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CHAPITRE PREMIER HISTOIRE, ETHNOGÉNIE

Origine et berceau du Dahomey.— La légende étymologique de son nom. Les Fons, Djedgis et peuples limitrophes. — Les rois du Dahomey.

Les territoires que nous connaissons aujourd'hui sur la côte des Esclaves portaient, au seizième siècle, d’autres noms. Ils étaient aussi constitués autrement.

D'après les renseignements donnés par les anciens navigateurs, on peut déterminer les anciens royaumes de la façon suivante :

Baignés par l'Océan (au sud du royaume de Dahomey actuel) l'État des Popos, les royaumes de Juda et de Jackin, et la partie est de celui d’Ardres.

Ce dernier royaume s’étendait au nord de celui de Juda (le centre du Dahomey actuel). Plus au nord encore l’État des Fons, le royaume de Cana et, à l’est, le pays des Eyos.

Bosman, le plus ancien des voyageurs et le premier qui ait publié ses impressions sur la région, sous un titre bizarre, mais d’une façon détaillée, donne au royaume de Juda une étendue de huit ou dix lieues de long sur six ou sept nord-sud.

‘Îlest d'accord avec Smith, pour décrire le royaume d’Ardres comme excessivement puissant et s'étendant jusqu’à Badagry ; à l'ouest de Juda, sur la côte, est le petit État des Popos dont il parle dès 1698. Il décrit le courage de oe petit peuple qui, en rai-

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son de sa faiblesse, eut toujours à soutenir.les attaques de ses voisins. Il cite les combats qu'il eut à livrer contre les Aquamaboe et les Fantis, limitrophes de son territoire à l’ouest. En 41700, les Popos remportèrent une très grande victoire qui reste mémorable dans leur tradition.

On attribue à tort aux Popos une origine mi-dahomienne et mi-fanti. Ce qui précède est la preuve du contraire, puisqu'ils étaient déjà en lutte avec les Fantis alors que le Dahomey était inconnu, même de nom.

Quant à l’État des Fons, tous les voyageurs en parlent comme d’un peuple guerrier dont le seul nom portait la terreur chez leurs voisins. Norris les appelle Foys, par erreur sans doute; le titre de Fouins, donné par des Marchais, se rapproche de la réalité, et Bosman leur donne leur vrai nom.

Il n’est pas possible de rétablir l’histoire séparée de tous ces États, les documents manquant absolument ; on peut, néanmoins, suivre graduellement les transformations qui s'opérèrent dans les limites de tous ces territoires, destinés à disparaître, engloutis, sacrifiés à l’ambition et à l'insatiabilité d’un État voisin.

Nous allons, à partir de ce moment, suivre, dans leurs conquêtes et leur développement, les Fons, le petit peuple guerrier dont nous avons parlé, pour revenir plus tard aux autres États.

Recueiïllir les légendes, voir si elles concordent entre elles, les classer par ordre, se faire une idée des dates, et enfin compléter le tout par le peu que les anciens voyageurs nous ont appris sur le pays, tout cela est chose peu aisée chez les peuples illettrés. Le père raconte à ses enfants ce qu’il a entendu dire à leur grandpère; son caractère enthousiaste ou calme, ses talents de conteur ou son peu de goût pour la description influent sur ses récits, donnant plus ou moins d'intérêt à ce qu'il leur apprend.

Passant ainsi de bouche en bouche, de génération en génération, chez un peuple qui a pour ses rois une grande vénération, la légende nous arrive forcément exagérée.

Le fond des récits est pourtant toujours le même : nous avons entendu raconter bien souvent par les Fons, et dans leur langue, ces grands exploits des monarques défunts; nous avons questionné partout, dans le pays, des gens de toutes les classes, et nous avons constaté que ce que l’on peut appeler le canevas de

4. Encore aujourd’hui, en languc du Dahomey, Fon veul dire Dahomien.

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l'histoire restait toujours intact; le narrateur ajoute souvent des détails de son cru, qu’il croit nécessaires pour provoquer l’admiration chez l’Européen, mais il respecte ce qu'il tient de ses ancêtres : la tradition.

Les Fons.

L'histoire des Fons est, d’un bout à l’autre, celle d’une nation guerrière et disciplinée. Geux qui ont voulu s'opposer à l’accroissement de leur puissance ont été anéantis; les rois dont ils étaient les tributaires sont devenus leurs esclaves, et les peuples qu'ils ont combattus sont tombés pour ne plus se relever.

L'histoire des Fons antérieure au dix-septième siècle est inconnue ; il faut croire qu'ils n’existaient pas encore, car les premiers voyageurs en parlent comme d'un peuple dangereux mais faible et peu nombreux en 1698. D’après l’histoire indigène, on ne peut guère remonter que vers 4625. Mais laissons parler la tradition.

Au commencement du dix-septième siècle, les Fons avaient un roi nommé Dan ‘. Successeur de plusieurs princes qui avaient fait de la petite tribu des Fons un peuple déjà craint malgré sa faiblesse, Dan était respecté par ses sujets. Quand il prenait son arc de combat, les Fons étaient sûrs d'avoir au retour de nombreux prisonniers et un riche butin.

Toujours vainqueur à la guerre, toujours le premier dans l’action, il électrisait ses hommes : les Fons triomphaient, même quand ils avaient l'infériorité du nombre.

Le pays devint rapidement riche et florissant sous son règne et, par conséquent, excita la convoitise de plus d'un voisin.

Vers cette époque, un nommé Aho, aventurier d’après les uns, prince d’Allada selon les autres, dévastait avec sa bande tous les pays environnants; 1l attaquait par surprise, pillait à la hâte et se relirait de même.

Aho vint un jour chez les Fons demander à Dan un morceau de territoire pour s'établir, disait-1l, loin de son payset des siens. Il faut croire qu'il n'avait, en réalité, aucune patrie.

Dan, craignant pour son pays le pillage et l'incendie, acheta sa tranquillité au prix de cette concession, et Aho s'établit chez les Fons, avec lesquels il vécut d’abord en très bonne intelligence.

Le-prince d’Allada ou plutôt l'aventurier, comme nous l’appel-

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