SCÈNE XI
ASTERM ANN , BROWN , LE BARON , DONA MARIA, WALMOOR , JOHNSON ,/y«/e de Danseurs et de Danseuses.
DONA MARIA, Continuant une conversation commencée . Elle n'a plus de domino.
Oui , il faut avouer que sir Belton est une bonne pâte de mari.
LE BARON , jetant les yeux de tems en tems sur Pf^almoor. Souffrir un pareil affront sans vengeance !
BROWN
Et de la part d'un étranger encore !
Des fats, qui valent tout au plus la balle dont on les tue.
ASTERMANN.
Que n'a-t-il usé du privilège de la loi.'' que n'est-il allé
tout simplement , avec deux bons témoins , conduire sa femme à Smilhfield?... Si elle est jolie, il en aurait retiré quelques guinées.
Vl^ALMOOR.
Le moyen est expéditif et avantageux.
DONA MARIA
Ah ! . . . fi ! monsieur ! . . . quel conseil !
JOHNSON
N'est-ce pas un admirable pays que celui où l'on peut évaluer à un scheling près le mérite d'une femme?
LE BARON
Qu'est-ce à dire , messieurs? . . . Un procès! Une enchère !.. .Je vous suis garant , moi , qu'en de pareilles affaires mieux vaut pour plaider une bonne lame qu'une plume d'oie ou de corbeau.
ASTERMANN.
Ma foi ! mon cher Baron , les tribunaux . . .
LE BARON
Les tribunaux ! . . . jamais ! La honte à l'épouse coupable ; la mort à son complice.
JOHNSON , à pari.
Le cher Baron se doute de quelque chose.
LE BARON , à part.
Walmoor ne se trouble pas.
■WALMOOR.
Moi , je suis de l'avis du Baron.
JOHNSON
Ah! en vérité?. . .
WALMOOR.
A cette nuance près, que je regarderais comme indigne de moi de me venger d'une femme, et que je me contenterais de punir mon rirai.
JOHNSON
Oh ! milord î vous n'êtes pas marié ! • . . moi , qui l'ai été , je VOUS réponds . . .
WALMOOR .
Ah ! vous savez ce qu'on fait en pareil cas ?.. . Merci de la confidence .
ASTERMANN.
Mais que savez-vous donc de positif sur sir Belton ?
JOHNSON
Eh mon Dieu ! il n'y a peut-être pas plus de vérité dans ce qu'on dit de sa femme , que dans ce qu'on ne dit pas de tant d'autres.
LE BARON
Il y a des preuves.
JOHNSON
Eh bien ! le mari n'en sait peut-être rien Eh quoi ! de
plus naturel ? . . . il voyage.
LE BARON
Oui , pour laisser le champ libre à son suppléant. •
JOHNSON
Ah ! Baron , vous êtes impitoyable , et cela n'est pas bien . ( A part.) Entre confrères.
WALMOOR , à Dona Maria.
Que vous êtes belle , ce soir !
DONA MARIA
Vous trouvez , milord?
WALMOOR.
Adorable !. . . Et que j'aurais de choses à vous dire si vous consentiez à m'accorder une heure !
DONA MARIA
Le méritez- vous ?
WALMOOR.
J'ose croire que je m'en rendrais digne.
DONA MARIA
Nous verrons .
LE BARON , qui les examine.
Eh mais ! c'est de Dona Maria qu'il semble s'occuper.
JOHNSON , à part.
Bon! voilà le Baron inquiet pour sa maîtresse à présent!..» ce que c'est que de cumuler !