SCÈNE XII
ASTERMANN, BROWN , LA BARONNE, une dépêche h la main, BONA MARIA, WALMOOR , JOHNSON.
LA BARONNE
Mon ami , de l'hôtel des Affaires Etrangères,
LE BARON
Quoi ! . . . déjà ! . . . donnez ...(// examine sa femme . A part . )
Elle sourit !.. . Le domino rose m'aurait-il joué? Est-ce
Dona Maria qu'il faut que je surveille ?. . .
( // a décacheté la dépêche et lit . )
« Monsieur le Baron , » Ainsi que je m'étais flatté de l'obtenir, sa majesté vient de r> VOUS confier une mission extraordinaire à Rome. Je m'em- » presse de vous transmettre cette nouvelle dont nous avons » tous deux à nous féliciter , puisqu'elle établit dès ce jour, cn- » tre vous et moi des relations que j'ai toujours vivement sou- ') haitces.
» Agréez , etc. »
Cette lettre est fort aimable.
P . S. » Sa majesté vous accorde trois jours pour votre dé- » part . »
JOHNSON , à part.
Bon. . .[Haut.) Recevez mes sincères félicitations.
WALMOOR.
Une mission charmante.
LE BARON
Je vous remercie, je vous remercie. .. (/^ ia Baronne. ) Mais il faudrait répondre.
LA BARONNE
Sans doute. . . il y a là quelqu'un du ministère. ( Appelant. ) George! vite de quoi écrire. (^Au Baron.) J'ai voulu vous apporter moi-même cette bonne nouvelle-
ASTERMANN.
11 paraît que la missiop est urgente , puisqa'oii vOuS fait partir si vite.
( George a apporté de quoi écrire . Le Baron se place à une table , su femme est à coté de lui et ubsctK'e W^almoor qui parle toujours
bas à Dona Maria. )
BROWN
C'est un pays fort agréable.
JOHNSOIC.
Un peu éloigné.
ASTERMANN.
Oh ! qu'importe ? ... un séjour. . .
WALMOOR.
Délicieux ! . . . Un climat ! . . . et des femmes ! Ah ! les
Italiennes ! . . .
DONA MARIA
D'où les connaissez-vous ?
WALMOOR , à demi-voix.
Ne suffit-il pas de vous avoir vue pour les aimer ?
LA BARONNE , à part.
Sans cesse auprès d'elle . . . que je souffre! . . •
ASTERMANN.
Le voyage est long , et le départ pénible.
JOHNSON
Mais songez quels plaisirs procure le retour!... Son château à revoir, ses aises à retrouver j ses chevaux, sa femme... des récits à faire ,• des amis rendus plus tendres par l'absence ; et puis les douceurs du pays natal I... Les brouillards de la Tamise qui nous restent fidèles dix mois de l'année ! . . . C'est plus de cposlance qu'en amour.
LE BARON , (fui a fini d'écrire.
George , cette lettre à la personne qui a apporté la dépêche. {George sort.) J'ai fixé mon départ à demain soir.
LA BARONNE, qui s'est approchée de Walmoor. {Bas.) Demain soir!
WALMOOR, bas.
J'y serai. (Bas à Dona Maria placée de Vautre côté.) Demain tnatinP ^fr ennv ii^
DONA MARIA, bos. ',■.
Peut-être.
LE BARON , à part.
D'ici là j'éclaircirai mes doutes.
JOHNSON
Est-ce que cette heureuse nouvelle va interrompre nos plai- «irs ?
LE BARON
Non, certes. Mesdames, le souper nous attend.
WALMOOR, à -Dona M«ria, Daignerez-vous accepter ma main ?
DONA MARIA
Volontiers.
BROWN , à Astermann.
Mon cher; comme to le disais tantôt , je suis mystifié.
(22) ASTERMANIf.
Console-toi , mon ami , tu n'es pas le seul. FINAI- DE m. DoCHE.
LA BARONNE
Qu'à me suivre chacun s'empresse , Le plaisir ici doit régner.
{A part.) A leurs yeux cachons ma tristesse , Qu'il ne puissent la soupçonner J
LE BARON , à part.
Est-ce ma femme , ou ma maîtesse?
Je ne sais plus qui soupçonner.
ASTERMAHN , BrOWN et le CHCSUR.
Loin (le nous soucis et tristesse !
Le plaisir ici doit re'gner.
WALMOGR , à Dona Maria.
Que de grâces ! que de noblesse !
Vous allez tous nous enchaîner, DONA MARIA , à Tfalmoor.
Comment croire à votre tendresse?
Qui peut jamais vous enchaîner?
(La musique continue à l'orchestre ; Johnson est sur le devant avec le Baron ; il parle pendant ce tems.
JOHNSON
Vous allez donc voyager , Baron ? juste au moment où vous raillez ce pauvre sir Ëelton.
LE BABON.
Ah !.. .
JOHNSON
Voyez-vous, moi , je défends tous les maris, trompés ou non, et vous ne pouvez m'en vouloir, puisque vous êtes vousmême. . ■
rE BARON.
Marié?
JOHNSON-
C'est ce que je voulais dire.
LE BARON
Venez, Johnson, et qu'on y prenne garde!... Il peut y avoir du sang au fond de vos paroles.
{Le chœur reprend.) CHCETJR.
Loin de nous soucis et tristesse !
Le plaisir ici doit régner. , ^ ]
LA BARONNE
Qu'à me suivre chacun s'empresse , Le plaisir ici doit régner.
LE BARON
Est-ce ma femme ou ma maîtresse?
Je ne sais plus qui soupçonner, WALMOOR , « Dona Maria.
Que de grâces ! que de noblesse !
Vous allez tous nous enchaîner.
Comment croire à votre tendresse?
Qui peut jamais vous enchaîner ?
( On s'achemine pour passer dans les pièces voisines.) [La toile tombe.)