Pierre à tailler (voyez par exemple n
11 y faut ajouter encore (G, 2) des nucléus, ou les silex dont on a enlevé des éclats (G, 3). Plusieurs de ces nucléus ont servi de marteaux, paraît-il; d’autres, au contraire, étaient employés comme projectiles (voyez G, 3, et n°* 26 à 27 et 103 à 106).
G. Instruments pour la chasse.
1 . Lances. Nous trouvons des silex terminés en pointes d’assez fortes dimensions, qui peuvent avoir servi de poignards, et même de lances, après avoir été emmanchés dans du bois.
2. Flèches. Les débris de cuisine contiennent assez souvent des flèches en os, quelquefois avec des barbelures d’un côté , mais beaucoup moins fortes que celles qu’offrent les flèches de l’époque du renne en France.
Il va sans dire qu’on n’a jamais trouvé des objets en bois tels que des arcs, des manches de poignairds, des hampes de flèches, de lances ou de piques. ’
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3. Projectiles. On se servait sans doute des nodules de silex pour les lancer contre des oiseaux et des animaux (voyez G, k).
A et 5. Haches et couteaux (voyez G, 1-3). Les haches triangulaires et la plupart des couteaux sont cependant trop petits pour avoir pu servir à la chasse.
H. Instruments de guerre. Ils devaient peu différer de ceux qui étaient employés pour la chasse.
I. Instruments de transport. Il va sans dire que nous ne possédons-^as^ de bateaux datant de la période des kioekkenmoeddings . Gependant il est bien constaté qu’il en a été fait à cette époque. L’existence dans l’île d’Anholt d’un grand nombre de silex grossièrement taillés nous prouve suffisamment qu’on connaissait la navigation et qu’on ne craignait pas la haute mer, d’autant plus que nous trouvons dans les kioekkenmoeddings des fragments osseux du hareng, de la morue et du carrelet, tous poissons qui ne viennent pas sur les côtes. Les bateaux de ces peuplades étaient sans doute formés de troncs d’arbres creusés.
J. Objets de parure et d’ornements. Dans ce genre on ne rencontre absolument que les défenses de sangliers et d’autres dents d’animaux percées d’un trou pour être enfilées et servir de pendants de cou.
Nous avons constaté plus haut la présence du chien dans les kioekkenmoeddings. Il fut donc mangé alors par l’homme, comme les bêtes sauvages dont nous avons dressé la liste; mais depuis les savantes recherches de M. Steenstrup, il est indubitable que le chien à cette époque était déjà le compagnon de l’homme.
On sait, en effet, que les débris de cuisine contiennent de nombreux ossements fendus pour en faire sortir
la moelle; ils ne sont jamais entiers, les parties cartilagineuses sont toutes rongées, et les portions tendres des squelettes d’oiseaux manquent complètement. Or ce sont justement ces mêmes parties que mangent les chiens aujourd’hui, lorsqu’ils peuvent se régaler des mêmes débris. Il est fort probable que ce sont les chiens, dont nous trouvons des os dans les kioekkenmoeddîngs ^ qui ont rongé ces ossements. Ces chiens étaient donc bien . alors des animaux domestiques, mais sans doute les seuls que possédaient les peuplades dont les amas tirent leur origine. Quant à ces tribus, elles se composaient sans doute àQ pêcheurs et de chasseurs à demeures fixes et qui séjournaient de préférence sur les côtes de la mer et les bords des lacs; mais rien ne fait présumer qu’elles fussent parvenues à l’état de pasteurs, et il y a encore moins à présumer qu’elles aient cultivé des céréales.
Reste une question très-importante, qui a occupé beaucoup les savants danois sans avoir été résolue définitivement jusqu’ici, à savoir quelles étaient ces populations des kioekkenmoeddings ^ et notamment dans quelles relations elles se trouvaient avec les peuplades qui ont érigé les dolmens, si nombreux dans le Danemark, ainsi que chacun le sait.
Nous avons déjà fait observer plus haut que les kioekkenmoeclclings ûv mi \q\xv ongmç^ d’un peuple qui a passé toute l’année dans les mêmes campements; mais cela ne ü’anche pas encore la question au sujet de laquelle nous nous trouvons en face de deux opinions contraires émises toutes deux par des savants de premier ordre.
Selon M. Steenstrup , le savant naturaliste auquel nous devons la connaissance de la faune des kioekkenmoeddings^ ces débris contiennent les instruments de
pêche et de chasse des mêmes peuplades dont les armes et instruments de luxe se trouvent dans les dolmens et tumulus qui, selon ce savant, ne sont que des tombes de personnages riches. M. Worsaae, l’ingénieux interprète des antiquités Scandinaves, pense au contraire que les kioekkenmoeddiïigs tirent leur origine des peuplades qui ont habité le Danemark aune époque antérieure à l’érection des monuments mégalithiques ou dolmens, pendant laquelle on polissait la pierre, ce qui n’avait pas encore lieu dans la période où se formaient les débris de cuisine. Selon lui, comme nous l’avons déjà dit, cette époque forme une 'première période de la pierre^ qui alors fut taillée à éclats et qui est bien séparée de l’époque suivante, de la pierre polie. Cependant M. Worsaae admet bien que pendant que régnait en Danemark la pierre à éclats d’autres pays européens aient déjà pu avoir la pierre polie; l’âge des kioekkenmoeddings ^ en effet, paraît un peu plus récent que Y âge du renne et de V aurochs dans l’Europe centrale, où, personne ne l’ignore, cette période forme la dernière époque de Y âge de là pierre à éclats. Cependant les instruments en bois de renne et en os d’aurochs ne manquent pas en Danemark (voyez Worsaae, p. 11, n°® 2/j à 26); mais ils ne proviennent pas des kioekkemnoeddings^ où l’on pourrait cependant bi^m les découvrir un jour. En tout cas, il est permis de penser que les débris de cuisine ont commencé à se former avant que le renne, l’aurochs et l’élan aient disparu du Danemark.
Les recherches les plus récentes paraissent en faveur de l’opinion de M. Worsaae. Plusieurs instruments, qui sont très-nombreux dans les kioekkenmoeddings ^ mais qui ne se trouvent jamais dans les dolmens et qui, selon
M. Steenstrup, seraient des outils pour la pêche de riiuître, se rencontrent aussi dans d’autres pays, mais seulement à l’époque de la pierre à éclats. Les petites haches triangulaires découvertes près de Toul (Meurthe) et dans le Poitou, et qui sont tout à fait analogues à celles des kioekkenmoeclcUngs (G, 1) ne peuvent pas avoir servi à retirer des huîtres; elles doivent avoir été employées dans la vie journalière, et il est présumable que la même chose a eu lieu pour les haches des kioekkenmoecldings^ ce qui n’est pas conciliable avec l’hypothèse de M. Steenstrup, qui veut absolument que cela n’ait été que des instruments pour la pêche, notamment la pêche des huîtres.
En résumé, l’hypothèse la plus probable, c’est que les kioekkenmoeddings sont d’une époque où l’on n’avait pas encore commencé à polir la pierre, et qu’à cette période en a succédé une autre où les habitants du ays étaient arrivés à un plus haut degré de civilisation et où ils polissaient la pierre et enterraient leurs morts dans des dolmens ou des tumulus. Nous ignorons en revanche quel genre de tombe était en usage chez les peuplades de l’époque des kioekkenmoeddings . Cependant il ne paraît pas que ces dernières aient été anthropophages; parmi! les milliers-d’os fendus que nous rencontrons dans les débris de cuisine, aucun n’appartient à l’homme, ce qu’un fanatique de la science pourrait presque regretter, parce que cette absence empêche de déterminer la race de ces tribus.
Les peuplades des débris de cuisine taillaient donc la pierre à éclats et n’en polissaient jamais les côtés, du moins aucune pierre polie n’a été trouvée dans les kioekkenmoeddings. Cependant il paraît certain qu’on a com-
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mencé vers la fin de notre période, rarement il est vrai, à aiguiser le biseau^ ce qui exige la connaissance du travail du polissage.
Le nombre des insiruments en silex ^ dont nous avons dressé la liste plus haut et qu’on a découverts dans les débris de cuisine et les déjjôts sur les côtes^ est des plus considérables. C’est principalement ces derniers gisements qui ont fourni de grandes masses d’outils en pierre réunies sur un espace de très-peu d’étendue.
11 va sans dire que l’existence de ces amas de silex sur les bords de la mer et des lacs a donné lieu à des théories différentes sur leur origine. Le plus souvent on y a voulu voir des instruments perdus successivement et par hasard, et qui, une fois dans l’eau ou le sable, n’ont pu être retrouvés, ou qui même n’ont pas été recherchés par leurs propriétaires. Cependant l’accumulation sur un même point est trop considérable pour qu’on puisse s’arrêter à cette hypothèse. Aussi d’autres savants ont-ils prétendu que ce sont plutôt des dépôts de fabrique qu’on a voulu cacher lors d’une invasion ennemie et qui, pour divers motifs, n’auraient pas été retirés. Cette seconde supposition est jusqu’à un certain point admissible. On sait que le silex est beaucoup plus facile à tailler lorsqu’il sort de la terre qu’ après avoir été pendant quelque temps sous l’influence de l’air atmosphérique. Donc il est fort probable que pour la fabrication d’outils en silex on a choisi les endroits mêmes d’où on l’extrayait, et comme le silex à l’état brut n’est pas rare ordinairement aux environs des dépôts de silex taillés à éclats, il n’est pas impossible qu’il ait existé là des fabriques ou ateliers où on le façonnait.
Cependant, d’après les dernières recherches, notam-
ment celles de M. Garlsen, pasteur de l’île d’Anholt, cette explication devient un peu problématique. Ce savant archéologue a observé que les instruments de même genre se trouvent toujours ensemble, c’est-à-dire que les haches sont en un endroit, les couteaux dans un autre, les nodules sur un troisième point, etc.; de plus tous ces dépôts sont séparés les uns des autres par des intervalles réguliers. On ne peut guère admettre que le hasard ait présidé à ces dispositions ; il y a là une intention, un but, mais lequel? Plusieurs de ces objets sont tout nouveaux, et tellement faciles à découvrir, que nous ne pouvons, dans l’hypothèse en question, imaginer pourquoi on les aurait laissés là^si l’on n’en avait pas été empêché jKir des motifs religieux. Gela nous paraît en effet la solution la plus naturelle, d’autant plus que des dépôts analogues d’ustensiles et d’armes faits plus ^;ard pendant l’âge du bronze et l’âge du fer ne peuvent être expliqués que par la même raison , tirée de la religion , que mentionnent expressément, à propos de dépôts faits par des barbares, des passages d’auteurs romains que nous allons citer plus loin. Il se pourrait même que les entassements considérables d’ossements fendus, qu’on trouve çà et là dans les kioekkenmoeddings^ provinssent de grands festins en l’honneur des dieux.
Gette explication n’empêche pas d’admettre qu’il n’y ait eu, dans plusieurs des endroits où nous trouvons ces dépôts, des ateliers où l’on taillait la pierre. Ainsi dans l’île d’Anholt il y avait probablement une fabrique de ce genre où l’on a continué à préparer des silex, même dans la péripde de la pierre polie. Un certain nombre des silex d’Anholt, que M. Wichfeld a exposés dans le palais du Ghamp de Mars, appartient évidemment à la seconde
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période de la pierre. Les pointes de flèches triangulaires ne se trouvent jamais dans les kioekkenmoeddùigs.
Nous avons vu que les peuplades de Y âge de la jnerre à éclats doivent avoir habité le pays dans la période où florissait le pin, qui depuis un grand nombre de siècles a disparu des forêts du Danemark. Mais, d’un autre côté, il nous paraît non moins certain que c’est justement à cette même époque que le chêne a été importé dans les bois du pays. Les grands cercueils en magnifiques troncs de chêne conservés dans les musées, et qui datent de la première période de l’âge du bronze, démontrent clairement que le pays possédait au début du bronze des chênes de toute beauté, ce qui implique que cet arbre existait depuis longtemps déjà, c’est-à-dire qu’il remontait à l’âge de la pierre polie. Or, comme on se le rappelle, les tourbières nous offrent entre le pin et les grands chênes une variété plus petite de ce dernier arbre qui doit par conséquent avoir précédé le chêne de haute futaie, et qui doit avoir joué un certain rôle dans les bois du Danemark lors de la période de la pierre- à éclats, quand se formaient les kioekkenmoeddings^ et quand les habitants primitifs déposaient en quelque sorte une dîme de leurs ustensiles et de leurs armes.