MOYEN AGE
(De l’an 1000 à l’an 1530.)
Les Normands qui, dans les ix®.et siècles, faisaient métier d’envahir les côtes de l’Europe occidentale, adoraient Odin et Thor, les deux dieux de la guerre chez les anciens Scandinaves.
Cependant dès le viii^^ siècle plusieurs essais avaient été faits pour importer chez eux le christianisme, dans l’es-pérance que cette religion adoucirait leur caractère farouche et les amènerait à cesser leurs pirateries et leurs cruautés ; mais aucun des courageux missionnaires qui se hasardèrent parmi eux. n’avait réussi dans ses tentatives.
Au IX® siècle enfin, saint Ansgaire, qui était né dans les contrées qui plus tard formèrent la province de Picardie, se rendit tout jeune encore en Danemark pour consacrer sa vie à l’évangélisation du Nord, et il réussit à répandre quelque peu la bonne Nouvelle. Sa résidence habituelle était Hamboug; mais il séjourna aussi à plusieurs reprises assez longtemps en Danemark et fit même deux voyages semés de périls jusqu’au centre de la Suède.
Cependant, malgré les efforts de saint Ansgaire et de ses disciples, le christianisme ne fit que des progrès trèslents pendant la vie de l’apôtre du Nord et sous ses successeurs immédiats sur le siège archiépiscopal de Brême, et ce ne fut que dans le J utland méridional ou le Slesvig, et dans quelques cantons du Jutland septentrional, que se formèrent des communautés chrétiennes. Un siècle plus tard seulement, lorsque l’Angleterre, qui professait depuis plusieurs centaines d’années la religion chrétienne, eut été conquise par les rois danois Svénon à la Barbe fourchue [Tveskjœg) et Canut le Grand, le christianisme l’emporta sur le paganisme dans toutes les provinces du Danemark.
La nouvelle religion 'exerça une grande influence sur les mœurs des Danois ; elle mitigea leur humeur belliqueuse et tempéra leur esprit féroce, qui les faisait aller au combat à la moindre occasion; elle introduisit chez eux les arts de la paix.
Ainsi ils commencèrent à s’adonner à l’agriculture abandonnée jusqu’ici aux femmes et aux serfs, tandis que l’homme libre allait, l’épée constamment à la main, quérir la gloire des combats et guigner du butin.
Le Danemark, partagé dans les derniers temps du paganisme entre plusieurs rois et chefs indépendants, * avait été réuni par le roi Gorm sous un seul sceptre, même avant l’introduction du christianisme; mais ni lui ni son fils et successeur Harald n’avaient tenté quoi que ce soit pour remplacer l’état barbare par un gouvernement quelque peu régulier.
Un changement capital s’opéra sous le roi Svénon à la Barbe fourchue et notamment sous son fils Canut le Grand; ils prirent l’Angleterre comme modèlé pour l’ad-
A L’EXPOSITION UNIVERSELLE
ministration de leur pays; ils commencèrent en même temps à créer des armées permanentes et à régler la marche des affaires par des lois stables. Ce furent eux aussi qui, à l’aide de maîtres monnayeurs mandés d’Angleterre, frappèrent notre première monnaie.
Ils appelèrent encore de la Grande-Bretagne d’autres artistes et ouvriers, des architectes principalement, qu’ils chargèrent de construire des églises et autres édifices. Il y eut sans doute aussi des peintres anglais qui vinrent alors en Danemark. La plupart de ces ouvriers et de ces artistes paraissent avoir été des moines.
Dans les temps païens, comme nous l’avons vu si souvent, les édifices et les habitations étaient tous en bois; ni les palais des rois, ni les temples, ne faisaient d’exception. Les premières églises chrétiennes furent également en bois, et il en fut de même pour une grande partie des églises construites par les architectes anglais. Cependant on commença dès le milieu du xi® siècle à employer la pierre, et plus tard la brique pour les églises et autres édifices importants.
Il y avait, depuis les temps païens en Danemark, plusieurs villes, dont les plus considérables furent choisies plus tard pour chefs -lieux de diocèses. Certaines de ces villes étaient, à l’époque des Normands, et peut-être même avant, des centres pour le commerce qui se pratiquait avec différents pays, principalement avec la Russie ; il y avait alors à travers ce pays une voie de commerce très-fréquentée qui reliait la Scandinavie à l’Orient. Elle fut pratiquée constamment pendant plusieurs siècles de notre période, comme le prouvent suffisamment le grand nombre de monnaies byzantines et coufiques découvertes dans les pays du nord.
Les villes les plus importantes, telles que Slesvig, Ribe, Roeskilde, etc., servaient assez souvent de résidence aux rois danois; mais, comme les Mérovingiens, ils aimaient aussi à faire des séjours prolongés hors des villes, dans leurs vastes domaines. Jellinge, où se voient les tumulus de Gorm et de sa reine, était une curia royale de ce genre.
C’est dans les villes que nous venons de citer que furent construites les premières églises chrétiennes; elles étaient sans doute très-simples et toutes en bois. C’est aussi la matière qu’employaient les architectes anglais qui, sous le règne de Canut, furent pour quelque temps attirés en Danemark. Cependant, comme nous venons de le dire, on commença bientôt après à construire des églises en pierre, d’abord en pierres brutes, plus tard en pierres taillées, et à la fin en brique. Dans certains districts du Danemark les églises furent édifices en tuf danois, pierre que l’on rencontre dans les tourbières. Des bords du Rhin, des carrières d’Andernach principalement, on fit venir un tuf volcanique qui servit à l’édification de la majeure partie de la cathédrale de Ribe et de plusieurs églises des environs de cette ville.
Les églises en brique dont nous connaissons la date appartiennent surtout à la seconde moitié du xii® siècle, c’est-à-dire à l’époque des Yaldemars; ainsi l’église de Soroe fut élevée en 1150 environ, et celles de Bjernede, d’Aarhus et de Kallundborg, vers l’an 1200. Toutes ces églises sont construites dans le style qui régnait alors en Occident, et offrent Limage d’une croix latine. L’église de Kallundborg seule est bâtie en forme de croix grecque.
Les quatre sanctuaires que nous venons de citer furent élevés par la muniücence d’une puissante famille,
A L’EXPOSlïiOA ÜlMVEESELLE. !5l
la première après la maison souveraine, avec laquelle elle entretenait les meilleures relations.
Les églises de villages, dont la plupart existent encore, étaient fort simples : elles consistaient en un bâtiment rectangulaire à plafond plat; les fenêtres étaient de très-petite dimension, le verre coûtant alors fort cher. Plus tard cependant, lorsque le style gothique fut adopté généralement, la plupart des églises en style roman subirent des remaniements plus ou moins considérables; ainsi les nefs furent recouvertes de voûtes, et les petites fenêtres furent remplacées par d’autres plus grandes. De plus on adapta assez souvent à l’édifice des clochers et des portails.
Plusieurs églises del’île de Bornholm sont élevées sur un plan tout particulier; elles sont toutes circulaires, mais non pas sur le modèle de celle du Saint-Sépulcre; elles paraissent avoir été destinées à servir, au besoin, de refuge contre une invasion.
Quant au mobilier de toutes les constructions dont nous venons de parler, on suivit très-souvent encore le goût national, les lignes bizarrement contournées; les dragons et autres animaux fantastiques continuent d’être employés comme ornements à notre époque. Le musée possède plusieurs spécimens d’objets en bois décorés de la sorte.
Les tombes de ce temps, d’ailleurs comme presque partout, se trouvaient autour des églises; les personnes de distinction seulement furent assez souvent enterrées dans l’édifice même. On plaçait quelquefois dans le cercueil une simple plaque de plomb, avec une inscription relatant quelques dates et les faits les plus saillants de la vie du défunt. Nous possédons aujourd’hui une douzaine de
ces plaques; niais aucune n’est postérieure à l’an 1250. C’est alors que l’on commença à façonner les cercueils avec beaucoup de luxe; on les mit en évidence dans l’église même, ou bien encore on les plaça dans un caveau couvert d’une dalle plus ou moins ornementée.
La fondation des plus anciens couvents danois remonte à la première moitié du xii® siècle. Les moines ne s’y livraient pas généralement aux études savantes; ils s’occupaient beaucoup plus d’agriculture, et aussi, depuis l’arrivée de l’abbé Guillaume, de Paris, de la culture des jardins.
Cependant il se produisait en Danemark un mouvement littéraire des plus remarquables. La poésie populaire y florissait comme dans le reste de l’Europe : le kaempeviser (romances et ballades), qui à tous égards sont comparables aux plus belles parties du Piomancero espagnol, datent de cette époque. C’est vers ce temps aussi que la littérature scientifique commence à naître; Saxo Grammaticus recueillit les anciennes traditions de la bouche du peuple pour les transcrire en latin. D’autres chroniqueurs, tels que Suénon Aagesen , rédigent l’histoire de leur patrie d’après les réminiscences populaires. En Islande, on se préoccupe surtout de ne pas laisser périr les traditions religieuses et historiques des anciens Scandinaves. C’est à ce moment que Semund et Snorro recueillirent les Eddas et les autres Sagas, où règne une poésie bien plus véritablement épique et grandiose que dans la plupart des romans de chevalerie.
Dès le xiP siècle, nous voyons de jeunes Danois se rendre à Paris pour y fréquenter celte école de la Montagne-Sainte-Geneviève où se pressait la jeunesse studieuse de l’Europe occidentale. Les relations entre le
A L’EXPOSITION UNIVERSELLE
Danemark et les pays de rOnest étaient à cette époque assez fréquentes; c’est ainsi que des moines français vinrent au xir siècle, sous la conduite de l’abbé Guillaume, apporter chez nous plusieurs plantes potagères jusqu’alors inconnues.
L’état de l’industrie et du commerce n’était pas aussi satisfaisant; on se bornait à cet égard au plus strict nécessaire ; les troubles et les révolutions politiques se renouvelaient trop souvent pour permettre aux arts de la paix de prendre tout leur essor. Au xi® et au xii® siècle , on voit les paysans de plusieurs provinces se soulever contre les rois, surtout lorsqu’ils essayèrent d’introduire la dîme qui était en exécration chez eux.
Dans la première moitié du xii® siècle, les côtes du Danemark furent ravagées par les Vendes^ qui habitaient les côtes de la Baltique. Toutefois ces invasions ne furent pas sans amener indirectement un progrès. Les forces défensives du pays ne se trouvant pas dans un état suffisant d’organisation, les habitants du pays se virent forcés de se protéger eux-mêmes; c’est alors que dans les villes ils se réunirent en corporations qui, outre leur but primitif, aidèrent puissamment à développer l’esprit d’association et d’entreprise en commun. Ce fut là un mouvement analogue à celui qui créa dans presque tout le reste de l’Europe ces florissantes et puissantes communes. Tout se ressentit de cette nouvelle impulsion. Aussi voyons-nous, dans la seconde partie du xii® et au commencement du XIII® siècle, c’est-à-dire à l’époque des Valdemars, que le Danemark ne se contenta pas de briller par la gloire des conquêtes, mais qu’il participa à ce magnifique développement de la civilisation qui entraînait l’Europe vers de nouvelles destinées*
LE DAfsE^lAUK
Les plus grandes églises datent précisément de cette époque; elles furent construites en brique, matière qui servit aussi pour les demeures seigneuriales dont malheureusement il ne reste que des ruines informes. L’inscription funéraire découverte dans la tombe de Valdemar P’’ fait mention de fortifications élevées également en brique par ce prince.
Du reste, on taillait aussi la pierre, et il paraît même qu’un tout nouveau genre de chapiteaux fut créé par les artistes danois; du moins on en a trouvé un d’une forme particulière et qui ne s’est jamais rencontré hors du Danemark. Il se peut aussi que notre architecture ait à cette époque exercé une influence notable sur celle de l’île de Rugen et des côtes allemandes de la Baltique soumises au sceptre danois.
Vient ensuite une période malheureuse remplie de guerres intestines et de luttes ouvertes entre la royauté et le clergé.
La hanse teutonique ,se hâta de profiter de l’alfaiblissement général du pays pour accaparer le monopole du commerce et de l’industrie, quelle ne voulait plus laisser exercer par les habitants du royaume.
Cependant toute productivité nationale n’avait pas disparu entièrement : le clergé lit à cette époque opérer des remaniements considérables dans les églises. C’est encore vers ce temps que les nefs furent recouvertes de voûtes et que pour les supporter les murailles furent renforcées par de nouvelles constructions en brique ; des artistes indigènes décorèrent en même temps de fresques diverses parties des églises.
Plusieurs châteaux et habitations seigneuriales furent reconstruits au xv^ siècle sur un plan plus vaste, ou
A L’J:XPOSiTIOA [j.M \ EIiSELLE,