atakpamé, qui habitent ces régions, ont à sc venger de lui et elles l’arrêteraient.

Le groupe de Cauvigny, avec le général, marche derrière les deux autres, dans les intervalles, de facon à fermer les issues vers l'es.

Le commandant Boutin annonce son arrivée au roi de Savalou cet l’engage à couper la route à Behanzin. Ce dernier fait immédiatement un crochet vers l'ouest.

La colonne Drude s'engage sur la route de Bédavo, relève la piste du fugilif et s'attache à le suivre. A sa suite, elle redescend vers le sud, dans la direction d'Abomey.

Le groupe de Cauvigny se porte de Zoutenou sur Zounwei-Hono, Paouignan et Dassa-Togon (18 novembre).

Il est alors décidé que le commandant Drude se rabattra vers le sud en surveillant le flanc gauche de Bchanzin à l'est), tandis que le commandant Boutin suivra celui-ci en queue ct que le commandant de Cauvigny se tiendra prèt à marcher sur Abomey; quant au commandant Chmilelin, il recoit l’ordre de surveiller la ligne Abomey-Abodougnanli.

La colonne Drude arrive le 21 à Badagba où Behanzin a passé la nuit précédente. Le 24, cille cerne ct fouille sans résultat Oumbégamé. Le 25, après s'être ravilaillée à Goho, elle repart pour le nord-ouest, batlant en lous sens la région Atakpé, Lacbamé et Azakamé.

La colonne Boutin descendant de Savalou rencontre et incendie, le 26, un campement dahomien sur les bords du Zou. Elle élablil son bivouac à proximité et reçoit l'ordre de s’y maintenir.

Le général Dodds, avec le groupe de Cauvigny, quitte Dassa-Tagon le 22 novembre pour se porter au Fita ; il descend vers le sud, en s'établissant successivement à Alchéribé, Cassécroulou, Gobé, et finit par arriver le 3 décembre à Oumbégamé. Il prescrit au commandant du cinquième groupe, lequel opérail jusqu'alors isolément dans la région du Mono, de remonter vers le nord et de relier ses mouvements à ceux de la colonne principale.

1. Deux d’entre elles n’ont mème plus leur artillerie. Celle-ci fournit les éléments de deux sections de mulets de bât.

2. L'excédent des troupes, après constitution des trois colonnes volantes, est chargé de garder les divers magasins qui doivent assurer le ravitaillement.

A la date du 29, Bchanzin occupe la région comprise entre Djidja et Goho. On croit le tenir dans un cercle de troupes, et on le serre de près. À chaque instant on rencontre sa piste : tantôt on échange des coups de fusil avec son arrière-garde, lantôt on lui enlève du monde (un jour, c’est le marabout de Kétou, son médecin; une autre fois, ce sont des chasseurs); tantôt on lui prend des bœufs. Il échappe toujours à nos poursuites.

Le 8 décembre, on apprend qu'il continue à descendre vers le sud, dans les territoires que battent les bandes d’Allada Maouzou, et de Fadet, chef nago, qui nous sont tous deux dévoués.

Nos reconnaissances, d’ailleurs, continuent à poursuivre les fuyards. A diverses reprises, elles capturent soit des princes, soit des femmes ou des enfants de Glèlè ou de Behanzin.

Celui-ci rebrousse brusquement chemin vers le nord, ayant toujours nos troupes à ses trousses. ,

Le quartier général s'est transporté, le 11 décembre, d'Oumbégamé à Goho. Du 12 au 20,les trois colonnes volantes fouillent toute la région comprise entre le chemin d'Abomey-Atchéribé et le Couffo. Vaines recherches! Behanzin reste introuvable. On sait seulement qu'il se tient dans le voisinage de Goho, et que son escorte csl réduite à quelques hamacaires.

Agissant indépendamment les unes des autres, les colonnes se gènaient muluellement. Leurs reconnaissances, en se présentant aux mêmes points à quelques heures d'inlervalle, avaient fait échouer des surprises organisées par le commandement. Aussi fut-il décidé qu'une zone de surveillance nettement déterminée scrait assignée à chaque groupe. Diverses autres mesures d'ordre sont prises.

Le Whémé n'étant plus navigable au-dessus de Dogba, Cotopa devient tète d'étapes avec Goho comme annexe. On s'occupe de relier ces deux poinls par une ligne télégraphique.

Le 21 décembre, à la suile de renseignements reçus sur la position de Behauzin, le groupe Drude remonte vers Dossa et se rabat vers le sud. Un autre groupe (n° 1)remonte au nord vers Atchéribé et redescend ensuite jusqu'à la ligne Oumbégamé-Tendji. Des postes sont élablis à Pétépa, Agbé, Ouamé, Cana, Tendji, Badagba ct Atchéribé. Jusqu'au 15 janvier, on fouille le pays en tous sens, mais sans aucun résullat. On découvre bien des cachettes, mais elles sont vides. On rencontre la piste de Behanzin le 29 décembre, près de Lesseni : il se dirige vers Dossa. Peu après, il est sur le point de quitter Djidja pour aller à l'ouest de Dicnbatté. Accompagné de son grand féticheur, Bocono, il ne quitte pas la région d'Abomey-Oumbégamé, région dont les habitants, de pure race dahomienne, lui sont tout dévoués.

Cette chasse à l'homme semble devoir s'éterniser. On a bien fini par trouver des auxiliaires dans le pays même, et, si elles n’ont pas atteint leur vrai but, les recounaissances ne sont pourtant jamais rentrées les mains vides. Peu à peu, on à ramené tous les membres de la famille royale. Les haines contre l'ex-roi commencent à se dévoiler. On reconnait que, parmi ses frères qu'il avait évincés, quelques-uns ne lui’ ont pas pardonné.

Grâce à celte circonstance, on va pourvoir en finir. En désignant un nouveau roi, personnellement intéressé à se défaire le plus tôt possible de Behauzin, on forccra celui-ci à se rendre.

Cette solution n'ayant rencontré que des partisans, les princes de la maison royale sont appelés à élire un chef. Leurs suffrages unanimes se portent sur le prince Goutchili, fils de Gièlô, dont Behauzin avait, par ruse, usurpé la place. Accepté par le commandant du corps expédilionnaire, Goutchili est proclamé roi, le 145 janvier 1894 au malin, sur la place du palais de Cymbodji à Abomey. Le nouveau souverain prend le nom d'Agoli-Agbo.

Dix jours après, il annonce au général Dodds qu'il sait exactement où est Behanzin, qu'il est prèt à le livrer, qu'il n’y a plus qu'à l'envoyer chercher. Le capitaine d'état-major Privé est chargé de cette mission, et, dans la nuit du 25 au 26 janvier, l'ex-roi se remet à lui dans le village d'Acachacpa.

Cette capture terminaitune campagne gloricuse et assurait la pacification du Dahomcey. Puissent maintenant nos compatriotes s'élablir sur cette terre devenue francaise. Puissent-ils, sous la garde de nos vaillants soldats et à l'ombre du drapeau tricolore, ÿ crécr un commerce florissant el y faire pénétrer les principes de la civilisation. C'est pour leur faire connaitre les ressources de ce pays que le présent livre a été écril, avec l'espoir qu'il contribuera à la prospérité de notre protectorat, prospérité qui ne peut manquer de rejaillir sur la France.

Les villes anciennes, leur importance passée, leur situation actuelle. — Les villes modernes, leur description succincte. -- Aspect des rues. — Population et sa densité. — Importance commerciale.

L'histoire des villes, dans la région qui nous occupe, est aussi difficile à reconstituer que celle des peuples ; les indigènes sont aussi peu au courant de ce qu'ont été leurs cilés, que de l'origine de leurs pères. De plus, la grande diversité des langues donne aux villes plusicurs noms indigènes, si leur population comprend des gens de pays différents. On connait ainsi trois ou quatre noms de ville qui n'en font en réalité qu’un seul.

La plupart des grandes cités modernes ont suivi dans leur prospérité une marche inverse des nôtres ; riches et florissantes autrefois, alors que la traite semail l'or dans touics les bourses, elles sont tristes et mornes aujourd'hui que leur population active a disparu. Certaines d’entre elles se relèvent sous les bienfaits de l'influence européenne, comine Porto-Novo ; d’autres restent ruinées et redevicnnent des villages à moitié déserts en comparaison de ce qu’elles étaient autrefois, comme Abomey, Whydah, Godomé.

Les villes principales du Dahomey et de Porto-Novo peuvent se diviser aujourd'hui en deux catégories : les villes anciennes disparues cet les villes modernes provenant de vieilles cilés qui ont changé de nom. Il n’en existe pas qui soient réellement nouvelles.

Villes anciennes disparues.

Cana ou CALMINA était la capitale du royaume de ce nom; c'était autrefois unc ville prospère et florissante. Les Fons la convoitaient depuis longtemps. Aho, après plusicurs tentatives, parvint à s'emparer de la ville et la ruina pour toujours. Son royaume fut joint à celui des Fons,qui augmentèrent ainsi leur terriloire d'unc dizaine de lieucs carrées (1661).

Les rois de Dahomey en firent autrefois une de leurs résidences et relevèrent ses murs cn ruines. Aujourd'hui, les murailles sont tombées et la maison royale subsisie encore au milieu d’un village de peu d'importance.

ALLADA, la première ville du royaume d'Ardres, était la résidence favorite

des rois, de préférence à la capitâle. Les anciens voyageurs la dépeignent comme une ville immense et peuplée, entourée d’un territoire fertile et cultivé, et fortifiée d'une façon redoutable avec trente-deux pièces de canon appartenant au roi ou aux compagnies de traite.

Après la conquête du royaume par les Fons, en 1724, elle commença à perdre de son importance. Comme Cana, elle disparut peu à peu. Ce n'est plus, aujourd’hui, qu'un village auprès duquel on voit encore les traces de l'ancienne cité; le roi de Dahomey y possédait un pied-à-terre. Allada est aujourd'hui, dans la nouvelle organisation administrative du Dahomey, la capitale du royaume ou distriel du même nom. Elle est située par 0°9"30" de Jongitude ouest de Paris, et 6941” de latitude nord.

Savr ou Xavi, Xavier, Xubier, Sabée, Sabié , située à quatre heures de Whydah, fut la capitale du royaume de Juda. Son histoire est à peu près Ja mème que celle des villes précédentes. Conquise avec le royaume, en 1727, elle devint la propriété des Fons.Grand centre du commerce et de la traite, Savi était, malgré son éloignement de la mer, aussi important que Whydah. Parmi ses principaux élablissements européens, on cite deux compagnies françaises, ÿ compris celle des Indes, une anglaise, une porlugaise, une hol« landaise ; de nombreux trailants arabes ou malais y étaient continuellement de passage. Ces comploirs dirigeaient ceux de Whydab, leurs chefs résidant à Allada. Ils furent (ous brûlés, à la suite d'une tentative de révolte du royaume de Juda contre le Dahomey, avec l'aide des Popos. La ville fut saccagée, tout y fut mis en cendres, et elle ne se releva jamais de ce désastre. Savi avait élé, avant cette époque, fortifiée par le rot de Dahomey, qui ajouta de nouvelles murailles aux anciennes.Hl y possédait une vingtaine de pièces de canon.

Aujourd'hui, on voit quelques cases indigènes dans une plaine verdoyante qui élail autrefois l'emplacement de la ville. Le roi y possédait une propriété close de murs, où ses hôtes se reposaient dans le cours de leurs voyages à Abomey ou à Whydah.

Dao ou Dahé, Dahouy, Dahous, à une heure d'Abomes, fut la résidence de Dan, roi des Fons, avant qu’Aho ne l’eût détrôné; c'était le principal village d’un petit État mal défini aujourd’hui, qui fut le berceau de la nation dahomienne. Un hameau du même nom existe actuellement à peu près au même endroit. Le roi de Dahomey n'oubliait pas que c'est de là qu'est sortie sa nation; il y possédait une résidence ct allait souvent y passer quelques jours.

ZAFFA, GOUNÉGY, APPOY, AGRIMÉ, TORÉE, AssEM?, décriles autrefois comme des villes importantes, furent détruites ou abandonnées, sauf Torée qui existe encore, réduite à l'état de toul petit village, et il n’en reste mème pas le souvenir dans l'esprit des indigènes.

4. Nous donnons, à titre de renseignement, tous les noms sous lesquels les anciens voyageurs désignent les villes en en corrompant la prononciation. 2. Assem qui occupait l'emplacement où fut plus tard Ardres on Porto-Novo.

Villes modernes.

Les villes actuclles offrent toutes le même type. On peut, en donnant le portrait d'une d'elles, les représenter loules. Nous les diviserons en trois genres, sclon qu'elles sont construites dans la première ou la deuxième zonc, ou sur l'eau.

Dans la première zone, les matériaux de construction tels que l'argile, la glaise, l'humus gras, c’est partout le sable ou la vase ; les habitations et les murs sont en paille et bambous. Dans la deuzième zone, les toitures seules sont en paille et le resle en argile rougeâtre. Ces deux genres de villes ont donc forcément un aspect différent.

La ville en paille est plus propre, du moins en apparence; les ruelles ou sentiers qui en sont les artères sont dépourvus d’excavations, c'est du sable épais dans lequel on enfonce, mais qui sc referme sur vos pas.

La ville en argile, lorsqu'il pleut, est excessivement sale; elle manque toujours de niveau ; on l'a bâtie au hasard sur les inégalités du terrain, comme elles se sont présentées. Les pluies torrentliclles qui tombent dans ces régions forment des torrents dans les rues, rongeant le picd des murs, creusant le terrain et produisant, en certains endroits, des mares qui ne disparaissent que par l’évaporation. Une boue épaisse et gluante s'attache aux pieds ou aux chaussures; clle s’y amoncelle et ce n'est que par son poids qu'elle finit par se délacher. On entre ainsi dans les cases, apportant avec soi ce mortier rougeâtre que l’on dépose partout.

Lorsque la pluie cesse et que le soleil sèche momentanément le sol, les rues se montrent pleines d’ornières, de rigoles, de trous et de monticules. 1l flotte partout dans l'air une poussière rougeâtre impalpable, qui salit tous les objets ou les vêtements.

A ces inconvénients passagers, il faut ajouter l'aspect irrégulier que les rues offrent nalurellement ; les habitants, trop paresseux pour aller hors de la ville chercher leurs matériaux de construction, enlèvent à quelques pas, dans le premier endroit venu, à côlé de leur habitation, l'argile nécessaire à Icur travail.

Il s'ensuit que l’on ne fait pas dix pas sans rencontrer des lrous semblables, plus ou moins grands, et d’où l'on retire continuellement de Ja terre. Quelques-unes de ces excavations (comme à Porto-Novo, par cxemple) atteignent les dimensions de véritables précipices de 15 à 20 mètres de profondeur. Il se développe dans le fond et le long de leurs parois une végétation épincuse qui, mêlée aux éclats de verre et immondices de toutes sortes qu’on y jelte, rend fort dangereuses les excursions nocturnes faites sans lanterne.

Lorsque la pluie arrive, çes trous sc remplissent d'une eau sale et puante. La plupart d'entre eux ne trouvent pas d'écoulement et se couvrent d'une mousse verdâtre, sur laquelle se délachent les cadavres enflés de chiens, de pores, de poules et autres animaux morts qu'on y jette.

Pendant l’armatan, lout cela diminue et se change en flaques de boue verte dont on sent, à plusieurs centaines de mètres, les émanalions pestilenticlles. Ces gaz méphitiques s'ajoutent aux exhalaisons des marais et la-

gunes qui baignent le pays, el sont une des principales causes de l’insalubrilé des villes.

L'aspect des rues manque généralement de perspective à cause de leurs détours. Contrairement à nos usages, ce ne sont pas les habitations qui sont bâties sur les rues ; ce sont les sentiers qui tournent autour des cases. La plus grande largeur de ces passages est de # à 5 mètres; mais, le plus souvent, elle ne dépasse pas 2 mètres pour les grandes artères et 1 mètre pour les petites.

Il ne faut pas croire, après ce que nous avons dit des excavalions, que l'on y jette plus particulièrement les ordures; on ne le fait que lorsque ces trous sont tout à fait à portée et qu'il n’y a que quelques mètres à franchir; sinon on ne prend pas tant de peine : on jette lLout dans la rue, devant sa porte. Sans les porcs el les vautours, qui remplacent, les premiers, l'égout, et les seconds, la voirie, le sol des ruelles disparattrait sous les immondices. Les chefs indigènes s’occupent des impôts ct des affaires locales, maïs ils ne prennent aucun soin de la propreté; leur nez, pas plus que celui des habi- {ants, n'est affecté des mauvaises odeurs. Au surplus, si l’on jette beaucoup de choses dehors, on en garde aussi beaucoup chez soi : les enclos atlenant aux cases sont dignes de rivaliser avec les rues sous le rapport de la malpropreté.

Les villes nagos sont excessivement sales, comme les Nagos eux-mêmes d’ailleurs; les cités et les habitants du Dahomey ne leur cèdent en rien sous ce rapport. Peut-être, aux Popos, les habitants sont-ils un peu plus soucieux de leur bien-être; mais la différence n’est pas grande.

Dans toutes les régions qui avoisinent les lagunes ou cours d’eau (et dans un rayon de 6 à 8 kilomètres), on trouve l’eau en descendant à leur niveau. On a, naturellement, à creuser plus ou moins, selon la zone : 2 mètres dans la première, 6 à 12 mètres dans la seconde, 18 à 20 mètres dans la troisième.

Dans les villes riveraines, les habitants du bord prennent leur eau dans la lagune ou le fleuve, et ceux qui en sont un peu éloignés creusent des puits.

Dans les cités de l’intérieur, on compte en moyenne un puits pour trente cases. Ces puits sont simplement des trous plus ou moins profonds, sans forme spéciale, et rien pour en maintenir les parois ou empêcher les éboulements ; leur orifice est béant, sans margelle, et l'on voit toujours des enfants en bas âge s'amuser et se rouler tout près. On pose en travers, sur l'ouverlure, un gros tronc d'arbre sur lequel on fait glisser la corde qui conduil ou ramène la calebasse servant de seau.

Dans les villages silués en dehors du rayon dont nous parlons, les habitants cherchent les sources naturelles qui ne manquent jamais dans ces terrains pleins d'infilirations ; la plupart de celles qui sont à fleur de terre disparaissent pendant l'armatan. Dans d’autres endroits, l’eau tarit brusquement, et l'habitant doit aller fort loin chercher ce qui lui est nécessaire. C'est encore une chose dont les indigènes ne se préoccupent pas, lorsqu'ils construisent leurs villages.

En écartant la question de salubrité, si nous considérons le côté pittoresque, nous trouvons des sites ravissants dans les villes indigènes. On a

généralement respecté les grands arbres, et toutes les places ou espaces sans maisons jouissent de leur ombrage bienfaisant. On rencontre ces beaux végétaux de tous côtés dans les villes, et ils donnent à ce qui les entoure un air tranquille et heureux. La végétation se développe librement ; dans tous les endroits sans constructions et dans l’enclos de chaque case, il y a quelques arbres ou arbustes. On rencontre ainsi par la ville, et semés avec une irrégularité artistique, des manguiers, des bananiers, des cocotiers, des corrossols, des mimosées, des acacias multicolores, encombrés de plantes grimpantes qui ajoutent leur feuillage capricieux aux enclos élevés par l’homme ; un gazon moelleux remplit les interslices des murailles et orne le pied des habitations.

Il y a des rues qui semblent des allées de bosquet, des cases qui sont des nids de feuillage. De petits bengalis, des pinc-pincs, capociers, etc., ajoutent leur note gaie à ces jolis tableaux. Les divinités fétiches, semées çà cl là, se détachent, comme des statues mal ébauchées, de ce cadre de verdure.

On voit peu d’endroits sans végétation ; il est rare que la nalure ne fasse pas à chaque recoin des pelits jardins à sa fantaisie.

À Whydah, que les Européens surnommèrent le Jardin du Dahomey, des milliers d'orangers ect de citronniers répandent, au temps de la floraison, leur suave parfum par la ville, semant sous les pieds du passant leurs jolies fleurs blanches, semblables à des flocons de neige.

Comme population, nous dirons que l'observateur peut être facilement nduit en erreur s’il compte les portes de cases ct élablit une moyenne sur ces données ; cinq ou six cases de 2 mètres carrés correspondant entre elles, dans un salam, par exemple, peuvent servir d'abri à quatre ou cinq familles formant, avec les esclaves et les enfants, un lotal de trente ou quarante personnes.

La population est agglomérée dans un espace très restreint en proportion de nos habitations.

Telle est l’idée générale que l'on peut se faire des villes terrestres; leur dimension, leur population, leur position peuvent changer, mais elles se rapportent toutes plus ou moins à celte description.

Les villes lacustres n'ont pas de végélation qui les orne; en revanche, elles sont d’unc propreté... obligatoire : par leurs constructions, qui sont très pittoresques dans leur genre, elles offrent des coups d'œil charmants. Lorsque la lagune est calme, qu'aucune brise ne vient rider sa surface, on voit ces habitations sc refléler dans l'eau, ainsi que les pirogues qui passent dessous, sillonnant en tous sens l'emplacement du village.

On voit les habitants aller de l’une à l’autre au moyen de leurs embarcations et s'arrêter devant l'échelle, comme des scigneurs de Venise descendant devant leur porte de leurs gondoles silencicuses.

Après cel aperçu général, nous jetterons un coup d'œil sur chacune des villes principales qui existent actucllement dans la région, en les classant par ordre d'importance.

ABOMEY où Dauhomey!, capitale actuelle du royaume, fut conquise par Aho, alors que ce n’était qu'un village sans importance. Le nouveau roi des Fons la choisit pour en faire sa capitale et, l'ayant agrandie, l'appela Bahomey ou plutôt Dunhomé. Nous avons vu, au commencement de cet ouvrage, ce que raconte la {radilion à ce sujet.

Abomey fut fortifiée, entourée de plusieurs murailles et de fossés ; le roi Guëzou y inslalla une artillerie formidable quant au nombre des pièces.

Lorsque les négricrs abandonnèrent le littoral, puis que les produits du pays dimipuèrent de valeur, l'argent manqua au gouvernement dahomien pour faire face aux dépenses énormes de l'entretien des murs de la capitale.

Les constructions en argile sans cuisson, mème crépies, souffrent énormément des pluies, et, au bout de quelques années de négligence, les murailles d’'Abomey ne restaient plus qu'à l'état de souvenir. Aujourd’hui, il yaun mur fort mal entretenu qui en fail le tour, et un fossé assez large sur lequel on a établi des ponts.

Les anciens voyageurs prétendent que la ville ne possède pas d'eau et qu'il faut l'aller chercher au dehors ; nous ne savons si l’on a remédié de nos jours à cet inconvénient.

On peut estimer le diamètre d'Abomey à 1 kilomètre environ et sa population actuelle à 40 000 habitants, au plus, parmi lesquels des Nagos et des mahométans.

Au point de vue géographique, elle est située par 0°17'30” de longitude oucst de Paris el 7°16' de latitude nord ?, sur une élévation peu prononcée, où existent quelques gisements rocheux. |

A l’est de la ville s'étend une vaste plaine couverte d’une rare végélation, légèrement marécageuse pendant les pluies, et dont les prolongements arrivent jusqu'au Whémé.

A l'ouest, quelques bois clairsemés, des broussailles s'étendant fort loin; au nord, quelques collines ou ondulalions de terrain, et, au sud, des bois épais ou des broussailles.

L'altitude d’Abomey doil être, en jugeant par la mème latitude dans le Whémé, à une moyenne de 100 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Abomey était, dans ces dernières années, une ville morne, sans agitalion, sans gaîté, surtoul lorsque le roi était absent. Les coutumes, en y faisant affluer beaucoup de monde, occasionnaient un grand mouvement ; mais, en dehors de ces fètes, tous ceux qui avaient occasion d'y aller en rapportaient une triste impression. Bien que ce fût la capitale officielle du royaume, Whydah pouvait plutôt réclamer ce titre par son importance comme ville dahomienne.

PorTo-Novo ou Assem, Adra, Ardres, Offra, Ardru-Offra. Les indigènes l'appellent Adjacha. Le nom de Porto-Novo (port neuf) lui fut donné par les

1. Les indigènes appellent également ainsi la capitale par uu reste de la vieille tradition dont nous avous parlé sur l'origine du nom : valler à Dahomey » veut dire, à Whydah, se rendre à la capitale.

2. 1] faut faire remarquer que la position d'Abomey est approximative et n'a pu être déterminée astrouomiquement ; pas un voyageur n'avait pu, jusqu'à nos jours, se livrer à aucuue étude de ce genre, par défense des autorités locales.

Portugais vers la fin du dix-septième siècle, en échange de celui d'Offra que la ville portait alors. C'était un des grands centres de la traite des esclaves : les Espagnols, les Danois, les Hollandais, les Suédois, les Anglais et les Français y avaient ce qu'on appelait alors des nègreries. Nous voyons dans un éditque publie le roi d'Ardres et d’Algucmy en faveur des Français, en 1723, que les messieurs de la Compagnie des Indes, établie depuis un an à Offra, ne payeraient comme patente que vingt-quatre captifs, au lieu de quatre-vingls que l'on payait au temps où les Portugais avaient quitté le pays, c'est-à-dire une lrentaine d'années auparavant.

En 1724, comme on sait, Ardres perdit son indépendance et passa sous le joug du Dahomey, dont elle s'est affranchie de nos jours.

Porto-Novo est une ville qui promet d'être, dans quelques années, la plus importante de la côte de Guinée. Sa population indigène actuelle peut être estimée à 60000 habitants, sans compler les gens de passage comme les Kroomen el les Dahomiens.

La partie civilisée peut comprendre de 50 à 60 Européens, en y comptant les officiers, les missionnaires, les fonctionnaires et les négociants, et, parmi les noirs, 180 Brésiliens, 40 Sierra-Léonais ou natifs de Lagos, et 50 sujets de Whydah ou des Popos, tous commerçants et établis, soit une totalité de 300 à 350 habilants non indigènes.

Porlo-Novo est situé par 6°28’ de latitude nord et 0°19° de longitude est de Paris, sur le bord de la lagune du mème nom; la langue de terrain située en face de la ville, et qui sépare la lagune de la mer, a environ 5 kilomètres de largeur. La lagune atteint, pendant les hautes eaux, en face de Porto-Novo, la largeur maximum de { 720 mètres et une profondeur moyenne de 2,50 à 22,75, qui va en diminuant vers l’ouest et en augmentant dans la direction opposée. L'allitude moyenne de la ville est de 14 mètres audessus du niveau de la mer.

Porto-Novo, vu du large (de la lagune), a une certaine analogic avec Alger. La ville est longne et étroite, bâtie en amphithéâtre; les maisons disparaissent à chaque instant, couvertes par la végétation. La longueur de la ville, de l’ouest à l'est, est d'environ 2 kilomètres ct demi, et sa profondeur la plus grande, depuis la lagune, de 1 800 mètres.

La ville se divise en dix quartiers, qui ont chacun leur administration à part : Oganla, Soké, Tchango, Zebou, Lodjia, Sadônio, Atdke, Akpassa, Gbokon, Gbékon. |

Depuis quelques années, Porto-Novo n'a cessé de se civiliser ; on connait déjà son histoire et l'on sait que l'influence française s'y développe davantagc à chaque instant. Comme organisation administrative, il y avait en 1890, à Porto-Novo, une douane, un bureau de poste, une perception des contributions, une école catholique et deux écoles protestantes, un hôpital et une infirmerie régimentaire.

Les monuments consacrés au culte étaient une chapelle catholique desservie, ainsi que l'école, par la mission, deux églises protestantes, et six ou sepl mosquées. Les grands élablissements de commerce comprenaient : deux maisons françaises, Mante frères et Borelli de Régis ainé, et Cyprien Fabre ct C°; trois maisons allemandes, G. L. Gaiser, Witt et Bush, et Voight et C° de Hambourg ; une maison portugaise, Sant'Anna et Ce.

Le commerce et l’agitation sont considérables à Porto-Novo. Son rendement a été en 1888, en produits, de 5 #43 750 francs (près de 5 millions et demi). Nous avons donné une idée de son marché indigène en parlant des industries.

En dehors des locaux où seront installés définitivement la douane, la poste et tous les services,le gouvernement français y possède actucllement deux grandes constructions, la résidence et la maison des officicrs.

Il manque un emplacement pour le cimetière, hors de la ville; il est à espérer qu'on enlèvera celui qui est au milicu et qu’on divisera le nouveau en plusieurs parties, afin que les protestants puissent y trouver place et ne soicnt pas cnlerrés au milieu d'un champ de maïs, comme cela se fait actuellement d’une façon peu charilable.

Au moment de l’expédilion de 1890 contre le Dahomey, la garnison fixe de Porto-Novo était d’une compagnie de tirailleurs sénégalais avec cadres blancs.

Dans la lagune, le gouvernement francais avait une péniche canonnière armée de deux hotchkiss, l'Émeraurde.

L’Émeraude entra dans la lagune de Porto-Novo par la bouche de Kotonou et le lac Denham, alors que la lagune communiquait avec la mer, en novembre 1887. Elle est le seul bâtiment qui ait passé par là; elle faillit se perdre, d'ailleurs, dans ce dangereux passage.

Porlo-Novo communique avec Lagos par le prolongement esi de sa lagune. De petils bateaux à vapeur appartenant aux Allemands font ce service, en plus des pirogues du pays. Le parcours est de 72 milles par la lagune, de 51 milles par mer. Il dure de sept à douze heures.

Le véritable débouché, le port de Porto-Novo, c’est Kotouou, situé à 12 milles à l’ouest de la ville et à 4 milles plus au sud, sur le bord de l’Océan. On a vu, dans l'histoire de Porto-Novo, que la langue de lerrain siluée en face, contestée par les Anglais, appartient depuis 1891 à la France, ainsi que les chenaux du Toché et d'Aguégué, par l'un desquels il faut passer pour se rendre à Kotonou. Le trajet dure cinq à six heures, en pirogue.

Maintenant que l’on n'a plus à craindre les incursions du Dahomey dans le royaume, l'avenir de Porto-Novo est assuré; tout dans le territoire, produits, commerce, population, converge vers la capitale.

Wivypan où Juda, Ajudu, Grégou“, Gréoué, Grigues, appelé par les indigènes Gléhoué, esl la deuxième ville du Dahomey. Elle était autrefois bien plus importante qu’elle ne l’est aujourd'hui, c'élait le plus grand centre de traite de la Côte des Esclaves, ct l'on voyait, sur sa rade, flolter les pavillons de toutes les nations colonisatrices. Le trafic qui s’y faisait atteignait un chiffre incalculable, et le nombre d'Européens et d'étrangers qui s'y voyaient était considérable. Le roi de Dahomey savait ce qu'il faisait, lorsqu'il tenta la conquète du royaume de Whydah ; le jour de sa victoire, en 1727, il ajouta à ses revenus le rendement énorme, en impôts ct autres perceplions, que la ville rapportait auparavant aux anciens rois de Juda.

Les premiers voyageurs disent que, avant la conquête, Whydah avait un aspect riant el pittoresque : ils décrivent des jardins eurupéens, des corbeilles de fleurs, des parcs entretenus, etc. Lorsque l'armée dahomienne

triomphante abandonna la ville, tout n'élait qu'un monceau de cadavres, de débris et de cendres, à l'exception des forts qui avaicnt résisté à l'incendie.

Malgré cet à-coup et son changement de gouvernement, Whyÿdah reprit bientôt son trafic et son mouvement ; les arbres repoussèren(, les habitants anciens ou nouveaux reconstruisirent leurs habitations et toul recouvra, peu à peu, l'aspect d'autrefois.

Le roi de Dahomey cencouragea el aïda tant qu’il put ce développement ; les négriers qui assistèrent à la conquèle disent qu'ils n'eurent qu’à se féliciter de voir Whydah passer sous l'influence dahomienne.

Les gucrres continuelles que faisait ce peuple augmentèrent le nombre des esclaves, et le roi, voulant pousser au commerce, dégreva légèrement certains impôls que payaient les négociants, dans le but de gagner leurs bounes grâces.

A celte époque, Savi venait d'être ruinée et Whydah bénéficiait encore de sa disparition.

Les Portugais, les Hollandais, les Danois, les Anglais et les Français avaient des comptoirs à Grégoué, sans compler une foule de traitants comme les Malais ct d’autres étrangers, el aussi les bâtiments isolés qui venaient s’approvisionner d'esclaves et dont les capilaines venaient à terre faire leurs acquisitions.

Whydah ne fut pas exempte, pourtant, de nouveaux troubles politiques. La famille des rois de Juda s'était enfuie aux Popos, et elle poussait les ancicns habitants du royaume à se révolter contre le Dahomey. Plusieurs tentatives de rébellion se produisirent ; ils n’eurent pour résullat que de véritables massacres faits par le Dahomey, qui tenait à ce que sa puissance et sa suprémalic fussent respectées. Le palais des rois de Juda fut rasé de fond en comble, el c'est à peine si l'on en voyait encore les traces à la fin du dixhuitième siècle.

Les Européens qui avaient des forts, c'est-à-dire les Portugais, les Anglais ct les Français, durent, malgré eux, se mêler aux guerres. Parfois, ils voulurent resler neutres; mais ils craignaient, malgré tout, de se brouiller avec lc Dahomey, qui avait déjà ruiné leurs établissements de Savi, pour les punir d'avoir fait cause commune avec ses ennemis, alors qu'ils ne voulaient que la neutralité. Pour éviter une nouvelle méprise de ce genre, il arriva souvent que, dans les révoltes, le canon des Européens aida le Dahomey à se maintenir seul maître.

L'histoire des forts de Whydah mérite l’attention, ils furent construits pour protéger, en principe, les Européens et leur commerce coutre les tenlatives de pillage. Au début, ce n'élaient que des assemblages de cases servant de magasins et de logements, et entourés d'un mur épais ; on y possédait de la mousquetcrie, afin de défendre l'enceinte en cas d'attaque ; plus tard, lorsque les affaires prospérèrent, on eut l'idée d’y élever d’abord un bastion, puis deux, d'exhausser el d’épaissir les murailles, enfin d'en faire des forts régulièrement établis, sur le modèle de ceux d'Europe.

Au commencement du dix-huitième siècle, le fort anglais était à une portée de fusil du fort français; c'était un bâtiment carré ayant des angles couverls, des boulevards, sans palissades, ni chemins cachés, et entouré de

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fossés larges ct profonds. Il y avait un pont-levis et une garnison d'environ cinquante hommes ; l'armement se composait de vingt-six canons, dont un dans la cour et braqué sur la porte. Au milieu, un petit bâtiment servant de poudrière et, tout autour, les nègreries et les magasins de la compagnie. Ce fort a disparu aujourd’hui ; il est devenu, après plusieurs transformalions, une maison ordinaire, occupée par la factorerie Gocdell, de Hambourg.

Le fort portugais était le plus ancien; sa construction affectait à peu près la même forme, avec les bastions carrés et un armement moins considérable. A cetle époque, il était déjà en mauvais état. Il n’en reste aujour d'hui que des traces. On a construit, sur le devant, une petite maison avec deux fenêtres à balcon et avec une grande porte; c'est le logement des ofticiers. On y voit encore des bastions mal ébauchés et des fossés presque comblés.

Le fort français fut construit cn 1671, par ordre de Colkeri, pour la Compagnie des Indes. Cette Compagnie, fondée en 1664 sous le titre de Compagnie française des Indes occidentales, demanda au gouvernement français une stalion pour se procurer les noirs nécessaires à ses colonies. Louis XIV donna ordre d'équiper, au Havre-de-Grâce, deux vaisseaux de 250 tonncaux, qui furent armés chacun de trente-deux pièces de canon. Le sieur d'Elbée, commissaire ordinaire de la marine du roi, reçut le commandement de ces deux navires qui se nommaient la Justice et la Concorde (noms étranges pour aller faire la traite).

Le sieur d'Elbée avait ordre d'établir un fort sur la côte d'Ardres ou de Juda. Le sieur du Bourg, qui devait en prendre le commandement, était à bord.

Les deux vaisseaux mirent à la voile le 1°° novembre 1669 et mouillèrent en rade d’Ardres !, le 4 janvier 1670. Après des pourparlers qui n’aboutirent pas à sa satisfaction, le sieur d'Elbée décida de voir le roi de Juda, afin de déterminer quel serait l'endroit où il établirait le fort de la Compagnie. Il se rendit par terre à Juda, et ayant été mieux accueilli ou plus satisfait de ce qu'il vit dans ce dernier royaume, il décida que le fort serait construit à Grégoué (Whydah). On se mit aussitôt à l'œuvre, et la construction fut achevée au commencement de l’année suivante (février 1671).

Le fort élail composé de quatre baslions reliés par des courtines, sans chemin couvert; il avait, pour couvrir la porte, un ouvrage en forme de demi-lune ; il était entouré de fossés:très larges et profonds, el avait un pont-levis jeté devant l'entrée.

L'armement se composait de trente canons montés tant sur les baslions que sur les courtines, el principalement sur celle qui faisait face au fort anglais. »

Il y avait, à l'intérieur, quatre corps de logis formant une grande place d'armes carrée ct comprenant les magasins, les logements pour les officiers et la garnison, et la captiverie *.

Au milieu de la place d'armes se dressait une chapelle. Le fort élait sous

1. Plage de Porto-Novo. 2. C'est ainsi qu'on nommait les magasins à esclaves.

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le commandement du directeur général de la Compagnie des Indes, à Paris *. La garnison se composait de vingt soldats européens, deux sergents, quatre caporaux, un tambour, quatre canonniers et trente esclaves bambaras exercés au maniement des armes.

En 1783, la Compagnie cessa le trafic, laissant dans le fort, pour le garder, une garnison de quinze hommes, qui fut renouvelée et entretenue pendant neuf ans.

En 1792, le directeur, le sieur Danjean, rentra en France, pour se plaindre des vexations dont il était l’objet de la part des autorités dahomiennes*; il Jaissa le fort, à défaut d'Européens, sous la garde d’un mulâtre, employé du fort, et dévoué à notre nation.

En 1797, à la suite des plaintes du nouveau directeur, le fort français fut définitivement évacué et confié à la garde d’un noir, payé comme concierge pour l’entretenir. Ce gardien prit le titre de commandant du fort et fut remplacé, à sa mort, par son fils Titi.

En 1842, le gouvernement français céda le fort à M. V. Régis, de Marseille, avec autorisalion d'en faire usage pour son commerce, à la seule condition qu'il serait entretenu. C'est grâce à cetle sollicitude du gouvernement que le fort, toujours entretenu, s’est conservé de nos jours avec l'aspect qu'il avait autrefois.

Tili garda quand même le litre de commandant du fort, titre qui est passé à un de ses descendants, son fils peut-être, un nommé Taläo, lequel a l'air de le prendre tout à fait au sérieux.

Chaque fort avail autrefois une grande quantité d'esclaves destinés à son service intérieur. Faule de logements à l’intérieur, on leur avait bâti des salams, à peu de distance des bastions. Les habitants de ces salams, quoique n'étant plus esclaves ou du moins considérés comme tels, ont toujours été très utiles à la garnison et, dernièrement encore, ils ne pouvaient refuser leurs services, gratuitement, pour les travaux du fort.

Le salam portugais s'appelle Zoma Ikpéta, le salam français Ahouandjigo ; celui des Anglais a disparu, comme le fort.

La maison Régis a toujours entretenu la construction qui lui a été confiée, et le fort esl encore en bon état. Néanmoins, les droits du gouvernement sont demeurés intacls ; la possession absolue de cette construction lui a été, de nouveau, garantie par l’article 9 du traité de commerce et d'amitié, signé le {er juillet 1851 à Abomey et, depuis, par ceux de 1868 et 1878.

Le lieutenant-gouverneur Bayol reçut, en mars 1887, un récade du roi de Dahomey, lui disant que le gouvernement pouvait réoccuper quand bon lui semblerait ; il ne demandait pour cela qu'un cadeau de 1 000 francs.

En 1890, les fossés étaient comblés, le pont-levis avait disparu ; les bastions étaient déserts el les canons dormaient sur l'herbe, la plupart à moitié enterrés. L'ouvrage en demi-lune qui défendait la porte était remplacé par un balcon. La chapelle n'existait plus. Il y avait un beau jardin planté d'orangers, et la forteresse à l’aspect menaçant d'autrefois, qui servait de prison à des milliers d'esclaves, s’élait changée en une maison paisible.

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