‹ Le dandyChapitre 24 sur 27 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

WALMOOR , puis DONA MARIA.

Maintenant, Franck, fais entrer. {Franck sort.) Ah! le Baron a peur pour sa femme .'*... Eh bien ! cnicvons-lui sa maîtresse sous ses yeux , ça le tranquillisera.

[Doua Maria entre avec une sorte de timidité.)

WALMoou , allunl au-de\'ani d'elle.

Ah sigriora! je Iremblais que vous ne vinssiez pas ; que le lems me semblait long î

DONA MARIA

Comment justifier une semblable démarche? moi , milord, chez vous I . . .

« WALMOOR.

N'est-ce pas le plus sûr moyen d'échapper aux regards curieux? et ne m'aviez-vous pas promis?. . .

DONA MARIA

Avec quel art vous m'avez arraché cette promesse I Comme vous avez su rendre la résistance impossible!

WALMOOR.

J'attachais un si grand prix au succès! . . . Mais vous paraissez émue ï

DONA MARIA

Comment ne pas l'être? Ah! pourquoi la raison vient- elle toujours trop tard ?

WALMOOR.

Et qu'a donc à faire la raison dans tout cela? Savons-uous bien ce que c'est que raison ou folie ? Tâchons plutôt de rencontrer le bonheur : et les femmes sont si bien à même de le connaître , ce bonheur, le plus précieux de tous , celui qui naît (lu bonheur des autres.

DONA MARIA

Oui , quand seules nous en faisons les frais.

WALMOOR.

Pensez- vous donc qu'il y ait place pour une autre dans uû cœur où vous régnez ?

DONA MARIA

Qui pourrait prétendre à cet empire ?

WALMOOR.

Vous me le demandez , Maria ?

DONA MARIA

Je ne suis ni duchesse, ni baronne.

WALMOOR.

Vous êtes nticux que tout cela, vous êtes belle.

DONA MARIA

A une seigneurie , il faut des fronts couronnés.

WALMOOR.

Est-il un plus beau diadème que ce bandeau de cheveux noirs ? . . . mais je vais m'irriter contre ce voile importun . . . DONA MARIA , retenant le i>ui'le.

Pourquoi l'écarter?

WALMOOR.

Pourquoi le retenir '.' ( Le i'vile tombe sur ses épaules . )

DOXA MARIA

Piiis-jc croire à vo(re amour?

AVALMOOR,

Vous ne croyez donc pas à vos charmes?

DONA MARIA

Peuvent- ils faire oublier ceux d'une Baronne?

WALMOOR.

Ah I toujours un injuste soupçon I . . .

DONA MARIA

Est-il injuste?. . .

^v^LMOOR.

On ne peut davantage. . . Comment avez-vous pu penser?... En vérité , c'est me connaître bien mal ! . . . Moi , songer à la Baronne!...

DONA MARIA

Vous ne Taimez pas?

WALMOOR.

Je n'aime que vous Pour des riens , adressés à une

femme par politesse , vous me soupçonnez , vous m'accusez !... Mais ne pourrais-je pas aussi , moi , exprimer des craintes, et ne seraient-elles pas plus fondées que les vôtres? . . .Si je vous parlais d'Arthur Brown ? . . .

Un enfant î

WALMOOR , l'attirant i>ers Vottomane.

Sur qui vos regards s'attachent avec complaisance.

DONA MARIA

Le croyez-vous dangereux ?

WALMOOR.

Pourquoi pas?

JiOyA MARIA.

Vous avez trop d'orgueil pour être effrayé.

WALMOOR.

J'ai trop d'amour pour être tranquille.

DONA MARIA , USsise.

Walmoor , en cédant à vos désirs , en venant ici , j'ai été bien faible ! . . .

>vALM00R , s'asseyant.

En me refusant , vous auriez été bien ingrate.

DONA MARIA

Quel sacrifice vous avez exigé I . . .

>VALMOOR .

Et si j'en exigeais encore un autre ?

DONA MARIA

Que voulez-vous dire ?

Pensez-vous que je voie sans chagrin à votre doigt celte bague , précieux gage de tendresse . . .

DONA MARIA

Oui vous l'a dit?

WALMOOR.

Osez le nier !

DOUA MARIA

Que vous importe ? je suis chez vous , Walmoor. . . et cette imprudente démarche . • .

WALMOOR.

Plaii à mon amour , mais ne suffit pas à ma jalousie.

DONA MARIA

Walmoor, qu'avez-vous dû penser?..... moi, qui, jusqu^à ce jour, entourée d'adorateurs , me suis fait un jeu de leurs tendres hommages , moi , dont le cœur était demeuré calme et libre je reste sans défense contre vos premiers mots d'amour , je renonce à ma fierté . . . me voilà ici , seule , sans autre protection que votre honneur et votre loyauté. WALMOOR , à part.

Ma loyauté ! . . . Diable ! . . .

DONA MARIA

Ah I c'est que l'instant vient où l'amour se venge des triomphes de rorguell , où une vol.x trouve enfin un écho dans notre ame , où l'on se dévoue avec transport au bonheur de l'homme qu'on a distingué.

WALMOOR , étonné.

Quel langage !. . •

Il vous étonne?. . . Mon cœur ne vous est pas connu !

Vous m'avez vue légère, inconséquente et faible!. . . mais si un sentiment, dont j'ignorais la puissance , avait pénétré dans

ce cœur si un homme sans le savoir, sans le vouloir,

peut-êlre , s'était emparé de mon avenir ; si sa tendresse avait été le rêve de tous mes instans; si ses discours, ses regards adressés à une autre femme avaient livré mon ame à tous les

tourmens de la jalousie ? enfin , si mon. existence entière

lui appartenait.''. . .

WALMOOR.

Serait-il possible 1. . . {A part.) Et le pauvre Baron qui entend tout cela 1

DONA MARIA

Vous devineriez ce que j'ai souffert , n'est-ce pas? . . • vous comprendriez ma faiblesse , et il y aurait dans votre cœur de quoi répondre à ce dévoûment . .

WALMOOR , h part.

Quel accent ! ... je crois vraiment que je commence à me repentir ...

DONA MARIA

Ma conduite et mon langage blessent toutes les idées reçues, je le sais : vos usages me condamneront î . . . Que m'importe si je suis aimée ?. . . Walmoor , une ame italienne obéit à l'impulsion des sentimens qui la possèdent, et ne voit rien audelà ! . . . J'ai voulu croire à vos sermens d'amour , car ils me rendaient bien heureuse; je me suis confiée à votre probité, car je vous estime.

WALMOOR , à part.

Elle m'estime î . . . Oh ! si je pouvais les renvoyer I . . .

DONA MARIA

D'où vient ce trouble, mon ami?. . . Pourquoi vos regards se détournent-ils de moi? Ce n'est plus cette femme coquette et frivole , qui plaçait sa gloire à donner des fers et à n'en porter jamais ! . . . C'est une femme dévouée , qui n'a plus qu'une pensée, son amour; qu'une seule espérance, le bonheur de celui qu'elle aime !

>VALMOOR.

Vous m'aimez?. . . et je vois toujours à votre doigt ce témoignage d'un autre amour ? . . .

DONA MARIA , cherchant à retirer sa main. AValmoor !..

WALMOOR.

Pourquoi me le disputer ?. . . vous y tenez donc bien ?. . .

DONA MARIA

De grâce I . . .

WALMOOR.

Oh ! ne me résistez pas î. . .que mes yeux ne soient plus offensés par cet odieux souvenir I . . .Abandonnez-moi cette main si jolie I. . .

DONA MARIA

Que faites-vous ?

AVALMOOR , en/eoant la bague.

Ah ! . . . elle est à moi i . . .

( On entend un léger bruit dans le cabinet.)

Qu'est-ce donc ? ... du bruit de ce côté ?

WALMOOR.

Ce n'est rien . . . {A part. ) La Uaronne serait-elle restée ? ... Pardieu , nous serions au grand complet ! . . .

( Ici des éclats de rire dans le fond.) Le Dandy. 6

s.f» SCÈNE ÏX,

Lis MÊMES, ASTEPxMANN , BROWN, LK BARON,

JOHNSON, AUTRES Lords.

ni-' , DOSA MARIA, se Icount.

~^''i)'u''enl(n'i(ls-je? où suis-je? [Astermann ^ Brown , Johnson et fk'satUres lônl.> sorie/tt de leur cacheile en criant ; Wnlnioor semble Whsténié.)

■■'■ ■'■ ASTERMAjVN.

Rn bonne compagnie, madame.

DON A MARIA, rounnit se jetir sur V ottomane. Quelle îndignilé !. . . où me cacher? où fuiri'

BROWN

Près d'un entant qui n'est pas dangereux.

LE BARON

A cAté «i'rin homme qui vous connaît maintenant.

''■'' ■'■- DONA MARIA

'' Horrible trahison I

Oh ! nous sommes tous gens discrets... pour ceux qui le sont.

DONA MARIA

W'almoor ! Walmoor I

ASTERMANN.

Chacun était à son poste et a joué son rôle.

DONA MARIA , sc re'eount iwcc énergie.

Oui ! . . . ('! maintenant Sans doute je peux me retirer? j\'îais, avant de partir, il faut que je vous fasse mes adieux! car nous ne nous verrons sûrement plus , et on ne quitte pas de la sorte si noble compagnie ? En vérité , milords , je vous rends grâces d'avoir réuni pour mol l'élite de vos grands noms .'...■ Je ne me trosnpe pas : ce sont des lords, des pairs d'Angleterre, les

descendans des héros! Ah ! c'est une noble tâche, lord

Walmoor, que vous leur avez donnée là , et voilà des hommes d'honneur bien dignement occupés 1 . ■ • (^Etlc est allée se placer au milieu d'eux.)

BROWN

Ou'enlends-je?

JOHNSON, à ASTERMANN.

Elle a l'air de se moquer de vous.

WALMOOR.

Mais , madame. . .

DONA MARIA

Oui, milord, j'ignorais qu'il fût permis d'outrager une femme qui ne peut ni se défendre, ni se venger !.. . Je vous dois

beaucoup pour m'avoir offert un tel spectacle , et à ces messieurs pour en avoir fait les frais.

WALMOGR.

Eh ! signora , oubliez-vous donc les calomnies que j'avais à punir.

DONA MARIA , aoec dédaiii.

Des calomnies?

LE BARON , rwemenU Prétendez-vous avoir dit vrai? ,j

DONA MARIA

Je ne prétends rien, monsieur; mais j'admire le rôle que joue ici un grave ambassadeur. Soyez aussi clairvov,anl pour les affaires de l'état que vous l éles pour les vôtres, et les iutéréls de l'Angleterre seront en bonnes mains.

LE BARON , a part.

Que dois-je croire ?

ASTERMANN.

11 y a eu dans voire conduite méchanceté et coquetterie. (Jbuna Maria jette sur lui un regard de dédain et s'adressa à W^al-

moor.)

DONA MARIA

Je suis coquette !. . . Ah ! ce désir de plaire , (jui de vous , milords , oserait en faire un crime à une femme , quand il remplit vos jours que vous pourriez rendre utiles V

JOHNSON

Diantre I . . . elle ne se laisse pas abattre ?

Si un méril»; éclatant joint au\ charmes de la figure , avaient troublé une tête légère , ou louché un cœur sensible, où serait donc le crime à vos veux/ Voyons, milords, expliquez-moi ceci ; . • . Pourquoi donc tant de soins pour nous altirer dans le piège , et tant de iné[)ris quand nous y sommes tombées ? Estce donc qu'on devient méprisablo pour s'être attachée à vous, ou stupide parce qu'on a cru à voire bonne foi ■" \VALMOOR . il part,

Quelle femme ! . . je ne sais où j'en suis.

DONA MARIA

Si là, timl-à-Theure , mon cœur battait aux paroles de lord W a'imoor, c est qu'elles imitaient la tendresse ; c est que son langage ressemblait au dévoùroenl , et que moi je croyais à sou honneur î. . . C'est un grand tort, n'est-ce pas, de vous avoir rru hoiuiéte honune?... et pourtant , si quelqu'un osait ^ea douler, il paierait ce doute de sa vie !.. >vALMOOU , <ni/jarrassé.

Ah ! si vos discours calomnieux n'avaient compromisle reDOs

d'une femme qui doit être respectée, jamais Je n'aurais été capable. . .

ASTERMANN , à JohnSOfl.

M^'alrnoor est embarrassé.

JOHNSOIî.

On le serait à moins.

DON A MARIA

Eh bien I oui • • • j'y consens ! . . . j'ai eu tort ! . . . mais si la jalousie me rendit coupable , ce n'est pas à vous de m'en punir, car vous étiez taux et sans foil... fallait il pour cela me livrer sa.vs défense, moi , faible et crédule , aux rires de vos

amis , aux dédains, à la haine? Oh ! convenez que mes

torts étaient excusables, et diles-moi si votre vengeance peut l'être ?...

WALMOOR.

Je conviens Le diable m'emporte si je trouve rien à

dire I . . . qui pouvait s'attendre à trouver une femme comme celle-là?. . .

BROWN

Une Anglaise eût rougi !

ASTERMANir.

Kt se fût déjà évanouie trois fois I

DONA MARIA

Rougir ! . . . monsieur Brown ! . . . mais pourquoi votre front ne se couvrirait-il pas de rougeur, à vous, le complice d'une si indigne trahison?. . . je m en étonne, car votre ame conserve encore le sentiment de ce qui est noble et généreux . . et c'est ce qui , au milieu d'un monde égoïste et faux, m'a fait quelquefois arrêter sur vous une pensée de tendre intérêt que les esprits vulgaires ont nommée de la coquetterie ! . . .

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