CHAPITRE II
JLes différentes thèses de combat de la propagande hongroise
ILa thèse de la Hongrie boulevard de la civilisation.
Il y a d’abord celle dit du boulevard de la civilisation que prétend avoir constitué la Hongrie pendant des siècles contre les Turcs et leurs efforts de se ruer sur l’Europe chrétienne. Elle se trouve réfutée dans mon précédent ouvrage sur la Responsabilité de la Hongrie dans la guerre et je n’y reviendrai ici que pour mémoire. Sous ce rapport comme ailleurs, l’histoire nationale hongroise n’est pas encore épurée des scories de la légende héroïque populaire. La Hongrie, barrant de son corps le seuil de l’Europe est un fait du vivant du grand Hunyade, lequel eut autant à combattre les Turcs que les intrigues de ses compatriotes (1387- 1456). Mais, en 1521, Belgrade, porte de la Hongrie, est reprise sur les Magyars, par Soliman II et, dès lors, par l’effet des dissensions entre les magnats, le Turc avance sans coup férir. En 1526, le malheureux roi de Hongrie, Louis II, trahi par les barons, succombe à Mohâcs, pendant que les traîtres se prosternent devant l’ennemi et concluent une alliance avec lui. En 1529, le Turc est devant Vienne, et c’est là qu’il est arrêté dans sa marche. Jamais le conquérant turc n’a pu dé-
passer Vienne. Or, L’on peut bien admettre que les Magyars aient eu de bonnes raisons de se lier au Sultan, surtout par crainte de la tentaculaire Autriche, toujours est-il que la prétention d’avoir sauvé l’Europe civilisée se réduit à fort peu de chose.
L’argument des droits historiques.
Ne torturons pas trop ici les textes de cette très élastique matière qu’est le droit international public. Il n’existe point de droit historique en fait de possession, d’accession, d’occupation, de conquête, d’usucaption ou d’annexion, et ce, tout particulièrement à une époque où grâce à l’Autriche-Hongrie et à l’Allemagne, le droit international, qu’il soit public ou privé, n’est plus que souvenir du bon vieux temps, où les traités ne sont plus que chiffons de papier, où l’honnêteté est taxée de bêtise et où les faillites frauduleuses chez les Etats comme chez les particuliers constituent un brevet de haute intlligence. La force brutale étant la seule loi respectée, restons prosaïquement dans les limites du quod tibi fieri non vis, alteri ne feceris, et recherchons ce qu’auraient fait du droit historique les Magyais si, au lieu d’être vaincus, ils avaient été les vainqueurs.
Or, en date du 4 décembre 1915, le comte Tisza, alors tout puissant premier ministre de Hongrie, favori de François-Joseph, de sa cour, de Guillaume II et de son état-major, adressait à son souverain et maître un long mémoire dont nous extrayons ces lignes : « Je dois compter sur un fait certain, c’est que les Serbes seront contraints d’évacuer les régions orientales et méridionales de leur pays qui ont été promises à la Bulgarie, et, ils devront céder en outre, l’angle nord-ouest de leur territoire. Ainsi, la Serbie d’après-guerre sera complè-
tement coupée des voies de communications que lui fournissaient jusqu’ici la Save et le Danube. Les Serbes pourront donc réunir la partie de la Serbie d’aujourd’hui qui leur resterait au territoire du Monténégro, et fonder ainsi un nouvel Etat. Ce pays, privé de communications fluviales et maritimes, réduit à un territoire montagneux, très peu fertile et environné de puissants voisins (Bulgarie, Grèce, Albanie, Autriche- Hongrie), serait économiquement livré à la Monarchie. L’Albanie serait réunie à notre Monarchie par un corridor. » Et, à la fin, cette phrase : « Si nous ne voulons pas nous mettre dans la situation d’avoir à lutter à outrance contre la Russie, et si nous ne voulons pas couper toute voie à une paix honorable et avantageuse, nous devons éviter soigneusement de fixer des buts de guerre à l’égard de la Serbie, qui, tant au point de vue de notre sécurité que du point de vue des résultats probables pouvant être atteints par nos héroïques armées, dépassent de beaucoup les limites de la prudence » — ce qui veut dire en langage clair :
En tout temps, et partout 9 Vart le plus nécessaire
N’est pas de bien dire 9 mais de savoir se taire.
Je ne vois pas très bien les moyens par lesquels les pauvres Serbes, en ce cas eussent pu faire valoir leurs droits historiques, mais je vois fort bien et mon lecteur aussi, ce que l’Allemagne victorieuse et la Hongrie sa caudataire auraient répondu à pareille audace.
Or, ce prétendu droit historique, les Magyars d’ailleurs l’ont toujours exercé sous forme de domination magyarisante sur les millions de leurs allogènes, contrecarrant tantôt en douceur, tantôt avec violence, leur manière d’être originelle — les Hongrois libre d’esprit ont souvent prédit où son exercice mènerait le pays.
« Un état de choses même millénaire n’est pas fondé
à subsister lorsqu’il est reconnu contraire à la justice » écrivait M. Millerand, en transmettant le traité de Trianon à la délégation hongroise de la Paix et la vérité est que cet état de choses se manifestait être contraire à la justice depuis plus de deux siècles. Aussi la Hongrie se trouvait-elle virtuellement coupée en morceaux dès la fin du XVIII e siècle, où un observateur hongrois sagace, Nicolas Csérei pouvait écrire (1824) à son ami le poète Kazinczy : « Ce n’est pas le caractère de notre race, dont évidemment, nous n’avons pas à nous enorgueillir, mais la situation géographique de la Hongrie et de la Transylvanie qui fait que nous ne pouvons rien contre la monarchie absolue (de Vienne). Quant à moi, je plaindrais la dynastie régnante si la patrie hongroise venait à disparaître. L’on peut très bien prévoir que des deux pays, l’un deviendrait slave et l’autre roumain pour s’allier à des pays d’outre-frontière lesquels devenus indépendants, seraient menaçants pour nous. Et il ne faudrait pas pour cela de révolution, cela se ferait aussi naturellement que le vin se mue en vinaigre » 0). Ce qui prouve que déjà à cette époque, l’Autriche figurait comme assureur de la suprématie magyare en Hongrie.
Donc, la secousse est venue, et les tranches depuis longtemps coupées, se sont détachées. Refaire l’ancienne Hongrie, ce serait refaire la situation qui l’a fait tomber en morceaux.
La thèse du Diktat y nom dont on a qualifié, de l’autre côté de la barrière, les traités de paix signés en 1919, a été imaginé par les Allemands, maîtres ès-science d’annexer tout ce qui excite leur appétit sans consulter les vicitimes. Or, la lettre du comte Tisza à François-
(1) Grünwald. A régi Magyarorszjâg, p. 62-63.
Joseph, reproduite en partie plus haut, nous dispense de servir une nouvelle réponse à ce sujet. On a pu voir que les vainqueurs n’auraient guère demandé à la Serbie écrasée si le Diktat qui la frappait, et les nouvelles frontières qu’on lui traçait, étaient de son goût. Et, dans ce cas, même les hautes compétences hongroises qui fulminent en ce moment contre le Traité de Trianon, parce qu’elles savent que, dans les pays civilisés, il y a encore des oreilles pour le droit, eussent, ou couché sur la paille humide des cachots, ou se seraient prosterné, une muselière d’or devant la bouche, sur les marches du trône, mais n’auraient jamais pu souffler un mot contre le Diktat de Berlin.
Que dit le droit international que ces messieurs invoquent, mais ne respectent pas : « Un traité eût-il été imposé par la force — et tous les traités de paix ne le sont-ils pas — doit être exécuté par les signataires. Si les Etats avaient Le droit de rompre leurs engagements par la simple raison que la charge en est lourde, odieuse ou qu’ils sont impatients de s’y soustraire, les relations internationales aboutiraient à des guerres incessamment renouvelées ou à une lutte sourde pire que la situation créée par le Traité (Bonfils, Manuel du dr. int. publ., art. 845). iEt c’est bien exactement là où leur politique de chiffon de papier a mis l’Europe. Donc Le droit international public n’a absolument rien à voir dans la campagne de révision des Centraux, au contraire.
Quoi qu’il en soit, constatons une fois de plus que les considérations de justice sont toujours subjectives chez les Hongrois sans quoi ils auraient depuis Longtemps découvert que ce fut surtout Leur conquête au X e siècle qui fut un Diktat , et que, si, depuis, les peuples conquis restèrent impuissants à en obtenir la révi-
sion, c’est sans doute que la formule révisionniste n’était pas encore inventée.
Mais, il y a dans cette question du Diktat encore un point vulnérable et sur lequel la propagande hongroise est strictement muette. Or voici : lorsqu’il s’est agi d’admettre la Hongrie au nombre des membres de la Société des Nations, le comte Bânffy, son représentant, en date du 22 septembre 1922, s’exprima comme suit devant la Commission de la Ligue chargée d’étudier cet important sujet, « il est de mon devoir disait-il textuellement, de déclarer, au nom de mon gouvernement, lequel lorsqu’il demande l’admission de la Hongrie, s’appuie sur l’énorme majorité de la nation, que son intention sincère est d’observer le règlement de la Société des Nations, les traités conclus et tous les engagements internationaux ». Forte de cet engagement solennel, la Commission proposa au Conseil l’admission de la Hongrie au sein de la Ligue parce qu’elle était d’avis que les prescriptions du pacte étaient accomplies, la Hongrie ayant ainsi souscrit formellement à toutes les obligations découlant des traités et autres actes internationaux.
Il résulte de ce qui précède que le gouvernement hongrois a accepté, cette fois absolument librement et volontairement, les clauses du Traité, que par là il a confirmé son acceptation irrévocablement, de sorte que le qualificatif Diktat n’a aucun sens.
Mais il résulte aussi de ce qui s’est passé depuis, que ce gouvernement, en se faisant admettre à la Société des Nations, n’avait aucune intention sincère de recpecter ses promesses, mais que son but était d’y finasser, comme disait Stresemann. Acte de parfaite mauvaise foi.
L’argument irrédentiste.
Il est récent. C’est probablement que la préparation manquait. Or, à la fête du drapeau de la Société des Sicules transylvains, le 5 juin dernier, à Debreczen, le comte Bethlen, père spirituel du révisionnisme et Transylvain lui-même prononçait un discours dans lequel il souligne : que la révision pouvant encore tarder et étant donné les efforts de dénationalisation auxquels étaient en butte les minorités magyares détachés de la mère patrie par Trianon, il y avait danger que le jour bienheureux de cette révision, celle-ci ne devint sans objet, faute de frères à libérer. « Par des « procédés d’absorption violente disait-il, et de con- « trainte coercitive, ils auront dénationalisé les Ma- « gyars de sorte qu’il ne s’en trouvera plus ni en Slo- « vaquie, ni en Transylvanie, ni en Yougoslavie. » En conséquence, l’orateur proposait de porter avant tout les efforts à soutenir le nationalisme des Magyars d’outre frontière, à tes encourager dans leur résistance par la dénonciation au monde des violations de droit dont ils étaient victimes.
Dans un article publié dans le Pesti Naplo en date du 10 septembre 1934, sur le sens duquel, disons-le entre parenthèse, toute la presse mondiale s’est trompée, il revenait sur ce sujet en le mettant en accord avec les questions du jour et tout aussitôt la presse hongroise partait en guerre pour la délivrance des « esclaves magyars », des malheureuses victimes de l’opression tchécoslovaques, roumaines, yougoslaves, « dont « les souffrances constituaient des crimes incompati- « blés avec la civilisation ». Le Pesti Hirlap lança son article S. O. S. que, traduit en français, anglais, allemand, italien, il envoya par ballots à Genève et ail-
leurs, cependant que M. Tibor Eckhardt, représentant de la Hongrie à la Société des Nations, opérait ses violentes sorties sur le même sujet devant un comité de la Ligue.
Il s’agissait donc bel et bien d’une action parfaitement concertée avec le comte Bethlen en vue de créer une « Hungaria irredenta », c’est-à-dire un monnayage en règle des prétendues souffrances des frères irrédimés pour les besoins de la cause. C’était là une corde de la lyre révisionniste que le comte Bethlen avait jugé insuffisamment tendue et qui constituait, d’après lui, un argument pour lequel il réclamait la priorité.
La campagne sur nouveaux frais est en cours depuis. Pas de jour que nous n’entendions pas parler des atrocités commises sur des Magyars dans les pays de la Petite Entente.
La documentation irredentiste magyare était pauvre. Les faits incriminés se trouvaient çà et là, soit dans la presse quotidienne soit dans des tracts oubliés. Elle vient de s’enrichir d’un ouvrage de poids intitulé « Aide-Mémoire sur la situation de la minorité hongroise en Tchécoslovaquie », édité à Budapest par la Ligue hongroise pour la révision du traité de Trianon, daté d’avril 1934, traduit en les principales grandes langues et illustré de graphiques et de cartes en couleurs, fort bien présenté du reste et qui sera certainement suivi d’autres sur la situation des Magyars en Yougoslavie et en Roumanie. C’est visiblement l’arsenal auquel les futurs combattants de l’irredentisme magyar emprunteront leurs armes. On lit dans l’avant-propos: « Cet Aide-Mémoire, qui traite avec une objectivité « exempte de toute passion la situation présente des « Hongrois de Slovaquie et de Ruthénie, etc., etc... », puis un peu plus loin : « Pendant que Prague s’efforce
« par la coûteuse propagande de son Ministère des « Affaires étrangères, de faire passer la Tchécoslova- « quie comme la citadelle de la démocratie occidentale, « et de la liberté, le gouvernement de la République « maintient dans les régions habitées par des natio- « nalités, mais surtout dans les territoires arrachés à « la Hongrie, un régime policier pour ainsi dire sans « exemple... » Puis encore : « Nous ne doutons point « que le monde civilisé, quand il connaîtra la triste « situation des Hongrois de Tchécoslovaquie, ne com- « prenne pourquoi toutes les couches de la société hon- « groise n’ont cessé d’exiger, depuis quinze ans, et con- « tinueront d’exiger avec une force qui ne faiblira « jamais, jusqu’à ce que le but soit atteint, que leurs « frères de races, annexés à la Tchécoslovaquie, malgré « leurs protestations, par le «traité de Trianon, et vivant « en bloc compact le long de la nouvelle frontière, « soient, non par les armes, mais par des moyens paci- « tiques, délivrés le plus tôt possible du poids écra- « sant de l’oppression étrangère. » Voilà le programme de la nouvelle « Hungaria irredenta ». Ses rédacteurs « objectifs » se gardent prudemment de parler des libertés qui attendent les nouveaux affranchis dans leur patrie d’origine.
Tous les programmes d’annexion se ressemblent. On crée le conflit avant de perpétrer le crime et l’irrédentisme n’a jamais été que la préparation à l’annexion par les armes. Les Tchèques, Yougoslaves et Roumains ont certainement le droit de défendre leur territoire comme ils l’entendent, contre ceux qui demandent au monde entier le pouvoir de le leur prendre pacifiquement et peut-être, les Magyars irrédimés se. porteraient-ils bien mieux s’ils n’étaient pas perpétuellement menacés d’être délivrés. La cessation de la campagne
révisionniste serait, en effet, le seul moyen de créer à ces minorités une situation normale. Mais la tranquillité des Magyars d’outre frontière est le cadet des soucis de Budapest.
Parlons des griefs dont s’alimente la campagne. Tout comme dans « l’Aide-Mémoire » ci-dessus, leur ensemble est généralement présenté sous forme d’un réquisitoire qui demande à être réduit à ses justes proportions au moyen d’enquêtes approfondies autant que contradictoires. Mais, étant donné qu’il s’agit d’incidents locaux situés en des lieux très divers et souvent éloignés les uns des autres et, de plus, s’étant produits au milieu d’une atmosphère troublée par les passions politiques, toute enquête sérieuse devient illusoire et le réquisitoire perd toute valeur positive, faute de preuves. Les partis restent sur leurs positions et leurs affirmations demeurent la proie de leurs partisans. Les événements de l’après guerre nous ont, en effet, appris que les enquêtes sur place sont une chimère dangereuse, la plupart des hommes étant incapables de séparer le subjectif de l’objectif.
L’enchevêtrement des races était tel dans l’ancienne Hongrie, avons-nous dit, que le partage de ses territoires n’a pu se faire strictement suivant les limites ethniques. Certaines localités renfermaient jusqu’à quatre races différentes et l’unité n’est presque nulle part absolue. On compte environ ^.500.000 Magyars en Tchécoslovaquie, 1.300.000 en Roumanie, 460.000 en Yougoslavie, 65.000 en Autriche, par contre l’on compte en Hongrie 60.000 Yougoslaves, 550.000 Allemands, 145.000 Tchécoslovaques.
Sous le régime hongrois les grandes villes, toutes de fondations allemandes et entièrement germanisantes, prirent très vite le caractère magyar. Effet de la magya-
risation de 1 administration à laquelle l’ancienne bourgeoisie s adapta par nécessité, et de l’immigration alors SJ® 1 ® C f am t f a f e S } ave 011 roumaine demeurait immua-
la ^Ît a ^ aeh c 3 S °, n V1Cl1 idiome > <ï ui l’excluait de étant , tadll ^ e - Cependant le jour où le gouvernement lanenp H 113 ! 186 ’ 3 nouvelle administration adopta la
so?Æ irip Cam t P f Sne ’ S0Ît lG tchèque ' soit le slovaque, soit le serbe, soit le roumain comme langue nationale
a bourgeoisie magyare devait marquer une régression,’ régression qui continuera par le fait de l’affluence des campagnards vers les cités. L’opinion hongroise s’est excitee sur ce phénomène en l’attribuant à une dénahonal, sat.cn forcée, et en taiSMl une
RrXf nde COntre . se ® wisins. Il n’y avait pas de quoi. Bratislava qui avait 78.000 habitants avant la guerre en compte aujourd'hui 123.000; Kossice, qui an avait 44.000 en a maintenant 70.000. Ces villes iadis ilôts magyars d’un magyarisme un peu artificiel se sont slovaquisees par l’effet de l’ambiance, et cependant le nombre des Magyars n’y a pas diminué, seul les proportions ethniques se sont modifiées. Les mêmes phénomènes s observent dans les grandes villes de Transylvanie et du Banat yougoslave. Dans chacun de ces pays cependant la « Hungaria irredenta » prend une forme spéciale. En Transylvanie on fait sonner les sou! i h r ues des Rakoczy, des Bethlen et des alots 6n fZ nd à Une déma §yarisation forcée
^n pofflt §yar y CSt dCPUiS Ion S tem Ps mal
n/f h e . Pestl HlrIa P du 18 janvier 1914, sous le titre -
cause dTdéor* f e M élUi maguarsd 9 (Quelle est la cause du déclin des Magyars en Transylvanie ?) publiait, sous la signature de M. Michel Leitner, un Transylvain, une longue étude sur ce sujet, à laquelle
j’emprunte quelques réflexions. « Dans le comitat de Hunyad, la disparition des Magyars est chose faite, les plus belles propriétés foncières sont tombées en des mains roumaines. Il constate de façon générale que le paysan magyar, soit comme petit propriétaire, soit comme fermier, soit comme ouvrier agricole, ne vaut pas le Roumain, plus malléable, plus facile à tyranniser, se suffisant die moins; aussi celui-ci est-il le préféré des propriétaires fonciers : il fait tache d’huile en Transylvanie. Quant à la bourgeoisie magyare, elle s’épuise et se consume en des luttes politiques de clocher, pendant que la jeune bourgeoisie roumaine profite de ses fautes. En ce qui concerne la caste des seigneurs fonciers, depuis que Tuhutum, compagnon d’Arpad, conquit la Transylvanie pour les Magyars, jusqu’à nos jours, la lutte pour te pouvoir n’y a pas cessé; rois et candidats-rois, princes et vice-princes, voïvodes et tribuns surgissaient de chaque bouquet d’arbre, cherchant par la trahison, la félonie ou l’obtention de titres et de rangs, à conquérir le pouvoir. De là, en Transylvanie, cet esprit tendant à pactiser avec le diable, s’il le faut, pour rester au pinacle. On fut avec l’empereur contre le Turc, avec le Turc contre l’empereur, avec le prince de Transylvanie contre ou avec les deux, mais toujours on a intrigué, rivalisé, trahi. Aujourd’hui on ne se bat plus que pour le pouvoir local. En attendant on a encouragé l’élément roumain, qui travaille dur, supporte des privations et finit par tout envahir et par déborder. Il n’y a aucun principe démocratique dans cette société. Tous sont nobles et titrés, ils s’appauvrissent dans l’exercice de leur orgueil, puis vendent leurs terres qui sont achetées par des Roumains, modestes mais tenaces. » Et ce sont là les aptitudes à la « politique constructive » dont s’émerveillait le comte Bethlen dans son discours de Debreczen.
Voyons ce qui se passait dans les provinces aujourd’hui yougoslaves où la lutte se poursuit à l’heure qu’il est, par des moyens souterrains surtout en Croatie, cette fiancée récalcitrante, toujours boudeuse, boudant aux Magyars avant la guerre, boudant' vers Belgrade après et où la main droite de la Hungaria irre dénia touche fraternellement la main gauche de Vltalia irredenta de naguère.
En décembre 1903 fut fondée une Association pour la défense du magyarisme dans les provinces du Sud , la D. M. K. E. Le Budapesti Hirlap, en souhaitant bonne chance au nouvel organisme ide magyarisation, déplorait, le 13 décembre 1903, que cette région eût été sacrifiée aux intérêts des politiciens gouvernementaux: préfets, sous-préfets, notaires et députés en avaient sucé tout le suc et avaient accordé, en échanges d’avantages personnels, de telles concessions à l’élément serbe que les Magyars y avaient subi le même recul qu’ailleurs. La D. M. K. E. ne réussit pas mieux que les autres institutions du même- ordre.
En Créoatie, le gouvernement de Budapest encourageait les éléments serbes pour combattre le séparatisme croate, et Vienne avantageait l’élément croate contre Serbes et Magyars. Partout les deux gouvernements semaient la discorde : « Divide et impera. » Ce qui se passe aujourd’hui est leur héritage, et il faut sincèrement admirer feu Alexandre I, victime de ces divisions, d’avoir su lutter contre elles autant que contre des voisins peu scrupuleux... qui le firent assassiner.
Et c’est ainsi que, bien avant Trianon, les Magyars avaient creusé, à force d’égoïsme, leur propre tombe.
Je n’emtrerai pas davantage ici dans ces luttes de mur mitoyen. Il faudrait un volume à part pour les :analyser. )Les procédés de la propagande hongroise
sont vieux comme le monde, et il n’est que la courte mémoire des hommes pour expliquer comment des esprits sérieux peuvent encore s’y laisser prendre. Déjà Tacite ne les caractérisait-il pas, en écrivant : igitur movere et quatere quidquid usquam aegrum foret aggrediuntur...
N’accusons pas tous les Hongrois d’en tirer ce qu’ils désirent y lire. Combien en est-il qui en connaissent la teneur. Quant aux compétences qui en parlent, méfions-nous. Le Magyar est un « fiscalis », un ergoteur, un chicaneur de texte de première force et de longue date. Il sait si admirablement mettre dans un écrit ce qu’il veut en tirer que sa langue possède un verbe spécial pour ce faire : belemagyaràzni. Au cours des débats au sujet de la ratification du traité de Trianon à la Chambre hongroise, en avril 1921, où la lettre Millerand donna matière à des discours -très étudiés, pas un orateur qui en ait lu le texte intégral. On a discuté sur des passages complaisamment choisis, pour en tirer des conclusions parfaitement justes, à condition d’ignorer le texte exact du document, chose qui n’a pas précisément augmenté le crédit de ces discussions.
Voici extrait de la lettre de M. Millerand au Président de la délégation hongroise de la paix et qui est datée du 6 mai 1920, Le passage initial dont la propagande hongroise ne parle pas volontiers: « Ce n’est pas sans de mûres réflexions que les Puissances alliées et associées ont pris le parti de ne modifier aucun point des clauses territoriales dans les conditions de la paix. Si elles s’y sont résolues, c’est parce qu’elles se sont convaincues que toute modification des frontières
La lettre d’envoi de M. Millerand.
fixées par elles entraîneraient de plus graves inconvénients que ce que dénonce la délégation hongroise. L’étude à laquelle elles viennent de se livrer n’a fait d’ailleurs que confirmer les conclusions auxquelles les Puissances avaient été antérieurement conduites, par l’examen des documents de toute nature qui peuvent être invoquées à l’appui de la thèse hongroise; c’est sur les bases de ces conclusions qu’ont été tracées les frontières décrites dans les conditions de paix qui vous ont été remises. »
Voici maintenant la partie de la même lettre dont la propagande hongroise fait grand bruit : « Fidèles à l’esprit dont elles se sont inspirées en traçant les frontières fixées par le Traité, les Puissances alliées et associées se sont cependant préoccupées du cas où la frontière tracée ne correspondrait pas partout, avec précision aux exigences ethniques ou économiques. Peut-être une enquête menée sur place fera-t-elle apparaître la nécessité de déplacer, en certains endroits, la limite prévue par le Traité. Pareille enquête ne saurait actuellement être poursuivie sans retarder indéfi-' niment la conclusion d’une paix à laquelle l’Europe entière aspire. Mais lorsque les commissions de délimitation auront commencé leur travail, si elles estiment que les dispositions du Traité créent quelque part, comme il est dit plus haut, une injustice qu’il est de l’intérêt général de faire disparaître, il leur sera loisible de faire un rapport à ce sujet au Conseil de la Société des Nations. Dans ce cas, les Puissances alliées et associées acceptent que le Conseil de la Société puisse, si, une des parties le demande, offrir ses bons offices pour rectifier à l’amiable le tracé primitif, dans les mêmes conditions, aux endroits où une modification aura été jugée désirable par une commission de déli-
mitation. Les Puissances alliées et associées ont confiance que cette procédure fournit une méthode convenable pour corriger, dans le tracé des frontières, toute injustice contre laquelle des objections fondées pourraient être formulées. »
Donc, les Puissances n’admettent aucune modification des clauses territoriales contenues dans le Traité de Trianon. Leur décision est prise à bon escient, après études de tous documents, y compris, et malgré ceux, présentés par les Hongrois. Il s’en suit que les modifications de frontières qu’elles admettent, sous certaines conditions strictement limitées, ne sauraient dépasser le cadre local de questions de finage ou d’intérêts communaux, mettons questions d’abreuvoir ou de mur mitoyen, ce qui a été fait sur le tracé de la frontière hongro-tchécoslovaque, mais non pas sur celui de la frontière hongro-yougoslave, Belgrade s’y étant opposé. Il en résulte que la lettre Millerand a reçu toute son application et qu’elle n’est plus qu’un document historique. Aussi était-il bien imprudent de la part des Juristes hongrois de se réunir en Grand; Conseil en janvier 1931, pour accuser l’ancien président du Conseil français d’avoir fait des promesses fallacieuses à la Hongrie.
La question de la responsabilité du gouvernement hongrois dans la guerre.
Il y a deux éléments bien distincts dans cette question : d’abord le crime de Sarajevo qui fut l’étincelle par quoi le feu fut mis aux poudres et, ensuite ,1a déclaration de guerre elle-même. Il est bon de ne pas confondre.
Examinons d’abord les aspects du drame de Sara-
jévo. La philosophie nous apprend que les grandes vérités ne se découvrent point par les expériences et les documents écrits, mais par la réflexion et la pénétration. Richard Grclling dit en tête de son « Crime » : « C’est ainsi que sont les choses, pour celui qui ne s’arrêtant pas à l’aridité de la lettre ni à la froideur des faits, tente de pénétrer l’âme ardente des acteurs du drame. Seul d’ailleurs est capable de juger exactement les événements historiques celui qui sait saisir, par une intuition de poètes et de psychologues, l’âme des hommes qui agissent, et qui, sous l’apparente indifférence des faits, perçoit les pulsations vivantes et des passions humaines. » Ce fut dans cet esprit qu’il conçut et publia, en 1915, en pleine guerre, son grand ouvrage : J’accuse, lequel demeurera à tout jamais le document le plus formidable de la culpabilité de F Allemagne et de l’Autriche-Hongrie dans la guerre mondiae. Grelling sut trouver et fixer la vérité avant qu’aucun historien officiel ou coté n’ait étalé son savoir, et ce fut tant mieux pour la vérité historique.
François-Ferdinand détestait la clique autocratique des Magyars, et même les Magyars en général. On ignore d’où lui venait cette prévention, mais elle faisait partie intégrante de son caractère aussi absolu qu’autoritaire. Les perpétuelles protestations des Magyars contre les empiètements de la césarienne Autriche sur les libertés constitutionnelles hongroises lui semblaient émaner d’un esprit révolutionnaire qu’il détestait par définition. Non seulement il avait maintes fois déclaré qu’il saurait bien « trouver la gomme » pour effacer la Hongrie contitutionnelle de la carte de la Monarchie, mais, on savait même que le prétexte en serait fourni, un jour, par la situation contradictoire de la Dalmatie, partie intégrante de l’Autriche
d’après la Constitution autrichienne, tout en figurant en même temps dans le serment du sacre des rois de Hongrie comme province inséparable de la couronne de Saint-Etienne. François-Ferdinand sur le trône, se serait servi de cette contradiction pour suspendre sine diae la Constitution hongroise, et en cas de conflit avec les Magyars, aurait, de concert avec les généraux Brosch et de Hotzendorf qui étaient dans son secret, occupé la Hongrie militairement. Tisza n’était certainement sans connaître ce projet, étant donné la potinière qu’était la Hofburg.
D’autre part, le comte Tisza, en liaison étroite avec les archiduchesses de la camarilla de la Hofburg, toutes littéralement enragées contre la comtesse Chotek, femme morganatique de l’héritier du trône d’origine modeste, parce qu’elles craignaient d’avoir un jour à s’incliner devant cette roture devenue impératrice, ne se gênait nullement pour déclarer dans ses conversations privées vers la fin avril 1914 « qu’il serait celui qui saurait débarrasser la Hongrie des velléités césariennes de l’archiduc héritier ».
Me trouvant à Budapest au printemps 1914, je pus signaler cette déclaration, dont on parlait dans les milieux politiques, quelques semaines avant l’attentat de Sarajêvo. Plusieurs journaux de Paris reproduisirent mon information.
On sait, en effet, qu’il n’est guère bien difficile, quand on est au pouvoir, d’envoyer élégamment et sans responsabilité matérielle, dans un monde meilleur, un ennemi gênant. Les recettes à ce sujet sont aussi nombreuses que leur application au cours des siècles. L’art de créer ce qu’on nomme les énigmes de l’histoire a toujours fleuri dans les gouvernements. Le prince Sixte de Bourbon dans son livre Offre de paix
séparé de l’Autriche (Paris, Plon, 1920, p. 115) dit très justement que « si FALlemagne avait eu vent de mes négociations secrètes avec la France, je lie donnerais pas huit jours de vie au jeune empereur Charles d’Autriche, suivant l’exemple de l’héritier du trône de Turquie, Youssouf-Yzzedine, suicidé par les jeunes Turcs parce que trop ententophile ».
Et n’avons-nous pas dans cette troisième République française, si radical-socialistement démocratisée, nôtre Tchéka dont se servent les élus du bétail électoral pour se maintenir au pouvoir quand leur démagogique nullité n’y suffît plus. Nous avons ainsi les assassinats des Syveton. Barème, Alméreyda, de M lîne Blanc, concierge et confidente de celui-ci, de son fils, de Rigaudin et de son beau-frère, détenteurs de papiers importants, du petil Philippe Daudet, du Président Doumer, et, en dernier lieu, le sauvage assassinat du malheureux conseiller Prince. Les inspirateurs de ces crimes sont connus, sont montrés au doigt; ils se pavanent en des situations aussi élevées que lucratives, prennent des airs de protecteurs et distribuent des honneurs, au lieu d’être pendus haut et court. Certes, les Hongrois n’auraient point à rougir du crime de Tisza, car au moins celui-ci n’aurait pas fait assassiner l’héritier du trône pour mieux pouvoir dépouiller l’épargne nationale.
11 y a d’autres rapprochements troublants: aucun des faits et gestes de l’archiduc héritier ne fut jamais dirigé contre les Slaves au nom desquels il fut assassiné, Il n’aimait pas Guillaume II dont la politesse obsédante à son égard visait surtout sa femme pour l’influence qu’elle pourrait exercer sur lui. Il détestait la Prusse comme l’usurpatrice de la mission historique de l’Autriche à la tête de l’Allemagne. Il n’aimait point les Italiens à cause de la duplicité de leur caractère
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disait-il, mais en vérité parce qu’ils avaient su expulser sa maison de leur territoire, et qu’ils avaient souvent été les alliés des révolutionnaires magyars. Il plaignait paternellement Nicolas II pour s’être laisse entraîner dans une alliance, une mésalliance disait-il, avec la France maçonnique et impie. Ses idées étaient aussi bornées qu’arrêtées et rebelles à tout raisonnement IL n’avait d’intelligence que ce qu’il faut pour etre archiduc. Son programme politique consistait en J 1116 reconstitution de l’ancienne Autriche sur la base d autonomies locales raciennes, en une lutte contre la. Prusse partout où celle-ci étendrait ses tentacules en concurrence avec l’Autriche. La haine des Magyars semble avoir été parmi ses idées les plus clairement
définies. . .
Il s’en suit que Junkers prussiens et Junkers ou hobereaux magyars, puis les archiduchesses a la tete de la Cour, avaient seuls un intérêt vital à voir disparaître, ce personnage qui, répétons-le, n’était guere bien intéressant. Qui prodest scelus, is fecit. Que s est-il passé entre Berlin et le comte Tisza au cours des premiers mois de 1914 ? Seul le 'docteur Louis Thallôczy,. secrétaire d’Etat au Ministère de Bosnie, à Vienne > iniimus de Tisza pour lequel il faisait en février 1914 la navette entre Budapest et Berlin, mort dans l’accident de chemin de fer de Herceghalom (1 er décembre 1916) pourrait donner à ce sujet des éclaircissements.
Je suis obligé ici de reprendre en partie ce que je dis à ce sujet dans mon précédent ouvrage (p. 141 et suiv.), les Hongrois y ayant répondu par un concert de silence
Or, toute la Yougoslavie austro-hongroise se trouvait alors’ entre les mains du comte Tisza et de ses fidèles.
De 1903 en 1912, le baron Buriân, autre intimus de Tisza et qu’on appelait le « noir souci qui monte en croupe derrière son patron » avait dirigé le Ministère de Bosnie. Quand, toujours sur l’influence de Tisza, Buriân eut les Affaires étrangères de la Monarchie, Thallôczy fut bombardé secrétaire d’Etat à la Bosnie afin de pouvoir « seconder » utilement un ministre novice, non Magyar et ignorant des choses, en la personne du chevalier de Bilinsky, polonais autrichien. Excellence interchangeable et bouche-trou, qui avait fait précédemment à peu près tous les départements administratifs viennois. La Croatie, autre partie de la Yougoslavie autro-hongroise mais administrativement rattachée à Budapest, eut depuis 1913, pour gouverneur, fonctionnaire appelé Ban, le baron Ivan Skerlecz, troisième intime de Tisza.
Constatons avant de continuer que toutes ces nominations, et bien d’autres dont je n’ai pas à parler ici, se firent vers 1912-1913, période pendant laquelle Tisza revint sur la scène politique au titre d’homme providentiel : « Pour briser comme disait le Pesti Hirlap du 27 mai 1913, tous les antipodes de sa politique, afin de tenir le pays dans sa main de fer dans un but supérieur, ce qui se résume en un formidable point d’interrogation derrière lequel se dresse une inconnue angoissante . »
Et les résultats de cette main-mise de Tisza non seulement sur l’administration des provinces sud-slaves de là Monarchie, mais encore sur tous les leviers de commande de la politique extérieure austro-hongroise, tels les principales ambassades ? N’insistons pas, ce sujet pourrait nous entraîner en dehors du cadre du présent travail. Il serait à souhaiter qu’un historien de bon sens et qui ne travaille pas d’après des documents
que les fauteurs de la guerre exhibent partout, pût traiter cette matière, pour l’épurer de tout ce que les camoufleurs de la vérité y ont mis.
Retournons dans le Sud-Est austro-hongrois. Rien d’étonnant que cette campagne de presse, faisant de François-Ferdinand un ennemi de la race yougoslave, ait fort bien réussi, Magyars, Prussiens et seigneurs de cour y aidèrent chacun par ses moyens. La presse hongroise de l’opposition a si souvent relevé cette extraordinaire campagne dans laquelle, sur l’inspiration de Vienne et de Budapest, on magnifiait tout ce qui était panserbe, que je me dispenserai ici de fournir des preuves. Elle dépassa du reste si bien le but que ses inspirateurs austro magyars s’étaient proposé que le 16 juillet 1914, soit trois semaines après le drame de Sarajévo, le baron Skerlecz fut lui-même victime d’une tentative d’assassinat qui devait être suivie d’attentats contre les comtes Tisza et Khuen-Bédervâry s’il faut en croire les aveux des meurtriers Schafer et Hercegonje. Cela s’appelait, dans le jargon politique austrohongrois, faire du diuide et impera entre Serbes et Croates pour le bien de la monarchie et pour la solidité du trône.
Les premières traces connues des assassins de Sarajévo nous conduisent à Zagreb. La police de la capitale de Croatie connaissait en effet par lettre anonyme de Belgrade, confirmée par une autre lettre venant d’Amérique, un mois avant l’attentat, les préparatifs comme les noms et adresses des conjurés à Belgrade.
Quelques jours après l’arrivée de ces lettres, un avocat résidant à Belgrade, M. le docteur Marco Gagliardi, serbopbile connu, et en rapports avec les milieux politiques de la capitale de Serbie où il exerçait, voulant libérer sa conscience de ce qu’il savait, vint en personne
à Zagreb prévenir les autorités qu’une conspiration contre la vie de François-Ferdinand se tramait dans la capitale serbe. Les bureaux du baron Skerlecz répondirent simplement qu’ils allaient transmettre le dossier à Budapest, et qu’en attendant la réponse, qui du reste ne vint jamais, les choses devaient en rester là. La police d’Agram reçut même ordre de ne pas gêner dans leurs mouvements Princip et consorts s’ils venaient à passer dans sa circonscription.
Les révélations sur cette singulière affaire ont été publiées chez Payot, à Lausanne, en 1917, avec tous les attributs de l’authenticité, sans que jamais personne ait jugé utile, soit de les confirmer, soit de les infirmer, et cependant, elles représentent pour ainsi dire la clef du mystère. Ce M. Gagliardi existe-il encore ? Qu’est devenu le commissaire de police de Zâgreb, Klobutcharitch qui reçut ordre du baron Skerlecz de surseoir à l’enquête; que sont devenus les dossiers transmis d’une part au comte Tisza et de l’autre au ministre de Croatie à Budapest et qui cependant doivent avoir laissé des traces ? Ce sont là des questions qui ne semblent plus intéresser personne à Budapest.
Mêmes mystères en Bosnie, où les Magyars directement ou indirectement protégés par Thallôczy et Tisza, étaient dans tous les services et tout particulièrement dans la police, invasion provenant du temps de l’annexion, où, pour satisfaire aux réclamations de la Hongrie dont la Bosnie fut jadis fief de la couronne, il avait fallu faire par compensation, à l’élément magyar, une large place dans la gestion du nouveau Reichsland.
Ainsi, le docteur Edmond Gerde, chef de la police de Sarajévo, et qui le 28 juin 1914 commandait le cortège des voitures où se trouvait le couple archiducal, était Magyar, protégé du baron Kolas, de même Ma-
gyar, secrétaire général du commandant militaire de Bosnie, général Potiorek. Kolas était ami du comte Tisza. On sait ce qui arriva : Gerde, dans la première voiture, ayant fait prendre au cortège, retour de la visite à l’Hôtel de Ville, une direction jugée dangereuse en raison de la première bombe jetée à l’aller contre les voitures, et qu’il ne devait pas prendre, le fit arrêter très précisément de manière à ce que l’automobile, dans laquelle se trouvaient François-Ferdinand et la duchesse de Hohenberg sa femme, vint stopper à un mètre du revolver de Princip. Comme hasard, c’est à peu près inadmissible.
On a cherché, très timidement du reste, à excuser l’absence de police sur le parcours du cortège officiel, par le fait que la visite de l’héritier du trône à Sarajévo avait un caractère purement militaire, et que c’eût été à l’armée d’obvier à la sécurité du couple princier. Mais alors, pourquoi le général Potiorek, et à son défaut le baron Kolas, ne prirent-ils pas des mesures, et pourquoi la police surgit-elle de toutes parts quand le coup était fait. Elle était donc présente et ne voyait rien, et même une première bombe, jetée par Gabrinovic, ne put guérir sa cécité. Qu’est devenue la déposition de la demoiselle Srnec qui se trouva tout près de Princip dans cette rue François-Joseph, à peu près déserte parce que personne n’y attendait le cortège, et qui put ainsi, jusqu’au moment de l’attentat, remarquer ses allures louches sans apercevoir un policier pour les lui signaler. Cette demoiselle, à peu près le seul témoin oculaire qui ait tout vu, et dont le récit fait aux journalistes a paru dans la presse de Vienne et de Budapest le l tr juillet 1914, a-t-elle seulement été entendue par un juge d’instruction ? Sa déposition ne figure nulle part dans le procès.
Jamais, d’autre part, il n’a été projeté la moindre lumière sur le fait que les assassins ont pu franchir, sans: encombre, les 300 kilomètres qui séparent Belgrade de Sarajévo, brownings et bombes dans des cartons à sucre, sans passeports,' à pied, en voiture ou en chemin de fer, et qu’ils n’aient rencontré sur ce parcours ni gardes-frontières, ni gendarmes, ni douaniers, dans un pays où toutes les mesures étaient déjà prises comme en Hongrie, en vue d’événements prochains.
Et le coup fait, les assassins positifs, comme dit Diderot, arrêtés, aucune sanction n’est prise, aucune enquête n’est ouverte pour fixer les responsabilités. On eut dit que les fauteurs négatifs du crime se félicitaient de leur œuvre. Gerde fut impliqué, plus tard, dans une affaire crapuleuse d’argent, mais il ne fut pas autrement inquiété (O.
Cui prodest scelus, is fecit, encore une fois. jEn bonne justice, la réunion judicieuse de présomptions graves suffit pour établir avec un maximum de certitude une culpabilité qui n’a pas laissé de traces palpables. Il y avait visiblement un mot d’ordre donné de traiter cette affaire en conspiration de gamins et d’avoir, auprès des conspirateurs, un bon agent provocateur. C’est ce que j’ai dit dans mon précédent ouvrage et c’est ce que je maintiens jusqu’à preuve du contraire. Quel vaste champ pour la propagande hongroise que la réfutation de ces arguments... de pamphlétaire, ainsi qu’elle se plaît à me qualifier toutes les fois que je la poursuis en ces lieux inconfortables.
Je passe au rôle du comte Tisza dans la déclaration de la guerre. Tisza ne voulut pas la guerre, dit ta légende populaire hongroise. Cependant, il la voulut
(1) V. Neue Freie Presse de Wien, N° 18,832 et 18,833, des 11, 26 et 27 janvier 1917.
bien un an avant à ce que nous a révélé en 1916 M. Sonnino, ministre italien des Affaires étrangères. Mais il y a à ce sujet des faits bien plus accablants pour Tisza, et sur lesquels il ne restera à la propagande hongroise que de faire le silence : or, deux mois avant l’entrée en guerre de l’Italie, soit en mars 1915, le même Sonnino, après de longues négociations avec les Kossuthistes de la gauche parlementaire et en mémoire de la vieille amitié entre l’Italie et le parti hongrois, dit de 1848, consentit à ce que, en cas de victoire des Alliés de l’Entente, l’Italie renonçât à prendre Fiume et le littoral hongrois, en s’employant, par ailleurs, auprès de la Roumanie pour que celle-ci réduisît au minimum ses prétentions sur la Transylvanie, à condition qu’en Hongrie se constituât un ministère de coalition de tous les partis, dont seraient exclues l’influence et la personne de Tisza, « considéré à l’étranger comme le spiritus rector de la guerre ». Sonnino ajouta que cette promesse tiendrait jusqu’à fin mai 1915, époque où l’entrée en guerre de l’Italie aux côtés de l’Entente lui paraissait inévitable (la déclaration de guerre de ritalie est du 23 mai).
Aussitôt cette réponse connue à Budapest, les chefs de tous les partis de l’opposition se réunirent en conseil et décidèrent de la constitution d’un Cabinet dans lequel Tisza resterait comme chef de la majorité, mais au titre de ministre de ressort seulement et dont la présidence serait confiée à une personnalité moins discutée et moins engagée vis-à-vis de l’Allemagne. Les comtes Andrâssy, Apponyi et Zichy se rendirent à Vienne pour soumettre la proposition à François-Joseph, qui l’approuva. Cependant Tisza mis au courant, refusa net de quitter le gouvernail, où disait-il, l’intérêt du pays le rendait indispensable; et la Hongrie perdit
Fiume, le littoral hongrois, et, en plus de la Transylvanie, une partie importante de la région transtissienne tout simplement parce que Tisza voulut rester en place et faire sa guerre. Jamais pereat mundus ne fut plus fatal à un pays. On vient d’élever une statue à Tisza; une association pro Tisza cultive sa mémoire, et l’anniversaire de sa mort est considéré comme deuil national, du moins par le monde officiel 0). Il est, aux yeux de l’autocratie magyare, un grand homme, pourquoi ?
Et jusqu’à la fin, où la partie commençait à être fort compromise pour les Centraux, nous voyons Tisza se cramponner désespérément à sa guerre ainsi que je l’ai démontré au chapitre II du Livre I.
Mais il est parfaitement permis, d’autre part, d’inférer de tout ce que nous savons au sujet de l’attentat de Sarajévo, que la guerre qui vint subitement en sortir, dépassait ses prévisions en lui inspirant tout d’abord quelques flottements. De là probablement cette lettre que malgré sa haine des Serbes de Serbie que Tisza qualifiait volontiers de tapageurs, ivres dans un bouchon de champagne et qu’un gendarme magyar arriverait vite à dégriser, il écrivait en date du 3 juillet 1914, au chevalier de Bilinsky, ministre de Bosnie et dans laquelle il s’élève contre le danger qu’il y aurait à attribuer à la Serbie tous les torts dans l’attentat « alors que la propagande serbophile s’étalait sans frein dans toute la Bosnie-Herzégovine ».
Afin d’innocenter Tisza, la propagande hongroise fait grand bruit d’un discours prononcé par Tisza en Conseil des Ministres contre l’entrée en guerre et où le chef du gouvernement hongrois faisait, en effet, ses réser-
(1) Mémoires du comte Théodore Batthyany. I, pp. 127-129.
ves, qui ne furent du reste pas écoutées. Elle met en vedette également une lettre de Tisza à François- Joseph en date du 8 juillet 1914 dans laquelle il déclarait ne pouvoir prendre la responsabilité d’une déclaration de guerre à la Serbie. Mais, fait inouï dans les annales d’un pays si profondément attaché à :1a lettre de sa Constitution, Tisza, qui ne peut prendre la responsabilité de la guerre, la garde, la soigne et fait la guerre avec toute son énergie. La propagande hongroise pour expliquer cette énigme, invoque son patriotisme et la conviction qu’il avait d’être l’homme providentiel, celui qui rendrait la Hongrie grande par sa caste de hobereaux. Pour moi qui ai scruté ces questions dans le tréfond, je suis persuadé que la lettre à François- Joseph et ses protestations furent une manœuvre à la Tisza; qu’il protestait par la même raison qu’il venait d’écrire à Bilinsky, mais que ces protestations durent demeurer platoniques parce que Berlin le tenait pour bien des raisons, dont l’affaire de Sarajévo ne paraît pas . avoir été la moindre.
On a récemment essayé en Hongrie d’éclairer, à l’aide de documents' tirés des archives secrètes des Habsbourg accessible aux chercheurs depuis quelque temps, ce qu’on est convenu encore d’appeler l’énigme Tisza, à savoir :
Tisza a-t-il ou non voulu la guerre ? S’il ne l’a pas voulue, comme l’affirment les « innocentistes » magyars, pourquoi ne menaça-t-il pas de donner sa démission au moment où cette guerre paraissait imminente, ce qui en aurait certainement reculé l’échéance et peutêtre l’aurait empêchée ? Et, s’il la voulait, pourquoi a-t-il protesté contre elle, d’abord au Conseil des ministres communs, puis dans sa lettre à François- Joseph.
Autre question demeurée sans réponse : à quels moyens ce farouche défenseur de la suprématie des Magyars en Hongrie comptait-il recourir — avant le crime de Sarajévo bien entendu — pour empêcher la mise à exécution des projets de François-Ferdinand qui promettait, une fois sur le trône, d’effacer le royaume de Saint-Etienne de la carte de la monarchie en affranchissant les allogènes de la tutelle magyare ?
Troisième question : comment un esprit aussi sagace que celui d’Etienne Tisza ne s’est-il aperçu qu’en 1918 — c’est-à-dire quand il était trop tard — de la volonté de l’Allemagne de faire de la Hongrie une province prussienne, volonté que Berlin avait manifestée dès le commencement de la guerre ?
Or, voici ce que disent les historiens hongrois indépendants :
Dès son premier ministère, en 1903, Tisza était dominé par le pressentiment que la « Hongrie historique » — cette mosaïque de nationalités, dominées par les Magyars, — courait à une épreuve de fond d’où dépendrait son existence même, et que toute sa politique devait consister à mettre le pays en état de sorti» victorieusement de l’épreuve. De crainte de semer l’alarme parmi les siens, et d’affaiblir leur faculté de résistance, il se gardait de parler de ces sombres préoccupations, mais tous ses actes gouvernementaux en portaient la trace. C’est ainsi qu’il défendit le compromis de 1867, sans chercher à l’élargir au profit des Magyars, car il voulait éviter tout conflit avec l’Autriche, garante du statu quo de sa caste et de sa race en Hongrie. De même, il s’opposa de toutes ses forces aux revendications des kossuthistes, qui demandaient une armée hongroise distincte de l’armée autrichienne, parce qu’il estimait que la Hongrie seule serait trop
faible pour tenir tête à l’orage qui montait à l’horizon. C’est pareillement le souci de la sécurité de sa caste et de sa race qui lui faisait envisager l'alliance avec F Allemagne comme une réassurance contre % un éventuel fléchissement du soutien autrichien, les Habsbourg penchant de plus en plus à céder aux revendications des populations allogènes dans le sens du fédéralisme. Pour l’alliance avec l’Allemagne, il était encore plus ferme que les deux Andrâssy, ses promoteurs. C’est en vain que les François Kossuth, les Batthyâny, les Hollô, les Justh, lui démontraient qu’à la prochaine guerre, en cas de victoire comme en cas de défaite, l’alliance avec Berlin serait le tombeau de la « Hongrie historique ».
Le tourment perpétuel de Tisza, ce furent ses démêlés avec les cabinets autrichiens. Ne se vit-il pas obligé, en 1903, de qualifier publiquement le président du Conseil autrichien, Kôrber, à propos d’une intrusion dans le droit public hongrois, d’ « étranger distingué se mêlant d’affaires qui ne le regardaient pas » ? Il ne cessait de déplorer l’aveuglement de la Cour de Vienne, qui refusait de comprendre que la suprématie magyare en Hongrie était une garantie de l’existence de l’Autriche et de la dynastie.
En raison de ses convictions religieuses, Tisza ne demeurait pas insensible aux besoins des masses, mais là aussi, le souci de défendre la suprématie de sa classe lui dictait sa conduite. De même en matière électorale : il était persuadé qu’un parti recruté et soudoyé par lui était la seule barrière efficace contre les aspirations des kossuthistes et des socialistes, qui menaçaient cette suprématie.
La guerre venue, ses idées et sa position l’engagèrent dans des conflits de conscience et des contradictions
inextricables. Ainsi, en 1914, après avoir tenu le langage de Cassandre devant son souverain et devant le Conseil des ministres, lorsqu’il s’agit de choisir entre la perte de l’alliance allemande et la guerre, il opta pour celle-ci, de peur de perdre le soutien allemand et de se trouver seul en face d’une Autriche mal disposée à l’égard de la Hongrie. Pour lui, le royaume de Saint- Etienne devait rester magyar dans sa structure et dans sa constitution, sous peine de n’être plus qu’un insignifiant morceau de l’Europe, sans caractère, sans force et sans raison d’être. Buté comme il l’était, il ne paraît pas avoir jamais prévu que ce serait précisément l’Allemagne qui ferait disparaître cette « Hongrie historique ».
J’emprunte textuellement à la magistrale étude de M. Friedmann, dans le Magyar Hirlap du 22 avril 1934 — la meilleure sans conteste de celles qui viennent d’être consacrées au souvenir de Tisza — cette phrase significative concernant les moyens dont l’homme d’Etat hongrois comptait user pour déjouer les intentions menaçantes de ^François-Ferdinand : « Il faut croire que les moyens dont Tisza comptait se servir contre François-Ferdinand demeureront éternellement un secret. »
Je souligne que tout ce qui est dit ici sur Tisza n’infirme en rien la présomption d’avoir été l’inspirateur du drame de Sarajévo, dans le but de faire disparaître un ennemi juré de sa caste et de sa suprématie parmi les peuples de Hongrie. Au contraire. Quant à la guerre, il la voulait de son vivant pour avoir compris que sa caste était à bout de force dans sa lutte contre les nationalités et qu’il fallait risquer le tout pour le tout pour la sauver, ce dont lui seul se croyait encore capable. On a toujours, au moment de s’engager dans
une action grave un mouvement d’hésitation, ce qui 'ressemble au choc en retour du canon.
Le comte Batthyâny, convoqué comme témoin au ^procès contre les assasins du comte Tisza, sommé par le président de la Cour, de s’expliquer franchement au sujet des responsabilités dans la déclaration de guerre, -imputées au premier ministre hongrois, après avoir refusé de répondre une première fois, sur une deuxième et pressante sommation, déposa : « Si Tisza n’avait pas 'voulu la guerre, il n’avait qu’à menacer de donner sa démission, et je suis convaincu que dans ce cas la guerre à ce moment n’aurait pas eu lieu, parce que rultimatum à la Serbie n’aurait pas été expédié. Cet ultimatum a été le résultat d’une délibération approfondie de tous ceux qui furent alors les conseillers de François-Joseph, parmi lesquels Tisza était un des plus influents et des plus entreprenants. Pendant toute la guerre, ce fut lui et sa majorité parlementaire qui fomentèrent l’esprit guerrier. Le Parlement autrichien étant paralysé par l’action des Tchèques et des Yougoslaves, Tisza se trouvait toujours à la tête de l’agitation « jusqu’auboutiste ». Loin de moi, dit Batthyâny dans sa déposition, de vouloir fournir de l’eau sur les moulins de l’Entente, voilà pourquoi je me bornerai cette fois à constater ce fait sans y ajouter tout ce que je ■sais. » (Extrait du rapport sténographié de l’audience de mon agent d’information Petrovits.)
Batthyâny, dans ses Mémoires, confirmant le rapport ci-dessus, nous dit avoir déclaré : « A mon avis , si fin juillet t9ib, le comte Etienne Tisza déclare à Vempe reur-roi François-Joseph I qu’il décline la responsabilité d’un conflit à main armée avec la Serbie, et qu’il préfère quitter le pouvoir plutôt que d’y consentir , la guerre à ce moment n’aurait pas éclaté . Je n’ai pas à
en dire davantage ici, étant donné qu’on ne me le demande pas ; d’ailleurs en son temps comme aujourd’hui, il me semble peu opportun que cette question soit trop remuée dans les détails par nous autres Hongrois (de még ma is helytelenitem, ha mi Magyarok ezt a kérdést részletesen fejtegetjük; Batthyâny, Beszâmolom, I, p. 120).
Tenons-nous-en aux déclarations solennelles de ce grand honnête homme que fut Théodore Batthyâny, chef honoré du parti de l’opposition Kossuth, incapable de mentir, terreur de tous les politiciens parasitaires- et qui connaissait à fond les intrigues austrohongro-germaniques.
La victoire de la vérité est difficile et dure, péniblement elle vainc l’erreur, surtout quand celle-ci est lucrative, mais une fois victorieuse, rien ne peut plus la détruire. Elle peut donc attendre, car elle aura la vie longue.