AVANT-PROPOS
Les Français, en aucun temps, 11e se sont expatriés facilement, et jamais, sauf de rares exceptions, les grands voyages, les séjours de longue durée dans les pays étrangers ne les ont beaucoup tentés : la beauté, le climat tempéré, la civilisation et les richesses de la France les y retiennent naturellement fixés.
Cependant, au milieu du siècle où nous vivons, alors que la vapeur et l’électricité viennent de triompher de l’espace et du temps et que, par suite de cette révolution universelle, la rapidité toute récente des relations fait tomber l’une après l’autre les anciennes barrières qui séparaient les peuples, il semble s’être glissé tout à coup au cœur de l’humanité un immense désir de s’étudier elle-même et de se connaître tout entière. Le succès inouï de l’Exposition de 1878 n’est-il
pas la preuve la plus manifeste de cette tendance qu’ont aujourd’hui toutes les nations à mettre en commun leurs industries, leurs sciences, leurs arts, leurs pensées, pour faire vivre la grande famille humaine d’une seule et même vie? Et dans cet ensemble merveilleux, que n’auraient pu rêver les esprits les plus utopistes du siècle dernier, n’est-il pas probable que l’avenir réservera le premier rang, avec la plus grande prospérité, h celui des peuples de la terre qui en sera le plus savant, à celui qui aura le mieux étudié et compris tous les autres?
Aussi avec quel soin scrupuleux, dans ces dernières années, n’a-t-on pas dirigé la jeunesse française veis l’étude des pays étrangers! Des ministres de l’instruction publique, aux idées les plus larges, M. Duruy, M. J. Simon, M. Waddington, M. Bardoux n’ont rien négligé pour inspirer aux jeunes gens de nos écoles le goût des langues vivantes et de la géographie, qui doit amener celui des voyages et qui précède nécessairement l’étude approfondie des caractères et et des institutions des peuples. A tous ces chefs de l’enseignement de l’État se sont vivement unis les directeurs les plus éminents de l’enseignement libre. En ce moment même, l’heureuse innovation introduite par M. Dubief dans le plus