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belles, toutes régulières, toutes richement parées de splendides couleurs, exhalant toutes de suaves parfums; ôtez même, si vous le voulez, les épines aux buissons; ne faites qu’un splendide parterre de la terre entière, et vous aurez perdu ce qui en fait le charme : le contraste.
Ainsi, nous ne pouvons comprendre, en ce qui regarde le règne végétal, que la sélection naturelle soit avantageuse et qu’elle puisse ajouter à sa beauté. Sans nier d’une manière absolue l'existence de races nouvelles qui se sont élevées à la dignité d’espèce, nous n’hésitons pas à regarder ces modifications comme étant beaucoup trop rares pour changer la phy- .sionomie de la nature végétale, sauf les révolutions du globe, qui ne permettent plus de savoir ce qui pourrait advenir.
La sélection naturelle s’exerce bien plus difficilement sur le règne animal que sur le règne végétal. Les animaux sont plus. indépendants que les plantes; ils peuvent se déplacer pour chercher les milieux qui leur conviennent le plus. Presque toujours les sexes sont séparés. Si le mâle est modifié et que la femelle ne le soit pas, la variation ne se reproduira qu’imparfaitement, ou même ne se reproduira pas du tout. Voilà pour la première génération. Mais pour la deuxième que deviendrat-elle? Trouvera-t-on dés géniteurs offrant le même caractère modifié pour le continuer? Si lé hasard les produit, se rencontreront-ils? On ne peut raisonnablement le supposer.
. Les modifications qui perfectionnent sont-elles seules, et ne doit-on pas croire qu'il en est qui agissent en sens contraire ? Supposez que celles-ci prévalent, et l'espèce devrait dégénérer, puis disparaître, appauvrie par une suite, également accidentelle, de races toujours plus faibles procréant entre elles. Sans doute, en raison de la convenance plus ou moins bien appropriée aux besoins des individus, il peut arriver qu’elles gagnent en force et en beauté; mais, soit qu’elles perdent, soit qu’elles gagnent, il ne peut en résulter aucun changement considérable dans le type spécifique. Ici l’espèce est plus vigoureuse et là plus délicate ; ce qu’elle gagne d’un côté, elle le perd de l’autre, et la moyenne reste la même. C’est comme la rivière qui change son niveau sans quitter ses bords. Ce que nous savons de la nature nous démontre que métamorphoser
une espèce, c’est la mettre hors du cadre pour léquel elle était faite, c’est la détruire.
M. Darwin étend le pouvoir de la sélection naturelle jusqu'aux instincts. Ce serait d’abord une qualité accidentelle et individuelle qui deviendrait héréditaires il en serait de l’in-
‘Stinct, qui est insaisissable, comme des modifications de forme, qui sont matérielles. Ne devrait-on pas aussi se demander que, si les qualités se transmettent par sélection naturelle, les défauts se lransmettent aussi; toutefois défauts et qualités, pour se fixer dans l'espèce, doivent éprouver par la sélection naturelle les mêmes entraves que celles dont nous avons parlé à propos des caractères physiques, lesquelles résultent de la difficulté de réunir des géniteurs ayant pour les reproduire des qualités ou des défauts pareils. Le mâle vigoureux s’accouplera à une femelle délicate, le mâle courageux à une femelle timide, et le produit reviendra à la moyenne de force ou de courage.
L'instinct est aveugle, et M. Janet (Revue des deux mondes, 4 décembre 1863), auquel on doit un article plein d'intérêt sur le darwinisme, fait remarquer avec raison que les nécrophores placent des cadavres à côté de leurs œufs pour nourrir les larves qui doivent éclore, quoiqu’ils ne doivent pas les voir. Les pompilies font de même, quoiqu’ils soient herbivores et leurs larves carnassières. L'instinct sépare les animaux autant que la structure extérieure. Tout, chez les êtres vivants, concourt à isoler l'individu.
- M. Darwin fait voir que la sélection artificielle est parfois inconsciente, ce qui équivaut à dire que l’espèce peut se modifier d'elle-même. Les cultivateurs et les horticulteurs disent alors qu’ils ont gagné une variété, et ils peuvent la perpétuer; mais les animaux et les plantes qui font gagner ces variétés ne sont pas à l’état sauvage, et l’on sait que la domesticité les dispose aux variations.
- On dit que si les milieux ne changent pas, la sélection naturelle ne change pas non plus; c’est dire implicitement qu’elle est impossible dans les mers, les lacs et les grands fleuves, sur les hautes montagnes et dans les sables destinés à se conserver tels qu’ils existent aujourd’hui, et conséquemment à laisser
tels qu’ils sont les organismes qui s'accothmodent de cés dis vérs milieux d'habitation,
Tout est mouvement sur la terre et dans l'univers tout entier, Est-ce vers le progrès que nous marchons? Cette loi est en nous sans doute; "mais nous seuls pouvons l’interpréter. Abandonné à lui-même, le globe terrestre aurait une autre physionomie, L'homme y perdrait, et beaucoup d'animaux y gagneraient des eaux plus abondantes, des forêts plus vastes, des refuges plus sûrs. S'ils pouvaient répondre et qu’on les interrogeât, ce que nous nommerions désordre, ils le qualifies raient de ès; ce mot est d’acception humaine. Le seul progrès qui soit incontestable est celui de notre intelligence.
Les lois qui régissent la matière ne s'étendent à la nature organique que dans quelques détails de la vie, et non dans l’ensemble. L’attraction donne lieu à des phénomènes qui abouz. tissent à la stabilité, la vie à des phénomènes qui conduisent à la mort; encore est-il permis de faire remarquer que les germes se succèdent, de sorte que la mort n’est, à vrai dire, qu’une sorte de rénovation,
Ce qui semble commun à la vie organique et inorganique, c’est de donner lieu à une évolution sans terme; mais les conditions de durée sont diverses : la matière n’a pas besoin des plantes et des animaux pour se perpétuer, tandis que ceux-ci lui empruntent les bases sur lesquelles s’appuie la vie. Ils en dépendent donc par leur masse; mais l’arrangement des molécules qui la constituent est soumise à des lois d'une portée bien plus élevée, dont, malgré tous nos efforts, nous ne pou: vons saisir l'étendue,