CONCLUSIONS
Les remarquables travaux de GRÉHANT, de BALTHA- ZARD et NICLOUX, ont modifié complètement l’ancienne conception : l’oxyde de carbone n’est pas un gaz toxique à proprement parler, mais un gaz asphyxiant. I agit par un mécanisme d’anoxhémie : c’est par sa fixation sur l’hémoglobine, dont il supprime la fonction de vecteur d’oxygène, qu’il détermine la mort.
Mais alors que BROUARDEL, peñsait que seule, la question de temps intervient, la teneur n'étant qu’un élément accessoire, celle-ci prend une importance capitale, le facteur temps n’entrant en jeu que secondairement et n’ayant plus même qu’un rôle très discuté pour les teneurs minimes très fréquemment rencontrées pratiquement.
Les accidents mortels ne se produisent en effet, que lorsque les 2/3 de l’hémoglobine sont immobilisés sous forme d’oxycarbohémoglobine, ce qui correspond à un «coefficient d’empoisonnement» de 66%, en désignant ainsi, avec BALTHAZARD et NicLoux, le rapport de l’hémoglobine bloquée à l’hémoglobine totale.
Bien plus, cette proportion n’étant pas atteinte, si
l'individu revient à l'air libre ou mieux encore si l’on fait intervenir la respiration artificielle, l’hémoglobine atteinte se régénère, grâce à la réversibilité de la réaction.
En dehors des asphyxies massives, provoquées par un apport brutal d'oxyde de carbone, au cours desquelles la mort survient de façon quasi-immédiate, le facteur temps entre naturellement en jeu, tout au moins pour des concentrations très élevées, car lorsque la teneur tombe au-dessous d’un certain taux, le séjour, même prolongé, dans de telles atmosphères, n’est pas susceptible d’entraîner la mort.
On s'accorde généralement à admettre que la mort survient au bout de 2 heures environ, dans une atmosphère renfermant 1/500 d'oxyde de carbone : c’est la TENEUR ASPHYXIQUE ou {oxique selon la théorie pathogénique adoptée.
I semble que l’on puisse fixer à 1/5.000 la concentration que nous appelons TENEUR D’ALARME, COïincCidant avec l'apparition de troubles graves (céphalée, troubles sensoriels, modification du pouls et de la respiration), justifiant la nécessité de prendre des mesures d’urgence.
Mais pour les proportions inférieures à ce taux, des divergences considérables apparaissent entre les auteurs, lorsqu'il s’agit de préciser la teneur correspondant au seuil d’action nocive, ou encore la concentration susceptible de retenir l’attention et que nous désignons sous le nom de TENEUR LIMITE, les uns affir-
mant la nécessité de doses considérables pour déclan-
cher des troubles cliniques, les autres, au contraire, partisans de linfluence de doses, même minimes.
Disons dès maintenant que, bien que partisan convaincu de l’inocuité d’une aussi faible proportion, nous admettons comme TENEUR LIMITE : 1/100.000 ; nous indiquerons d’ailleurs les raisons de nos préférences.
Ces données générales s’appliquant au danger oxycarboné dans son ensemble, nous envisagerons maintenant, suivant les deux grandes divisions que nous avons adoptées, le danger en temps de paix, puis en
temps de guerre.
[. — Danger oxycarboné en temps de paix.
Laissant de côté les asphyxies massives, dues à des causes absolument exceptionnelles, nous serons très bref sur les asphyxies aiguës, extrêmement rares d’ailleurs, pouvant survenir lorsque la production d'oxyde de carbone est particulièrement intense dans des espaces non ventilés (par fuites de gaz, chauffebains) aboutissant à des concentrations supérieures à la teneur asphyxique de 1/500 et entraînant une mort plus ou moins rapide.
Plus longuement vont nous retenir les teneurs inférieures à ce chiffre et non susceptibles de provoquer des accidents mortels.
Nous avons rencontré fréquemment, dans notre longue pratique, des taux supérieurs à la teneur
d'alarme de 1/5.000 : ateliers de réparations pour au-
tomobiles, garages individuels, salles de bains, plus rarement cuisines ou locaux présentant de gros déoâts matériels, notamment fissures importantes, orifices intéressant des conduits de fumées.
Mais bien souvent les proportions d'oxyde de carbone rencontrées dans la vie domestique sont comprises entre le 1/20.000 et le 1/100.000. Est-ce à dire qu'il n’y ait pas lieu d’en tenir compte et, en admettant l’inocuité de semblables teneurs, il n’y ait qu’à laisser les choses en état ? Evidemment non, et sans envisager la possibilité d’accidents sérieux plus ou moins rapprochés, entraînant des mesures d'urgence, le seul fait de déceler à l’analyse la présence de loxyde de carbone, même à l’état de traces de l’ordre du 1/100.000, doit, à notre avis, en faire rechercher l’origine afin de tenter de le supprimer. C’est qu’en effet, nous avons observé des variations importantes au cours d'enquêtes motivées par une seule plainte et nombreuses sont les circonstances susceptibles d’aggraver une situation tout d’abord négligeable, au point de la rendre plus ou moins alarmante (recrudescence des causes, activité anormale de foyers voisins, siphonages inhabituels, modifications des circonstances atmosphériques, etc). Ce sont ces considérations qui nous ont amené à adopter comme teneur limite celle de 1/100.000.
Cependant, en ce qui concerne l'hygiène de l’habitation, il y a lieu de n’envisager la possibilité d’oxycarbonisme chronique dans la vie domestique qu’avec
la plus grande circonspection, et nous partageons
absolument la manière de voir de BALTHAZARD « mettant en garde les médecins contre la facilité avec laquelle sont trop souvent délivrés des certificats d'intoxication oxycarbonée chronique ».
Plus conforme à la réalité nous paraît être l’existence d’un oxycarbonisme chronique professionnel. Bien qu’à notre avis, on ait tendance à étendre cette «maladie professionnelle ÿ à trop de corporations, il paraît hors de doute qu’elle puisse s’appliquer à des ouvriers travaillant auprès de fourneaux ou de fours, à des tailleurs, chapeliers ou autres, utilisant pendant de longues heures des fers à repasser chauffés au charbon de bois, aux mécaniciens de garages et ateliers de réparations pour automobiles, où il nous a été donné d’observer des doses bien supérieures à la «teneur d’alarme ».
Aussi, bien qu’au cours de cet exposé nous ayons attiré Pattention sur de nombreux points particuliers, nous croyons utile, dans une vue d’ensemble, d’indiquer les moyens propres à assurer une hygiène satis-
faisante.
Mesures prophylactiques. Desiderata.